‹ Esquisse d'une histoire de la logique précédée d'une analyse etendue de l'Organum d'AristoteChapitre 14 sur 23 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Cette partie de F Organum n’a pas excité le moindre doute sur son authenticité , et il ne serait guère possible de la contester raisonnablement à Aristote \ car elle est expressément mentionnée dans la plupart et les plus importantes de scs œuvres : dans la Morale à INicomaque 1 , dans les Argumens Sophistiques 2 , dans le traité de

3 Liv. 6 , ch. 5.

3 II tf! /xiv Suv àmtàax rtxûv ( ai>Mojrt»/«3v ) év rots àvatluTtr.ots

ïiprrra i (soph. eleneb., ch. 2).

l’Interprétation 1 et dans la Métaphysique 2 .

Le mot Analytiques (àvocXvrow), que l’on traduisait dans l’École par celui de résolutives , signifie tout ce qui est relatif à l’analyse , les règles , les formes et le but de cette opération 5 comme par le mot Physiques (ri <pi*rtxà), on a voulu désigner les choses de la nature , et par le mot Éthiques (tx rfh*.x) tout ce qui concerne les mœurs. Or, l’analyse , comme Aristote la définit lui-même 3 , n’est pas autre chose qu’une opération par laquelle on dégage d’un principe général tous les jugemens particuliers qu’il renferme 5 en un mot , c’est le raisonnement déductif ou le syllogisme , qu’il regarde comme la forme de démonstration la plus concluante , comme le raisonnement par excellence ( rj xafiéX ou oim Ssifo

' Gb. 10, liv. 2 , ch. i , où, après avoir parle de l’affirmation et de la négation , il ajoute : Ta-jrà /jz-j Sjv , üartp lv vois àvxXtmxots âpima , Ttrxr-u. Le passage désigné par ces mots se tronve en effet dans les premières analytiques , à la lin du premier livre.

3 lSùvXi-/u/uv irp-Stov i» Seu» iv toTs ivzXjrucoïi Trepi ipvsjtxu /al üpr, rxi (Métapli. , liv. 7, ch. 12).

s Physic. , lir. 3, ch. S. . T

»8 ' ANALYSE

ùXtimv rijç xarx ptipoç 1 , mais non pas comme le seul , ainsi que le répètent tous les jours les partisans exclusifs de Bacon et de la philosophie moderne.

Ce titre général, qui convient si bien à l’ouvrage tout entier, ne nous empêche pas de reconnaître un titre particulier et pareillement authentique pour chacune des deux parties dans lesquelles il se divise naturellement , nécessairement , et qui ont été distinguées par les plus anciens interprètes de la philosophie péripatéticienne. Nous croyons , en effet , que la première, vulgairement appelée les premières Analytiques , a été intitulée d’abord : du Syllogisme (mpl av),- Xayiafwv) , et la seconde : de la Démonstration (mpl dnodeiÇuoç). Nous ne manquons pas de textes qui confirment cette opinion} mais aucun ne m’a semblé plus décisif et plus clair que le passage suivant que l’on trouve au commencement de ce traité, sa place légitime, après l’exposition du sujet et quelques autres prolégomènes :

duàp ttJfiiywv §è rovTtdv , /iytousv rfa üià rt'vwv xac T.hzt xai nûç ylvtrat ni; avfàoyujpùç : wrtepov 5è hx-ziov r.zp'i

* Secondes analyt. , lir. 1 , ch. 24.

'ùE L'ORGANUM D’ARISTOTE.

ànoSetXiOK : npozepov yàp nepl avXkayujpov Xsxféov ü nepl amSel^euç 3 ix zà xaOéXov pa)l> ovëaxt roi» av^oya— fMv *. Dans cet autre passage de la seconde partie, il fait mention de la première comme d’un traité à part , et la désigne formellement sous le titre que nouslavons indiqué plus haut : 5urw pèv èvàé/ezxi Setxvjvxi nxvzx t « aizr/jevzx èv rw

npo>zù> ayripxzif wç diSeixzxi èv rot? nepi ovlloytvpo û. 1 2 Au commencement du traité de l’Interprétation, il se sert d’une expression analogue pour désigner son ouvrage sur l’âme : nepi pèv Sw to-jzmv (züv ira — Ovuâziùv) ëipnzxi èv roîï irepi tyvyfn. On ne s’étonnera pas après cela de ne trouver nulle part , dans le texte d’Aristote , la distinction des premières et des secondes Analytiques } on ne pourra pas non plus en faire un argument contre l’authenticité de l’ouvrage tout entier, puisque cette distinction est expressément établie sous d’autres noms plus significatifs et plus justes. Pourtant il reste encore un léger nuage à dissiper : selon Diogène de Laërte ,1 les premières Analytiques, ou la partie qui traite du syllogisme , était partagée en

1 Premières analj t. , liv. 1, cli. 4.

3 Secondes analyt. , liv. 1, ch. 3.

ANALYSE

huit livres 5 comment se fait-il qu’elle n’en ait que deux dans toutes les éditions connues ?

Nous répondrons à cela que la division de chaque ouvrage d’Aristote en plusieurs livres n’est autorisée par aucun texte , qu elle est très-souvent arbitraire et varie selon le bon plaisir des commentateurs et des éditeurs. On peut croire aussi, d’après un texte très-ancien, publié par Ménage , qu’il a existé deux ouvrages sur le syllogisme , dont l’un , composé de huit et même de neuf livres, n’était probablement qu’un essai de celui qui nous reste aujourd’hui. La question de l’authenticité étant , je crois , à peu près résolue, j’arrive à l’exposition et à l’analyse.

Les trois premiers chapitres , entièrement consacrés à l’exposition du sujet , du plan de ce traité et de quelques prolégomènes indispensables, forment une véritable introduction qui n’appartient pas plus à la première qu’à la seconde partie, mais à l’ouvrage tout entier.

Le sujet général des Analytiques est , comme nous l’avons déjà dit, tout ce qui concerne la démonstration et l’art de prouver : T.zpt «nro&t&v yjxl éjrcroîfXflS à~oùei/-ru.f^.

• * Jfc 1

DE L’ORGANUM D’ARISTOTE. 6t

On prouve, on démontre une proposition, qui, lorsqu’elle est envisagée comme sujet de démonstration ou de discussion , ne porte pas le même nom que lorsqu’on la considère simplement comme l’expression d’un^ jugement. Dans le premier cas , c’est-à-dire , dans ce traité , dans celui des Topiqueset des Arguments Sophistiques, elle est toujours désignée par le mot rporarei;, qu’il ne faudrait pas traduire par celui de prémisse. Dans le deuxième cas , par exemple , dans le traité de l’Interprétation , elle est toujours appelée «rapso/Tt; , ou liyoç àr.<yp avriy.îç.

