EFFETS DE L'INCARNATION SUR TOUTE LA CRÉATION MATÉRIELLE
La présence du Verbe éternel fait homme, résidant au sein de sa propre création, y prenant une part et une place, c'était le plus grand bienfait que Dieu pût conférer au monde, parce que le lien hypostatique était le lien le plus étroit qui pût nous rattacher à lui. Le soleil luisait donc sur le Verbe éternel, la lune éclairait le sommet de la montagne où il était en prière, le vent agitait sa chevelure et ses pieds pressaient le sol. Le silence recueillait ses paroles, comme si un charme magique les eût enveloppées , et elles tombaient sur les cœurs altérés des hommes comme une rosée salutaire. Quant la fin du jour était venue et que le sommeil exerçait son influence bienfai-
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santé sur la nature fatiguée, il osait aussi étendre sa main sur les paupières appesanties du Verbe incarné, et le Verbe s'endormait. Les éléments lui étaient soumis, ou il se soumettait à eux au gré de sa volonté. Il était au monde comme une vision, une harmonie, un son, un objet, un parfum, tels que le inonde n'en avait jamais connus ; étant à lui seul une multitude infinie de créations, que dis-je ? infiniment supérieur à toutes les créations possibles. Si le regard du Père éternel s'était reposé avec complaisance sur le monde encore vierge et sortant à peine de ses mains créatrices, s'il avait daigné le trouver beau et bon et le bénir, combien plus beau, plus parfait, plus rempli de bénédictions doil-il avoir trouvé le spectacle que lui offrait un Être tout-puissant et éternel comme lui-même, qui, ayant revêtu une nature créée, accomplissait à chaque heure du jour une foule d'actes humains d'un prix inlini, remplis de charmes ineffables, et respirant ce qu'il y a de plus divin dans la grâce ! Dès le premier moment de l'Incarnation, le monde n'est plus le môme qu'il était auparavant, et l'unique cause de ce changement, c'est la présence du Verbe fait chair.
(Le Saint- Sacrement, I, pp. 152, 153.)