INDUSTRIE AGRICOLE
Sous le dor*ble rapport du sol et du climat, la Gaspésie est incontestablement une des plus belles, sinon la plus belle partie de la province de Québec, sans compter c^ue la rn^r fournit aux cultivateurs de cette région des quantités inépuisables du meilleur engrais. Le varech abonde presque partout sur le rivnge et, outre les déchets de poisson, il est facile de prendre dans la mer même, en quantités immenses, des poissons d’espèces inférieures et qui ne s’emploient ni dans la consommation locale ni dans le commerce d’exportation. La vase de grève et les herbes marines sont aussi- d’excellents engrais, dont le cultivateur laborieux et intelligent peut tir^r de grands profits.
Toutes çes matières abondent dans la Gaspésie, principalement sur les bords de la baie des Chaleurs. A chaque marée, surtout quand d’eau est un peu
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agitée par le vent, il s’accumule sur le rivage des masses de varech et d’herbes marines. Et cette accumulation se renouvelle constamment : le cultivateur a là un approvisionnement constant de bon engrais pour recouvrir ses près ou augmenter le rendement et la qualité des grains qu’il récolte. Cet engrais ne lui coûte rien, il n’a qu’à le transporter dans son champ, puis à l’épandre. Dans les pâturages, cela ne nuit pas à la dépaissance, l’augmente même, car les animaux broutent de préférence l’herbe à laquelle ces plantes marines ont donné un petit goût de salin. Les moules, les étoiles de mer et lés oursins peuvent former la base d’un excellent compost, qu’on peut encore enrichir avec la vase de grève et les écailles.
Mais reiigrais le plus riche est fourni par le poisson et ses déchets. Tous les établissements de pêche à la morue peuvent fournir des quantités énormes de cet engrais, qu’on peut enfouir à l’état brut dans le sol. Si les cultivateurs de la Gaspésie savaient en profiter, ils auraient dans ces déchets de morue une source de richesse dont il est facile de concevoir la valeur. Ils pourraient encore l’augmenter en faisant bouillir ces déchets pour en dégager l’huile, qui retarde ou empêche même la végétation.
Le poisson à son état entier est aussi un excellent engrais et qui abonde partout sur les bords de la mer.
LA GASrÉSIK
Ou emploie à cet usage le capelan et le hareng qui est trop maigre ou trop petit pour etre avantageusement livré au commerce. On en consomme ainsi des milliers do barils ; mais on pourrait en employer * encore bien plus, et surtout on pourrait prendre pour le même usage d’autres poissons qui sont en grandes quantités et nullement acceptés dans le commerce ou pour la consommation domestique. Enfin, la quantité d’engrais que peut fournir la mer est pour ainsi dire illimitée, de même qu’elle est à la disposition de tous ceux qui sont assez intelligents et assez laborieux pour en tirer parti.
Il est parlé ailleurs de la fabrication des engrais artificiels avec les déchets de poisson. Si, un jour, cette précieuse industrie prend naissance dans la Gaspésie, les cultivateurs de cette contrée auront encore là une source de grande richesse, puisque cet engrais artificiel est à peu près aus5ii riche que le guano, que les bons agriculteurs de France et d’Angleterre trouvent profitable d’acheter à plus de vingt piastres la tonne, aux commercants qui l’importent des côtes de l’Amérique du sud.
Le plâtre est un autre engrais que les habitants de la Gaspésie peuvent se procurer à des conditions exceptionnellement avantageuses. Il y en a des carrières inépuisables aux îles de la Madeleine, qui sont.
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comparativement aux autres parties de la province, dans le voisinage des côtes de Gaspé. Le transport peut en conséquence se faire à bien meilleur marché, ce qui donne un avantage considérable aux cultivateurs de ces parages.
Il y a des dépôts de marne en plusieurs endroits de la Gaspésie. C’est encore une autre ^ source de richesse agricole. La lûarne, c’est bien connu, jouit de la double qualité d’être à la fois un engrais. et un un amendement. Il est établi qu’àvec la marne, em-^ ployée avec une quantité convenable d’engrais naturels ou artificiels, on double facilement le rendement d’un terrain. Or les cultivateurs de la Gaspésie, qui ont de l’engrais en abondance, sont évidemment des mieux situés pour, profiter de ces dépôts de marne et doubler le rendement de leurs terres, qui sont naturellement des plus fertiles.
On peut donc dire sans crainte que sous le rapport des engrais, de la facilité do se les procurer en abondance de première qualité et pour le seul frais de les recuillir ou de les transporter, la Gaspésie offre à l’agriculteur des avantages qui ne se rencontrent nulle part ailleurs, au moins dans la partie du Canada située plus à l’ouest.
