‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 3 sur 247 · LIVRE VIIe. — CIIAPI1RE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CIIAPI1RE 1er

principe dans l'individu ; car la société n'est pas un être, mais l'union de plusieurs êtres concourant à une même fin, un tout collectif, animé d'une secrète tendance vers une certaine unité future et plus intime et plus parfaite. Nous avons essayé de faire comprendre ce qu'est en soi cette activité. Mais il faut encore en connoître l'objet et la suivre dans ses développements ; qui ne sont en réalité , comme on le verra bientôt, que la progressive manifestation de l'homme même et de ses divers genres de relation avec les choses et l'Auteur des choses.

On sent bien que, pour être traité avec quelque détail, un sujet si vaste exigerait des volumes, et qu'il n'est point d'homme dont il n'excède les forces. L'histoire vraiment philosophique des travaux de l'humanité, seroit le plus grand de ces travaux mêmes, car il les résumerait, les contiendrait tous d'une certaine manière , en les subordonnant à une pensée supérieure qui les enchaînerait et en dominerait l'ensemble. Rien de pareil n'a pu, certes, entrer dans notre esprit. Nous voulons étudier beaucoup moins les produits , pour nous servir de ce mot, de l'activité humaine, ses résultats variés, innombrables, que cette activité même, son évolution progressive , ses lois essentielles, qui sont les lois de notre nature, combinées avec les lois générales de l'u-

8 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

nivers. Cet ordre de connoissance forme une partie très importante de la science de l'homme , et Ton doit en même temps y trouver soit une confirmation , s'ils sont vrais, des principes obtenus par une autre voie , soit une infirmation de ces principes , s'ils sont erronés : car les conceptions vraies ne sont que les faits mêmes aperçus dans leurs causes.

Il s'ensuit que la philosophie peut changer de point de vue, mais ne change point d'objet; que, sous des faces diverses , elle contemple toujours la même vérité , modifiée sans doute dans ses manifestations relatives aux êtres finis , mais invariablement identique. Aussi remarque^ra-t-on que nous n'aurons jamais à poser des principes nouveaux , mais à tirer des conséquences et à présenter des applications des principes établis originairement. Quelque multipliés , quelque différents que soient les phénomènes, on les verra toujours sortir des mêmes causes primordiales agissant selon les mêmes lois , tant ces causes sont fécondes dans leur simplicité. C'est notre ignorance qui complique toutes choses , car toutes choses ne sont en Dieu qu'une seule pensée ; et par conséquent le caractère du vrai , dans nos conceptions imparfaites , est qu'elles se rapprochent le plus possible de cette pensée qui comprend tout, de cette pensée une et infinie; comme un des caractères du faux est la multiplicité

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