‹ Esquisse d'un plan de lectures historiques, rapporté spécialement a l'influence des femmes, considérée dans les différens siècles et chez les différentes nations suivie de deux pièces des vers, relatives au meme sujet. Par M. A. Jullien, de ParisChapitre 1 sur 6 · D’UN PLAN DE LECTURES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

D’UN PLAN DE LECTURES HISTORIQUES

«irroari sriciikLEiixnT a L’inrLDiHCi du rniau, coEHioaais Dta« Las Dirrtaaas siicLis *t cbmi laa DirraaaaTas atrioas.

La plupart de ceux qui lisent des livres d’histoire, les lisent sans ordre , sans suite et sans méthode. Ils prennent au hasard des auteurs anciens ou modernes , des époques reculées ou récentes , et ils entassent dans leur esprit des notions vagues et confuses. Ils trouvent peu d’intérêt dans de semblables lectures , nécessairement mal dirigées, qui sont de continuelles divagations. Mais un cours complet de lectures historiques , bien ordonné et constamment suivi, pourrait offrir de grands avantages et un charme Inexprimable. Il serait utile de déterminer d'avance, par un choix Judicieux, les ouvrages qu’on voudrait lire, et l’ordre dans lequel on les lirait successivement. Cet ordre devrait être basé sur la chronologie, n6n qu’on pût suivre, de siècle en siècle, les progrès et les déviations de la civilisation, et les différentes vicissitudes dont les nations ont tour à tour été la proie. La connaissance et la distribution des tems peuvent seules établir de l’ordre dans l’histoire, et nous fournir le Cld’Ariadne dans le vaste labyrinthe des traditions et des annales humaines. Les

époques sont comme des points de repos, d’où l’on considère ce qui est avant et ce qui est après. On peut examiner, en s’arrêtant A ces stations convenues, la physionomie particulière de chaque nation et de chaque siècle. « La science des tems, a dit le savant M. Daunou (i), serait incomplète , inanimée et stérile, si elle ne comprenait point les progrès et les ègaremens propres à chaque siècle. Un exposé chronologique, avec des traits distinctifs de chaque époque , qui est un guide nécessaire dans les études historiques , doit offrir une image rapide et successive des faits mémorables, des vicissitudes de la civilisation, des destinées du genre humain. » Il conviendrait ensuite de se proposera soi-m6me un rapport particulier sous lequel on envisagerait la marche des siècles et des peuples, et qui procurerait, dans ce genre dt travail, une sorte d’unité d’action, d’intérêt et de but, qu’on demande dans une tragédie, dans un poème épique, dans un tableau, et en général dans toute composition , qui n’a de mérite qn’antant que les détails, bien combinés «t^'Miilement fondas, concourent à fomwr M bel ensemble. La personne qui entreprend un cours d’histoire , doit chobir avec soin ce rapport spécial qu’elle se propose d’étudier et d’approfondir, de manière qu’eMe y trouve pour elle-même, et suivant la nature de son esprit, son goût et sa destination, une instruction utile et une occupation agréable.

Un militaire s’attachera particulièrement, dans ses lectures historiques, à Vart militaire, A ses premiers et informes essais, A scs procédés plus ou moins compliqués, aux modifications qu’il a subies. Un diplomate rapprochera , pour les comparer , les traités , les conventions , les alliances et les relations de tout genre entre les peuples ,

(i) Leçons d’Iiisioirt au collège de Fronce , cii 1819.

ainsi que les variations qu'ont pu subir le droit des gens et la politique générale , suivant les époques et les formes de l’organisation des sociétés. Un Juriaconsulie saisira les traces et les caractères des Ugislationa qui se sont succédées ou modifiées dans les difiérens Sges du inonde , dans les différentes contrées de la terre, et aux diverses périodes de la civilisation , en appréciant l’influence salutaire ou malfaisante que ces législations ont exercée sur la liberté et sur la moralité des peuples, surla prospérité des états, sur la stabilité des gouvernemens. Un moraliste recherchera les coutumes , les usages , les mœurs ; il s’occupera des causes qui ont pu les produire; il voudra observer les nuances qui les distinguent. Un médecin étudiera les grands evénemens publics et les principaux phénomènes qui intéressent Yartde guérir j considéré sous le double rapport des choses et des personnes , soit des découvertes, des systèmes, des doctrines successivement professés dans l’école , soit des maladies épidémiques qui ont désolé des villes ou des contrées entières, soit enfin des personnages distingués, ou des grands médecins, qui ont fait avancer la science.

Un lecteur assidu et laborieux pourra même ne point se borner é un seul rapport , mais fixer son attention sur un plus grand nombre d’objets. L’observateur philosophe , qui embrasse dans sa pensée les grands iutér&ts de l’humanité, pourra jeter un coup d’œil général sur les divers élémens de la civilisation rapprochés et comparés dans les différens pays.

Chacun, pouvant ainsi prendre ù son choix et considérer dans l’histoire , comme dans une grande école des sciences morales et politiques, un ou plusieurs sujets particuliers, donne plus de précision et de fixité à son e.sprit, en lui offrant un but déterminé dans ses recherches, et un

mobile paissant pour exciter el entretenir son activité. L’esprit n’acquiert pas seulement , par cette habitude salutaire, un plus grand degré de pénétration , de justesse et d’énergie, mais aussi plus d’étendue et de force d’observation , et une manière plus large de voir les choses. Il s’habitue à remonter des effets è leurs causes, aux ressorts ou aux agens moteurs , et à redescendre de ces causes productrices aux effets ou aux résultats. En même tems qu’on donne plus de rectitude, d’étendue et de vigueur à l’esprit , et qu’on le fortifie dans l’exercice de l’observation et de la méditation, on réunit les trois avantages de cultiver et d’orner la mémoire, d’exciter l’imagination, de former le style ; car on doit fixer par écrit , dans des tables coordonnées, dont nous présenterons bientôt le modèle, un résumé analytiquedes faits les plus remarquables qui appartiennent au rapport particulier qu’on a choisi.

