CHAPITRE ^fll
CLIMATOLOGIE — POSITION ASTRONOMIQUE — LES VENTS — LES SAISONS — TEMPÉRATURES MOYENNES — LONGUEUR DE LA SAISON AGRICOLE — NEIGE — PLUIE
Nous avons vu ailleurs que la Graspésie est située entre 47 o 49' et 49 o 15' de latitude nord. Sous la même latitude, en Europe, on trouve le nord de la Franc ?, y compris la vallée de la Loire, le nord de la Suisse et de l'Autriche, puis le Sud de l'Allemagne et de la Russie jusqu'à la mer Noire et la mer Graspienne. ' C'est-à-dire que cette latitude embrasse tout le centre et la partie la plus riche comme la plus liabitée de l'Europe continentale. Les Iles Britanniques, une partie de la France, la Belgique et la Hollande, la plus grande partie de l'Allemagne et de la Russie, le Danemark, la Suède et la Norvège sont au nord de cette latitude etjont, en général, une température moins élevée que celle de la Graspésie.
Au point de vue climatologique, cette dernière région occupe une position spéciale. La mer qui l'entoure sur trois côtés régularise son climat et atténue les variations entre le froid et la chaleur. La nature même des différentes parties de cette mer partage la péninsule de Graspé en deux régions climatériques distinctes : celle du nord et celle du sud. La région du nord exposée aux vents plus ou moins froids du septentrion ainsi qu'au voisinage des eaux refroidies par le courant du Labrador et des glaces qui entrent dans la partie nord-est du golfe par le détroit
de Belle-Iles est un peu plus froid que celle du sud. Cela n'empêche pas qu elle jouit cl une température aussi chaude que celle des parties tes plus peuplées de l'Ecosse et assez élevée pour faire mûrir toutes les céréales, et principalement le blé, qui vient en abondance et de premiè re qualité dans toute la région qui avoisine la rive sud du golfe Saint- Laureut. Le climat de la région du sud est uu peu plus chaud et pour ce qui regarde les opérations agricoles, bien supérieur à celui de la Grande Bretagne et de l'Irlande. Ainsi le maïs, qu'on ne peut pas cultiver en Angleterre à cause de la température, réussit parfaitement dans le comté de Bonaventure, où il en a été récolté des centaines de ininots en 1881, tel que le constate le recensement. Protégée d'un côté par les monts Notre Dame etShickshock oontre les vents du nord, exposée de l'autre aux brises chaudes du sud. qui lui apportent une partie de l'air chaud du gulf-stream, recevant presque perpendiculairement les rayons ardents du soleil du midi, cette région du sud jouit d'un climat des mieux équilibrés et des plus avantageux comme des plus agréables. Il faut voyager dans la baie des Chaleurs, respirer les brises si douces et si pure de cette petite mer intérieure, pour apprécier le climat si salubre et si réconfortant de ce beau pays, qu'on appelle avec tant de raison la Méditérannée du Cauada. Ici, le climat est si pur, si salubre, que les maladies sont inconnues à tel point que les quatre ou ci»q médecins dispersés parmi les 39,935 âmes qui habitent les comtés de Bonaventure et Gaspé, ont peine à vivre modestement avec l'exercice de leur profession.
Sur les bords de la baie des Chaleurs, le vent du nord-est. si crû, si humide et si désagréable dans la vallée du Saint-Laurent, ne se fait pas du tout sentir ; il est arrêté par les montagnes et complètement neutralisé par les courants d'air chaud venant du sud-ouest. Le vent d'est, ordinairement, est accompagné de pluie en été et de neige en his er. Mais, chose remarquable ! dans cette région la pluie et la neige ne sont jamais de louguddurée. et quand elles persistent pendant plus d'une journée, on trouve cewextraordinaire, surtout en été. Le vent de sudest a plusieurs traits des ressemblance avec le sirocco de la Méditerranée, qui est aussi un sud-est ; comme lui il est chaud, humide, léger et rapide. Lorsqu'il se montre en hiver, il produit souvent des dégels, surtout aux approches de l'équinoxe.
Le vent de sud direct, que l'on croirait plus chaud que le sud-est, est néanmoins plus tetnpéré. Pendant la saison où il se montre le plus fréquemment, on le regarde comme une brise agréable et presque refraîchissante, à raison de la vapeur humide dont il absorbe l'eau.
Le vent de sud-ouest est plus fréquent durant l'été que pendant l'hiver. Ce n'est que vers le solstice d'été qu'il règne d'une manière plus constante que les autres vents. Il devient l'agent principal des orages qui surviennent dans les mois de juillet et d'août. Souvent la brise du sud, qui a coutume de s'élever vers dix ou onze heures, fait place au sudouest qui, dans l'après-midi, remplit le ciel de nuages orageux ; deux ou trois heures se passent en éclats de tonnerre et en éclairs, puis la crise se
terinine avant le coucher du soleil par des ondées tantôt plus, tantôt moins abondantes. .
