LIVRE QUATRIÈME. — L'INCARNATION, 9i
à l'histoire et à la biographie, chacun cependant sent qu'il n'a (presque aussi complètement que le Nouveau Testament) qu'un esprit, un ton, une couleur, un but. Soit qu'il nous montre Adam et Eve expiant leur faute en Asie, ou Gain fugitif à travers la vaste sojitude du globe; ou qu'il nous conduise dans les tentes des patriarches, sous le ciel étoile de la Mésopotamie, ou sur les bords du Nil, ou dans les vallées désolées et désertes du Sinaï; qu'il nous promène à travers les jours rudes et chevaleresques des Juges, ou dans les palais de Jérusalem, ou auprès des fleuves de la captivité; que Débora entonne son cantique sous son palmier, que le roi d'Israël chante sur la harpe, que nous assistions aux actions allégoriques de quelques fameux prophètes ou aux discours des sages de l'Arabie Pétrée, partout nous apprenons ce que c'est qu'être une créature, ce que c'est qu'avoir un Créateur. Nous y découvrons Je caractère du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu qui n'était pas comme les dieux des gentils. Nous y voyons, nous y entendons ce qu'il exige de nous, comment il nous traite, les voies (si différentes des voies humaines), de son amour pour nous et de ses manifestations, le mode de ses châtiments, les artifices multipliés de sa charité, le but qu'il assigne à la vie humaine, et comment les hommes doivent se comporter les uns à l'égard des autres, et user de la terre qu'il leur a donnée à cultiver. Nous ne concevons pas pourquoi un récit, qui nous intéresserait à peine si nous le trouvions dans une histoire ordinaire, exerce sur nous une telle fascination dans les pages inspirées, pourquoi des choses communes deviennent sacrées pour nous quand nous les trou* vonshà, et pourquoi des expressions toutes simplesont un charme qui les fixe assez profondément dans nos âmes pour en faire le germe d'une solide et respectueuse dévotion pendant une longue vie et d'un puissant secours à la mort- Cela vient de ce que Dieu s'y trouve partout : le véritable sentiment d'humilité et de tendresse qui convient à la créature pénètre et mai-
trise nos âmes. La connaissance de Dieu se change presque en familiarité avec lui, et la pensée en devient si intense qu'on croirait le voir. Voyez les Pères du désert et les anciens Saints de L'Église catholique, contemplez ces colosses de sainteté : ils trouvaient leur aliment journalier dans la mystérieuse simplicité des Saintes Écritures. La Bible repose, comme un bouquet de myrrhe, dans le sein de l'Église, élément de sanctification qui n'aurait pas d'égal, si le Sacrement du précieux sang n'existait pas.
{Le Créateur et la Créature, pp. 76-78.)