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Esquisse d'une classification des chaînes de montagnes d'une partie de l'Amérique du Nord [microforme]

D'UNE CLASSIFICATION DES CHAINES DE MONTAGNES D'UNE PARTIE DE L'AMÉRIQUE DU NORD.

Essayer de classer géologiquement, c’est-à-dire, d'après leur ordre chronogique, les différentes chaînes de montagnes qui se trouvent aux États-Unis et dans les provinces anglaises de l'Amérique du nord, est un travail qui actuellement ne peut être que provisoire, vu le petit nombre d'observations et l'immense étendue de pays que comprend cette partie du Nouveau-Monde,.

Dans l’Europe occidentale, M. Élie de Beaumont a reconnu et classé vingt et un systèmes de chaînes de montagnes, et, de plus, ce savant a prolongé plusieurs de ces systèmes dans les autres parties du monde, Deux de ces prolongements coïncident de la manière la plus parfaite avec deux systèmes de montagnes, qui se trouvent dans la partie de l'Amérique du nord, embrassée dans cette esquisse. L'un désigné sous le nom de système des Ballons et des collines du Bocage, et qui a disloqué les couches du terrain houiller en Bretagne, le Westmoreland, les Vosges et les montagnes du Hartz, coïncide exactement avec le système des Alleghanys, qui a redressé aux États-Unis les couches carbonifères des États de Pensylvanie, Maryland, Virginie, Kentucky, Tennessée, etc. L'autre, connu sous le nom de systéme du Thuringerwald et du Morvan, prolongé en Amérique, se trouve y coïncider en tout avec le systéme de la pointe Keewxenau et du cap Blomidon.

En m'appuyant sur les méthodes inventées et expo-

sées avec tant de talent par M. Élie de Beaumont, dans son dernier et si remarquable ouvrage intitulé : Notice sur les systèmes de montagnes, et en me servant de quelques excellentes observations faites par MM. Jackson et Hitchcock, sur les directions des roches brisées et redressées dans la Nouvelle-Angleterre, la Nouvelleïcosse et le lac Supérieur, je suis parvenu à reconnaître treize systèmes de chaînes de montagnes dans une partie de l'Amérique du nord. En déduisant de ce nombre les deux systèmes que M. Élie de Beaumont a reconnu antérieurement par la prolongation de deux de ses systèmes de l’Europe occidentale, il me reste onze systèmes de montagnes que je viens ajouter à ce que nous connaissions sur cette partie de la géologie.

Cependant, je le répète. cette classification n’est que provisoire, et je la donne sus toutes réserves, vu le petit nombre, la difficulté et l'insuffisance des observations.

Pour l'intelligence de ce qui va suivre, il sera nécessaire de jeter les yeux sur la carte géologique de l’Amérique du nord qui est jointe à ce mémoire.

1 Système des montagnes Laurentines.

Les roches granitiques, syénitiques et de gneiss qui forment la masse principale des montagnes Laurentines, sur la rive droite du fleuve Saint-Laurent, sont affectées par de nombreuses dislocations qui les ont relevées de différentes manières. Ces dislocations ne sont pas toutes de la même époque; cependant il y a une direction principale qui est beaucoup plus importante que les autres directions et qui va presque de l’est à l’ouest avec une déviation moyennede près de 5 degrés; cela fait pour direction de ce système E, 5° N. à O. 5S.

Ces dislocations sont les plus anciennes que j'ai pu observer dans l'Amérique du nord. Je les regarde comme

antérieures au dépôt des premières couches du silurien inférieur, c'est-à-dire avantla formation du Potsdam sandstone, renfermant la faune primordiale de M. Barrande,.