Dans l’art de la démonstration , comme dans «

celui de l’expression , toute proposition est d’abord affirmative ou négative : npirxTii uiv èt:i Xôyoç y.z-ay xrivJ % ym ànoyxî iysx; Toute affirmation

et toute négation est générale (xaSôXofl) ou particulière (èv uioEi ) ou indéterminée (aotôowro;). Quelles que soient sa qualité et sa quantité , la proposition exprime tantôt ce qui est, tantôt ce qui est nécessairement, et quelquefois ce qui

1 Dans le Traité de l’Interprétation, cb. 5 , il dit : Êm

ai ttoütoj ).oyoj àitoyaynxàj xaràyMtj tnx arùyzus.

n’est pas encore , mais ce qui peut être *. En termes différens et plus précis : la proposition , quand on l’envisage sous un autre point de vue , est syllogistique ( <jv}layi'jTixn ) ou apodictique ( aro&ixroo-i ) ou dialectique (&xl£x.rty.rï). La première est l’affirmation ou la négation simple , dénuée de toute démonstration ; en un mot , l’expression de ce que Kant appelle un jugement assertoire ( assertoriches Urtheil ) } la seconde est la conséquence nécessaire de certaines données, ou un principe évident par lui-même :

elle a conservé le même nom dans la Critique de la raison pure. Enfin, la troisième, dont on fait usage dans la discussion , est une question par laquelle on donne à choisir à son interlocuteur entre les deux termes de la contradiction , c’est-à-dire , entre l’affirmation et la négation. Elle correspond parfaitement au jugement problématique de Kant 2 .

* Iïtfeja Ttpiroœî èimv^ TOU ùnipxciv , jj to 3 iï àvàyxjtf A t où cvôe^caOat ùnApytiv (ch. 2),

* ZiAXoytïnx^ /x iv vpinuns an\t>s xx-rAfouns xal airipaats rlmç xarà Ttves ; AîroStUTuà] ôt IA y Alrfàs rj xxl St à tûv 1? A pjpjî ôroOi- OHüV ICbi/ipiyi) : SiaXtxTixrç ôâ îrjv&xvoptî'vw /«y ipùnjcriî Avn-fAvtut (ch. 1).

Toute proposition se compose de plusieurs éléments qu’on appelle des termes (Spoç, terminus en latin ) , parce qu'ils sont à la proposition ce que les points sont à la ligne. 11 y a trois termes dans toute proposition , envisagée comme objet de démonstration : un attribut ( iumrrppovpim) , un sujet ( ksc 0 ou xanr/opûToa') et le verbe être ( tô ô»m) , par lequel on affirme ou l’on nie , selon qu’il est seul ou accompagné de la négation *.

Les termes et les propositions sont les éléments du syllogisme. Or , on appelle syllogisme un discours par lequel on tire de certaines données une conséquence nécessaire , sans appeler à son secours d’autres termes que ceux qui expriment ces mêmes données. Tout syllogisme qui remplit exactement cette condition est un syllogisme régulier ou parfait ( rOxtoç av/loyiapà; ). Celui qui ne la remplit pas , qui a besoin d'autres termes que ceux des prémisses , dût-il fournir une conséquence légitime , est un syllogisme

1 Ôpov Si xaXS> iis iv StaXima. t itpiroms otov -ri ri xanryopou/Uyoy xal tô xaO ' oJ xxrnyopcÏTM , S trposTtOsptivoy S otxipoj/iivoj roü tan r) un üvtu (ib).

ANALYSE

irrégulier ou imparfait ( ijvXXo yiauiç drsk-hq ) * .

II ne faut pas confondre le raisonnement ou le syllogisme avec une autre opération qu’ Aristote désigne , dans sa langue , par le mot àvnrr/xxpiî, et que les modernes ont appelée la conversion des propositions. Elle consiste à changer , à convertir une proposition dans une autre , qui doit être de la même valeur et composée des mêmes termes que la première. C’est pour cela , sans doute , qu’on l’a considérée comme une espèce de syllogisme sans terme moyen, comme un raisonnement immédiat, que Kant voudrait nommer un raisonnement de l’entendement ( ein f'erstatidesschluss ), pour le distinguer du raisonnement ordinaire ( Vernunft schluss ) 2 . Voici à peu près toutes les règles de la

* ïu\\<r/ia[.tbs ôi turt Xoyss iv tï , rtStvTwv ti'ïuv , êrepov ri tüî* xujj-îvuv 15 avdtyxTis oiiptëai'vuTw rotSra icvxt. A Si TW Taüra ùvat, TO oti Ttxürx aujxêai'vsiv : rb Si àii txütx av/iêxlvuv rb ftr)Sfvb( èçu- Osv opo 'J irpaoSilv rrp&s rb yfïarflat T b dcvayxaîov. Toutes ces propositions se succèdent dans l’ordre où je viens de les exposer. Il eu sera de même des snivantes. Je ne me réserve que le droit, qui doit appartenir à l’analyse, d’en faire sentir l’enchaiuement.

3 Critique de la raison pure, iutroduct. à la dialectique transccnd.

conversion : \ 0 Une proposition générale et négative doit être convertie dans une proposition de même nature , c’est-à-dire , dans sa réciproque. Par exemple , si aucune volupté n’est un bien , il faudra dire aussi qu’aucun bien n’est une volupté. 2° Une proposition générale et affirmative se convertit en une proposition particulière de même qualité. Par exemple , si toute volupté est un bien, il faut admettre par conversion qu’il y a des biens qui sont des voluptés } mais on ne dira pas la même chose de tous les biens.

3° Une affirmation particulière se convertit dans sa réciproque comme une négation générale!

4° Il n’y a pas de conversion possible pour une proposition particulière négative. Ces règles s’appliquent également à toutes les propositions , sans distinction de modalité , comme on dirait dans le langage du criticisme l .

Après toutes ces définitions et ces prolégo-

1 La démonstration de ces règles remplit entièrement les ch. 2 et 3. En voici les formules principales : >i ybi xafiGln »

OTCp/iTtxïi , xaOc avrtarpÉcpet. — T>5v xar7)yopiX7jv àvrtcrrpstpsiv p.iv àvayxaîov , où /xèv xaOôXou , h fxipu. — Tûv Si iv fxlpst r rp jxiv xaraçpanx^iv avrtoTpi<pav àvàyxjj xarà fxépoç. — Tè Si iv jxé pa arspririxov St/x âvrorrpifu.

ANALYSE

mènes , dont nous n’avons presque rien omis f parce qu’ils nous semblent réellement nécessaires , on arrive enfin à la science de la démonstration , que l’auteur divise en debx parties , comme nous l’avons déjà dit, et même en deux traités distincts , qui ont chacun leur titre particulier : dans l’un , on fera connaître la forme de la démonstration , c’est-à-dire , tout ce qui concerne le syllogisme qui est au raisonnement ce que la proposition est au jugement. Dans l’autre, on examinçra la démonstration ellemême , ses bases , sa valeur et ses règles; Il faut commencer par le syllogisme, qui est la forme et la condition générale de toute démonstration *.

fJrrmièrr partir. — Premières Analytiques ,

Oü DO

Syllogisme.

Si le principe de contradiction ou d’identité est le principe suprême , le critérium unique de toute vérité , ainsi quon le démontre très-

* Voyez, un peu plus loin, ce qui est relatif à l’authenticité*

longuement dans le troisième livre de la Métaphysique , il est évident que le syllogisme doit être la forme générale de toute démonstration , car il n’est que l’expression de l'identité 5 non pas sans doute de l’identité ontologique qui est le caractère fondamental de l’idée de substance ou d’être , mais de l’identité logique , comme celle qui existe entre plusieurs propositions particulières, vraies ou fausses, qui sont comprises dans une seule et mime proposition générale.

