‹ Esquisse des collèges américains [microforme]Chapitre 2 sur 2 · DES · texte numérisé non relu

DES

Les collègt.. américains furnieiit comme de petites vi''es dans les grandes. Celles-ci ressemblent le plus souvent à des "boutiques," selon le mot d'un célèb ; écrivain.

— Pourrait-on caractériser, de façon lus expressive, l'activité matérielle qui règne dans les cités américaines, la part immense qui y est faite à tous les gei.'es de commerce et d'industrie; —

Les collèges, avec leurs multiples constructions, u . ■ parcs infinis plantés d'arbres, coupés d'avenues, couve, i^ de pelouses, les "cottages" de leurs professeurs, les résidences coquettes où logent bon nombre d'élèves, offrent une physionomie bien différente, constituent un monde distinct. Le bruit ou la fumée des usines ne trouble ni ne voile l'atmosphère qui les entoure. Seuls, les cris de joie des élèves ou le roulement des "cars" rompent, parfois, le silence de l'espace. Tout y porte ce cachet de sereine distinction, propre aux milieux intellectuels. L'on rencontre, ici, des visages oii l'effort de la pensée a déjà mis sa noble empreinte, — et cela repose de toutes ces figures quelconques, bourgeoises, affairées, que l'on voit ailleurs, dans les centres surtout.

Les parcs de collèges sont ouverts à tous. A neine l.m.te. R,e„ ne v.ent donc briser les lignes naturelles du En é'n'ér 1 't' '''''"^""' ""^ "-^-^^ "'- ™^----

priétés, de murs d'enceinte, qui les dérobent aux regards pro ânes. Les demeures s'élèvent, parfaitement visibrà tous, au m.heu de la verdure et des fleurs. Comme l'a d. tuntounste, -Mes Américains savent respecter la na ure. Ce n est pas ici qu'il sera jamais besoin de sociétés pour la protection des paysages." Les rares grillages que l'on vou .sont si fir,, si artistement travaillé!, qui om-ent un ornement de plus, et ajoutent encore au Jitto resque d'un site. ^

Ce peuple, si éminemment industriel, ne manque certes P- de sens e.,thétique-nous en avons là la ^reuve^ entend quelque chose au culte de la beauté. . .

Toutefois, au point de vue extérieur, les collèges valent mo.ns. d'ordinaire, que le site qu'ils occupent E vra.ment. , n'y a peut-être pas suffisamment d'harLonl entre le cadre et l'image. Aucun souci d'art j'allaTdl aucun goût n'a présidé à la construction d 'leïrs no^ breux édifices. Car un collège, ici ce n'est n». che. nous, une vaste maison. Uie aZ ^ l^^ ~ des 10.S réguhères. et en imposant par sa mass , sinon toujours, par sa beauté. C'est une série de dem ur s on en compte jusqu'à sept ou huit, parfois bien dlvl-

cées au hasard, souvent assez loin l'une de l'autre S'il y a une grande variété entre chacune, pour la nature de maénaux, pour la forme et la dimension, elles se rel contrent, du moins, dans une même insignifi „ce. c/s nt pour la plupart, de vraies bottes. Pour la plupart. Prerqu '

toujours, en effet, s'en détache, pamii. qnelqu'une dont les lig;nes, harmonieuses et pures, charment enfin le regard.

Ainsi, il y a vraiment du style, de l'architecture, une imitation des modèles classiques, dans le ** Mémorial Hall." à Harvard, Cambridge, dans la " Coram Library," au Bâtes, Lewiston. Et comment ne pas admirer aussi la ''Chapelle" du Bowdoin. à Brunswick, Me.. — joyau de fin granit, dont l'élégante blancheur se profile sur le fond sombre des pins, dont les flèches gracieuses mettent là, dans ce décor moderne je ne sais quoi d'archaïque, jettent une note mystique au milieu de toutes ces maisons profanes. . . . Cela ressemble à un oratoire de monastère.