L'équinoxe d'automne apporte un changement à cette direction du courant de l'air et c'est alors le vent d'est qui, pendant quarante ou cinquante jours, a la prépondérance, sans cependant régner seul; après cette période le sud sud-ouest se ranime et partage le reste de la. saison avec le nord-ouest qui s'éveille et avec l'ouest direct, qui est le plus égal, le plus serein et le plus agréable des vents de cette région. C'est encore le aud-ouëst qui, vers le vingt avril, fond la neige et les glaces ; c'est aussi lui qui apporte la pluie à certaines époques du printemps et de l'automne. Il est connu que ce vent n'est autre que le vent des tropiques, dévié et modifié, mais naturellement chaud, ce qui explique pourquoi il élève presque toujours la température. (1)
Le vent du nord-ouest est essentiellement froid, se *, élastique, impétueux, plus fréquent l'hiver que l'été. Il a beaucoup d'analogie avec le mistral provençal. Dans la baie des Chaleurs, comme dans les autres parties du littoral de l'Atlantique, parler du nord-ouest, c'est désigner un vent violent, froid, incommode, mais sain, élastique, ranimant les forces abattues. Seulement il a cela de perfide en hiver, que tandis qu'un ciel pur et un soleil éclatant réjouissent la vue et invitent à respirer l'air, si l'on sort des appartements on est saisi d'une bise glaciale qui arrache des larmes. Moins rude en été. on le désire pour calmer la violence des chaleurs et il lui arrive assez souvent de se montrer après une pluie d'orage.
Les vents dominants dans la baie des Chaleurs sont le vent d'ouest, et son opposé, le vent d'est.
La marche des saisons est régulière. L'influence du soleil commence à se faire sentir d'une manière plus ou moins constante dans la dernière partie du mois de février. Elle augmente graduellement en mars, et à partir de ce mois le mercure monte prejgfuie tous les jours au dessus du point de congélation. Pendant ce moisdfiont la température moyenne varie entre 17 o et 20 o , le temps esj^, généralement très beau, le ciel est clair et le soleil brille ardemment. Le dégel commence régulièrement à partir du 20 et la neige se fond assez rapidement. En avril, la chaleur solaire est assez puissante pour exercer son influence sur toute la nature. En plusieurs endroits la neige finit de disparaître entre le vingt et le vingt-cinq, puis quelques joqc s plus tard la terre peut être travaillée. La température moyenne de ce mois varie de B0 o à 36 o . Il y a quelques jours de neige et un plus grand nombre de pluie. Avec la première semaine de mai, la neige disparaît complètement des terres cultivées et du premier au huit le sol est prêt à recevoir les semenses, dans les parties élevées et bien égouttées. La tem pérature moyenne de ce mois est de 40 ° à 50° et le nombre des jours pluvieux est peu considérable : il n'a pas excédé huit en 1881. La végétation se développe avec une force extraordinaire, et vers la fin
(1) Volneyr paséim.
les feuillages verdoyants, les fleurs printannières et les semailles qui commencent à recouvrir le sol annoncent que la belle saison a définitivement commencé, quêf là végétation est eu pleine activité.
En 1880, lo température moyenne des trois mois de printemps a été de 48 o 1' à Carleton et de 48 o 2' à New-Carlisle. En rapprochant ce chiffre de celui de la température moyenne de quelques localités bien connues, en Europe, on forme le tableau suivant :
Localités Température du printemps
Londres, Angleterre 47 o 6'
Liverpool " 46 o 2'
Glasgow, Ecosse 45 o 9'
Edimbourg " 45 o 0'
St-Petersbourg, Russie 35 o 9'
Berlin. Prusse 47 o 4'
Paris, France 50 o G'
New-Carlisle, baie des Chaleurs 48 o 2'
Carleton, " « 48 o 1'
Ce tableau, dont les chiffres sont pris dans Blodgett, pour les villes d'Europe, et dans le Rapport du Bureau de Météorologie du Canada pour 1880, pour la. baie des Chaleurs, établit hors de conteste que la température moyenne du printemps est plus élevée, plus chaude que celle de Londres, de Liverpool, de Glasgow, d'Edimbourg, de Saint-Pétersbourg, de Berlin et qu'eile n'est que de 2 o 4' moins élevée que celle de Paris. Ce fait se passe de commentaires.
Les variations de température, ou plutôt les températures extrêmes ont été comme suit durant ces trois mois :
Plus haute Température Plus basse température mars avril mai mars avril mai
New-Carlisle.. 38° 5' 59° 5' 73 ° 5' — 15 °0' 5 ° 0' 24 ° 0'
Carleton 39 ° 0' 58 ° 0' 77 ° 5' —20 ° 0' 1 ° 5' 19 ° 5'
Pointe-au-Père. 35 ° 0' 57 ° 8' 67 ° 2' —17 ° 5' 4 ° 9' 12 ° 0'
Le nombre de jours neigeux et pluvieux ainsi que la quantité de neige et de pluie tombée ont été comme suit : -