‹ Esquisse d'une histoire de la logique précédée d'une analyse édendue de l'Organnum d'AristoteChapitre 18 sur 21 · LOGIQUE SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

LOGIQUE SPÉCULATIVE

La Logique de Kant , encore à peine connue parmi nous , est déjà presque oubliée en Allemagne, où, dans l’espace de quelques années , elle était parvenue à une sorte de domination absolue. Elle a fait un bien immense à ce pays, en lui ouvrant , pour le consoler de l’impuissance de la raison , l’immense carrière de l’expérience et de l’action. Elle a développé dans son sein la vie et le mouvement menacés d ’ètre étouffés par le génie de la spéculation, qu’elle a blessé à mort avec ses propres armes. Quelques-uns vont même jusqu’à soutenir qu’elle a sauvé la liberté et la nationalité allemandes. Mais , malgré ses nom-

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brcuses et solides qualités , malgré sa profondeur et sa perfection comme système , elle n’est certainement pas , comme elle en a la prétention , le degré suprême de la science et la solution définitive de toutes les questions qu’elle a soulevées. Il y a plus que cela : elle renferme dans ses doctrines les plus essentielles le principe de sa ruine et le germe d'une doctrine supérieure qui ,1a dévore , qui l’absorbe aujourd’hui , ainsi qu’elle-même avait absorbé autrefois les deux méthodes précédentes. En effet , si l’homme , la nature et Dieu ne sont que des productions de la raison 5 si , après que tout est anéanti dans la pensée, il reste encore quelque chose, c’est la pensée elle-même considérée } non pas sans doute comme la représentation de ce qui est , ou de la réalité , mais seulement comme pensée. Il n’y a donc plus deux choses à distinguer 5 savoir : l’existence ou la réalité d’une part, et la pensée de l’autre } mais la pensée est la seule réalité , et réciproquement , la réalité c’est la pensée. Or , s’il en est ainsi et si l’on prend la pensée dans sa totalité , dans son élément le plus pur , à ce degré supérieur où elle prend le nom de raison , on pourra convertir

les deux propositions précédentes en celles-ci, qui ont exactement la même valeur : ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel. Was vernünftig ist , ist wirklich , und was wirklich ist , ist vernünftig. — Par conséquent , toutes les formes de la réflexion , soit intérieures ou extérieures, celles qui font la base du système de Kant ou de la logique d’Aristote , ne sont pas autre chose que les formes de la réalité et de l’existence. C’est précisément le développement , je n’ose pas dire la démonstration de cette dernière proposition qui constitue la logique spéculative , ainsi nommée, parce quelle n’est pas pratique } elle n’est ni une méthode ni un art comme les systèmes précédents j elle ne prétend pas nous apprendre ce que nous avons à taire pour comprendre et développer la vérité •, mais comment la vérité , la réalité ou la pensée , en un mot , comment la Divinité existe , se développe et se comprend elle-même. La logique spéculative, comme on peut le voir dès à présent , est le couronnement et la justification de tous les autres systèmes de logique } mais en meme temps, et pour cela même , elle cesse d’appartenir exclusivement à

APRÈS ARISTOTE

cette branche de la Philosophie 5 elle se confond avec la science la plus élevée qu’on puisse concevoir , avec la Métaphysique ou l’Ontologie.

La logique de Hegel comprend donc à la fois et celle de Kant et celle d’Aristote. C’est ce que nous apprenons de lui-même , lorsqu’il dit que la matière de la Logique ( das logische ) peut être envisagée sous trois points de vue : 1 ° le point de vue abstrait ou de l’entendement , qui a donné naissance à la logique vulgaire 5 2 ° le point de vue dialectique ou de la raison négative, de la raison séparée des objets , qui a donné naissance à la doctrine transcendentale 5 3° le point de vue spéculatif ou de la raison positive. Dans son opinion , ces trois points de vue ne peuvent pas donner naissance à trois parties distinctes de la Logique , encore moins à trois systèmes opposés 5 mais ils représentent autant d’époques différentes dans le développement de cette réalité logique ou de cette pensée réelle ( das logisch— reele ) dont nous avons parlé tout-à-l’heure *. Nous pourrions ajouter que cette identification

1 Encyclopédie des sciences philosophiques, trois, édit. , p. 93, § 79.

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