‹ Esquisse sur le Canada [microforme]Chapitre 4 sur 45 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Cette esquisse a pour objet de réunir dans le plus court espace possible les renseignements les plus utiles sur la condition passée et l’état actuel du Canada, d’où le lecteur pourra déduire l’avenir probable de cette belle colonie.

Il ne manque pas d'ouvrages sur l’histoire, le commerce, l'état social et politique du Canada : mais toutes ces publications sont ou volumincuscs ou spécialement affectées à faire connaitre un sujet en particulier; un grand nombre sont

si chargées de chiffres que la lecture en devient impossible pour tout autre que pour celui qui veut faire une étude approfondie des statistiques

générales du pays,

On s'est cflorcé dans cet opuscule de condenser tout ce qui peut intéresser le public, et dans une forme qui puisse convenir à tous Îles

lecteurs.

C'est une chose difficile que de dire beaucoup cn peu de mots; ce serait une chose impossible que de dire tout ce qu'il y a d'intéressant sur le Canada, même dans un ouvrage dix fois plus grand que celui-ci, Imbu de cette idée, l’auteur s'est donc simplement occupé de peindre à grands traits les caractères principaux de son

pays, et s’est elforcé d'être exact avant tout.

Le lecteur n’oubliera pas que ce petit volume est fait pour tout le monde : ainsi l’homme de lettres n’y trouvera guère de littérature, le touriste peu de pittoresque, le savant à peine de science, l’économiste pas assez de chiffres peut-être ; mais si tous peuvent y puiser des renseignements qu'ilsn’ont pas, et si beaucoup de gens en Europe peuvent S'y convaincre que le Canada n’est pas, comme on l’a souvent représenté, le domicile

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obligé des frimas et des glaces, alors ce livre aura touché le but, el quelque chose aura été fait dans la vue d'indiquer au trop-plein de la population européenne un pays où l'émigrant peut drouver une nouvelle patrie, un champ libre et vaste à son industrie, sous la protection d'instilutions libres et sages, qui permettent au culte de toutes [es affections et de tous les souvenirs de s'exercer en paix.

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PRÉLIMIMAIRES,

Importance du Canada. = Pornes,

étendue et position du PAYS. — Portion habitée, — Eanx navigable

Se — Marées dans lc fleuve Saint Laurent, — Richesses naturelles, — Progrès depuis 1760, Division et but de ce livre.

Le Canada a bien changé depuis l’époque où l’on se consolait de la perte de cet immense territoire pour la France, en disant : « Après tout, que nous font quelques arpents de neige au

Canada ! » Jusqu'à l’année 1855, que ces quel-

ques arpents de neige sont devenus un pays de près de 40,000 licues en superficie, peuplé par 2,000,000 d'habitants : dont le so] fertile pro-

duit pour au delà de 900,000,000 de francs

de valeur annuelle, indépendamment de l’exploitation des forêts et des richesses que con-

tiennent les eaux du golfe, aux pêcheries sans rivales; dont l’industrie occupe une flotte océa-

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nique du port de plus d'un million de tonneaux, el une flottille intérieure de plus de deux cent mille; avant un gouvernement quasi indépendant, avec un revenu de 25,000,000 de francs, et des institutions d'éducation et de bienfaisance dignes des contrées les mieux favorisées,

Le Canada, borné au nord et à l’ouest par les vastes possessions britanniques connues sous les noms de Postes-du-Roi, ou de territoire de la compagnie de la baie d'Hudson; à Pest ct au sud par le golfe Saint-Laurent, la province du Nouveau-Brunswick et les États-Unis, affecte la forme générale d'un carré long avant une direction dans le sens de sa longucur du nord-est vers le sud-ouest,

La longueur totale du Canada est, en chiffres ronds, de 400 lieues de France, et sa largeur d'environ 100 lieues; les bornes du pays touchent, dans le sens de sa longueur, au 60"° et au 84" degré de longitude ouest du méridien de Greenwich, et aux 42"° et 52" degrés de latitude nord. Ici comme ailleurs les bandes isothermes ne suivent pas les lignes des degrés de latitude; et, à part la partie de la péninsule de Poucest, qui se trouve immédiatement voisine

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2e du lac Érié, à l'extrémité du Haut Canada, qui est la portion la plus chaude de tout le pays, et la côte du Labrador, l'extrémité nord du Bas Canada, qui en est de beaucoup la plus froide, les quelques différences qui existent dans le cli mat n'ont d'effet que sur la production de certains fruits délicats, et nulle influence sur les produits ordinaires de l’agriculture,

La portion habitée de cette vaste étendue ne couvre qu'une superficie d'à peu près 4,000 lieues carrées, le reste est la propriété de la province, else trouve dans son état primitif, comme forêts, pour la production des bois de construction dont une quantité immense est chaque année embarquée pour les marchés d’Europe et même d’Amérique,

Il n’est nulle part un pays arrosé par de plus belles et de plus grandes rivières que le Canada, que traverse le fleuve Saint-Laurent dans toute l'étendue de son cours : le fleuve Saint-Laurent, navigable pour les plus grands vaisseaux jusqu’à Québec, distance de 150 lieues de son embouchure, navigable pour les navires de 600 tonneaux de port jusqu'à Montréal, soixante autres Jicues, el que sillonnent partout des vapeurs des

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plus grandes dimensions et des bâtiments à voiles de 2 à 300 tonneaux. Le flux de la mer se fait sentir jusqu'à Trois-Rivières à trente licues audessus de Québec : dans le port de Québec, les marées s'élèvent à un maximum de vingt pieds, et ont une moyenne élévation de douze pieds, car de ce port vers le golfe le grand fleuve affecte toutes les allures de la mer.

