PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
Lorsque je lus pour la première fois V Esquisse historique de la théorie dynamique de la chaleur; trois choses me frappèrent vivement : 1<* l'auteur résume rapidement et complètement le& travaux accomplis dans cette branche aujourd'hui si étendue de la physique mathématique; 2*^ il rend parfaitement à chacun la justice qui lui est due ; 3^ il établit en quelques pages très-nettes et très-élégantes» synthétiquement d'abord, analytiquement ensuite, les lois fondamentale^ de la dynamique de la chaleur. D^où il résulte que son livre est, au double point de vue de rhistoûre et de la théorie, un excellent traité élémentaire, contenant, sous un très-petit volume, tous ce qu'il importe de savoir, et suffisant pour l'enseignement de toutes nos écoles.
L'idée d'en donner une édition française me vint dès lors dans l'esprit. Mais pour agir avec une plus parfaite connaissance de cause, je. voulus consulter mon savant ami M. Maquorp Rankine, le célèbre professeur de Glascow, un des maîtres et des législateurs de la science nouvelle. Je lui écrivis donc. Sa réponse, très-prompte et très-explicite, fut qu'à tous les points de vue le livre de M. Tait était une œuvre excellente qui méritait cent fois les honneurs de la reproduction.
M. Alfred Le Cyre, qui me savait surchagé de travail, me proposa d'ébaucher la traduction. C'était son début et il dépassa toute mes espérances; ce qui ne m'a pas dispensé de consacrer beaucoup de temps, mais avec beaucoup moins de fatigue, à faire que l'interprétation française fût l'expression fidèle à la f\.>is
et élégante da texte orignal» M. Tait a revu toutes les épreoires avec un tact parfait.
Je sais fier de pouvoir compter xe volume au nombre de mes meilleures actualités; et je le regarde comme absolument indispensable à tous ceux qui veulent se mettre au courant de eette brillante synthèse do la science moderne dont tout le monde parle, et que Ton comprend si peu.
Nous avons en France deux ouvrages composés dans l'esprit de celui de M. Tait, les Leçons de Verdet, dont le premier volume a seul paru, et le Rapport sur les progrés de la thermodynamique en France, publié sous les auspices du ministre de l'instruction publique.
Je ne dirai rien des Leçons de VerdeL S'il avait vécu il les aurait revues avec le plus grand soin, et il aurait fait disparaître des erreurs regrettables. Ses élèves ont fait preuve d'un grand dévouement et d'une habileté réelle ; mais ils ne pouvaient pas avoir l'érudition extraordinaire de leur maître, sa pleine connaissance de la litttérature scientifique et son talent hors ligne de critique très-exercé.
Quant au Rapporty je regrette qu'il n'ait pas dit un mot des mémorables expériences de Ramford et de Davy; qu'il fasse de M. Joule un professeur ; qu'il estropie sans cesse le nom de sir William Thomson, en l'appelantjThompson et le faisant résider à Edimbourg, tandis qu'il habite Glascow ; qu'il fasse toute française la détermination expérimentale de réquivalent mécanique de la chaleur, en présence des noms de Watt, de Black, de Joule, de Fairbairn et Tait, de Golding, etc , etc.; que dans l'appréciation des mérites de SidiCarnot, il omette l'idée capitale de la réversibilité, etc., etc. Mais c'est assez, trop peut-être ; il me suffit d'avoir prouvé qu'il était temps que nous eussions en France un ouvrage accessible h tous, et qui fut l'expression parfaitement exacte de la vérité historique et théorique.
J'ai ajouté un aperçu de l'ouvrage original, La théorie de la chaleur y de M. Reech ; et une note très-courte de M. Rankine sur les définitions des énergies actuelle et virtuelle ou potentielle. J'aurais voulu reprodiiii'e aussi les considérations si nettes de M, Tyndall sur l'unité et la convertibilité des forces naturelles.
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mais l'espace me manque et je suis forcé de renvoyer à l*excel* lente actualité. Faraday inventeur, p. 114. J'aurais voulu enfin pouvoir (mettre sous les yeux de mes lecteurs les considérations si neuves dans lesquelles M. Regnault est entré, à l'occasion de ses knmenses recherches expérimentales sur la détente des gaz ; mais elles ne sont pas encore publiées.
L'illustre physicien fait ressortir de la manière la plus frappante l'influence de la constitution moléculaire des gaz sur le travail qu'il font en se détendant, et sur la valeur de l'équivalent mécanique, expression de ce travail. 11 est vraiment étonnant de voir combien cet équivalent change avec l'état de compression ou ds température du gaz; comment, pour l'acide carbonique, par exemple, suivant qu'il est plus ou moins comprimé ou chauffé, il varie de 180 à 436, nombre maximum, normal pour l'air, suivant M. Regnault. On a considéré pratiquement jusqu'ici les gaz comme des assemblages d'atomes distincts et sépaiés; on n'a tenu presque aucun compte, et c'est une lacune énorme, du groupement de ces atomes en molécules, groupement qui constitue le gaz, et qui varie d'un gaz à l'autre. Or, ce groupement exerce sur la valeur de l'équivalent mécanique de la chaleur une influence énorme. Cette influence, quelquefois, peut donner naissance à d'autres phénomènes que la chaleur; par exemple, à des réactions chimiques, qui causent de très-grandes perturbations.
Rappelons, en terminant, à nos lecteurs, les source? où ilspourront puiser une instruction plus étendue, leshvres de MM. Clausius, Thomson et Tait, Hirn, Zeuner, Briot, Turrazzi, Saint- Robert, Dupré, etc.; les nombreux articles de M. Gh.Laboulaye, •dans son nouveau dictionnaire des arts et manufactures^ etc., etc.
L'abbé F. M0IGN0«
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