Quant au climat, il est des plus favorables aux opérations agricoles : c’est un fait connu. Cependant,
la partie sud de la péninsule de Gaspo jouit, au point de vue climatérique, d'un avantage qui est généralement ignoré, nous voulons dire son exposition*au midi. A partir de la chaîne des liauteurs qui longe le bord du Saint-Laurent, le terrain va en déclivité vers le sud et se trouve ainsi des mieux exposés à la l'action bienfaisante des rayons solaires, si importante pour la végétation, à laquelle elle donne une activité, une énergie extraordinaire. Les rayons solaires perdent une partie de leur chaleur par la réfraction et c'est ce qui explique pourquoi, sur la côte du Nouveau-Brunswick, de l'autre côté de la baie des Chaleurs, la température agricole est moins élevée que dans la Gaspésie, où les rayons du soleil tombent d'aplomb sur le sol et lui communiquent par conséquent plus de chaleur, plus de force vivifiante pour la végétation.
Cette exposition au soleil du midi fait de la zone sud de la Gaspésie une des régions les plus avantageuses pour la culture des arbres fruitiers et meme de la vigne. Avec une culture intelligente et soignée, les pommes réussiraient très bien, aussi bien que dans le district de Montréal, où l’été n'est pas plus beau ni la belle saison plus longue, et il est certaines localités qui semblent adaptées d'une manière spéciale à la viticulture. Au nombre de ces localités,
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il8
il faut mentionner en premier lieu le versant qui se trouve entre la mer et le flanc du mont Tracadigetche, dans Carleton. Le terrain est un sol qui convient parfaitement à la vigne ; le flanc de la montagne, qui arrête tous les vents de nord et de nord-ouest, réfléchit les rayons du soleil et élève ainsi la température, puis le voisinage de la mer donne au thermomètre une régularité qui empêche les changements subits et prévient les gelées hâtives. Enfin cette localité, comme sol et comme climat, est égale, sinon supérieure, à plusieurs endroits de Tîle de Montréal où Ton cultive depuis plusieurs années le raisin avec un succès incontestable. Qu'on essaie cette culture dans la baie des Chaleurs, surtout à Carleton, et le succès ne se fera pas attendre.
Le sol est si riche par lui-même qu’on peut toujours compter sur d’excellentes récoltes sans recourir à l’emploi des engrais. La terre se compose de débris de roches qui produisent les sols les plus riches et les plus faciles à cultiver, ainsi que nous l’avons démontré ailleurs. Ces terres jaunes et brunes, glaiseuses en certains endroits, se cultivent avec la plus grande facilité et produisent d’abondantes récoltes de toutes sortes de céréales. Ce fait est surabondamment établi par les chiffres suivants, qui sont tirés du recensement de 1881.
LA GASPÉSIE
Dans la Gaspésie, il y a une étendue de 174,306 acres de terre en exploitation agricole. L’aire occupée par les différentes branches de culture est ainsi
répartie :
Bonaventure
Gaspê
BUnouski
Totaux
En céréales
foin
“ pâturage
“ jardins....
Total
L'étendue ensemencée a donné le r
apport suivant :
Céréales :
Bonaventure
Gaspê
Bimouski
Totaux
Minots de blé
“ orge
“ seigle-
“ sairasin
** maïs
avoine
Total
Culture sarclées :
Min. do pommes de terre-
navets
autres racines...
fèves
Total 840,202
Tonneaux de foin 16,891
Le rendement du blé, par bleau suivant :
Bonaventure
Minots récoltés 35.839
Acres ensemencés. . . 3, 181
Rendement par acre 11.26
voit dans le ta-
acre, se
Gaspê
Bimouski
Gaspêsie
Différence
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C’est-à-dire que de 1871 à 1881 le rendement du blé, par acre, a augmenté de 0. 80 dans le comté de Eimouski, diminué de 0.64 dans Bonaventure, de 3.19 dans Gaspé et de 1.47 minot par acre dans toute la Gaspésie.
Quant au foin, le rendement en tonneaux, par acrc> a été comme suit d’après le recensement' de 1881: dans le comté Bonaventure, 1.33 tonneau; dans le comté de Gaspé, 1.61 tonneau ; dans le comté de Eimonsld *0.7 3 tonneau ; dans toiite la Gaspésie, 1.2-3 tonneau.