Les productions naturelles qu'offre le Canada sont aussi variées que son sol couvre d'espace ; les bois des espèces les plus utiles s’y trouvent en abondance d’une extrémité à l’autre du pays; les minéraux, jusqu’à l'or, n'y manquent pas, surtout le fer et le cuivre; les forêts sont peuplées des animaux aux plus belles fourrures, et le golfe Saint-Laurent offre le plus précieux endroit de pêche qui soit au monde, Le sol est presque partout d’une fertilité proverbiale; et les explorations qui se font tous les jours prouvent que le terrain est bon, même dans des endroits où on l'avait toujours cru d’une qualité inférieure.

Favorisé d’une manière si spéciale par la Providence, le Canada a marché d’un pas ferme et rapide dans la voie de tous les progrès; sa population, qui n’était que de soixante et quelques

mille âmes en 1760, à, dans moins dun siècle, augmenté dans la proportion de plus de trente pour un, Une portion relativement considérable de son sol a été ouverte à la culture; des voies de communication, qui sont, sous certains rapports, sans égales dans le monde, ont été donnécs au commerce; l'éducation a progressé dans Ja même proportion que l’agriculture cet l'industrie, Comme conséquence naturelle, les institu- Lions politiques et civiles se sont améliorées dans le sens d’une liberté bien entendue. Certes le Canada, comme tous les pays, a ses misères; comme partout ailleurs, tout n’y est pas parfait ct le petit peuple qui l’habite a de temps à autre ses jours d'épreuves; mais à prendre les choses de la terre pour ce qu’elles sont et les hommes pour ce qu’on les voit être partout, comparatlivement, il est peu de pays où il fait meilleur à vivre qu’au Canada, sur quelque point de son territoire qu’on attache ses regards,

Pour ne pas embarrasser le lecteur d’une foule de détails appartenant à des sujets différents, et permettre à chacun de s'occuper de celui qui l'intéresse le plus directement, l’auteur a séparé cet essai en plusieurs chapitres qui, sous un titre

spécial, contiennent les renseignements se rap portant à un caractère particulier du pass.

Comme d'abord il convient de donner avant tout

quelques notions géographiques, le chapitre qui

suit immédiatement a pour but de rendre le lec-

teur familier avec ces divisions territoriales dont

la connaissance est nécessaire à l’entente de

l'histoire et de toutes les autres données qui font

le sujet de ce livre, Puis viennent successivement

quelques lignes rapides sur Phistoire du Canada,

la description succincte de la configuration géo-

logique de la contrée en tant que se rapportant

à l’industrie, quelques renseignements sur le cli- D mat ct la météorologie, sur les productions natu- le relles et le parti qu’on en tire, Le commerce et ch les statistiques générales, avec et ensemble la “ description de nos voies de transport et des amé- rh liorations faites en ce genre, ne sont pas oubliés pe dans ce tableau, Un chapitre spécial est aussi “4

consacré à donner au lecteur une idée claire et correcte de notre organisation sociale et poli- où tique, M Les difficultés de réunir dans un cadre aussi .. étroit tant de choses si importantes sont bien 0 ron

connues de l'auteur; mais il le faut, c’est le seul

ap- AVS.

tout qui lecdont » de font nent ada, GÉOrtant ecli-

moyen de populariser les enseignements, le seul moyen de s'adresser à toutes les classes de la societe, Gel essai test pas une œuvre littéraire, le lecteur instruit s'en apereevra bien ; mais c'est un écrit d'actualité pratique, où si ce n’est pas cela, ce n'est alors rien du tout,

I s'agit de faire connaître le Canada à tout le monde; pour cela il faut un livre que tout le monde puisse lire : l'homme instruit, sans trop s'ennuyer ; l'homme peu instruit, sans se décourager à le comprendre; un livre que vous preniez avec vous dans la poche de votre redinwote où dans le secrétaire de votre malle pour le lire sur un bateau à vapeur, dans un char de chemin de fer, quand le tracas des allaires vous en laisse le temps; mais aussi un livre que l'homme du peuple puisse emporter chez lui pour lire à tête reposée, après les heures de Laval,

L'auteur s'estellorcé d’être clair etprécis, mais surtout vrai. Tous les renseignements donnés en chiffres dans les divers chapitres sont mis en

nombres ronds; mais si près de l'exactitude fraclionnaire qu'à la fin de cette année 1855 ils seront dépassés en réalité : les chiffres inscrits

dans le chapitre des statistiques sont les nombres exacts, extraits des documents officiels recueillis et publiés,

Une petite carte du Canada se trouve à la fin du volume : cette carte, peu chargée de détails, n’a pour but que de donner au lecteur une idée d'ensemble sur la configuration topographique du pays, et désigner les principales grandes divisions territoriales.