Supposons maintenant que des femmes, dont la sensibilité plus délicate et plus vive rend leur goOt plut fin et plus sûr, leur jugement plus exquis, mais dont l’éducation , en général trop superficielle , les habitue à ne rien approfondir, et nuit au développement de leurs facultés, veuillent appliquer i leur usage ces idées préliminaires, et faire, pour leur instruction, un cours complet et suivi de lectures historiques. Voici l’un des points de vue qui paraîtrait le mieux leur convenir :

L’IsrlCBHCEMORSLBETPOLITIQCB DES FBHHBS , CODSÎdérée

chei tons les peuples , dans tous les siècles, et tour à tour dans les différentes sphères de la vie privée et de la vie publique , est un objet digne do fixer la curiosité et la méditation. Cette influence du sexe le plus faible sur le sexe le plus fort, qui rétablit entre eux l’équilibre, est une loi de la nature, dont la société, les législateurs, les gouvernemens doivent s’emparer et faire l’application, pourl’avan-

tage de i’cspèce humaine. C’est ù la fois un sujet gracieux et sérieux, qui sourit i l’imagination, qui plaît à la raison, qui éclaire l’esprit et nourrit le cœur, qui se lie é toutes les affections douces, tendres, généreuses, itous les sentimens nobles, à toutes les pensées profondes. L’histoire, étudiée sous ce point de Tue, offre des tableaux animés, des récits attachons et instructifsauzobserrateurs des deux sexes. Mais les femmes surtout peuvent y puiser des leçonset des exemples salutaires. Elles apprendront , par des faits multipliés, reproduits sous toutes les formes et à toutes les époques, quelle est la puissance réelle de leur sexe, souvent inaperçue, mais toujours active, et comment cette puissance, bien ou mai dirigée, devient un levier utile pour élever l’homme aux plus hautes conceptions, aux entreprises les plus hardies^ aux actions les plus difficiles et les plus louables, ou bien un véritable fléau pour l’espèce humaine, qui est quelquefois entraînée par cette même cause , devenue malfaisante et corruptrice , dans les plus affreux abîmes de la dépravation et du malheur. -a

La moitié la plus intéressante du genre humain devient alors comme un seul et même personnage , qu’on peut suivre et observer dans toutes les périodes de l’histoire, dont on étudie à fond l’action et l’influence, différemment modifiées par l’éducation, par la législation; par les mœurs et par l’esprit général des sociétés. On recueille une foule de faits curieux , d’anecdotes instructives , d’événemens , de portraits, de caractères épars çà et là , qu’on réunit en faisceau , ou qu’on dispose dans une vaste galerie. L’histoire , sans rien perdre de sa dignité et de son utilité, prend la couleur et l’intérétd’un roman, riche en épisodes et en aventures bizarres ou tragiques, toujours variées , quoique rapportées à une même considération générale.

Dés rorigiucdu monde, nos LivaESSicaÉs font parailre.

Uigiti^- byG( - yle

5ur lu sciue <lv l'histoire, la cuiupagDC d’Adam, Eve, qui séduit son époux et le porte é la désobéissance envers le Créateur. Adam, chassé du Paradis, est condamné, ainsi que toute la race bi'.maine, à travailler, à souffrir et k mourir : la première femme devient la première cause de toutes les misères qui aflligeut notre vie.

L'histoire des Hébreux nous offre tour à tour, dans des situations et avec des détails plus ou moins attachuns , mais qui nous font connaître leurs coutumes et leurs mœurs, les épouses d’Abrahani et des autres patriarches, de Lotb , de Jacob , de l’égyptien Putipluir : la rivalité de 6 oa 7, méred’lsaac, et d'^gar, obligée de fuir dans le désert avec son fils Ismaël , fournit des épisodes touchans qui ont souvent inspiré les peintres et les poètes. Nous recueillons avec intérêt les circonstances qui accompagnent la naissance de Moïse , destiné à sauver les Israélites, et sauvé lui-même dans son berceau pur l'hermati&, fille du roi Pharaon. Nous remarquons la tribu de Benjamin presque entièrement anéantie pour avoir abusé de la femme d’un lévite; la propbétesse Dibora excitant la valeur des troupes par ses cantiques ; le sacrifice de la fille de Jephté , juge et cbefd’lsraël; le triomphe de l’innocente Sunanne, d’abord injustement condamnée; Saïusoa privé de sa force et livré aux Philistins par l’artificieuse DalUa; Saül consultant la Pythonissede Hendor; la fille de Saâl, A//c7io/, qu'avait épousée le roi David, dérobant son mari aux poursuites de son père; la colère de David adoucie par la beauté, les grâces et la prudence d'Abigail, femme de Nabal; ce même roi oubliant sa gloire, ses devoirs et son Dieu dans les bras de Bethaabie ; Nicaïuia, reine de Saba , rendant hommage â Salomon comme au plus sage des hommes et au plus magnifique des rois, et la sagesse de' Salomon succombant sous l’inOuence des plus honteuses

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Yoluptés: un autre rui d’Israël, Achab, eiitraÎDc pur son épouse Jésabelf reiue orgueilleuse et impie , dlins les voies de l’injustice et du crime; la fille de Jcsabel, la cruelle Athaiùf mise à mort par ses propres soldats, et la pieuse Jozabet, s’unissant au grand-prêtre Joïada pour sauver le jeune roi Joas ; la ville de Bethulie délivrée pur le dévouement de la ûère et audacieuse Judith ; enfin , la touchante Est/i*r, triomphant d’Assuérus, et sauvant, par son heureuse influence, une nation entière vouée é la proscrip- 'S lion.