En effet , lorsque , par exemple , j’affirme séparément que tel homme et tel autre sont mortels , je répète ce qui est déjà exprimé par cette proposition générale : tous les hommes sont mortels. En un mot , le syllogisme , quand il est bien lait , nous montre qu’en affirmant ou en niant ce qui est maintenant en question , nous ne faisons que répéter , au moins en partie , une vérité déjà reconnue. Il ne faut donc pas s’étonner si Aristote , peut-être le plus conséquent de tous les philosophes, s’est tant appesanti, nous a laissé tant de règles et de détails sur la construction du syllogisme et sur l’art de s’en servir. Ces règles et ces formes multipliées ont été si long-temps à peu près le seul objet de

l’enseignement philosophique; on a si longtemps gémi sous leur torture ; elles sont encore si universellement connues , qu’il n’est pas nécessaire , je pense , de les reproduire dans cette analyse avec une minutieuse exactitude; nous nous contenterons de les rappeler sommairement et de faire connaître , si nous le pouvons , la méthode et l’esprit qui ont dirigé leur premier inventeur.

Malgré l’immense confusion que l’on croit y découvrir à la première lecture , il y a pourtant , dans le traité particulier dont nous allons donner la substance , un plan aussi régulier et /aussi sage que dans l’ouvrage dont il fait partie , ou dans les analytiques considérées dans leur ensemble. Il se divise en trois sections, dont la distinction est beaucoup plus naturelle et d’une authenticité bien plus facile à démontrer que celle des deux livres si généralement reconnus. Dans la première , on s’occupe simplement de la construction du syllogisme ou de sa forme proprement dite ( yhttn ig zü>v ov)lo — yu}[M>v ) ; dans la seconde , on expose les moyens d'en trouver les matériaux : elle pourrait être intitulé èvpanç ; enfin , dans la troisième , on

apprend l’art de combiner le syllogisme et de ramener le raisonnement , de le réduire à sa forme naturelle et primitive , lorsqu’il en a été écarté par le langage vulgaire ou oratoire. En tète de cette troisième partie , on pourrait écrire le mot dai'fx taiç *•

§ 1 er . De la Construction du Syllogisme

( yéysatî rdiy ovW.oytapLv ).

Pour construire un syllogisme régulier, il faut trois termes , dont le dernier doit être entièrement renfermé dans celui du milieu } mais celui du milieu peut être ou n’être pas renfermé dans le premier. Dans un cas , le résultat du syllogisme est positif ; dans l’autre ,

1 II est vrai que ce plan n’est pas indiqué dès le oommencement , mais il est clairement formulé dans les textes suivants ; Su /xivov hui Sel fltwpuv ri;v -/ivtatv twv eiAXeyujptâv , 4) Xi *al t»i» Süvx/uv tx uv (premières analyt., liv. 1, ch.

27). —Ei T7jv ylvimv rüy juXXoyie/iiv 6aor,o!uiv xal roü tupfrauy fyot/itv Sûvafuv : frt Si tous ycytvr.ptivovî dtoaXùotutv itj rà wpoupj)- H éva ayiuxrx , teXos 5v tyoi ii Ap^ç wpSSssii (ib. , ch. 52). Il a été reconnu par un des plus savants éditeurs des oeuvres d’Aristote, parBuhle (tome 2, Argumentum Analyticorum),

ANALYSE

il est négatif. Le ternie le plus important est donc celui du milieu, qu’onappelle , pour cette raison, le moyen (tô péaav , terminus médius).

11 est à la fois sujet et attribut ( i km u-j~ 1 èv à)./.ÿ km x/J.o èv 70 'jtù écrit ). Le premier, qu’on appelle le grand terme ( rô ftéeÇov , terminus major ) , tient exclusivement lieu d’attribut (àu-à ev ôlXw 2v), et le dernier, qu’on appelle le petit terme (ro etarrov, terminus minor ), représente toujours un sujet ( èv <L àl/jo evzt ). Le grand et le petit terme sont aussi nommés les extrêmes (rà à'xpa). Les di- \ verses manières dont on peut disposer ces trois éléments généraux et indispensables de tout syllogisme donnent naissance aux figures ( rà ) , qui sont au nombre de trois. La quatrième figure, qu’on a placée plus tard sur la même ligne que les autres , n’est pas mentionnée dans le traité des Analytiques , ni dans aucun autre ouvrage d’Aristote L

Dans la première figure , les termes sont disposés dans leur ordre naturel , c’est-à-dire que le terme moyen , à la'fois sujet et attribut ,

Llr 4. — Voy. Kant, de \a fausse subtilité des 4 figures syllogistiques.

est placé entre les deux extrêmes ( ycoci T'/] hi'jzi ymzau uinov ) dont il opère la réunion , sans demander aucun effort d’intelligence. Il n’y a dans cette figure que des syllogismes réguliers. Elle est la plus parfaite et suffit à elle seule pour résoudre tous les problèmes imaginables. Les règles auxquelles elle est subordonnée sont les règles et les conditions générales de tout syllogisme 1 .

Dans la seconde figure , le terme moyen joue deux fois le rôle d’attribut : une fois dans la majeure } une seconde fois dans la mineure } et les deux extrêmes représentent les sujets de ces deux attributs. Tous les syllogismes qui appartiennent à cette figure sont irréguliers ( réÀetoç fxèv b’ùy. iazcei mXJxryiafjÀç otôafwç iv zovzü> cyr,^jjxzi ) , et conduisent à une conclusion négative , quelle que soit la quantité de leurs prémisses 2 .

Enfin, dans la troisième figure, le moyen est deux fois considéré comme sujet , et chacun des deux extrêmes comme un attribut. Pourvu que

1 A/jXov Si ort reér/rzç « iv àtmp auXXoy ta/jol rfXstoi état..,, xxi on TT&VTX TX 7TpoÇy.qfJiXTX Ôl(xVUTXl Si* TOUTO’J TOD O/^/XXT 0 { (ch. 4).

a Où yiv&rxi xzTxoxTubç ovXXoytcrptôj oix ro'jroj aftfjuxTOi àXX* 7ràvr£Ç ffTSpy.TlXOt (cil . 5).

ANALYSE

les attributs ne soient pas tous deux négatifs , la conclusion , et par conséquent le syllogisme, sera possible 5 mais il ne sera jamais régulier , non plus que dans la figure précédente (t&mos fi-v oui/ 0 v yivezxi ovk\oyiaiib$ ou3i èv toutm ayjhuxxi. Auvoeto; 3 tarai ) *.

Après avoir été étudiées séparément dans les moindres détails , ces trois figures sont examinées de nouveau d’une manière sommaire , et subordonnées à des conditions ou des règles générales, dont voici les plus importantes: ^Lorsque les deux extrêmes sont des termes particuliers, quelle que soit d’ailleurs leur qualité, le syllogisme est impossible. 2° Lorsque l’un est affirmatif et l’autre négatif , pourvu que ce dernier soit pris dans un sens général , la conclusion, sera négative. Dans tout autre cas , la conclusion est positive. Or , tels étant précisément les caractères de la première figure , il en résulte que toutes les autres peuvent se ramener à celle-ci ( fort 3è xvxyor/eiv irocvrccç tous auXXoyttT/wùs à? tous èv tw Kjowtü ayvyxrt xstOo/.ou ao’/./.oy wuoù; ) 2.