Mais, en règle générale, ces bâtisses n'ont aucun cachet. A leur diversité, à leur manque ab.solu d'unilé, aux couleurs, plus ou moins fanées, de leurs briques ou de leurs pierres, il est facile de voir que d'assez longs intervalles se sont écoulés entre leur fondation. Chacune porte, gravé, le nom de son donateur ou principal bienfaiteur. Les collèges américains sont, en efft-t, l'œuvre de l'initiative privée. Sur les quatre cents que l'on compte par tous les Ktats-Unis, quelques-uns seulement, — les collèges militaires,— relèvent de l'Etat. Les autres sont tout à fait indépendants du pouvoir civil ou gouvernemental, s'administrent comme bon leur semble. Leur origine, leurs développements, leurs ressources principales, tout cela est le fruit de l'effort individuel. En aucun pa\s du monde, l'initiative personnelle n'a tant fait pour la cause de l'éducation.

Comme l'a remarqué M. Paul Bourget, "cette race, rude encore, informe, trop récente, est nostalgique de civilisation,"

Egale par la richesse, par la force matérielle, aux vieilles nations, elle voudrait U-ur ressembler aussi par le degré de culture intellectuelle, par ce raffinement des

mœurs, qui est surtout l'œuvre des siècles. Les Américains dounent donc InrKenient à toutes les institutions d'enseignement-bibliothèques, collèges, universités-d„,.t la m.ssion est de répandre la lumière. C'e.t pour eux un ponit d'honneur, d'orgueil. Ils ne reculent devant aucun sacrifice pour procurer aux esprits l'instruction. I/atticisme, suprême gloire des peuples policés, ils en savent tout le prix, et ils sont fiers de verser, chaque année, des millions pour l'entretien d'établissements supérieur.-, où les jeunes intelligences puissent entrer en intimité avec la pen.sée antique, s'affiner au contact des maîtres immortels. Or, quel est le but précis de ces collèges, leur rôle dans l'œuvre de l'éducation? Quelle eu est l'organisation, au point de vue de la discipline et des études? Comment fonctionnent ces grands corjis qui tiennent une place si importante dans la vie de la nation?

-Il y a quelques années, j'avais le plaisir d'accompagner, dans sa visite à l'un de nos petits .séminaires canadiens, un abbé français, alors aumônier d'un lycée de Paris, aujourd'hui évêque de*". Comme je lui faisais remarquer l'ampleur harmonieuse de l'édifice, son étincelante coupole, et lui montrais les merveilleux jardins où, parmi les pelouses,-diamants parmi des émeraudes,-luisaient de clairs étangs: "Oui, tout cela est très beau, me répondit-il. Pourtant, ce qui m'intéresserait bien davantage ce que je voudrais obser^.er de près, c'est le mécanisme de cette institution, sa vie intime; j'aimerais à étudier comment on y entend Part de former des hommes. ..."

-Le lecteur aurait peut-être le droit de nous dire la même chose. Aussi bien est-il 'temps d'entrer dans ces collèges américains, pour tâcher de saisir leur physionomie spéciale. Nous les avons, jusqu'ici, vus du dehors, mais cest leur âme surtout qu'il importe de connaître et d apprécier.

I,e but de ces collèges est de parfaire l'éducation classique, conimcncée dans les '■liij;li schools." Le cours y est de quatre années, chacune comprenant neuf mois d'études. A la fin, l'élève reçoit un diplôme qui lui permet, .soit de se livrer à l'enseignement dans une école quelconque, soit de s'initier à une profession liljérale dans quelque rniversilé, ou encore de se préparer au "ministère" dans une " divinity scliool." Plusieurs d'entre eux furent, à l'origine, de vrais petits séminaires, à l'usage de telle ou telle secte protestante. N'y entraient que les élus de la "vocation." Peu à peu, ils sont devenus moins exclusifs, ils ont élargi leurs cadres, ils ont ajouté à leur progrannne des matières dont la connaissance n'était pas jugée nécessaire aux futurs ministres. Et voici maintenant qu'ils sont ouverts à tous, sans distinction de race ni de religion. Ceux qui étaient les plus fanatiques en .sont même venus à se proclamer hautement " tin.sectarian."

Nous ne jurerions pas. toutefois, en dépit de ces protestations libérales, que quelque chose de l'ancien esprit n'y demeure.

A la tête de chaque collège est un Président, dont le pouvoir est considérable, quasi monarchique. C'est lui qui doit créer des ressources à l'institution, lui chercher de nouveaux bienfaiteurs, y intéresser constamment les anciens ; lui qui trace les programmes des cours, et qui voit, nonseulement aux lignes générales, mais même au.x détails de l'administration matérielle. Il doit avoir tous les talents et les qualités pratiques de l'homme d'affaires, et les dons plus sérieux de l'éducateur; intervenir daus les domaines les plus différents, et, par exemple, au sortir d'un cours où il aura professé la phiio.sophie, s'occuper d'un système de chauffage, d'un plan de bâtisse, surveiller une construction nouvelle.

