‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 171 sur 245 · Livre ve. — chapitre ni. itf · texte numérisé non relu

Livre ve. — chapitre ni. itf

Sous la double influence de l'organisme et de la vie, se développent de nouveaux phénomènes , l'irritabilité et l'appétence dans la plante , peut-être en plusieurs, quelque chose déplus : la sensibilité, la sympathie, l'instinct et un commencement d'intellect dans l'animal. Par là se manifeste un ordre plus élevé qui a ses lois propres, les lois physiologiques, lesquelles se combinent, d'une part, avec les lois mathématiques du monde inorganique qu'elles modifient, comme les éléments inorganiques eux-mêmes, assimilés à l'organisme, sont modifiés dans l'être vivant qui les ramène à son unité ; et, d'une autre part, avec les lois du monde supérieur, selon lesquelles les êtres intelligents et libres dirigent vers la fin générale de la Création , l'ensemble des êtres organiques et inorganiques. Car les lois ne sont que l'expression d'une action réelle et permanente , ou d'une suite régulière de faits produits par une puissance actuellement dirigée vers une fin ; et l'idée de fin , radicalement incompatible avec l'idée d'un mouvement aveugle, impliquant celle d'intelligence, toutes les forces existantes dans l'univers sont nécessairement dominées par une force intelligente.

Mais tout être , quel qu'il soit, ayant aussi, à un état plus ou moins parfait , un principe propre d'activité , chaque être coopère directement à l'ordre gé-

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néral et au développement universel , et ce principe d'activité a son mode spécial d'existence et ses lois particulières dans chaque classe d'êtres. Dépendant de l'organisation et de la vie dans les êtres organiques , il est déterminé à concourir à l'ordre par une sollicitation interne dont nous ne saurions clairement nous représenter la nature , mais qu'on ne peut méconnoître dans la plante même , par le plaisir et la douleur relatifs à l'état présent d'harmonie ou de trouble de l'organisme , et par l'instinct inné qui suggère infailliblement les moyens de conserver la vie et de la propager.

L'action régulière des êtres intelligents sur le monde organique consiste à maintenir, autant qu'il est en eux, ses rapports naturels avec le monde inorganique, et à le faire concourir à l'ordre même du monde des intelligences. Sur quoi l'on peut remarquer que la sphère d'action des êtres s'étend, et que leurs fonctions s'élèvent à mesure qu'ils s'élèvent eux-mêmes : et ces fonctions étant ordonnées à une unité de plus en plus vaste, de plus en plus parfaite, qu'elles tendent incessamment à réaliser l'unité infinie reproduite par le développement progressif de tout ce que contient l'idée de l'Être, apparoît comme le but final et typique de la Création ; de sorte qu'elle n'a d'autre raison que ce but qu'elle ne sauroit jamais atteindre, mais dont elle approche toujours.

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