Ce rendement est peu considérable ; mais il dépend bien moins de la pauvreté du sol que la mauvaise culture qu’on lui donne. En beaucoup d’endroits, on suit encore l’affreuse routine qui conssite à faire des prairies sans guère semer de graine de foin, puis à laisser ces prairies en foin tant qu’elles ne sont pas complètement incapables d’en produire. On conprend qu’avec un pareil système, il est impossible de récolter beaucoup de foin, même dans les terres les plus suceptibles d’en produire, quand elles sont bien cultivées.
La culture des pommes de terre est une des plus productives. Le rendement moyen, à l’acre, est de 152.21 minots dans Eimouski, de 156.07 minots dans Gaspé et de 183.11 minots dans Bonaventure,
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où Ton récolté jusqu’à 300 minots à l’acre. Ce fort rendement s’explique bien facilement. Outre que le sol est très propre à cette culture, le poisson fournit un engrais qui double pour ainsi dire la production. On emploie pour cela le capelan et le hareng de qualité inférieure, qu’on met dans les sillons mêmes ou à la surface du sol. Avec cet engrais, les pommes de terre peuvent venir dans sols les pauvres, et à plus forte raison dans les riches terrains de la Gaspésie. Ainsi s’explique rénorme quantité de 1,704, 2o8 minots de pommes de terre que l’on récolte dans 8,291 acres de terrain. A seulement vingt-cinq centins le minot, cette récolte représente une somme de $426,- 064,50 ou de $51.40 par acre.
En résumant les chiffres qui précèdent, on trouve que l’étendue ensemencée est ainsi répartie entre les différentes cultures :
Cultures Bonaventure Gaspê IHmouski Gaspésie
Foin 12,009 10,616 10,472 33,697
3il6 3.181 2,410 ^ 9,842 15,435
Pommes (le terre 3,847 2,714 1.730 8,291
Autres cultures 1.23, 131 16,808 21.351 61,290
Total 42;768 32,548 43.398 118,711
C’est-à-dire que les différentes cultures sont dans les proportions suivantes pour toute la Gaspésie : foin, 28.38 pour 100 ; blé, 13 pour 100 ; pommes de terre, 6.99 pour 100 ; autres céréales et plante-racines, 51. 6î
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pour 100. 11 est évident que la culture du foin
n’est pas assez considérable et qu’elle devrait être augmentée d’au moins 12 ou 15 pour 100. Dans notre province, c’est l’élevage du bétail qui paie le mieux, et pour élever du bétail avec profit, il faut que 40 pour cent au moins de l’étendue en culture soient en prairie. Autrement, le cultivateur n a pas assez de bon fourrage pour garder un troupeau suffisamment nombreux ni pour le nourrir avantageusement. En remédiant à ce défaut, on pourrait augmenter considérablement le produit de Texploitation agricole dans la Gaspésie.
. Du reste, il n’est pas une région qui soit mieux adaptée à l’industrie si payante de l’élevage. Les pâturages sont de qualité supérieure. Le sol produit l’herbe en abondance et presque partout les prés sont traversés par des ruisseaux ou des rivières où coule constamment une eau limpide et claire comme de l’eau de roche. Les hauteurs et les collines fournissent d’excellents pâturages pour les moutons et partout la fraîcheur de la température donne au bétail une vigueur et une santé qu’il est difficile de trouver ailleurs au même degré. Enfin la facilité avec laquelle 011 peut cultiver d’immenses quantités de pommes de terre et de plantes-racines, grâce à l’engrais que fournit la mer, assure à l’éleveur une nour-
LA GxiSPÊSIE
riture aussi riche qu'abondante pour riiivemement ou l’engrais du bétail. Et l’exportation do ce bétail a été rendue des plus faciles par l’ouverture d(3 rintercolonial qui a mis la baie des Chaleurs en coinmunication rapide et peu dispendieuse avec les principaux ports et les plus grandes villes du Canada. Quand l’éleveur de l’Ouest trouve avantageux d’élever du bétail pour l’expédier à 500 ou 600 et même 800 milles, sur le marché de Chicago, pourrait-on soutenir que celui de la baie des Chaleurs n’aurait pas encore plus d’avantage à élever du bétail pour l’expédier'sur les marchés d’Halifax, Saint- Jean et Québec, qui ne sont éloignés que de trois ou quatre cents milles ?
Il faut donc admettre que les cultivateurs de la Gaspésie n’élèvçnt pas assez de bétail. Cela ressort clairement des chiffres suivants. Le tableau du bétail, dans le recensement de 1881, donne les quantités que voici :
Béta il :
Bonavenfure
Gaspé
Bimouski
Gaspésie
Chcvanx
Poulains.--.
35œiifs de travail
Vaclies laitières
vm
Autres bêtes bovines. .
Xloutoiis
Cochons