Mannert. Géogr. des États barbaresqucs
2. Polybe ; Appieu : Pun. — Vie de César, liv. I , ch. iv. (Voir l'ouvrage de M. Beulé et le Voyage en Tunisie de M. Guérin).
cette péninsule favorable où s'étalait la ville, presque enveloppée par la mer et protégée par elle, sauf d'un seul côté; mais ce double bassin, destiné aux bâtiments marchands ou aux navires de guerre, la main de l'homme l'avait creusé; ces longs quais où s'entassaient les marchandises de l'univers, l'huile et le vin de Sicile, le fer de l'île d'Elbe, les blés de la Sardaigne, l'or, l'argent et le plomb de l'Espagne, les peaux de la Maurétanie, l'étain des îles Gassitérides, les éléphants, l'ivoire, les esclaves noirs de l'Afrique intérieure, Garthage les avait conquis sur la mer. Ges cales circulaires, où reposait paisiblement chaque navire, ces 220 loges, ornées de colonnes, qui donnaient au Gothon l'aspect d'un élégant portique, ces vastes magasins des agrès, Garthage les avait gagnés sur les flots, comme elle s'était aussi, sur l'isthme qui la rattachait à la terre, forgé cette autre armure d'une triple enceinte, longue de 25 stades, haute de 30 coudées, garnie de tours à quatre étages, où pouvaient s'abriter 4000 chevaux, 300 éléphants et 20,000 fantassins!
Sur les côtes de notre Algérie, en suivant cette longue ligne maritime où s'échelonnent, de l'Est à l'Ouest de nos possessions, les ports de la Galle et de Bône, de Philippeville,de Gollo, de DjidjeUi et de Bougie; ceux de Dellys, Alger, Gherchell et Tenez ; ceux enfin de Mostaganem, Arzeu, Oran, Mers-el-Kébir et Nemours ', — nous ne comptons que deux rades naturelles véritablement belles et sûres, celle de Mers-el-Kébir et celle de Bougie ; celle-ci, lac magnifique et profond, s'enfonçant de toute part dans son amphithéâtre de montagnes protectrices, immense et calme débouché de l'admirable vallée de l'Oued-Sahel, et, maintenant qu'une route solide et praticable a relié Sétif à la mer, entrepôt de l'un des plus
1. Synonymies antiques: Tuniha, v. Tuna? Hippo Regius, Rusicade, CuUu, Igilgilis, Saldœ; — Rusuccurru, Icosium, Cœsarea, Cartcnna; — Murustaga? Portus Magniis ad Fratres.
fertiles territoires de l'Algérie, des plateaux de Sétif, de la Medjana et du Hodna.
Arzeu, Portus Magnus, et l'antique CuUu, Collops magnus , CoUo avaient dès autrefois leur juste renom de sûreté; mais Djidjelli, Dellys, Tenez, Mostaganem sont fréquemment inabordables. Le grand port de la capitale algérienne, le port d'Alger n'a été créé, comme celui de Cherbourg, qu'au moyen d'une jetée puissante. Celui de Bône, moins vaste, est devenu commode et sûr; mais il s'ensable facilement. Le port d'Oran, celui qui nous met en relations les plus proches, non pas seulement avec l'Espagne, mais, par la mer extérieure, comme disaient les Romains, avec l'Angleterre et l'Allemagne, n'a été gagné sur les flots qu'au prix de deux digues parallèles. Sur les autres points de la côte, nous n'avons pas de véritables ports; ce sont de simples rades foraines *.
On s'étonne aujourd'hui de trouver, dans l'antiquité, sur ces rivages plutôt défavorables , tant de stations navales riches et florissantes, tant d'escales populeuses et de comptoirs prospères, disséminés à l'origine par l'industrieuse Carthage, alimentés ensuite par un cabotage très-actif; il faut se rappeler le mot de Montesquieu : a Les anciens, n'ayant pas la boussole, ne pouvaient guère naviguer que sur les côtes; ils ne se servaient que de bâtiments à rames, petits et plats; presque toutes les rades étaient pour eux des ports ^ » Aussi, quel mouvement et quelle animation devaient présenter ces côtes, alors que nos pauvres villages naissants d'aujourd'hui étaient de véritables stations commerciales, de petites villes aisées et vivantes! Ainsi, pour ne parler que de l'Afrique française, Taca/wa % maintenant Toukouch, près
1. Nec alia pars terrarum pauciores recipit sinus, longe ab occidonte littorum ohliquo spatio. PI., H. N., V. — Du Bouzet; Fillias; etc.