Dans la religion poétique des Gaacs, la compagne de Deucalion, Pyrrha, devient, après le déluge, la seconde ^ mère du genre humain. Céris partage avec Triptolèmc l’honneur d’avoir enseigné aux hommes l’usuge de la charrue , et d’avoir policé leurs mœurs par l’agriculture.

Le premier vaisseau qui parait sur les cAtes de hi Grèce, porte les cinquante filles de Danaüs.

L’Olympe des anciens n'est pas moins peuplé dt: déesses que de dieux, qui reçoivent également les hommages des mortels. Jurion préside aux mariages et aux accouchcmens; Vènwif à la beauté; la savante et belliqueuse Mhurve protège à la fois les arts et les guerriers; la chaste Diane, les vierges et les chasseurs. AmphitriU règne au sein des mers; la présence de /’/vse/pine embellit jusqu’au sombre empire de Plutpn. Hihè estla déesse de la jeunesse; Flore est celle des fleurs et des jardins ; à Ponwne appartient . l’empire des fruits et des vergers. Les Dryades et les Nymphes animtut les arbres et les forêts ; les Naïades se jouent dans les eaux; les Muses inspirent les poètes; les Grâces conduisent les amours; les Parques tiennent dans leurs mains nos fragiles destinées ; les Furies , armées de serpens, poursuivent les criminels ; et l’affreuse Némisis s’assied, à côté des tyrans, sur leurs Irôucs ensanglantés.

Ainsi, la uvrnoLociE qui retrace, dans les objets de la croyance et de la superstition des peuples , une image de leurs coutumes et de leurs mœurs, consacre de mille manières, par ses fictions ingénieuses, l’influence et la puissance du beau sexe , également actires et dominatrices dans le ciel et sur la terre.

Les traditions des tems RéHoiocES nous offrent le farouche Hercule , rainqueur des brigands et des monstres des forêts, filant aux pieds A'Omphale, et reccrant des mains de Déjanire la tunique empoisonnée du centaure Nessus; puis Antiope, reine des Amazones, vaincue et prise par Hercule, qui la donne pour épouse à Thésée ; la jeune et belle Ariadne, servant de guideau même prince dans le labyrinthe de Ctkie\ Phidre brûlant pour Hippolyte d’une ardeur incestueuse; la fierté sauvage d’Hippolyte vaincue par la douceur et par les charmes A'Aricie; Mèdie secondant les travaux de Jason ; le palais des Atrides agité par les tempêtes de l’Amour, de la Jalousie, de la Vengeance, que des femmes ont soulevées. Nous donnons encore des pleurs à la tendresse firatemelle ^'Electre et à la piété filiale A' Antigone. Les noms de Clytemmstre, à'Iphiginie, de la sage Pinilope; la trop fatale beauté à.' Hélène, les malheurs A'Hécube, Aï Andromaque , de Polixène; les jalouses fureurs d’Oreste, qui veut s’assurer par la mort de Pyrrfans la possession A'Hermione, s’unissent dans nos souvenirs aux exploits des héros grecs et troyens combattant sous les muft d’Ilion. ^

Si nous arrivons aux tems ristosiocbs , le royaume d’Assyrie nous transmet le nom de la superbe Sémiramis; Artémise, reine de Carie, devient célèbre, long-tems après, par l’immortel hommage que sa tendresse conjugale rend aux mâne.s de Mausole; Panthée, femme d’Abradatc, roi de Suse , sc tue de désespoir sur le cadavre de son époux.

Nous conservons encore la mémoire de plusieurs autres reines fameuses dans l’antiquité : de Thomyrisj reine des Uessagètes; de la reine des Amazones, Thalestrù, contemporaine d’Alexandre; deLaoJicej reine d’Antioche ; de T’ai/ta, reine d’Illjrie; de plusieurs reines d’Egypte, qui portaient le nom de CUopâtre, et qui ont agité oe^te contrée par de fréquentes révolutions, et arraché le sceptre à des princes; dî Alexandra, reine de Judée, qui s’empare du trône; deBérinice, qui avait inspiré cette passion impérieuse dont Titus eut la gloire de triompher; de Boa~ dicie, reine de Britannie, et de ZJnoéta, reine de Palmyre et d’Orient , qui succombent l’une et l’autre sous la fortune des Romains.

Ces noms et tant d’autres de femmes célèbres , qui surnagent dans l’océan des siècles, viennent confirmer la vérité générale que nous avons avaneée. Dans tous les tems, sous tous les climats, dans tous les gouvememens, i toutes les époques de la civilisation , dans les monarchies absolues, comme dans les républiques; chez les peuples chasseurs, pasteurs et nomades; chez les nations agricoles, guerrières, commerçantes, libres ou esclaves, de mœurs simples ou corrompues, l’influence des femmes s’est manifestée par des preuves publiques et solennelles, par de grands événemens , par une foule de faits irrécusables , dont les monumens subsistent encore.