‘Ch. 6.

2 Ch. 7. "

Outre ces figures , on a reconnu plus tard un grand nombre de Modes dont chacun a ses

règles particulières qui varient suivant la figure à laquelle il appartient ; mais ni le nom ni la chose qu’il désigne ne se rencontrent dans les œuvres d’Aristote i. Encore bieu moins faut- il

lui attribuer l'invention de ces mots barbares par

lesquels on a désigné après lui toutes les combinaisonsqaossibles du syllogisme. Seulement, après avoir fait connaître les formes générales de la démonstration et les conditions sans lesquelles

il ny a pas de conclusion possible , il veut savoir

quelle sera la nature de cette conclusion , quand on établit dans les prémisses la différence du nécessaire , du contingent et du possible. ,

Si les prémisses sont toutes deux des propositions nécessaires, la conclusion sera également nécessaire } elle sera affirmative ou négative , selon les règles générales du syllogisme , et il

n 1 y aura rien de changé que raddilion du terme

i On y trouve une ou deux fois le mot rpc>7ro* dans le sens *

attaché par Kant.à celui de modalité. Encore n'esl-ce pas dans le texte, mais dans un. titre dont l'authenticité est plus

que suspecte; c'est celui des ch. 12 et 13 du traité de lin-

terprélatiou ‘ ntp't rwy «Tro^xvaecüV rwv wtr-i

ANALYSE

qui exprime l’idée de nécessité. Cette règle s’applique indistinctement à toutes les figures 1 .

La conclusion est encore nécessaire, quand même l’une des prémisses serait contingente , pourvu que l’autre soit une proposition nécessaire. Mais il faut , lorsque le syllogisme appartient à la première figure , que cette proposition renferme le grand terme , c’est-à-dire , qu’elle ne peut être que la majeure. Dans les autres figures, il suffit qu’elle renferme l’un des extrêmes et qu’elle exprime une négation générale. Une proposition générale , mais affirmative , ou une proposition particulière , quelle qu’en soit la qualité , ne pourrait pas conduire à une conclusion nécessaire. Voilà à peu près tout ce qu’on peut recueillir dans trois énormes chapitres 2 .

Avant de rechercher dans quels cas la confusion est contingente, Aristote établit une distinction très-importante entre cette idée et celle ' du hasard. Le mot contingent , dit-il ( ?o evSe- ■/oyivov) , s’applique indistinctement à deux sortes de faits , les uns qu’on ne saurait prévoir et qui

* Ch. 8.

J Clfcf, ltfet U.

ne sc reproduisent jamais dans un ordre déterminé } les autres, que l’on prévoit facilement^ parce qu’ils se reproduisent fréquemment et toujours de la même manière. Les premiers ne peuvent pas être l’objet de la science, et par conséquent ne sont jamais exprimés sous la forme du syllogisme. Les derniers sc divisent d’eux-mêmes en deux classes : ceux qui peuvent être , mais qui ne sont pas encore , et ceux qui existent actuellement, mais qui pourraient aussi ne pas exister; c’est-à-dire, les faits possibles etlesfailsréels 1 .

De cette distinction résultent plusieurs cas part culiers qui peuvent exercer de l’influence sur la naturede la conclusioneldonnernaîssanceàdes règles nouvelles. Au moins devaient-ils fixer l’attention de celui qui le premier a cherché, par la méthode d’observation , à déterminer les lois et toutes les formes possibles du raisonnement. Us sont au nombre de trois : 1“ les prémisses peuvent exprimer toutes deux l’idée d’un fait contingent, mais réel } 2° elles peuvent exprimer toutes deux l’idée

1 Tè £v$t£sa07.i.y.xTx &uo \iytrxi rptÎTroys : ?va juèv rô tri to 7Tt5>y yi'vwOot.... a).Àov oè rporr ov tô aoptOTOv , o xxl oyri>$ xxt wutcüs oûvxtÔVj CtC. (Ch. 12.)

ANALYSE

du possible, dans le sens que nous y avons attaché tout-à-l’heure, d’une chose qui n’existe pas encore, mais qui est dans les lois de la nature } 3° lorsque l’unerenferme l’idée du contingent proprement dit (ro vzizpxov)f l’autre peut exprimer celle du possible (rô «vSc^opivov). Chacune de ces trois circonstances est observée successivement dans les trois figures du syllogisme, où il faut encore que l’on prenne en considération la quantité et la qualité des propositions. Sans doute ces observations détaillées , qui remplissent à peu près dix chapitres 1 , ne conduisent pas à des résultats très-utiles \ mais ces résultats , pouvait-on les connaître sans les chercher ? Aristote lui-mème , après qu’il y est arrivé, n’y attache pas plus d’importance qu’ils ne méritent, puisqu’il dit expressément que toutes les formes possibles du raisonnement se réduisent aux trois figures , qui elles-mêmes peuvent se ramener à la première , en dehors de laquelle il n’existe pas de syllogisme régulier 2 .

' Depuis le eh. 15 indus! v., jusrfu’au ch. 22. Première» . analyt. , liv. 1.

1 n*î«v àiriôetîtv x*i rrivTa auXloyiopièv àïàyxn yivssOai ôli rpiûi» TÜv irpoupJijulyu» Toutou 3è oei^Oivros Sr.lov w{ iras te

Tout syllogisme , à quelque figure qu’il appartienne, et quelles que soient ses prémisses , a pour but de prouver qu’une chose existe ou n’existe pas. Or , ce but peut être atteint de deux manières : l’une , directe (5tà roü ixôec j&ac), lorsqu’on part d’un principe reconnu vrai , dont on tire une conséquence légitime 5 et l’autre, indirecte ( otà roü àouvarov ) , lorsqu’on renverse une hypothèse absurde par l’absurdité de ses conséquences i . On peut donc , sans rien changer aux règles générales qu’on vient d’exposer , distinguer deux espèces de syllogisme : le syllogisme démonstratif ( èt Seixrtxôt ) que nous nommerons plus justement, avec Kant, le syllogisme catégorique, celui dont on fait un si fréquent usage dans les sciences mathématiques , et qu’on appelle dans notre langue , comme dans celle d’Aristote, la réduction à T absurde ( èts rô ecSûvarrw à 7 roywy> 7 , ou simplement àTritywyw). Mais ce genre de démonstration n’est qu’un cas particulier du syllogisme

av\\oyi.G}ibç èmrz\uo ; jrca St» tou 7rpwrou ff^/Aaroj xai àvâysTae ètç ro'jç iv tout co xaOàXov <jtAXoyt<y//oùî (ch. 22).