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RENSEIGNEMENTS GÉOGRAPMIQUES.

Division du Bas ct du Hant Canada où Canada françals et Canada an £glais. — Différences qui distinguent 1cs deux sections, — Divisions territoriales, — Description géographique du pays : — 1e golte ct ses îles ; — le Labrador; — Côtes qu Nord; — Gaspé; — districts ct comtés; — Je Saguenay; — Je Jac Saint-Jean: — ]n côte du Sud ; — Québec; — Trois-Rivières : — le Saint-Maurice ; — 1e Saint-François; — Je Richelieu; — Montréal; — l'Outaouais : — Bytown ou cité d'Outaouais ; — rapides ; — Brockville ; — Jes mille iles; — Jl'Ontario; — Kingston ; — la rivière Trent; — Toronto ; — lac Simcoe ; — Hamilton; — Je Niagara; — l'Érié: — rivière Détroit; — Jac Sainte-Claire : — Ja Tranche; — le lac Huron. — Postes de pêche et mines sur lc luc Supéricur.

Bien que le Canada ne forme aujourd’hui qu'une seule province, il se divise néanmoins en deux sections bien distinctes l’une de l’autre, le ilaut ct le Bas Canada, ou le Canada ouest et le Canada est, Ce dernier s'étendant du golfe à la Rivière aux Outaouais au nord et jusqu’au point où le quarantc-cinquième degré de latitude touche le fleuve Saint-Laurent sur la rivesud; cette section possédant toute la naviga- Uion océanique de Ja Colonie ; l’autre, le Haut

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Canada s'étendant vers l’ouest et le sud-ouest, et possédant dans son sein la navigation des orands lacs ? Ontario, Erié, Huron et Supér'ICur,

La superficie du Bas Canada est plus considérable de beaucoup que celle du Faut Canada : mais il faut remarquer que du chiffre de la superficie du Bas Canada, qui est à peu près six lois celle du Haut, 1l faut défalquer environ un quart qui, situé sur la côte du Labrador et en arrière, ne sera Jamais autre chose qu’un terriloire de chasse et d'exploitation forestière; à part cela tout le reste est susceptible de culture, hors ces quelques pertes de terrain qui se rencontrent dans tous les pays.

Le Bas et le faut Canada sont aussi différents par les mœurs et les habitudes sociales de leurs habitants qu’ils le sont par leurs lois et leur position géographique, Le premier est en grande parle peupié par des Français ou Franco-Canadiens, l’autre presque exclusivement par des habitants d'origines britanniques : l’immense majorité est catholique de religion dans le Bas Canada; la grande majorité, dans le Haut Canada, appartient aux différentes dénomina-

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tions protestantes, Les lois anglaises régnent exclusivement dans le Faut Canada, les anciennes lois civiles francaises sont le Code par excellence dans le Bas Canada.

Le territoire se subdivise en districts, comtés, divisions et unions de comtés pour les fins judiciaires et politiques; les comtés se subdivisent de nouveau en townships dans le Haut Canada, et en paroisses et townships dans le Bas, IV a dans le premier trente arrondissements judiciaires, et sept districts dans le second; entin il y a dans le Bas Canada cinquante-huit comtés, et dans le Haut quarante-deux; mais ces comtés ont des subdivisions électorales qu'il importe peu de donner ici, le nombre des colléges électoraux devant en outre être indiqué plus loin.

Nous allons prendre dans la méthode à suivre pour faire connaître au lecteur un peu de la géographie du pays, la marche que la nature ellemême nous indique, en remontant le cours du Saint-Laurent, qui coule au milieu de notre territoire comme lPartère principale, et en suivant la rive nord des grands lacs pour une partie du Haut Canada.

Voici donc en face de nous, au milieu du golfe Saint-Laurent, les îles de la Madeleine au nombre de sept principales, Elles font partie de la province du Canada, et tirent leur importance de ce qu'elles sont un execllent poste pour les armateurs en pêche de morue, maquereau , hareng, loups-marins ct baleines. Le golfe Saint- Laurent a ici, du nord au sud, de la côte de la Nouvelle-Écosse aux côtes du Labrador, une larseur de plus de cent lieues,

À l’extrémité ouest du golfe, et à l'entrée du fleuve Saint-Laurent est située au milieu des eaux l’île d’Anticoste, longue de quarante-cinq lieues et large de douze dans sa plus grande étendue. Endroit de pêche et de chasse, cette grande île offre aussi des terres cultivables, il ne s’y trouve que cinq habitations présentement, deux phares élevés aux deux extrémités pour éclairer la navigation, deux dépôts munis de provisions en cas de naufrages, et un établissement permanent de chasse et de pêche. Au nord de l’île d’Anticoste est la côte du Labrador, côte stérile, mais dont les rivières abondent en saumon de la plus belle espèce, et dont les bords sont fréquentés par toutes les sortes de poissons de mer qu’on

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