La fugitive Bidon, portant ses pénates au-delà des mers , va jeter sur le rivage africain les ’fondemens de Carthage. Le nom et les poésies de Sapho passent à la postérité avec les noms et les vers d’Homère , d’Anacréon et de Pindare. La prêtresse de Delphes attire par ses oracles les différens peuples de la Grèce.

Chez les Spsjitiates, nous admirons plusieurs traits héroïques, qui caractérisent les femmes formées par la

législation de Lycurf^ue. Nous remarquons des coutumes et des institutions puisées dans une-connoissance profonde du cœur humain , qui donnent une plus grande force et une meilleure direction à l’influence des femmes sur les hommes, et surtout à celle des jeunes filles sur les jeunes gens. Cette influence devient, par le génie du législateur, un des puissans mobiles de l’esprit public. Nous croyons encore assister i ces (êtes, à ces cérémonies nationales, où les chansons publiques des jeunes filles lançaient des traits satiriques sur les citoyens et sur les guerriers qui avaient mal rempli leur devoir, et célébraient par leurs louanges ceux qui avaient fait des actions dignes de mémoire. « Elles embrasaient ainsi , dit Plutarque, les cœurs des jeunes citoyens de l’amour de la gloire et de la vertu ; elles allumaient entre eux une noble jalousie, une salutaire émulation. » Les guerriers étaient excités , dans les jeux et dans les combats, par cette acclamation solennelle :

« Soutiens-toi que les embrassemens de ta belle compagne seront le prix de tes exploits. » A la bataille de Sellasie, le roi Cléomène , voyant son frère enveloppé par les ennemis, et jugeant qu’il n’était plus possible de le sauver :

« Mon frère, s’écrie-t-il, tu es perdu; mais tu meurs au champ de la gloire, et ta vertu sera éternellement le sujet des éloges et des chants des femmes de Sparte. *

Les mœurs de Lacédémone nous montrent le mariage et la paternité honorés, la population encouragée, les célibataires privés des respects dus à lu vieillesse. Les hommes sont courageux, parce que les femmes inspirent et récompensent leur courage: ils sont citoyens, etils ont une patrie , parce que les femmes sont citoyennes. — La mère de Brasida.s s’applaudit qu’on ait trouvé un grand nombre de Spartiates digues d’étre préférés à son fils. L’amour de la patrie l’emporte sur l’esprit de famille et sur la tendresse .

inaterneUe. La mère de Cléomëne , envoyée comme otage aupréa du roi Ptnlémée, ne veut pas que, pour sauver sa vie,- son fils néglige de conclure avec les Ackéens une alliance utile aux intérêts de l’état. Sous le régne d’Agis , la mère de ce jeune roi et les dames de sa cour pressent les autres femmes de Lacédémone de favoriser le projet du monarque tendant à rétablir dans son ancienne vi-gueur la discipline laconique. <> Les Lacédémoniens, ajoute Plutarque, avaient de tout tems une grande déférence pour leurs femmes , et leur laissaient plus de pouvoir et d’autorité dans les affaires publiques , qu’ils n’en prenaient eux-mêmes dnns leurs affaires particulières et dans l’intérieur de leurs maisons. »

Qui n’a pas recueilli avec attendrissement et vénéralioD ie généreux exemple de dévouement donné par Ckéianide, fille de Léonidas, roi de Sparte, qui s’attache tour à tour, par une vertueuse inconstance , à la destinée de son père proscrit par son époux, et é celle de son époux, quand il est poursuivi par la vengeance de ton père? Léonidas, chassé du trfioe de Sparte, avait été remplacé par son gendre Clémnbrotus ; et la femme de Cléombrotus, quittant son mari devenu roi, s’était rendue la compagne volontaire des malheurs de son père, détrôné et fugitif. Uais bientôt Léonidas fut rappelé dans son royaume , et Cléombrotus était proscrit ù son tour. Alors Chélonide , qui avait embrassé le parti de son père malheureuz et s’était associée à son exil, et qui avait abandonné son époux élevé an faîte de la puissance, voyant celui-ci tombé dans la disgrûce, et son père rétabli dans sa première dignité, n’hésita point échanger comme la fortune, et à quitter Léonklag, devenu roi, pour suivre Cléombrotus, devenu malheureuz. On la vit assise auprès de son mari, suppliante comme lui, et le tenant tendrement embrassé

nrec ses deux cnfaiis ù scs pieds. Tous ceux qui étaient présens fondaient en larmes, et admiraient cet amour conjugal et cette vertu si rare. L’infortunée Chélonide, montrant ses habits de deuil et ses cheveux épars et négligés : « Mon père, s’écriait-elle, ces vêtemens lugubres, ce visage abattu et cette grande afilietion où vous me voyez, ne viennent pas de la compassion que j’ai pour Cléonibrotus ; ce sont les restes et les suites du deuil que j’ai pris pour tous vos malheurs et pour votre fuite de Sparte. Que dois-je donc faire aujourd’hui P . . . dois-je, pendant que vous régnez à Sparte , et que vous triomphez de vos ennemis , continuer à vivre dans la désolation et le désespoir ? ou dois-je prendre des robes magnifiques et royales, quand le mari que vous m’avez donné dans ma jeunesse est poursuivi par vous, sous mes yeux, et menacé d’être égorgé par vos propres mains ? S’il ne peut désarmer votre colère , ni vous fléchir par les larmes de sa femme et de ses enfans, sachez qu’il soufirira un supplice plus cruel que celui que vous lui préparez, lorsqu’il verra ton épouse, qui lai est si chère, mourir avant lui. Car, comment pourraije vivre, comment pourrai-je me trouver avec les autres femmes de Sparte, moi qui n’aurai pu, par mes prières, toucher de compassion , ni mon mari pour mon père > ni mon père pour mon mari, et qui, femme et fille, me serai toujours vue également malheureuse, et toujours un objet de mépris pour les miens ? Quant è mon époux ^ s’il a pu avoir quelques motifs apparens pour excuser sa conduite, je les lui ai ravis, en le quittant et en prenant votre parti, pour servir presque de témoia contre iui-snême.' Sf-aOus, vous lui fournisses des <(itrf»P’^^twibles de- colorer son injustice , en faisant Voir par vos actions que la royauté est un bien si précieux et si désirable , qu’on peut, pour l’obtenir, égorger ses propres enfans et sacrifier tout le