1 Eîti Sèxat otà tou àouvàTOUxai tou exOeoTat 7roteïv t^iv àTnJost^tv. .. («*•)

ANALYSE

hypothétique (U èx vjroÔé(rcwç). Un peu plus loin il est question d’une troisième espèce de syllogisme dont on ne parle pas beaucoup, parce qu’il n’est pas d’un usage aussi général que les précédents, et qu’il appartient à la Dialectique plutôt qu’à l’art de la Démonstration : c’est le syllogisme disjonctif, désigné par ces mots : »j oii tüv yévuv àizLpi'ttÇ) ou simplement Suzipscn;. Cette division de tous les syllogismes en trois classes , catégoriques , hypothétiques et disjonctifs , est celle qui a été reconnue par Kant, et dont il sait tirer un parti admirable dans sa Dialectique Transcendentale 2 . Elle représente , comme on sait , la catégorie de la Relation. Le nécessaire, le réel et le possible, qui font la matière des considérations qui précèdent, sont compris sousle titre général de Modalité. Enfin, la distinction des différentes figures est entièrement fondée sur la Quantité et la Qualité. Ainsi, le syllogisme est envisagé sous les mêmes points de vue que la proposition, et le traité de l’interprétation est à la fois l’antécédent logique et l’antécédent chronologique de l’ouvrage que nous examinons maintenant.

' Ch. 51.

3 Critique de la raison pure, p. 208, 7* edit.

DE L’ORGAMJM D’ARISTOTE. 79

Telles sont en substance les règles les plus utiles qui se rapportent exclusivement à la construction du syllogisme. D’abord noyés et comme • perdus dans une multitude défaits minutieux, qui ne pouvaient pas être négligés par le premier qui a voulu fonder l’art de raisonner sur l’observation du langage, et parce qu’il faut avoir examiné une prodigieuse quantité de faits , avant de trouver un petit nombre de lois ou de règles véritablement utiles , ces résultats sont reproduits avec beaucoup de lucidité et accompagnés d’observations nouvelles dans un résumé assez étendu 1 , qu’on. prendrait pour une répétition surabondante, si l’on ne connaissait pas l’esprit, la méthode et la division de ce traité. Puis, avant d’abandonner ce terrain et d’indiquer les matériaux du syllogisme , l’auteur fait une réflexion générale dont l’importance égale au moins la justesse , et qui pourtant n’est que la conséquence légitime de ces observations syllogistiques que le critique le plus pénétré de respect pour le génie antique , dont les dépouilles pourraient encore enrichir bien des intelligences modernes ,

* Ch. 25, 24 et 25 j Premières Analjt. , tir. 1.

fO

ANALYSE

ne peut s’empêcher quelquefois de traiter avec dédain et de lire avec impatience : « Nous savons, » dit-il, par tout ce qui précède , que les propo- » sitions générales et affirmatives ne peuvent se » démontrer que par la première figure ; les pro- » positions générales et négatives se démontrent j> par la seconde et par la troisième } les pro- » positions particulières, par toutes indifférero- » ment, et dans chacune de plusieurs manières. s> Or, les problèmes les moins faciles à résoudre » sont évidemment ceux qui n’offrent qu’un seul » moyen de solution 5 donc il n'est rien de plus » difficile à démontrer que les principes géné- » raux , soit positifs ou négatifs , mais particu- » fièrement les premiers , parce qu’un seul fait s suffit pour les renverser , et il en faut au » contraire un très-grand nombre pour les » rendre dignes de confiance. On s’aperçoit en » même temps qu'il est bien moins facile d’édi- » fier que de détruire *. »

' C’est à peu près la traduction du ch. 26 : n yiv ouv nn-

çartxôv fè xxOSVo i ôià ni jrpürb'J <r/r\iixm otixvuTxt uovov xxi Six roùrryJ uovxyi; . . . . yàvspov Sjv Sti TÔ xxOilaj xxt r,yopuc&» xxrx- {XVJ&3M jiiv /xXl-'jTarDV , xvxaxîniiM Si pianj , xai yxp r’v Ttvt

§ 2. Des Matériaux du Syllogisme.

De tous les matériaux qui peuvent entrer dans la construction du syllogisme , soit comme moyens , soit comme objets de démonstration 7 les uns représentent exclusivement des sujets et ne peuvent jamais servir d'attributs } les autres représentent exclusivement des attributs et ne peuvent jamais servir de sujets. Les premiers sont les êtres individuels qui ne parlent qu’à nos sens et dont l’existence ne peut pas être démontrée } ils sont au-dessous de la science : les derniers sont les idées abstraites et universelles , qui servent de base à toute démonstration , ils sont au-dessus de la science. EnGn , il y en a qui tiennent le milieu entre ccs deux extrêmes 7 qui peuvent servir en même temps et de sujets et d’attributs , et ceux- là sont les véritables objets de la science et des démonstrations scientifiques.

Dans cette simple division , il n’est pas difficile

f&i Û7r«p^>i àv^pr.rot. — A ua ôè o/jXoy ou xxi tô avx&xîvàÇav roj xarxcrxiudÇciv pâov (cil. 26).

ANALYSE

de reconnaître l’auteur de la Métaphysique , qui cherche constamment à marier la sensation, à l’idée, ou la raison à l’expérience, et qui repousse également l’empirisme et le rationalisme exclusifs, en accusant le premier d’être contraire à la science et le second à la réalité. Cette harmonie se fera encore mieux sentir par la suite *.

Quand on a choisi son sujet , il faut le définir ; il faut en déterminer la nature et les propriétés } il faut remonter à ses principes , le suivre dans ses conséquences , et en un mot l’emhrasser sous toutes ses faces. Pour bien connaître les qualités d’une chose , il est nécessaire de les diviser en trois classes : les unes essentielles , générales , et qui entrent nécessairement dans sa définition (ocra èv rw n hxl ) $ les autres, particulières, mais permanentes ( xi fôu* ) , et enfin les simples accidents {xi rjucEcrixjoxa) ou circonstances fortuites ,

1 Ârràvrwv orj rwv Ôvtwv rà ptiy tari rotat/ra w<tt« xarà

ak\o'J xaT7jyopct<x0ai , xxrà Si royrwv aXXa : rà Si àurà /xiv

xar aXXa>y xarqyopurat xarà toûtojv oi oTXXa 61» xotTïjyoptÏTflU : rà Sè xai àurà aMcov xai àurvv 2repa,ctc., ch. 27.— Conf., Mctaph. , liv. B , pass. la Critique de l'école de Zéoon et des naturalistes (ot <p<uo).iyoi)). v.

sans généralité et sans durée *. Mieux on observera toutes ces règles, et plus prompts et plus sûrs seront les résultats. Ce serait peut-être ici le lieu de parler de la définition ; mais il en sera question plus tard, dans le traité de la Démonstration proprement dite et de la Dialectique.

Après avoir exposé le très-petit nombre de règles générales qui appartiennent au point de vue où nous sommes placés maintenant , l’auteur examine , suivant son habitude , quel usage on en doit faire dans les différents cas particuliers que nous avons énumérés précédemment 2 , et si elles pourraient servir également pour toute espèce de syllogisme. Jusqu’à présent on peut compter trois espèces de syllogisme , comme nous savons : le catégorique ou le démonstratif \ Y hypothétique , ou la réduction à l’absurde, et le disjonclif. Mais le dernier n’étant dans l’opinion d’Aristote qu’un argument très-faible ( àaQsviç avX), oyivfjuàç ), et souvent même un véritable paralogisme ( o fù'j yàp 3sï oct \a.i oureïrou ) , n’appartient

' Aiaipe-rtov rû» irroptivtnv ôaa r* iv rû rl «art, xal ïsa tij îôta

xai 5sa tit au/iSsÊ/ixora xxTJiyopstrat , CtC. (Ch. 27.)

J Ch. 28.

