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ORGANISATION COMMERCIALE

Le gouverneur et la compagnie des aventuriers d'Angleterre traitant à la baie d'Hudson se constituèrent en société dès le moment de l'obtention de la charte qui leur fut octroyée par Charles II en 1670. Des droits et des privilèges ne suffisent pas pour organiser des opérations commerciales ; aussi cette compagnie dut fournir des fonds, dont la mise en action constitua le capital de la compagnie. Ce capital, "d'abord peu considérable, fut ensuite augmenté au point qu'en 1863 il s'élevait à la somme de

500,000 livres sterling (12,500,000 francs) et les actions étaient réparties irrégulièrement entre près de trois cents membres. Tous ces actionnaires confiaient leurs intérêts à un comité de régie ayant à sa tête un gouverneur et un député-gouverneur. Le comité, formé à Londres, y dirigeait les opérations de la compagnie, effectuant la vente des pelleteries et tout ce qui avait trait à la prospérité de l'association.

En 1863, la compagnie de la baie d'Hudson, ainsi constituée et dirigée, entra dans une phase nouvelle. La société dite internationale financière acheta toutes les parts, propriétés, droits et privilèges de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson, ainsi que les fonds de réserve que le comité avait habilement ménagés pour faire face à des éventualités imprévues. Le capital de la compagnie, comme nous l'avons dit plus haut, s'élevait à un demimillion de livres sterling, divisé en parts de 100 livres chacune. On estima le reste des propriétés, les droits et les privilèges à 1 million, soit en tout un capital nominal de 1,500,000 livres sterling (27,500,000 francs). Les actionnaires furent invités et consentirent à vendre leurs parts à 800 pour 100 au prorata de leur mise en action, et la société internationale paya 1 million et demi aux actionnaires de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson. Cette transaction fit passer tout l'avoir de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson entre les mains de ladite société internationale financière, qui ne resta pas longtemps en possession du vaste domaine qu'elle venait d'acquérir ; elle le remit bientôt sur le marché en en élevant la valeur à un capital nominal qu'elle évalua à 2 millions de livres sterling (50,000,000 de francs) et qu'elle offrit en vente par parts de 20 livres. Ces parts furent achetées par un grand nombre d'actionnaires, puisqu'au mois de novembre 1865 on comptait déjà quatorze cent vingt acquéreurs. Ces nouveaux associés reconstituèrent l'honorable compagnie de la baie d'Hudson, élurent un gouverneur, un député-gouverneur, un comité qui devait continuer de diriger les opérations commerciale? de l'ancienne compagnie ainsi modifiée. La nouvelle compagnie ajoutait à son programme le projet d'établir une ligne télégraphique à travers toutes ses possessions, et autres grandes améliorations, à l'exécution desquelles elles ne voyaient pas tout d'abord toutes les difficultés qui existent véritablement.

Ces différentes transactions nous mettent en face de trois opérations commerciales diverses : l'' la vente faite par les premiers actionnaires de la compagnie de la baie d'Hudson, vente qui leur donne, pour leurs droits et privilèges, un profit net de 200 pour" 100, à raison de la première mise en action ; 2° la spéculation opérée par la société internationale financière, qui gagne un demimillion de livres sterling, si toutefois, ce que nous ignorons, elle A pu vendre toutes les parts représentant le capital de 2 millions • 8° l'acquisition faite par les nouveaux actionnaires de la compagnie de la baie d'Hudson qui, héritiers des propriétés, droits et privilèges des anciens, sont pourtant dans une position financière bien différente, puisqu'il leur a fallu débourser 2 millions de livres sterling, tandis que leurs prédécesseurs, les premiers actionnaires du moins, ayant les mêmes droits aux mêmes profits, n'avaient jamais déboursé que 500,000 livres. Il faudrait donc aux

actionnaires actuels des profits nets quatre fois plus considérables qu'autrefois pour payer des dividendes égaux.

Quoi qu'il en soit des changements opérés au sein de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson en Angleterre, son organisation reste la même dans la terre de Rupert. Son gouvernement général et son comité, tout en conservant la haute main et la direction, ne prennent pas plus part aujourd'hui qu'autrefois à la partie la plus difficile de ses opérations, c'est-à-dire à la tr.'iite des pelleteries dans les pays sauvages.