bonheur de sa famille et les plus douces affections de la nature. »

Lorsque Agis, roi de Sparte, jeune et sensible, confiant et vertueux, eut succombé sous les efforts d’une faction ennemie, par les intrigues de Léonidas, auquel il avait sauvé la vie, sa veuve Agiatis s’unit à Cléoméne, et le conjura de suivre sur le trône l’exécution des plans de son premier époux. C’est une femme qui inspire le noble projet de rétablir la discipline et les lois de Ljeurgue.

A l’époque où Pyrrhus fait le siège de Lacédémone, les habitans délibèrent d’envoyer les femmes en Crête, mais elles s’y opposent; l’une d’elles, nommée Archidamie, prend une épée , entre dans le sénat, et , portant la parole au nom de toutes les autres, demande à tous ces hommes assemblés s’ils ont été assez injustes envers elles pour supposer qu’elles puissent encore aimer ou souffrir la vie après la ruine de Sparte. Comme on s’occupait ensuite de tirer une tranchée parallèle au camp des ennemis, les femmes et les filles vinrent aider les hommes employés A ce travail; et, après avoir invité ceux qui devaient combattre à se reposer pendant la nuit, elles mesurèrent la longueur de la tranchée , et en prirent pour leur tâche la troisième partie, qu’elles eurent achevée avant le jour. (Elle avait six coudées de largeur, quatre de profondeur et huit cents pieds de long. ) Dès que le jour parut, les ennemis commençant à se mettre en mouvement, elles présentèrent elles-mêmes les armes â tous les jeunes gens ; et , leur laissant la tranchée qu’elles avaient faite , elles les exhortèrent â la bien garder, et leur représentèrent vivement quelle douceur ce serait pour eux de vaincre aux yeux de leur patrie , ou quelle gloire de mourir entre les bras de leurs mères et de leurs femmes , après s’être montrés dignes de Sparte par leur valeur.

Les vieillards et la plupart des feinmes étaient de l’autre cOté de la tranchée , et voyaient les exploits et les grands laits d’armes d’Acrotatus , guerrier lacédémonien, qui, après le combat, traversa encore la ville pour retourner à son premier poste, couvert de; sang, joyeux et fier de sa victoire. En cet état, il parut, aux yeux de ces femmes, plus grand et plus beau , et il n’y en eut pas une, dit Plutarque, qui ne portSt envie è ChélidonûU d’avoir un amant si généreux.

Les Lacédémoniens se défendirent avec une ardeur et une intrépidité qui suppléèrent i l’infériorité de leurs forces. Les femmes ne les abandonnaient point , mais se tenaient toujours auprès d’eux, occupées à leur donner des armes , i fournir à leurs besoins , à retirer et à panser les blessés.

Ainsi, de nos jours, les braves Lilloises, s’associant à la gloire de la défense de leur ville, s’exposaient, sur les remparts, aux bombes et aux boulets, partageaient les fatigues et les dangers de leurs maris et de leurs fils , et menaçaient de l’ignominie et des derniers supplices quiconque aurait pu songer à se rendre. Leur dévouement magnanime inspira leurs concitoyens, et créa des héros.

La rudesse farouche et la fierté presque sauvage des Spartiates n’empêchent pas que leur histoire ne fournisse un très-grand nombre d’exemples qui attestent quelle fut chez eux l’influence des femmes. Les annales des Atbûiiehs, peuple poli et plein d’urbanité, amolli et voluptueux, reproduisent des faits du même genre , qui reçoivent d’autres modifications, d’après la différence de leur caractère et de leurs moeurs.

Dans Athènes , l’ambitieux Périclès et le sage Socrate recherchent également les entretiens et le suffrage de la belle et spirituelle Aspasie. Elle s’attachait , dit Plutarque,

jDigitizgdbyX^pogle

iiux plus puissuiis et aux premiers citoyens, et gourernait ainsi les plus grands personnages de la république.

Après que Pliocion eut été condamné à boire la ciguë , et que son cadavre même fut exilé du territoire de l’Attique, une dame de Mégare célèbre ses lunéraillcs , lui consacre un bûcher et recueille ses cendres. C’est une remme qui répare, autant qu’il dépend d’elle, l’injustice des Atliéniens envers un grand hotnme, et qui devance pour lui l’opinion de la postérité.

L’orateur Déuiosthène reprochait à la Pythie de phiiippUer; un monarque astucieux avait cru devoir gagner la prêtresse , pour assurer ses succès.

Dans la guerre de ce même Philippe avec les Athéniens, ceux-ci , ayant pris les courriers du roi , ouvrent toutes les lettres, mais respectent celles de la reine Ofympias , sou épouse, et les lui renvoient, sans en briser le sceau.

