‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 117 sur 245 · LIVRE IIIe. — CHAPITRE V. 17i · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — CHAPITRE V. 17i

est , le Nom , efficace en soi , est aussi lumière ; de sorte que ce qui est déterminé par lui , ce qui reçoit de lui sa forme ou sa nature propre, devient encore par lui visible, intelligible. Et de même que les noms sont liés aux noms , les idées aux idées dans le Verbe éternel , ainsi , dans l'univers , les êtres s'enchaînent aux êtres , et de leurs rapports naît Tordre , qui n'est que le multiple ramené à l'unité , selon les immuables lois qui ordonnent les idées divines elles-mêmes dans l'unité de l'intelligence infinie. Cet ordre magnifique dont nous n'apercevons qu'une foible partie, mais qui se développera un jour a nos regards , reflète dans l'espace et le temps, la sagesse suprême et la souveraine beauté , le Verbe en un mot , dans son essence , forme parfaite de l'être , i et tout ensemble vive et pure lumière qui montre , si on peut le dire , Dieu à Dieu, soleil intellectuel qui n'a point eu de lever, qui n'aura point de déclin , et qui remplit de sa splendeur à jamais indéfectible l'immensité et l'éternité,

Que si p de cette sublime région des essences incréées , nous redescendons en celle des réalités contingentes , il est aisé de voir que l'intelligence primitive et infinie apparoît en elles sous trois modes généraux j c'est-à-dire , que ce qui constitue 1 Figura substantiœ ejus. Hebr. I, 3,

la nature de chaque être et le distingue de tout autre être, existe , dans la Création, à trois états divers , correspondants aux trois ordres d'êtres spécifiés précédemment.

Doués de pensée et de liberté , les premiers ont la connoissance de ce qu'ils sont , ou de leurs rapports avec le Verbe , et la personnalité est le caractère qui les distingue des seconds. Ceux-ci doués de facultés sensitives et instinctives , percevant , quelques-uns du moins , le réel ou le relatif et le contingent , mais privés de la vision du vrai ou de l'absolu et du nécessaire , sans véritable pensée dès-lors et sans liberté , n'ont d'eux-mêmes qu'une conscience obscure , et l'individualité est le caractère qui les distingue de ceux dont se compose le troisième ordre , lesquels , plus limités encore , n'ont , dans leur aveugle existence , ni principe interne d'unité qui les circonscrive individuellement, ni conscience d'eux-mêmes.

Considérée en soi d'une manière générale , l'intelligence se présente donc dans l'univers à trois états ou sous trois modifications distinctives, quelles que soient d'ailleurs les nuances nombreuses par lesquelles ces états se rapprochent ; en d'autres termes , il existe trois principaux ordres de formes ou de natures créées , qui ne sont que la forme divine ou infinie à différents degrés de limitation. Et comme

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la forme ou l'intelligence infinie est manifestée en Dieu par le Verbe , chaque forme créée a pareillement , ainsi qu'on l'expliquera dans la suite, son verbe qui la manifeste , sans quoi elle ne seroit pas visible , intelligible, ce qui implique contradiction. En tant que manifestée, l'intelligence est lumière ; et le Verbe est la vraie lumière, ï et la parole créée, qui est lumière aussi , n'est qu'une participation , un écoulement de cette lumière incréée du Verbe. Plus limitée , mais néanmoins toujours radicalement la même , elle apparoit dans le monde sensible sous un nouveau mode relatif à sa nature , et ne s'arrête pas là , car la lumière pénètre tout. Celle qui , frappant nos yeux , nous manifeste les objets extérieurs , absorbée par les corps , y passe à un autre état : et c'est ainsi que la lumière primitive, essentielle, va se modifiant d'être en être jusqu'aux dernières limites de la Création.

Erat lux vera. Joan. I, 9.

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