Cette dernière charge a toujours été et est encore confiée à des employés formant non une association distincte, mais une organisation différente, toute une hiérarchie commerciale et active, soumise au comité de régie, n'ayant aucune part au capital ni aux propriétés, aucun droit aux privilèges ; recevant seulement la récompense de ses travaux, les uns par un salaire ou une somme fixe, prise sur les profits bruts, les autres par une quote-part aux profits nets. Voici les titres des membres de cette hiérarchie :

1° Le gouverneur de Ruperts' Land, appointements fixes et variés ;

2° Les facteurs en chef (chief factors), bourgeois, de deux parts ; S^ Les traiteurs en chef (chief traders), bourgeois, d'une part ; 4° Les commis (clerks), avec un salaire variant de 75 à 100 livres ;

5^ Les apprentis commis (apprentice clerka), salaire variant de 25 à 27 livres ;

6° Les maîtres de poste (post masters), salaires de 40 à 75 livres ;

7® Les interprètes, salaires de 30 à 45 livres sterling ; S° Tout un monde de voyageurs : guides, gouvernails, pilotes, devants de berges ou de canots, milieux ou rameurs, avec des gages qui varient de 16 à 40 livres sterling.

Les salaires fixes, depuis celui du gouverneur de Ruperts' Land jusqu'à celui du dernier des employés, comptent comme dépenses de la compagnie et sont jjris sur les profits bruts. L'intérêt des sommes en circulation est aussi prélevé sur les profits bruts et se paye aux actionnaires. Ces intérêts sont calculés à 5 pour 100.

Les dividendes payés aux actionnaires, ainsi que la quote-part des facteurs en chef et celle des traiteurs en chef étant le résultat des profits nets, varient nécessairement comme ces derniers.

Ces profits, après toutes les dépenses payées, sont divisés en dix portions égales ; six sont pour les actionnaires au prorata de leur mise en action, les quatre autres dixièmes sont subdivisés en quatre-vingt-cinq parts. Ces parts sont en moyenne d'environ 300 livres sterling (7,500 francs). Un facteur en chef reçoit deux de ces parts tant qu'il est en activité de service et pendant l'année qui puitson congé. Un traiteur en chef n'a qu'une de ces parts pendant le même laps de temps. Pendant les six années qui suivent cette première année de retraite, les chefs facteurs, comme les chefs traiteurs, reçoivent annuellement, respectivement, la moitié de ce à quoi ont droit les mêmes officiers en activité de service. Le gouverneur de Ruperts' Land dirige les affaires des départements qui lui sont confi s. Pour l'aider dans son administration, il réunit annucilement un conseil qui se compose des chefs fac-

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tenrs et des chefs traiteurs. C'est là que s'élaborent les règlements que l'on croit utiles au succès de la traite des pelleteries. C'est au nom de ce conseil que l'on assigne à chaque officier subalterne le poste qu'il doit occuper, comme le salaire qu'il doit recevoir ; c'est nussi ce conseil qui recommande au gouverneur et au comité de régie les commis qui doivent être promus au grade de traiteurs en chef, et les traiteurs en chef que l'on veut classer parmi les facteurs en chef.

Les dififérents départements se divisent en districts ; chaque district a à sa tête un facteur ou traiteur en chef, sous les ordres duquel se trouvent tous les autres employés. J^es districts renferment plusieurs postes ou forts, confiés à des officiers de dififérents ordres.

Chaque poste a ses comptes à part qui indiquent les profits ou pertes de ce poste vis-à-vis du district, tout comme si ses affaires se traitaient entre des étrangers. Les districts ont aussi leurs com])tes qu'ils règlent avec la factorerie, le dépôt ou les districts qui leur fournissent hommes, marchandises, provisions, etc., etc., et auxquels en retour ils remettent leurs pelleteries. Tous ces comptes sont tenus avec une minutie de détails étonnante. En les examinant, on dirait plutôt des compagnies rivales que les membres d'une même association travaillant dans un intérêt commun. Cette sage organisation, cette adroite comptabilité ont rheureux effet de créer une vive émulation et un grand esprit d'économie. Chaque officier doit présenter les comptes du poste qui lui est confié ; ces comptes sont examinés, scrutés, contrôlés, changés, modifiés par ceux auxquels est dévolue cette charge. Le chiffre des dépenses de l'année, mis en regard du chiffre de la valeur des pelleteries ou autres objets fournis, donne une idée exacte, sinon du travail, du moins du succès de celui qui a la charge de ce poste ; et comme l'avancement de ce dernier dépend beaucoup de ce succès, tous les employés sont intéressés à augmenter le profit général, auquel pourtant en réalité le plus grand nombre n'a aucune part.