L’histoire a consigné la répartie courageuse d’une femme, à laquelle ce même prince refusait de rendre justice ; « iVe voua mêlez donc pas d’être roi. r> Frappé de sa réponse , Philippe fuit droit à sa réclamation.

Chez les femmes Spartiates, on voit dominer le courage, l'héroïsme, l’amour de la patrie, des passions fortes .et généreuses; chez les femmes Athéniennes, un trouve des sentimens moins énergiques et moins profonds, le désir de briller, l’ambition , la vanité , l’amour de la célébrité ou de la gloire. Les moeurs des deux nations olfrent les mêmes différences; et, quoiqu’on puisse les imputer A plusieurs causes réunies, on ne peut se dissimuler, en reconnaissant chez l’un et l’autre peuple une première action du climat, de la législation, du gouvernement, de l’éducation, de l’opinion publique sur le caractère et la conduite des feinuies, qu’il existait aussi une réaction non moins puissante de l'influence des femmes sur la législa-

tion, le goiiyernement, l’éducation, l’opinion, et sur les mœurs et le caractère du peuple.

Lu fameuse courtisane Phrini, attachée au sculpteur Praxitèle , qui fît sa statue , dont nous admirons peut-être encore les proportions et la beauté dans cette Vénus de Médicis, chef-d’œuvre de l’antiquité, attribué au ciseau de cet artiste célèbre , offrit de rebâtir à ses dépens les murs de Thèbes, pourvu qu’oii y mît cette inscription : * Alexandre a détruit Thèbes, et PhrirU Va rétablie. »

La vie de cet Alexandre, dont la déplorable folie lui fit préférer le rôle de conquérant aventurier et de fléau des nations à celui de grand roi, fournit une foule d’exemples de femmes qui exercent leur influence , plus ou moins directe et puissante, sur ses actions et sur sa gloire. Sa conduite noble et généreuse envers la mère , la femme et les filles de Darius , lui concilie plus de suffrages que ses conquêtes. 11 sait honorer le malheur et admirer le courage et la vertu. Lors de la ruine de Thèbes , Timocléa, faite prisonnière par les Thraces, est amenée devant lui; interrogée par le roi, qui veut connaître son nom : « Jesuis, répond-elle, la sœur de Théagène, qui a combattu contre Philippe votre père pour la liberté île la Grèce, et qui a été tué à la bataille de Chéronée où il commandait. » Alexandre , admirant la réponse noble et généreuse de cette femme , ordonne qu’on la hdsse aller en liberté avec scs enfans. — Son respect pour sa mère Olympias est un de ses titres à la gloire. Aatlpaterlui ayant écrit une longue lettre contre elle, il «Ut,* après l’avoir lue : « Cet homme ignore qu'une seule larme" d^ une màne suffit pour effacer mille lettres comme la sienne. »

Sa vengeance cruelle, livrant aux flammes le palais de Xcrcès et les murs de Peisépolis, est le crime d’une vile courtisane qui excite sa fureur. Le vainqueur du monde

- Digit

csl vaincu par Thiats, dont les yeux ctincelans d’une coupable joie commandent à son amant l’inceudie et le ravage.

Mais Alexandre, plus maître de lui, quand ses courtisans veulent l’ériger en dieu, se moque lui-même de l’opinion accréditée parleurs flatteries, et accueillie quelquefois parson orgueil; il se reconnaît mortel par le double besoin du sommeil et de l’amour.

Toutes les républiques et les villes grecques, ainsi que les états en relation avec elles; la patrie d'Epaminondas, si respectueux envers sa mère; celle deTimoléon, où la fière et généreuse ThesUi déclare à Denys le Tyran qu’elle préfère le titre d’épouse dePolixenus, banni pour la cause de la liberté , à celui de soeur de Denys , tyran de la patrie ; Argos, où le roi Pyrrhus périt au milieu de scs succès, parla main d’une mère qui venge la mort de son (ils; les monarchies contemporaines, où tourà tour des reines intrépides ou efféminées, vertueuses ou corrompues, et d’autres femmes, sorties de différentes classes de 1a société , influent sur les destinées des rois et des peuples , nous offrent également les noms, plus ou moins illustres, de beaucoup de femmes qui ont honoré quelquefois leur sexe par de grandes actions, ou qui l’ont flétri par de grands crimes, et qui confirment, par des preuves multipliées, la vérité historique sur laquelle nous appelons l’attention des femmes et celle des écrivains politiques et des moralistes.

Si nous arrivons aux annales de la BÉprsuQrE iiomainf., nous trouvons, ù toutes les grandes époques de son histoire, des femmes qui jouent les principaux rôles , nu qui influent sur les événemens les plus importans.

Une femme dérobe aux bêtes féroces, et nourrit en secret le fondateur de Rome, qui, sans elle, périssait inconnu. L’enlèvement des femmes Sabincs .allume la guerre entre

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les Sabins et les Romains. Ces mêmes l'einmes éplorées enchaioent la fureur des deux peuples, prêts à s'entr’égorger, et le pinceau de notre David fait revivre devant nos yeux cette scèoe touchante et sublime. Les noms à’Hersilie et de 7'a;7>eias’a$socientdans l'histoire à celui de Romuhis.

Le pieux et sage Numa fortifie sa puissance , en persuadant à un peuple crédule et superstitieux qu’il a des entrevues mystérieuses avec la nymphe Egirie.