Étant les plus anciennes, il s'ensuit naturellement que ces dislocations primitives, qui forment en réalité la masse des Laurentines, ont été soumises à beaucoup d’altérations par suite du croisement de directions des dislocations postérieures; et si l'on ajoute à cela la grande difficulté d'explorer les pays sauvages et déserts où on les rencontre, on aura par là une idée des obstacles que présentent leurs études. Les localités où l'on peut le mieux observer ce plus ancien système de dislocation sont : la côte nord du lac Supérieur, entre les factories de Michipicoton et du Pic; le côté nord du lac iluron, entre la rivière Francaise, le lac Nipissing et le fort la Cloche; enfin la ligne qui va du lac Simcoe (Haut-Canada) un peu au nord de la ville de Kingston.

Je considère comme appartenant au même système de dislocation le centre du groupe de montagnes formé de roches éruptives et métamorphiques qui constitue les hautes terres des États de Wisconsin et de Michigan, entre le Haut-Mississipi, le lac Michigan et le lac Supérieur. Je dis seulement le centre de ce groupe, parce que je fais exception pour les traps cuprifères de la côte sud du lac Supérieur, dont l’âge est beaucoup plus récent, aussi bien que la plus grande partie des dislocations qui s'étendent de la rivière Wisconsin à la rivière Menomonee, La plupart des montagnes de Ja partie nord de l'État de New-York, entre les Mille-Iles et le lac Georges, sont de la même époque, aussi bien que deux petits groupes granitiques dans l'État du Maine, entre le lac Moosehead et la rivière Saint-Jean, et enfin les montagnes au nord de la province du Nouveau-Brunswick, près de Bathurst.

A l'ouest du Mississipi, entre le Missouri, le Llanoistacado, le rio Grandé del Norte et le golfe du Mexique, on rencontre cinq massifs de montagnes granitiques, dont la direction et l'âge paraissent coïncider avec le Système des montagnes Laurentines. L'un de ces massifs est situé dans la partie sud de l’État de Missouri: un autre passe à Little-Rock, où il est traversé par la rivière Arkansas; un troisième, le moins considérable de tous, se trouve à 25 milles à l’est du fort Washita ; le quatrième forme un excellent point de repère au milieu des immenses prairies du pays des Indiens-Commanches et est connu sous le nom de montagnes de Witchita; enfin, le cinquième et dernier occupe le nord du Texas, où il est traversé par le rio Colorado, entre les rios Llano et San Saba.

Il. Système des Deux-Montagnes et de Montmorency.

Les dislocations qui ont donné naissance à ce système ont eu lieu à la fin des dépôts des couches du silurien inférieur, c’est-à-dire après la formation des roches du groupe de Potsdam. Sa direction , d’après le petit nombre d'observations que j'ai pu faire, paraît être approximativement E. 4o° N. à l'O. 4o° S. Les assises du groupe de Potsdam sont très-relevées près de leurs jonctions avec les roches éruptives, et elles sont Souvent métamorphiques, ce qui leur donne un aspect et une composition de quartzites très-dures Les localités où ce système de dislocation peut être le mieux observé sont : les environs de Quebec, particulière ment entre les cataractes de Montmorency et de Lorette; le mont Calvaire. dans le comté des Deux-Montagnes, près de Montréal; et à Little-Falls, dans l’État de New-York.

Je pense que l’on peut regarder comme du même

DE L'AMÉRIQUE DU NORD. 7 âge les dislocations qui ont eu lieu sur le côté nordouest des montagnes qui sont au nord de l'État de New- York, et sur quelques points de la ligne de jonction des roches siluriennes et métamorphiques qui s'étendent entre les rivières Wisconsin et Menemonee, dans la partie est de l'État de Wisconsin,

Le mouvement qui a donné naissance à ce système de dislocations a été beaucoup moins considérable que lors de l'apparition du système des montagnes Laurentines, et aussi il ne s’est pas fait sentir sur d'aussi grandes distances; il a seulement modifié quelques parties du soulèvement précédent, en le croisant et le pénétrant pour former des petites chaînes adjacentes à celles des montagnes plus anciennes.

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