Ce sont ces adroites combinaisons et la stricte parcimonie qui règne partout, qui ont assuré le succès de cette compagnie, dont le commerce s'étend depuis l'océan Atlantique jusqu'au Pacifique. Ses ramifications embrassent toute l'Amérique britannique, à l'exception des provinces maritimes et de la partie du Canada située au sud du Saint- Laurent. Cette compagnie, par la sagesse de son organisation, l'habileté et l'énergie d'un grand nombre de ses membres, s'est maintenue, s'est développée, a sontenu des luttes quelquefois redoutables, et donne en général à ses membres des dividendes bien capables de les rémunérer. On doit dire à sa louange que sa conduite a été telle que sur toute l'étendue de son immense organisation les sauvges, même les çlus cruels, ont appris d'elle à aimer et à respecter l'homme civilisé, et que ce dernier peut partout voyager avec la plus grande sécurité. Il n'est pas besoin de dire que des abus particuliers se sont produits sur plusieurs points. Le monopole les a multipliés, les rivalités ont fourni des prétextes. Le commerce de l'eau-de-jeu, qui se trouve aujourd'hui limité à quelques district seulement, est peut- être le seul reproche que l'on puisse actuellement faire raisonnablement à la compagnie comme corps, puis-

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que c'est le seul que je sache être approuvé par ceux qui la dirigent.

§ 2. — Division commerciale. — La compagnie, au point de vue de ses opérations commercialfs, a divisé enquatre départements le pays où elle se trouve: l*^ le département de Montréal, qui comprend les établissements que la compagnie possède en Canada-Est; 2° le département du Sud, qui renferme les autres établissements du Canada et ceux de la terre de Rupert, à l'est du 90e degré (quatre-vingt-dixième degré de longitude occidentale) ; 3^ le département occidental, à l'ouest des montagnes Rocheuses ; 4o enfin le département du Nord qui nous occupe et dont nous avons déjà tracé les limites.

Le département du Nord renferme dix districts, qui sont : les districts de Mackenzie, d'Athabaska, de la rivière aux Anglais, de la rivière Saskatchewan, de Cumberland, de la rivière du Cygne, de la rivière Rouge, du lac la Pluie, de la rivière aux Brochets (Norway House), et enfin le district d'York.

1» District de la rivière Mackenzie. — Ce district, le plus important par le nombre et la qualité des fourrures, comprend, outre les environs du grand lac des Esclaves, toutes les terres arrosées par le fleuve Mackenzie proprement dit et ses affluents, ainsi que par les autres fleuves qui se déchargent dans la mer Arctique. Presque tout ce district est et doit rester pays de chasse. A l'exception de quelques points isolés sur le fleuve Mackenzie et sur la rivière du Liard, la culture y est impossible. Le froid est partout d'une intensité extrême, malgré les consolantes assurances données par l'inspection des lignes isothermes que la science multiplie sur certaines cartes de géographie, et qui sûrement n'ont pas été tracées par ceux qui ont habité longtemps le pays. Le district de la rivière Mackenzie possède des gisements carbonifères, des puits de poix minérale et bitumineuse. D'immenses stratifications calcaires avoisinent les roches primitives. Le chef-lieu de ce district est le fort Simpson, situé à 61^51' 25" de latitude par 121*» 51' 15" de longitude, au confluent de la rivière au Liard avec le fleuve Mackenzie. C'est dans ce fort que réside le bourgeois en charge du district; c'est aussi là que se réunissent les commis des différents postes vers la fin d'août pour recevoir les ordres de leur chef et les marchandises nécessaires à la traite des pelleteries. On pénètre dans le district de la rivière Mackenzie en descendant le fleuve du même nom. L'embouchure de ce fleuve, qui donne le tribut de ses ondes à la mer Glaciale, forme un immense port de mer. On connaît les difficultés de la navigation par le détroit de Behring, difficultés qui jusqu'à ce jour n'ont pas même permis de tenter la voie de mer pour arriver au district Mackenzie. La route par-dessus les montagnes Rocheuses, quoique praticable, offre les plus sérieuses difficultés, qui constituent une impossibilité réelle, quoique non absolue. Par delà ces montagnes Rocheuses, le district de la rivière Mackenzie possède un poste que nous en avons comme exclu, en assignant la chaîne des grands monts pour la limite occidentale du département du Nord. Ce poste est celui situé sur les bords du fleuve Youcon.

