LINTENSITÉ DE LA VIE, MOBILE DE L'ACTION
Quel sera donc le but naturel des actions humaines ? Lorsqu'un tireur s'est longtemps exercé sur une cible, et que l'on considère les trous innombrables dont il a percé le morceau de carton, on voit ces trous se répartir assez unifonnément autour du blanc visé. Aucune des balles, peut-être, n'aura atteint le centre géométrique du cercle de la cible, et quelques-unes en seront fort éloignées ; néanmoins, elles seront groupées autour de ce centre suivant une loi très régulière que Quételet a déterminée : la loi du binôme. Même sans connaître cette loi, on ne se trompera pas au simple aspect des trous de balle ; on mettra le doigt au centre de l'endroit où ces trous sont le plus fréquents, et on dira : « Voilà le point de la cible qui a été visé. » Cette recherche, après coup, du but visé par le tireur peut être comparée à celle qu'entreprend le moraliste quand il s'efforce de déterminer le but ordinaire de la conduite humaine. Quelle est la cible constamment visée par l'humanité, et qui doit l'avoir été aussi par tous les êtres vivants, — car l'homme n'est plus aujourd'hui pour la science un être à part du monde, et les lois de la vie sont les mêmes du haut en bas de l'échelle animale ; — quel est le centre de l'efifort universel des êtres, vers lequel ont été dirigés les coups du grand hasard des choses, sans qu'aucun de ces coups ait peut-être jamais porté tout à fait juste, sans que le but ait été jamais pleinement atteint?
Suivant les « hédonistes, » la direction naturelle de tout acte est le minimum de peine et le maximum de plaisir : dans son évolution, la vie consciente suit toujours la ligne de la moindre souffrance. Cette direction du désir ne peut guère être contestée par personne, et, pour notre part, nous l'admettons ; mais on peut trouver la définition précédente encore trop étroite, car elle ne s'applique qu'aux actes
ilol-llj
IDLIO'rUEOL'E DE PHlLOriOPIIlE CONTliMPÛRAINE
DUNE MORALE
S^^S ORLir.ATIflN Ml SANCTION