Si

ANALYSE

pas beaucoup à l’art de la démonstration ou à la méthode syllogistique dont il est exclusivement question dans ce traité ( /xUpiv ri pàptov inr't vnq «pjpéwjç psdidov Quant aux deux premiers , il n’existe entre eux aucune différence , ni dans les matériaux , ni dans la forme , ni dans le résultat. Ils se composent également de trois termes et de deux propositions ; ils admettent les mêmes figures et l’on peut indifféremment les employer l’un ou l’autre pour arriver à la même conclusion. Par conséquent, il faut aussi qu’ils aient les mêmes lois et les mêmes règles K On comprend sans peine qu’il y a peu de chose à dire sur ce sujet , envisagé comme il est sous un point de vue purement matériel. En effet , lorsqu’on connaît exactement la construction du syllogisme , quand on l’a étudiée , comme il l’a fait jusqu’à présent , dans son ensemble et dans ses détails , il n’est guère possible de ne pas connaître en même temps les propositions et les termes dont il doit se composer ; par conséquent , il ne reste rien à ajouter sur

' Nùv St foooDrov H/uv iarù SâXov Sri iij mxünx êXtjrrfov S«xrtxüs ri Eo Aouivou tnAXoytÇscrSottiiai iis ro àSûvxrov xy&yuv (ch. 29 et 30).

DE L’ORGAPTDM D’ARISTOTE. 85

Part de les trouver qui fait précisément l’objet de la section que nous examinons maintenant. Les véritables matériaux du syllogisme, c’est-à-di?e , du raisonnement , ne sont ni les propositions, ni les termes , mais les faits, de quelque nature qu’ils soient, visibles ou invisibles. Or , les faits ne sont connus que par l’observation. Ainsi , l’art de trouver les matériaux du syllogisme n’est pas autre chosè que l’art d’observer , ou la méthode que Bacon et Descartes ont découverte deux mille ans plus tard. Cependant , Aristote a fort bien senti l’insufiisance du raisonnement et de toutes ses formes. Quoiqu’il n’en ait pas tracé les règles, il a compris aussi bien que les philosophes modernes; il proclame hautement la nécessité de l’observation et de l’expérience. De son propre aveu , la méthode syllogistique n’est bonne qu’à abréger les recherches et à fixer notre attention sur un petit nombre de principes incontestables ; mais elle ne peut pas nous dispenser de l'expérience , car c’est elle au contraire qui doit nous fournir les principes de toute science et les bases du raisonnement ( tas pl'j àpyàz rà; vegi itucmv èfinzi pîxi È7zi -xpMo-Z-jxi )• Ce n’est qu’après avoir exactement observé les faits txzvüg rüv

fouvotUmv ) qu’on peut se flatter de raisonner juste et de démontrer la vérité 1 .

§ Z. De la réduction du Syllogisme à ses éléments et à ses formes primitifs.

Il arrive souvent qu’une démonstration est entièrement défigurée dans l’expression , qu’elle est mutilée ou délayée. Il faut alors la ramener à sa forme primitive et la réduire à ses éléments indispensables. La marche qu’il faut suivre dans cette œuvre de décomposition n’est pas celle qui a été prescrite dans la construction du syllogisme. Là , on commence par les termes \ puis avec les termes on construit les propositions , c’est-à-dire, les prémisses, et enfin l’on arrive à la conclusion. Ici, au contraire, la conclusion étant donnée, il faut d’abord chercher les prémisses , avant de porter son attention sur les autres éléments, parce qu'on trouve plus facilement le composé que le simple. C'est donc avec raison que l’on

* Éi» X>i<p9>; t* Jràpyovr* irep! Sxkstoj , ruiriçov Jîri ràt ocir»~

SilÇîiî Jroljuuî JuyocvfÇeiv (ch. 30).

DE L’ORGANU D’ARISTO

donne à cette partie le titre O! Analyse (àvaltwiç) L

Il n’est pas tout-à-fait aussi facile qu’on le pense de trouver les prémisses d’un raisonnement qui n’est pas exprimé sous la forme logique. Souvent elles sont cachées par une foule de propositions inutiles , étrangères , ou qui n’appartiennent qu’indirectement à l’objet de la démonstration. Quelquefois elles sont complètement omises, parce qu’il y a des vérités si évidentes qu’il suffit de les énoncer pour les faire adopter sur-lechamp. Si tout syllogisme bien fait conduit à une conclusion nécessaire, il n’en résulte pas que tout ce qui est nécessaire soit la conclusion d’un syllogisme. Il faudra donc retrancher le superflu et suppléer à ce qui manque. Les prémisses étant trouvées , il faudra les comparer entre elles et distinguer la majeure de la mineure 2 .

Après avoir ramené le raisonnement tout entier à ses propositions essentielles , on essaiera pareillement de réduire chaque proposition à ses

* ITpwTOV oet 7TUf-x7Ùcu t «( oûo Trporàsei$ ixXaptGivav Tûy otAXoyio-

pLOu , pâov yàp iis ra fiîlÇuy ot£>etv , rà iXdcTrw : //ttÇw r% eryy-

xuu£va : ») rà i% owyxetrat (ch. 32).

2 Ib.

ANALYSE

termes indispensables , et l’on commencera ses recherches par le terme moyen , car , celui-là étant trouvé , il ne sera pas difficile de déterminer les deux autres. Or , le moyen ainsi que les extrêmes ne conservent pas toujours la place qui leur appartient ; on essaiera de les reconnaître à d’autres caractères beaucoup plus essentiels et moins trompeurs. La démonstration de ce seul * point remplit plusieurs chapitres 1 , parce qu’on le prouve successivement pour toutes les figures , au moyen des lettres de l’alphabet , comme cela se pratique dans tout l’ouvrage. Il ne faut pas croire non plus qu’un terme du syllogisme ait toujours besoin d’être matériellement représenté par un terme de la langue , ou par un seul mot \ ils sont quelquefois exprimés par des propositions entières , comme il arrive fréquemment dans les sciences mathématiques. Lorsque cela n’a pas lieu , il peut arriver que les mots qui les représentent soient détournés de leur signification ou de leur forme primitive } ce qui change entièrement les conditions de la démonstration.

' La moitié du ch. 32, depuis ces mots : ïtrat mis êpws -, les ch. 33 et 54 tout entiers.

Il ne faut donc pas craindre de remplacer un terme par un autre , un mot par une phrase , et plus souvent encore une phrase par un mot , quand cela peut servir à rendre le raisonnement plus intelligible et sa forme plus simple 4 . Il faut pourtant faire une différence entre le syllogisme démonstratif et le syllogisme hypothétique. Il ne faut pas tenter de ramener ce dernier à une forme plus simple , parce qu’il repose sur une simple convention à laquelle on ne doit rien

changer , meme dans l’expression. 11 en est de même de la réduction à l’absurde ; qui n’est qu’un cas particulier du syllogisme hypothétique. On ne parviendra pas, par ce moyen, à convaincre son adversaire , si l’on ne conserve religieusement tous les termes dont il s est servi pour exprimer son hypothèse 2 .

Une fois le syllogisme reconstruit dans la tota-

1 Ch. 35, 36 et 37. — Au 8è xal // 2 rxXa//S«vsiv à to auro àôvarxt , ov<5/*ara avr *’ ivoui crwv xxi X<5yo j$ àvri Xrfycov , xai lu àvrt Xôyou touvo/x* Xa ( uê<4veiv (ch. 37).