En traçant les limites du département du Nord, nous n'avons

Sas fait attention à ce poste, parce que nous le croyons sur le cievant territoire russe, aujourd'hui propriété des Etats-Unis.

2° District d^Athabaska. — Ce district, qui avoisine le précédent et le borne au sud -est, renferme le reste du territoire du Nord- Ouest, à l'exception pourtant des terres arrosées par le haut du fleuve Athabaska et ses affluents, depuis sa source jusqu'aux rapides de la rivière à la Biche. Ce district est aussi en plus grande partie un pays inculte. La vallée de la rivière à la Paix fait une belle exception à cette triste aridité. Sur les deux rives de cette rivière il y a des terres magnifiques; des prairies d'une grande fertilité y sont parsemées d'épaisses touffes de beau bois de construction. Quelques points sur la rivière Athabaska offrent aussi des avantages réels pour la colonisation, La nature est magnifique dans ce district, la vallée de la petite rivière de l'Eau-Claire a des beautés saisissantes et exceptionnelles. Les rives du grand fleuve reportent, par leur aspect, vos pensées sur les plus beaux fleuves du monde, et l'on se surprend facilement à regretter les rigueurs du climat, qui seront toujours un très grand obstacle à l'habitation même des parties arables de ce vaste territoire, qui renferme d'abondantes richesses minérales, le soufre, le sel, le fer, le bitume, la plombagine abondent dans tout ce district. Je crois qu'il y existe aussi des puits de pétrole.

La grande rivière Athabaska coule à travers d'immenses carrières de calcaire, interrompues çà et là par des falaises d'argile schisteuse qui s'entr'ouvrent à tout moment pour laisser entrevoir les richesses minérales qu'elles renferment. La rivière à la Paix possède des carrières de plâtre, des dépôts carbonifères supposés être d'une grande valeur. Ses flots rapides descendent des montagnes Rocheuses des masses de sable qui recèlent de la poudre d'or. Toutes ces richesses, jointes à celles des fourrures, donnent au district d'Athabaskas une bien grande importance.

Jusqu'à ce jour les importations nécessaires au commerce du district, ainsi que l'exportation de ses fourrures, se sont faites en bateaux, et par la rivière qui lui a donné son nom, et la rivière de l'Eau-Claire, qui coule au pied des hauteurs du portage à la Loche. Depuis deux années, on est allé par terre jusqu'au lac la Biche, pour descendre ensuite la rivière qui en sort. Cette route nous semble bien préférable à la précédente. On pénètre aussi dans le district d'Athabaska par l'ouest, puisque la rivière à la Paix se rapproche beaucoup de la rivière Fraser; et quoiqu'il faille, par cette voie, passer les montagnes Rocheuses, la navigation est moins souvent interrompue que par les rivières qui viennent de l'est.

Le chef-lieu du district d'Athabaska est le fort Chippeweyan situé à 1 eu près à 58» 40' nord, par 104« 35' 15" ouest. Ce fort, bâti sur les hauteurs qui bordent au nord le lac d'Athabaska ou des Collines, commande une vue magnifique. A l'est, c'est l'immensité de la mer, au sud, l'agréable variété d'îlots nombreux, qui se dessinent sur le fond toujours verdoyant d'une épaisse forêt d'épinettes. Le nord déroule les plis sinueux de sa solide ceinture de granit, et le soleil couchant éclaire les petits lacs, les différents cours d'eau, le battures de sable, les prairies qui terminent ce grand lac. La scène est aussi variée qu'imposante pendant la belle Faison. Pourquoi faut-il qu'un hiver de plus de sept mois en confonde tous les points dans une glaçante monotonie?

