SUR LE TRAITEMENT DE LA VARIOLE
Serres , sous le nom de méthode ectrotique , el, danB la séance de rinstitut du i6 novembre dernier , ce sarant a présenté des rués nouvelles sur cette matière, à l'occasion d'un mémoire dé M. le professeur Piorrj sur le même sujet; mais, il faut en convenir , que Ton emploie la cautérisation cm les applications emplastiques^ préconisées en dernier lieu par M. Piorry^ on éprouve fréquemment des difficultés qui rendent ces moyens insuffisants. D'ailleurs leur emploi peut bien remédier é un accident toujours grave, surtout pour le sexe ; mais il n'ôte rien à la gravité des autres accidents qui conduisent souvent à une fâc^Ctse ter^mihaison, et satis aucun doute une pratique qui enlève à la maladie ce genre de gravité,en même temps qu'elle soustrait la figure à ses ravages > offre une grande supériorité. Celte pratique ressortira) je Tespère, des observations que je vais rapporter^ Convenons cependant que la cautérisaition pourrait être employée avec, avantage pour faire avorter les pustules qui se développent quelquefois à la surface de ToBil ou au bord libre des paupières.
AVànt d'exposer les faits, je vais essayer de décrire lé nlécànisnie de Tinflammation , et les phénomènes qui, dans son summum d'acuité , déterminent la pro^ duction des cicatrices.
Dans là variole, l'intensité de l'iiiflammation de la pèaùylbrsque les pustules apparaissent, est en raison direéte 9è la fièvre dès priidronïes, ou plutôt de l'irritâltîôn viscérale ddnt elle est Teipressidn. Si cette, ii'Htàfiion intérieure est vive ^ si dlle n'est pasénergiquëtfietit combattue devant le développement de Térup^
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tion et à ses premiers moments , la forte réactioif qu'en éprouve le corps muqaeax de la peau , y détermine une vive inflammation , et c'est à sa suite qu'apparaissent à l'intérieur , et par réaction de la périphérie vers le centre , les accidents généraux secondaires qni font tous les dangers de la maladie. Cette inflammation s'étend à travers les aréoles du derme jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané, et y revêt un caractère phlegmoneux. En même temps, les prolongements cellulo-vasculaires et nerveux, qui traversent les aréoles , et ont été le moyen de transmission de l'inflammation sous-dermique , comprimés par les aréoles, en éprouvent bientôt un surcroît d'irritation qui peut les conduire au sphacèle, et produire ainsi la dénudation de quelques portions fibreuses de la peau ; c'est alors, comme conséquence, qu'ont lieu l'exfoliation plus ou moins étendue des lames du derme et les cicatrices qui viennent à la suite.
Etablissons maintenant par des faits que, dans la variole, le traitement actif des accidents primitifs a la plus grande influence sur le mode de développement des pustules, qu'il modère Tinflammation de la peau et enlève toute l'acuité des phénomènes secondaires d'où la maladie lirait sa gravité*
Au 20 novembre i835, la variole sévit à l'hôpital de Caen. Six malades en furent presque simultanément atteints dans le service chirurgical : deux jeunes militaires^ deux hommes des salles civiles, et deux jeunes filles. La fièvre fut vive au début et Ji'éruption trèsconfluente. Les premiers accidents, chez les quatre hommes , furent combattus le premier jour par deux
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saignées, la diète et les boissons légères. Le lendemain nouvelle saignée, et au troisième jour chez deux des malades, et au quatrième chez les deux autres, c'està- dire aux premiers moments de Tapparition des pus* tules, 20 sangsues à Tépigastre. Sous Tinfluence de cette médication, la fièvre était réduite de beaucoup, la soif considérablement diminuée. Le développement des pustules suivit sa marche accoutumée sans indice de grande irritation à la peau. Des deux filles, l'une, de 18 ans, forte et robuste , fut saignée deux fois les deux premiers jours, et au troisième on lui appliqua 1 5 sangsues à répigastre. L'autre, âgée de i4 ans, non nubile, faible et dél'cate , eut seulement 12 sangsues, à répigastre; puis, faute de place, ces filles furent placées dans le service de médecine , où elles guérirent Tune et Tautre. 11 en fut de même des quatre hommes , la fièvre secondaire fut à peine apparente ; cependant la confluence était des plus exprimées, et malgré Taccident grave éprouvé par l'un d'eux, tous guérirent parfaitement sans qu'après la couTalescence on pût remarquer sur la figure aucune trace de la ma« ladie.
L'accident éprouvé par l'un des malades, et que j'indiquerai tout à l'heure , me fournira les mfojens d'établir que les émissions sanguines portées à l'excès ne produisent aucune entrave dans le cours de la mar ladie.