La victoire des Horaces siirlesCuriaces, qui conserve aux Romains leur domination sur le Latium, domination qu’ils doivent étendre surl’Italie et sur le monde, est souillée par le meurtre d’une femme jugée indigne d’être Romaine, parce que ses pleurs sur la mort de son amant semblent insulter au succès de son frère et au triomphe de sa patrie. Le génie de Corneille s’empare de ce fait historique, pour émouvoir nos âmes parla peinture énergique des moeurs romaines.

L’ambition et la cruauté de l’épouse de Tarquin font naître les premiers mouvemens de l’indignation populaire, qui doit renverser le trône. L’outrage fait à Lucrèce et son noble et volontaire sacrifice excitent les principaux sénateurs à chasser les rois. Le courage de l’héroïque Clèlie se communique aux jeunes Romaines, ses compagnes, et obtient l’admiration dePorsenna, qui fait la paix avec Rome. Lu mère et l’épouse de Coriolan, Vèturie et Volumnie, triomphent de son orgueiletdesafureur,et sauvent la patrie menacée. IJn temple estalorsconsacré par les Romains à la fortunedes femme», La jeune et innocente Virginie, poignardée par son père qui n’a pas d’autres moyens de la soustraire auxdésirs infômes d’Appius, détermine la chute des décemvirs. La jalousie de l’épouse d’un plébéien contre sa sœur mariée A un patricien, fait participer l’ordre du peuple aux honneursduconsulat,réscrvéjusqu’alorsàlaseulc noblesse. Ainsi, même chez une nation fiëre et superbe, presque

barbnre,et endurcie parla guerre, dans un sènatauguste, composé (les plus grayes personpages, nous TOjons une question politique importante , décidée au gré de l'influence et de la Tolonté d’une (^mme vaine, ambitieuse et jalouse. Telle est la double puissance des femmes et des passions.

Plutarque nous apprend qu’après la mort violente de Tibérius et de Caius Gracchus, le* peuple fit faire leurs statues, les exposa en public, consacra les lieux oü ils araieot été immolés, et fit aussi élever à Cornèlie, qui vivait encore, une statue de bronze sur laquelle on mit cette inscriptiDn : ■ CouiuE, HÈas des GaAC<)rBs. » On tendait cet hommage é l’influence d’une mère , dont l’ame généreuse, le caractère ntfier, l’énergie, et peut-être aussi l’ambition, avaient passé dans l’ame de ses fils. Les funestes pressentimensde l^zctiuat, fiaibme.de Gains, et ses tristes et touchaus adieux à son épdnxV' qui se rend sur la place publique où 11 dbit trouver la mort , l^ppellent les adieux d’Hector et d’A.ndromaque, et arrachent des larmes d’attendri^Cmeàt et de pitié, au milieu des scènes d’horreur et des fureurs sanguinaires des factions. rr

Dans la guerre de Rome contre Carthage, Sophonisbe, épouse de Syphax, enlève son mari <\ l’alliance des Romains. Les femmes des Carthaginois coupent leurs longues chevelures pour en faire des cordages qui puissent servir aux machines destinées <\ défendre leur ville.

Environ un demi-siècle après, c’est une femme, appelée Fulvie , qui recueille dans les épanchemens de la confiance et de l’amour, et qui révèle au consul Cicéron les atroces complots dé l’ambitieux Catilina ; elle retarde ainsi de quelques années la ruine de la république. Uneautre/’/AA’fe, épouse d’Antoine , femme hardie, vindicative et cruelle, prend part à toutes les exécutions barbares du triumvirat; elle fait proscrire et immoler ce même Cicéron , naguère

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proclamé le sauveur de la pairie, et perce d'uti poinçon d'or la langue de l'orateur qui avait charmé les Romains. Quand les femmes s’abandonnent aux passions violentes et ù la cruauté, leur tempérament plus délicat, mais plus irascible que le nbtre , les rend plus susceptibles d’excès en tout genre; il les pousse au-delà des bornes, et plus loin que lus hommes, dans la carrière où elles sont lancées.

Nous avons vu l’influence des dames Romaines, dans les beaux jours de la république : nous la retrouvons encore, aux düTérentcs époques de sa décadence. Les mariages politiques de César avec la fille de Pompée, de Pompée avec celle de César, d’Antoine avec la sœur d’Octave, suspendent quelque tems les guerres civiles, qui doivent embraser l’empire et l’univers.

Une reine Égyptienne voit tour à tour à ses pieds le grand César, vainqueur des Gaules et maitre de Rome, et le voluptueux Antoine; ce Romain dégénéré lui sacrifie scs devoirs, son caractère, sa puissance, su gloire, et subit la loi d’Auguste. Lorsque Antoine est vaincu, c’est CUopAtrf qui triohipbc , et le caprice d’une femme a décidé de la journée d’Actium.

Livie , femme d’un proconsul, devient la compagne du maître du monde , et scs intrigues font passer le sceptre dans lus mains de l’aiTreux Tibère.

