‹ Esquisse d'une morale sans obligation, ni sanction [microform]Chapitre 51 sur 65 · M. Janet, la Morale, p · texte numérisé non relu

M. Janet, la Morale, p

2. Cette pétition de principe, déguisée sous le nom de 'postulat, est bien plus sensible encore dans les systèmes de morale qui essayent de tenir plus ouvertement le milieu entre l'utilitarisme égoïste et le desintéressement absolu du stoïcisme. De ce nombre semblent être la morale de M. Renouvier en France etcelle de M. Sidgwick en Angleterre. (.iLaraison, dit M. Renouvier (avec lequel le moraliste anglais est sur ce point entièrement d'accord) n'a de prix et ne se fait reconnaître qu'autant qu'elle est supposée être conforme à la cause finale, principe des passions, au bonheur... Le postulat d'une conformité finale delà loi morale avec le bonheur... est l'induction, l'hypothèse propre de la morale... Refuse-t-on ce postulat?... l'agent moral pourra opposer à lobligation de justice une autre obligation, celle de sa conservation propre, et au devoir l'intérêt tel qu'il se le représente... Au nom de quoi lui enjoindronsnous d'opter pour le devoir? » {Science de la morale, t. I, p. 17). M. Renouvier, esprit très sinueux et circon.spect, essaye bien ensuite de diminuer la portée de cet aveu par une distinction sco-

La doctrine des kantiens, poussée à ses dernières conséquences, devrait plutôt aboutir logiquement à une complète antinomie entre le pur « mérite moral » et l'idée d'une récompense ou même d'une espérance sensible quelconque ; elle devrait pouvoir se résumer dans cette pensée d'une femme d'Orient que nous rapporte le sire de Joinville :

lastique. La sanction, dit-il, est moins un postulat de la morale qu'un postulat des passions, « nécessaire pour les légitimer et les faire entrer dans la science. « Par malheur, il vient de reconnaître qu'il ne peut pas y avoir de science de la morale indépendamment des passions, et que Y obligation de l'intérêt est une puissance logiquement équivalente à l'obligation morale. Si les passions postulent une sanction, d'autre part la morale postule les passions : c'est un cercle. Dans la morale ainsi conçue, le devoir se trouve, du moins au point de vue logique, mis sur un pied d'égalité avec l'intérêt : on place Beotham et Kant l'un en face de l'autre, on reconnaît qu'ils ont tous deux raison, et on s'arrange de manière à leur faire vouloir les mêmes objets au nom de principes contraires. La sanction sert de terrain d'accord, et le rémunérateur suprême, de juge de paix. Nous n'avoos point à apprécier ici la valeur de ces systèmes de morale. Constatons seulement que le formalisme de Kant y a disparu; que a l'obligation d'e faire son diQ\o\v uniquement par devoir » n'y existe plus et est considérée comme un pur paradoxe {Science de la morale, I, 178); que la sanction n'est plus une conséquence du devoir, mais simplement une co7idition ; alors cette idée change entièrement d'aspect; le châtiment et la récompense ne sont plus considérés comme rattachés à la conduite r??o?v'/e par un jugement synthétique à^^non, mais ils sont demandés d'avance par les agents pour justifier au point de vue sensible le commandement de la «loi. » L'acte moral ne constitue plus lui-même et lui seul un droit au bonheur; mais tout être sensible est regardé comme pouvant naturellement espérer le bonheur et comme ne voulant pas y renoncer dans l'acte moral. MM. Renouvier et Sidgwick, cessant de soutenir que le devoir mériteune récompense, disent simplement que l'agent moral, s'attendant à une récompense, serait dupé s'il n'était récompensé un jour; ils invoquent pour ainsi dire comme seul argument la véracité du désir, de même que Descartes invoquait la véracité de Dieu; mais l'une et l'autre peuvent être suspectées à bon droit par toute morale vraiment scientifique.

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