Le jeune Lecoq, âgé de 18 ans, de constitution mé^ diocre , faible d'intelligence , et présentement encore infirmier dans l'hôpital , avait subi , comme je l'ai dit , trois saignées et une application de sangsues :
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c^éUit tout ce qu'il pouvait sopporter i mais il àrrÎTa qu'il perdît tout le jour el saos se plaindre beaucoup de sang par les piqûres des sangsues. Le soir il respirait a peine. Je me contentai de Cure donner quelques cuillerées de bouillon de veau , car je craignais de suractiver la réaction à la peau ; les forcés se relevèrent lentement : la peau était pâle et décolorée; les pustules, déjà apparentes, semblaient se détacher par le frotlmnent. Le malade resta deux jours dans cet état ; mais dans le troisième jour^ le poula s'activa, les postules s^érigèrent et arrivèrent rapidement à la suppuration, et, chose remarquable, la desquamation s'accomplit aussi vite que chez les autres malades.
A la môme époque , deux malades atteints par la contagion dans l'hôpital, un infirmier et un élève interne , furent traités par la méthode etpectante, et périrent l'on et l'autre de cérébrite aiguë.
Au mois de mai i838, la variole apparut de nouveau dans rhèpital. Cinq malades en furent atteints dans les salles de la clinique chirurgicale, et la maladie devint confluente chez trois d'entre eux. Un jeune homme de 1 7 ans subit avec le succès accoutumé le traitement antiphlogistiqoe ^ et guérit sans que les phénomènes secondaires aient offert la moindre intensité. Il en fat de même d'une femme enceinte de six mois, et qui eat deux saignées et deux applications de sangsues; mais la troisième malade éprouva de graves accidents , et son observation va montrer une seconde fois que les émissions sanguines , multipliées y n'entravent en ancune manière la marche de la .variole.
Le i6 mai, Marie M... , fille publique. Agée de
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M ^tts, ifiine forte éonstitutkm, ép^ôiitâ âansl'liôpffàl lolis lés sytii^lémed d'iitie irritation gàstro-Géj^bâ* Hqîùè ; ^ttè fine ti*ayait point été Vàncihée ; You poi^tiait à trente qu'elle était sôus rihfltrencé de k i^titagiôil. Xà rdUgeuf des lëirtiAs et de Hà langue èl une pbiairyDgite chronique àss^ exprimée dénonçaient uki 'état morbide antérieur dêë voiei» dfgestiveâ. Là éépbàlalgîe était intense , la soif vive ; diète sétère , limonade, deux saignées. Lé léndèàriàin légère rémissiôti dans les adcidetlts ; tme saignée , métne trallèmèkit , peii de cbangèirieht. Le trbtsiàme joui^ , soif lôlûjotirs tIto; uiië sàigiiée ; 20 sàdgèues à ré-" ^fgli^tre ; A ta suite te mieux parut manifesté. Les pustules s'établirent areG eônflaence, surtout à la tête et aUt' membres supérieurs ; inàis au cinquième joui' dé l^rUfytibiiV buHième de riuvasioi^ , la cépbalalgié s^etpriraa de nouveau et fut portée jusqu'à l'assoupissement. Beùt saignées , 1 5 sangsues à Tànus ; légère amélioration ,16 lendemain Uouvellé saignée « i!2 sangsues à Tépigastre; le jour suivant , lé ti^di^ sième de l'exaspération des symptômes, la soif e^C bien 'ttioins Vive ; mafs là fièvre persiste et les accidents cérébraux sont 'toujours menaçants ; nouvelle saignéré ; le lendeihàin 20 saiigsùes à l'anus. La sûp^Urfaifién des pustules avait niarché rapidetftient V la figuré était éhlièrement ilolte et tdùjoui^sf tMstuméfiée ; les jours suivants, là «fièvre et les aèddëiltji cérébrdu:!^ avaient cessé : la maladie sniVit régùrièr^etnenl ses périodes accoutumées. La desquanfia^ tion^ commença^ le dix-sepUèmé jour, et lâ'bontà-» iescence ne fut traversée par aucun accidèâ^.
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Ainsi il a été nécessaire d'employer successivement sept saignées et quatre applications de sangsues pour soustraire la malade à la mort qui aurait été produite, non par l'éruption , répétons^le bien haatl on ne meurt point par la peau , mais par une cérébrite aiguë symptomatique de l'irritation épigastrique » suractivée d'abord par la gastrite des prodromes et secondairement par la vive réaction de l'inflammation de la peau.
Les faits que je viens de rapporter , les guérisons qu'ils coi^tatent dans tous les cas, malgré les graves accidents qui ont traversé quelques-uns d'entre eax, témoignent assez de la haute influence du traitement antiphlogistiquedans la variole et dans quelques autres maladies éruptives , et je suis fondé à lui conser?er à ce sujet la dénomination de traitement mathématiifue. Dans le système physiologique , la nature et la marche des accidents s'apprécient avec une rigoureuse exactitude , et , comme on l'a vu , l'emploi d'une heureuse médication en est toujours la conséquence.
D'après les considérations qui précèdent , et les fails sur lesquels elles trouvent un appui , la variole s'exprime au début par la fièvre des prodromes qui est l'expression d'une irritation viscérale, épigastrique.
A la suite, apparaissent les pustules, leur in* flammation, leur suppuration.
En troisième lieu, survient la reproduction de l'irritation viscérale par réaction de l'inflammation de la peaui par l'absorption purulente , et très-souvent elle offre beaucoup d'intensité.