Le Président personnifie le collèjiîe, il en est l'âme, il en fait son œuvre, sa chose, il a toute liberté pour le façonner à son image.

S'il est homme de tradition. conscrvat<jnr par es^enue, alors l'institution aura toutes les chances du monde de continuer à marcher par les vieilles routes, de toujours se ressembler. S'il est délicat, sympathique, facilement trouvera-til, parmi les anciens élèves ou dans la haute société, de généreux amis. S'il a. comme le président J'iiot. de Harvard, — pour ne pas le nommer. — faim et soif d'innovation, s'il se croit appelé à réformer les ancieinies méthodes et à imposer aux jeun^j générations un programme j.édagogique tout à fait "vingtième siècle," tout réussira selon ses désirs, et les intéressés pourront assister à une révolution complète dans les matières et le mode d'enseii^iiement collégial. Et rien ne subsistera bientôt plus du système primitif, rien, si ce n'est les formules.

Sans doute, le Président doit prendre conseil, — d'un bureau d'administration, pour les choses temporelles, du corps professoral, pour les études. Mais, pour toutes sortes de raisons, ses vues ont ordinairement l'avantage de prévaloir. D'ailleurs, comme il prononce en dernier ressort, il peut toujours finir par écarter toute pression et faire comme il l'entend.

Pourtant, soyons juste. En pratique, l'on relève bien peu d'abus. Messieurs les Président? n'exercent qu'avec beaucoup de tact leur quasi souveraine autorité. Ils laissent une certaine initiative à leurs collaborateurs, et les admettent même, dans une mesure parfois assez large, au partage de leur pouvoir. "L'Américain est un bon garçon," a dit Max O'Rell.

C'est, en effet, dans une qualité propre à la race, et aussi dans l'éducation, les idées ambiantes, l'avantage personnel qu'a tout président de collège à se créer, parmi les

professeurs et les élèves, le plus possible d'amis, qu'il faut chercher pourquoi ces institutions, fondées sur le principe monarchique, se rapprochent plutôt, en fait, de la forme républicaine.

Un grand nombre de ces collè(;es sont mixtes, c'est-àdire que jeunes gens et jeunes filles y sont éKalement admis, y sont soumis au même régime, y suivent les mêmes cours. I,e "Bâtes," de Lewiston, se glorifie d'avoir inauguré ce système, qui n'a pas tardé à se répandre par tous les Etats-Unis, et le premier réalisé parfaitement cet "idéal" d'éducation qui semble à plus d'un le suprême progrès, le plus magnifique produit de la civilisation moderne.

L'on nous permettra sans doute de ne pas éprouver le même enthousiasme, et de dire, mais brièvement, notre opinion sur ce point.

Si nous nous plaçons au seul point de vue des études d'abord, il ne nous paraît pas que la constitution mentale de la femme soit propre à des matières surtout faites pour l'esprit positif, froid et raisonneur de l'homme et s'adapte à un programme de cours classique. Ses dons naturels la disposent à un tout autre genre de travaux, veulent une culture différente. Combien ces fins, et souples, et délicats esprits doivent se trouver dépaysés au milieu de toutes ces choses! Les "vieilles" méthodes, selon lesquelles l'on dispense aux intelligences féminines des aliments conformes à leur nature, sont basées sur la psychologie, et seront par conséquent éternellement vraies, et les seules justes, les seules pratiques aussi, les .seules toujours neuves.

D'ailleurs, quoiqu'en pensent les féministes, ce n'est pas du tout comprendre le rôle social de la femme, tel que voulu par Dieu, sa mission, sa vocation dans le monde, que de la préparer, par ces sortes d'études, à sortir de sa sphère naturelle d'influence et d'action, et, non pas à aider l'homme, plus tard, mais à le supplanter, non pas à

en être la compagne accomplie, mais le compagnon, l'égal absolu dans l'exercice de ces professions libérales, autrefois regardées comme son inaliénable domaine, i'areilk œuvre nous semble être une déformation du plan divin.