Toys èÇ ’j~oQî<szoiç auXXoytcr / y.oûs ou TruparÉov àvàyuv ou yàp ôtà auXXoyis/xou Ssottyjuévoc ûaiv , àXXà oià ouvQjixr.s a>//o),oy naivoi ràvriS

(ch. 38).

ANALYSE

lité de ses éléments, tant simples que composés , il est facile de voir par la nature de sa conclusion à quelle figure il doit appartenir. Alors on peut, si l’on veut, lui en substituer une autre, en déplaçant les termes et les propositions , sans changer leur valeur $ car toutes les figures peuvent se résoudre les unes dans les autres , et par conséquent être ramenées à la première , qui seule réunit toutes les conditions de la perfection. Les syllogismes qui ne pourraient pas soutenir cette épreuve ne seraient pas légitimes et n’appartiendraient à aucune autre figure 1 . Puis viennent quelques préceptes sur la place que doivent occuper l’affirmation et ta négation, sur l’art d’éviter la tautologie et la contradiction , dans le cas où le syllogisme renfermerait des propositions indéterminées. C’est ce passage qu’on veut désigner dans le traité de l’Interprétation, où le même sujet est développé avec beaucoup d’étendue a .

Les trois points de vue sous lesquels on vient ' Ch. 59.

1 Ch. 40. Voy. r«pi ippwtias (ch. 10).

d 'examiner le syllogisme sont seulement la matière de ce qu’on appelle le premier livre des premières Analytiques. Aussi ; est-il assez difficile de déterminer nettement de quoi traite le second livre ; car il sort absolument du plan que Fauteur s’est tracé dans le premier. Les commentateurs de l’école ont dit que celui-là considérait le syllogisme dans le moment de sa formation , in fieri , et celui-ci , dans le moment où il est déjà tout formé et tout construit , in facto. Cette obscure subtilité n’avance pas beaucoup la solution de la question. Il est pourtant impossible de nier l’authenticité de ce fragment, et l’on voit dès les premiers mots , qui rappelle nt brièvement les divers points de vue que nous venons de parcourir , que sa place est immédiatement à la suite de tout ce qui précède, et qu’il fait réellement partie du traité sur le syllogisme. Il me semble qu 'après avoir donné une description complète de cette forme de démonstration , qui est évidemment l’objet de sa prédilection , qu’il regarde comme la plus générale , la plus régulière et la plus décisive, Aristote devait chercher s'il n’en existe pas encore d’autres; il devait essayer d’en donner une idée exacte ,

ANALYSE

quoique moins étendue, ainsique les diverses transformations ou applications du syllogisme luimême » Or, je ne crains pas d’affirmer que tel est précisément l’objet de ce second livre , qui ne rentre pas dans le plan, mais qui est un supplément nécessaire du premier.

En effet, à part les quatre premiers chapitres, où l’on prouve séparément pour chaque figure (fait assez évident par lui-même) que la fausseté des prémisses n’empêche pas toujours la conclusion d’être vraie , il ne renferme pas autre chose que l’énumération des divers moyens de démonstration qui se distinguent du syllogisme, au moins par leur forme extérieure. Mais tous ne doivent pas trouver une place ici, parce que les uns ont déjà été exposés plus haut , et sont dans le texte l’objet d’une répétition que l’on pourrait excuser, s’il le fallait, par les développements nouveaux, quoique bien minutieux, dont ils sont accompagnés. Tels sont, par exemple, ceux que nous avons nommés la Conversion (ri àvri<rrp£<pciv), ou le raisonnement immédiat, et la réduction à l’absurde (xnar/vyri icç adîiwarov ) . dont chacune remplit plusieurs chapitres. Telles sont encore les conditions de la contradiction dont on peut se

servir pour la réfutation ( itpàç rô damnevs^sn ). Les autres n’appartiennent pas à la démonstration , mais à la discussion , c’est-à-dire , à la dialectique et non à la méthode proprement dite. Nous les retrouverons plus tard dans les Topiques et les Arguments Sophistiques. Nous voulons parler du Cercle (rô xûxXw xaù £, à/J~rù.wj SsiV.viaÇai), de la pétition de principe (rô h dpyrj amfcOou') , de celui qu’on appelle : tô pii r.ocpà. rouro avpêsdv-zn rô 'fyzv- 5ôç , et qui n’est pas autre chose que le non causa pro causa; des moyens de surprendre son adversaire par une conclusion inattendue (rô •Mcrtxavlïoyi- ÇeoGoct) $ des moyens d 'éviter une telle surprisc(Tr^ rô fjoî MxzaajvXhr/l^eaBcu)^ de l’argument proprement dit ( ô ), ou syllogisme de la contradiction (avrœsÔKwç av).).oyiapiç) i et de quelques autres sophismes désignés ici sous le nom général de surprise : xorà rr,v vm)r,ÿiv àxdzri h

Les seuls dont nous puissions rendre compte,

* Voici l’ordre dans lequel ils sont énumérés, avec l’indication des chapitres qui leur sont consacrés : 1° rô xvxïu StUwoOu (ch. 5, 6 et 7). — 2° Tô «ynarpt^av (ch. 8, 9, ÏO). — Aniyuy»! i<î àStivarov (ch. 11,12, 13, 14). — 4° ITspi tüv àvrutapi évuv (ch. 13 , 16 , 17). — 5° Tô iv àp y>ij* àtTitsDxt (ch, 18), — — 6° Tô ptjj 773tp à toùto (ch. 19). — 7“ Karà oxi.Xo-

' ANALYSE

sans anticiper sur l’avenir et sans retourner vers le passé, sont les suiv ants :

1 ° L 'Induction (èrcxywyr)). N’en déplaise aux partisans exclusifs de Bacon et de la philosophie moderne , Aristote a certainement connu l’induction } il en a compris la nécessité et le véritable caractère , car voici à peu près en quels termes il en parle : « Il n’y a que deux moyens d’arriver » à des connaissances certaines : le Syllogisme et » 1 Induction. On raisonne par Syllogisme quand » il existe un terme moyen 5 quand il n’y en a pas , » on raisonne par Induction. L’Induction est en » quelque sorte l’opposé du Syllogisme. Celui-ci » est naturellement le premier et le plus géné- » râlement connu ; mais celle-là est , à mon j> avis, l’argument le plusclairCwap/faTs&oç) 1 . » Un peu plus loin, il la définit : un raisonnement par

ytiju&m t (ch. 20 et 21). — 8“ To p, mtmMo ylfaBxi (ch. 22). — 9" Kit* T»|V ùri\n^tv ir&m (ch. 23 et 24).