Les noms de Cornilie, veuve de Pompée, qui, du haut de son navire , voit assassiner son époux sur le rivage d’Égypte; de Porcie^ digne compagne du dernier Brutus; A'Arui, qui donne A Pœtus le noble exemple d’un généreux dévouement et d'une mort volontaire; A'iiponime , qui s'associe à la proscription de Sabinus, et qui s’ensevelit vivante avec lui dans un antre sauvage, sont consacrés pur les hommages des siècles. Un opprobre éternel poursuit les noms abhorrés A' Agrippine, de Mesaaline ,

d« Poppig, et de plusieurs femmes ambitieuses,. corrompues et cruelles, qui ajoutent aux scènes d'horreur et de crime , si multipliées dans la décadence du bas empire. Un grand nombre d’impératrices président successirement aux destins de Rome et de l’unirers ; les premières impressions qu’elles ont reçues dans l’enfance, les leçons, les exemples qui ont entouré leur berceau, et qui ont formé leur jeunesse , déterminent les actions qui influent sur le sort du monde, et qui préparent, après elles, des empereurs, trop souvent l’opprobre et le fléau du genre

humain . * * * ,

£n traçant une esquisse aussi nipide et aussi imparfaite d’une partie de l’histoire ancienne, é laquelle nous aurions pu ajouter beaucoup de faits du mSme genre, puisés dans le moyen fige et dans les tems modernes, nous avons voulu seulement donner une idée de la marche qu’on peut suivre pour l’exécution de notre plan. Ce simple aperçu suffit pour faire entrevoir combien est riche et féconde la mine qu’on invite les femmes à exploiter dans l’histoire : celles qui entreprendront des lectures historiques , d’après cette direction, et qui les continueront avec persévérance, trouveront un intérêt toujours croissant dans ce travail. £lles perfectionneront, par l’habitude, leur talent d’observer et d’écrire ; elles acquerront à la fois plus de finesse et de sagacité; elles seront mieux initiées aux mystères du cœur humain ; elles posséderont une connaissance plus approfondie de leur sexe, de ses devoirs, de ses droits, de sa puissance, de son intérêt bien entendu, et du meilleur emploi qu’elles peuvent faire de leur influence.

Cette Influence des femmes, toujours active et puissante, est le sujet d’un Essai historique et philosophique , entrepris depuis plusieurs années par l’auteur de cette Notice. Des recherches dirigées particuliérement vers ce

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but lui out paru le eomplémeat naturel et nécessaire des traraux sur l’éducation, auxquels il a consacré une partie de sa vie. L'influence des femmes modiCc ou détruit les impressions de la première éducation; elle suflit souvent pour corriger ou pour corrompre les caractères des hom mes; elle se reproduit enfin, avec toute sa force , dans tous les âges de la vie, dans toutes les conditions de la société, dans les cours et dans les palais des rois comme sous le chaume des bergers, dans les villes et au fond des campagnes les plus reculées, au milieu de la civilisation comme au sein de la barbarie, sous toutes les formes de gouvernement, et dans les pays même où l’esclavage des femmes est consacré par les mœurs et par les lois (i).

Ce serait une circonstance heureuse qu’un monument

(i) Lu Tiou icu DI it'viE, également embellis par l'influence de la femme, donnée à l’homme, moins encore comme une compagne nécestairc , que comme une sorte de providence placée auprès de lui sur la terre , et comme un lien commun de la famille et de la société, ont fourni à notre grand peintre GSiaed le sujet d’un de ses tableaux les plus gracieux. On voit une jeune femme, d'une physionomie douce et tendre, qui tient sur ses genoux un mfant dont elle est la mère et la nourrice, qui présente sa main gauche S un beau jeune homme sur lequel son regard sc Gxe arec complaisanec , et qui étend sa main droite sur les épaules d'un respectable vieillard. Son j ère , son éjtcux et son fiU, qui partagent et réunissent toutes ses alfeelions, semblent recevoir d’elle seule le bonheur et la vie. Le fond du tableau représente une solitude agréable , un paysage isolé, les bords d'qn lac, une vUlo dans le lointain. Ce n’est point l’horreur du désert , ni le tumulte de la cité ; le groupe est assis sur des ruines; les souvenirs de la civilisation s’unissent é l’aspect sauvage d’un lieu abandonné. C’est à la fois une conception philosophique et poétique, qui rés'cillc des idées mélancoliques et douces; la sensibilité a inspiré le génie.

- l-'i'ii tirrs; 1

historique , élevé ù la gloire du sexe , qui est rorncinent et le charme de la vie humaine , pflt être composé de matériaux recueillis par des femmes qui aimeraient à faire des recherches et des extraits rapportés au but qu’on leur propose. Nous offrirons donc maintenant la partie , pour ainsi dire, mécanique de la méthode de /ectures qu’elles pourraient suivre.

En lisant un ouvrage, quel qu’il soit, une histoire, une vie particulière d’un personnage célèbre, un voyage, même un roman, on s’attache ù rechercher tout ce qui concerne la condition ou l’influence des femmes. A mesure qu’on trouve un passage, un fait, une observation, qui tient de près ou de loin ù ce sujet, on met, ù cette page du livre , une petite bande de papier pour la retrouver facilement; ou bien l’on écrit, soit au crayon, soit 5 l’encre, sur une feuille de papier détachée, les numéros des pages que l’on veut revoir.

Le passage qu’on a remarqué est-il au milieu de la page, on place une barre àcôtèàw chiffre. Exemple: 12 /. — Si le passage est au commeiu-ement de la page, la barre est placée au-dessus du chiffre. Exemple: i5. — Si le passage est au bas ou à la fin de la page , on place la marque au-dessous du ohiflire. Exemple : i8. — Si toute la page est à relire, on enveloppe tout le chiffre. Exemple: 20 .)

Par ce moyen, sans interrompre sa lecture, on conserve l’indication de tous les passages à revoir; puis, quand on a 6ni un volume , ou quand on a lu seulement une centaine de pages, on reprend les pages lues, d’après leurs numéros inscrits à part, et l’on fait de courts extraits sur un cahier à colonnes , disposé d’après le modèle qui suit.

Mooku d’un Journal des extraits et des analyses dises lectures.

DATE5 OU pjiges dcsvolum* cités.

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