Pour ce qui est de la discipline, du moins, cette " vrie commune" n'offre pas, ici, les inconvénients qu'elle présenterait eu d'autres milieux, ou que l'on pourrait imaginer lie loin. Nous ne saurions l'apprécier avec nos propres idées. Cela diffère tellement de nos habitudes! Pour en parler avec quelque raison, il faut bien se mettre au point, et se rappeler d'abord qu'aux Etats-Unis, la plupart des écoles— primary, grammar, high— sont mixtes. Ce qui nous semble, à nous, si étrange, est donc tenu pour la chose la plus naturelle du monde. Nul ne songe à s'en étonner. Cela est passé dans les mœurs. Bien avant leur entrée au collège, les élèves s'y sont faits.

Et puis, les observateurs les plus sérieux comme les plus impartiaux ont parlé de la dignité personnelle de la jeune fille américaine, aussi de l'espèce de culte dont la femme est ici l'objet.— Ce thème est devenu presque un lieu commun.- Tout en faisant la part très large de l'exagération et de l'exception, on peut admettre que cette constatation est essentiellement vraie. Leur présence dans les collèges favorise même, paraît-il, l'ordre et la bonne tenue. Les étudiants se pi- uent d'honneur de les profondément respecter. . . .

Le "sportisme" est un article du programme, non le moins important, si j'en juge par la place qu'il y tient. Les élèves le cultivent avec une infatigable ardeur. Il y a des médecins spécialement chargés d'examiner les aptitudes de chacun pour tel ou tel genre d'exercices athlétiques. A la fin de l'année, l'on accorde des prix à ceux qui ont fait preuve de plus grande habileté au " ba.se-ball," au "lawn-tennis," au "polo," dans U gymnastique, ou

qui ont manifesté une force musculaire supérieure. Assez .1 fréquemment, il y a, entre divers collèges, des joutes qui

n'ont rien d'intellectuel précisément, et où les concurrents se mesurent, non pour savoir qui va l'emporter dans une discussion littéraire ou scientifique, mais dans un sport quelconque. Et ces joutes font courir toute la ville. . . . Certes, les exercices physiques font partie de l'éducation. Car nous sommes matière et esprit. Notre âme est fortement chevillée à un corps, dont elle dépend pour ses 10 opérations intellectuelles. Il n'est donc pas permis de re-

garder ce corps comme une quantité négligeable. Il faut, / au contraire, le traiter en bon serviteur, et, à l'aide de

mouvements, d'exercices en plein air, donner à nos nerfs l'occasion de se détendre, de se fortifier, tenir toutes nos f( facultés extérieures dans un équilibre parfait. Cela est sur-

tout nécessaire à la période de croissance, durant les années de formation. Mais le sport ni doit jamais être W qu'un moyen. lîn faire un but, laisser croire qu'il peut

I être aussi glorieux d'avoir des muscles d'acier ou de

triompher au "ba-se-ball" que de remporter le prix de , philosophie, c'est en fausser la notion, c'est verser dans

J un excès. Et j'aimerais à pouvoir dire que les collèges

américains se gardent de cette erreur d'éducation, et qu'ils ne font pas la part trop belle aux exercices athlétiques. Venons-en maintenant aux études. Nous avons dit, tout à l'heure, que le collège était comme le prolongement du "high school." Les jeunes gens y entrent pour par- 81 faire leur cours classique, commencé ici. Aux Etats-Unis,

la formation libérale se donne donc en deux temps. Et, 't de ce chef d'abord, je me demande si elle ne manque pas

quelque peu d'unité, d'esprit de suite. Les "hautes écoles" sont absolument indépendantes des collèges. Entre ces diverses institutions, il n'y a aucune espèce d'affiliation, il n'y a pas d'entente préalable au sujet de la com-

position des programmes. Chacune en réd,«e un à lé et lui donne force de loi. Or, précsément, Ks él L les premières années de collège, reprennent-.ls leurs oes les f"^" avaient laissées

,ens ont-ils reçu, d'où qu'ils viennent,-car e ha s

Loles" sont nombreuses et pratiquent aussi le

LmenT'Une préparation équivalente, et, du moins

govemment, une p v questions, le

essentiellement, uniforme? Sur toutes

doute est bien permis. Mais passons.