* AttiScvt* rwTîûo.uev ri Stà ajXXoyitjptoiî , ÿ- faayuyj)(. ‘2 k uèv ion pimv , Stà toü uiaoj A auXXoyta//ôs : £y Si pir, iart St ’ t-iy.iyüj. Kat rpirov rtya ivfixstTat >j èitayuyri ™ ouXXoytaptü ; A fùv yàp Stà ■roS /lim j rb Æxpov roi Tp(r<f SsbtVJttv : ij ài Stà roÿ rpfro j ro âxpov rtS fiinw. $Û3it /ilv oJy trpÔTtpoj xa! yvMptptÛTïpos A Stà nû t/iioj ouXXayt»ptô{ : r,u.iv Sé Ivxpytoripos A Stà TÏ,i imtyuyf.» (ch. 25).

lequel on démontre le général à l’aide du particulier *. L’exemple qu’il choisit pour nous faire comprendre la nature de ce genre de démonstration, nous montre que lui-même l’a parfaitement comprise , et qu’on l’a faussement accusé d’avoir confondu l’induction avec l’exemple à pari , dont nous parlerons tout-à-l’heure. Si quelqu’un, ditil , voulait prouver que tous les animaux sans bile vivent long-temps, il ferait observer ce fait dans l’homme, le cheval , le mulet et d’autres «nimaux qui n’ont pas une grande abondance de bile, et l’on serait obligé de lui accorder la conclusion générale que nous venons d’énoncer. Il faut remarquer que tout en distinguant l’induction du syllogisme , en énonçant explicitement qu’il reconnaît deux espèces de raisonnement , l’un qu’il appelle Syllogisme , et l’autre qu’il nomme Induction ( àvrt ruaat rj èitacy wyyi rü avXXoywpô , ot ( t<üv Xôywv ) Otà Gvlloytourbv xeù oj 81 è~ar/'jr/riç) , il

cherche pourtant à plier celle-ci à la forme syllogistique , comme il le dit non moins explicite-

* &ilr.mvni ri xxfMXou Stà toù Sülov iivau rJ x*9 ’îmottov (Analyt, post. liv. t, ch. 1 (voyez ib. ,,ch. 18).

ANALYSE

ment 4 , et comme le prouve celte expression très-fréquemment employée : 6 3ià tüs ( ou )

ènayaifôi 'jvAÂoynu/jç.

2° L ’ Exemple (nxpaZetyux). C’est un argument par lequel une chose est affirmée d’une autre , parce qu’elles ressemblent toutes deux à une troisième. Ainsi , pour démontrer qu’on est malheureux , lorsqu’on prend les armes contre ses voisins , on citera là guerre des Thébains contre les Phocéens, qui était à la fois une guerre malheureuse et une guerre entre peuples voisins. L’exemple diffère du syllogisme , parce que le rapport sur lequel il est fondé n’est pas celui du tout à sa partie ( w; olw npix; [tépoç ) , mais un simple rapport de similitude ou d’égalité ( wç uipoç 7 -pic ui&oç ). Il diffère de l’induction , parce qu’il ne repose que sur la connaissance d'ua seul fait , au lieu de s’appuyer sur l’observation de tous les faits semblables ; c’est , en un mot , l’induction oratoire (i-xywyri pnropixfl) , comme il

* Oj yiivov oi Six) îxrtxot xxi «roôît/.niaiojîloyw^ol otàrâv irpOEtf ,r,uivuv ylvovrat aypi/tAruv, àiXà xxi o; pr, ropixoi, xxi àrî.às JrnntOv TtloTti /.xi i ; xaO ùjtoCxv oùv /xifloôev (cil. 25).

le définit très-bien dans le deuxième chapitre de sa Rhétorique *.

3\La Conjecture. Telle est du moins la seule signification raisonnable qu’on puisse attacher au terme ànaywjoî que les commentateurs latins ont traduit par abductio. On la définit: une opération par laquelle on réunit deux termes dont le moyen ou le rapport n’est pas assez clairement déterminé. Elle n’est pas encore la science , mais elle en approche beaucoup (navra); iyyvxEpov é'tvat ervpSaivei rr^ ènwTrjpjs) 2 •

4° L ’ Objection ( tvaraatç , instantia en latin ). C’est le nom qu’on donne à l’argument par lequel on cherche à démontrer une proposition contraire à l’une des prémisses de notre adversaire. Elle peut être générale ou particulière, c’est-à-dire qu’un fait peut être combattu par un fait contraire ou simplement contradictoire. De là résulte que pour faire une objection vraiment digne de ce nom, il faut se servir de la première ou de la troisième figure , qui seules

98 ANALYSE

peuvent démontrer qu’il y a contradiction ou opposition entre deux termes *.

5° L’Enthymème (èvQvpafifuî). Dans l’opinion d’Aristote, il n’est pas seulement. un syllogisme imparfait dans l’expression, mais il n’est pas moins imparfait dans la pensée, puisque les propositions Ou les termes dont il est formé ne représentent que des probabilités ('roXXoytaphç «reX»? ètxsrwv). Il conclut ordinairement du signe avant-coureur d’un lait à ce fait lui— même (cj/Xoyicrp.i; tx oTj^fwv). Du reste , on peut distinguer dans cette forme du raisonnement les mêmes éléments, et par conséquent les mêmes figures que dans le syllogisme. C’est un syllogisme oratoire (pvroptxov av).- Xoyi'jpùv, comme il le nomme dans sa Rhétorique 2 .

6° Parmi nos diverses manières de raisonner , Aristote reconnaît aussi la science de Lavater , la Physiognomonique (ro çwffioyvwpvsn/), qu’il essaie de plier comme toutes les autres à la forme syllogistique. Mais il ne prononce pas d’une manière absolue sur sa réalité j il ne l’admet que

•Ch. 28.

1 Ch. 29.

d’une manière hypothétique et l’étend beaucoup plus loin qu’on ne l’a fait dans ces derniers temps. Si l’on nous accorde , dit-il , que les passions que nous tenons de la nature, telles que la colère, le désir, agissent en même temps et sur l’arae et sur le corps , on sera aussi obligé de convenir que chacune de ces passions a son expression particulière, et la physiognomonique sera possible (o-jvyj7Ô|üi£9a <pv?toyvwp>veîv). On pourra donc , d’après leur seule conformation extérieure , déterminer le caractère des espèces et des individus. Ainsi, admettons que le courage soit le caractère particulier du lion , il faudra qu’il existe dans son organisation physique un signe particulier qui corresponde à cette qualité , et toutes les fois qu’on trouvera le même signe , ou , comme nous dirions aujourd’hui , le même trait physionomique , dans une autre espèce , soit dans l’espèce entière ou seulement dans un individu , quand ce serait même dans un homme , on pourra lui supposer du courage L L’Écossais Th. I\eid a été bien plus loin 5

* CK. 30. — T» o jainy vcD/zov î t v ojvoctov tortv èi nj oîocojiv

âjtaycrxSàXXuv Tàtjüux *-/.( ttjv pi^vôja Irri y ûsutx rr*W//*T«, etc.*

ANALYSE

il a compté le principe de cette science ou de cette manière de raisonner parmi les vérités premières qui nous sont connues sans le secours de l’observation et de l’expérience. « Les pensées » et les passions de lame ne sont pas plus visi- » blés que l ame elle-même , et 7 par conséquent, » leur connexion avec les signés sensibles ne peut » pas être révélée par l’expérience ; cette décou- » verte dérive nécessairement d’une source plus » élevée. Elle est due à une faculté particulière, » à une sorte de sens que la nature semble nous » avoir donné à cet effet , et l’opération de ce » sens est tout-à-fait analogue à celle des sens » externes L »

Seconde partir. — Deuxièmes Analytiques ,

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