Ce que nous pouvons affirmer, c'est que les pro- Ce que noua r distinguent assu-

1 a déià acquis quelque développement, quel- '""mlrir'où le " -ut est'déià plus sûr. Toutes r " tb:l-,iLtes mathém^iques, ^enç^ ^-

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du cours. T'esorit des élèves serait-il as-

Or est-ce raisonnable.' L, espni uc=. . ,.j .»

r intelligence <iue ck- les apiUiquer, presqne en même temps. à des matières si différentes?— A mesure <iuc le cours s'avance, il n'y a pas de proRressiDU constante vers des choses toujours plus élevées; l'on n'offre pas à l'esprit, graduellement, un choix d'études supérieures, correspondant aux diverses étapes de sa formation.

Et pourtant, où l'hannonie. la méthode, l'unité sontelles plus nécessaires que dans l'œuvre de façonnement des intelligences? L'esprit iiui n'est pas soumis de bonne heure à une discipline rigoureuse, pourra, sans doute, à force de lecture, acquérir bien des cuiniaissauces, mais il n'aura jamais cette vigueur, cette clarté indispensables pour exposer nettement une idée; la force de déduction, le pouvoir de synthèse lui feront défaut toujours. Il ne saura pas comment tout ramener aux vues d'ensemble, infiniment fécondes. Au lieu d'aller droit au but, il se perdra dans le dédale de questions subsidiaires et incidentes. Cet esprit sera agréable peut-être, distingué même, non point solidement trempé. I.a qualité première, es.sentielle, de toute culture lil)érale doit être l'unité.

Quant an choix des auteurs, vraiment, surtout en ce qui regarde les modernes, l'on ne tombe pas toujours sur ceux dont la langue est la plus pure, dont le génie incarne le mieux l'âme et les inspirations de leur nation. Des types sont proposés qui, certes, ne méritent nullement le titre de modèles. Pour ne citer qu'un exemple, ce n'est pas dans George Ohuet que l'on doit aller chercher une forme supérieure de pensée ou de style.

Depuis quelques années, s'opère, au sein des collèges américains, une révolution dont le terme, assez facile à prévoir maintenant, dépassera peut-être ce que ses auteurs en avaient attendu.

Voici. Sous prétexte que les " high schools" ont haussé le niveau de leurs études et que les jeunes gens

y leçoivcnl une formation classique à peu près complète, les collèges ont inauguré le système des "élective studies," de cours facultatifs, c'est-à-dire que, dès la seconde année, la "sophomore," et. davantage encore, dans la "junior" et la "senior," les élèves sont libres de se "spécialiser," tout comme les Universitaires, de choisir entre la plupart des matières qui fi};ureiit au programme, de n'en retenir, s'ils le veulent, que deux ou trois, à la seule condition, toutefois, de fournir, chaque semaine, un nombre déterminé d'heures de travail.

M. Eliot est le père de ce mouvement auquel on ne peut, à coup sûr, refuser la hardiesse bien américaine. Président de Har\'ard depuis US7+, il a introduit ce système chez lui d'abord. Kt puis, il en a tant vanté les bienfaits, et Harvard, à cause de son ancienneté, de son incontestable mérite aussi, a, par tous les Ktats-Unis, une si grande influence, que, peu à peu. les autres collèges ont suivi son exemple. Kt maintenant *' l'électivisme" est, presque partout, à l'ordre du jour.

Or, que faut-il en penser ?

La première cliose à établir, pour justifier cette nouveauté, serait qu'en effet le cours suivi dans le " high school " équivalût, en somme, à un cours classique complet. La preuve manque, jusqu'à présent, et c'est pourquoi la donnée principale sur laquelle repose toute la théorie fait un peu sourire. Comment supposer que ces écoles aient ainsi, tout à coup, amélioré, transformé leur programme, au point de pouvoir maintenant, dans le même nombre d'années qu'autrefois, donner une culture libérale presque entière? Et quand cela serait, est-ce à l'âge de quinze ou seize ans qu'un jeune homme est apte à se "spécialiser," à choisir, en connaissance de cause, telle branche d'études plutôt que telle autre, est assez sûr de ses dispositions, de son jugement, pour se porter sur les

matières les plus propres à développer ses fâchés et à le préparer pour l'avenir?

D'ailleurs, pourquoi le» années <le coUèKC si le cours classique finit avec le -hiKh school? " Ces inslitut.on, n'ont-elles pas lait leur ten>ps ? Pourquoi continuent-elle» i recevoir un si grand nombre de jeunes gens, auxquels, décidément, elles ne sauraient apprendre rien de ''•^•" n°"veau, puisque l'essentiel, en lait de lormatio Ubérale. k-ur a été donné déjà? Au lieu de s' y éterniser san» grand profit, les élèves feraient mieux, vram.ent, <ie passer immédiatement du -high school" à l'Un.vers.te.

Ainsi, "l'électivisme" enlève aux collèges leur raison d'être L'étape finale de ce mouvement sera, soit leur suppression, soit leur transformation en véritables Universités Kn attendant, grâce aux théories nouvelles, ils n ont pas de caractère bien précis. Ils en sont à la période de transition. L'avenir verra se dégager leur forme définitive. L'occasion ne s'est guère offerte, jusqu'ici, d'adresser des compliments aux collèges américains. Ils en mentent, cependant, et à plusieurs points de vue.

Par exemple, leurs programmes font la part très large à l'histoire, aux institutions, au développement politique, littéraire, économique des Etats-Unis. Or, ceci est très bien Oui, c'est très intelligent d'initier les jeun.s gens à la genèse, de les intéresser à la merveilleuse croissance du pays qui est le leur, et où ils formeront, plus tard, la classe dirigeante. Non seulement on leur enseigne son histoire, mais encore on démonte devant eux, pièce a pièce, tous les rouages de son gouvernement; on les met au courant des idées et des faits actuels ; on les fait participer à la vie de la nation. Dans les séances publiques, les discussions roulent ordinairement sur un point quelconque de la politique contemporaine. De la sorte, les

élivts n'ont jamais l'air. & la fin ,1c liurs imdcs, ditombir d'un autre monde.

Rtmariijons encore c|uc cliaquc collège a .la hibliotlièqnc. liiun (oiiniie, où les étudiants aiment biaucoup à venir. On les voit consulter les auteurs, prendre des notes, parcourir les revues. Ils .sont extrêmement sérieux. Le travail de pensée les absorbe. I,a bibliothèque est c(i; un .sanctuaire. Nul ne souRerait i^ en troubler W-

religieux silence. Les livres n'y sont pas pour le simple plaisir des yeux. Le collège ne prend pas lu peine d'entasser volume sur volume pour la seule satisfaction de dire qu'il en a tant de milliers. A ipioi bon des livres si on les laisse dormir sur les rayons? Ici. toute liberté est donnée pour lire ou étudier. On aide les élèves dans leurs recherches; on les lai.sse emporter les ouvrages à la mai.son. De toutes façons, on tûclie de satisfaire leur désir de savoir, qui est très vif.

Que de choses, vraiment dignes de louanges. pourri<msnous signaler encore, dans le fonctionnement de ces grandes institutions. Mais notre esquisse est peut-être déji trop longue.

Concluons doue.

A tous ceux de "chez nous " qui rêvent de réformes dans notre enseignement secondaire, et qui voudraient voir remanier de fond en comble les programmes de nos collèges classiques, à tous les "novateurs" qui voudraient remplacer l'ancien sy.stème par l'idéal américain, nous conseillerions volontiers une visite ici.

Qu'ils viennent donc, tous ceux-là, observer de près comment l'on entend et l'on pratique, aux lîtats-Unis, la culture libérale. Leur enquête finie, je crois que leurs conclusions ne différeraient pas sensiblement de« nôtres. Ils se réconcilieraient avec nos établis.sements d'^lucation classique: ils admettraient que les "pays latins" ont en

corc du bon, et qu'au point de vue des C-tude» supérieures, du moins, U Nouvelle-France n'a ritt; i envier à tes voisins.

Certes, tout n'est pas parfait dans nos petits séminaire!) canadiens. Plusieurs auraient boi.nc Rrâce à rajeunir, par exemple, leur» auteurs, et à tenir davantage leurs élèves, pour la littérature et l'histoire, au courant des choses contemporaines. Certains points de leur discipline sont aussi passés de mode. I.c régime du collège devrait, comme ici, imiter, de plus près, la vie.

Mais leur méthode de formation est éminemment rationnelle et progressive; elle est une et harmonieuse; elle tient compte du développement naturel de l'esprit, et ne lui donne, à la fois, cjue ce qu'il peut porter ; elle le suit, et lui distribue, au fur et à mesure de sa crois- 'ince, des aliments toujours plus substantiels.

Toutes ces qualités, jointes à l'expérience des siècles, la rendent infiniment préférable aux théories en vigueur ici. Sur cette questi. n .souveraine de la formation des intelligences, les Américains pourraient sûrement prendre chez nous de très utiles leçons.

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