3° District de la rivière aux Anglais. — Ce troisième district comprend presque toutes les terres arrosées par le fleuve de ce nom, qui se nomme aussi rivière Churchill, Il faut pourtant excepter le bas du fleuve, qui appartient au district d'York, et le haut de la rivière aux Castor?, qui en est la branche la plus occidentale et qui, en cette partie, arrose des terres appartenant au district de la Saskatchewan. Ce district ne renferme aucune des richesses minérales que nous avons indiquées dans le précédent., Une portion de sa surface est complètement aride ou composée de roches primitives. Je n'y connais rien se rattachant à l'âge de transition. Les terrains houillers et siluriens du district voisin ne se remarquent pas dans celui-ci. Le haut de la rivière aux Castors ou les bords des lacs qui s'y déchargent offrent des points arables. Le reste semble le fond d'un lac immense où le travail d'assainissement n'est pas encore complété. Sur d'autres points, des dunes élevées reportent à un autre âge. Nulle pait les lacs ne sont aussi nombreux. De belles forêts couvraient autrefois une partie de ce district; les incendies les ont presque toutes détruites. Les bords de quelques rivières et lacs en conservent encore quelques débris. Les eaux de presque tous les lacs abondent en poisson, ce qui rend la vie sinon plus agréable, du moins plus facile qu'ailleurs et permet aux indigènes de se livrer constamment à la chasse des pelleteries, qui y sont riches et abondantes. Les terres arides (barren groun'd) ou landes stériles qui forment la partie septentrionale de ce district, comme des deux précédents, sont la patrie des petits caribous, qui y vivent en troupes innombrables.

Le chef-lieu du district de la rivière aux Anglais est le fort de l'île à la Crosse, situé sur les bords du lac du même nom, par 55° 25' nord, et 107o 55' ouest. La rivière aux Anglais, qui traverse tout ce district, se déchargeant dans la baie d'Hudson, au port même de Churchill, autrefois si important, il semble que la voie la plus naturelle pour y pénétrer serait de remonter ce grand fleuve. Néanmoins, nous l'avons dit dans le chapitre précédent, les difficultés et les dangers de cette navigation empêchent de suivre cette route, et on pénètre dans le district par la Saskatchewan et son tributaire dit rivière a la Pente. Un chemin de charrette, ouvert il y a deux ans entre la rivière Saskatchewan et le lac Vert, semble offrir ua accès plus facile à la partie supérieure du district dont nous nous occupons, et dont l'importance est restreinte exclusivement à la traite des pelleteries.

4° District de la rivière Saskatchewan. — Cette vaste et importante division comprend l'immense étendue de terre arrosée par les deux branches de la Saskatchewan jusqu'à leur c )nfluent, ainsi que par les tributaires de ces deux grands cours d'eau : de plus, le pays baigné par le haut de l'Athabaska et de ses affluents. Cette dernière partie, empruntée au territoire du Nord-Ouest, est très belle et très avantageuse, quoique d'ordinaire on ne la renferme pas dans ce qu'on est convenu d'appeler "la ceinture fertile" (fertile belt'). Le district de la rivière Saskatchewan possède une partie du désert, une partie de la prairie et ce qu'il y a de plus fertile en ce que nous avons appelé "la forêt". Ce district peut avoir une valeur considérable au point de vue de la colonisation, non pas sans doute dans toute son étendue et sous tous les rapports, comme nous l'avons déjà dit, quoiqu'il renferme des ter-

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res magnifiques. Déjà et de tout temps depuis la découverte du pays, cette partie du département du Nord offre de nombreux avantages. Ce district, du moins dans ce qui n'est point la forêt, ne possède pas les riches fourrures de ses voisins du nord. Il leur est pourtant toujours venu en aide e'n leur fournissant les provisions nécessaires pour les transports. Les plaines de la Saskatchewan ont, jusqu'à ces années dernières, toujours été la patrie des bisons, qui s'y pressaient en bandes innombrables à toutes les époques de l'année. La viande de ces animaux a toujours fourni les provisions nécessaires pendant les voyages. Les parties les plus délicates de l'animal sont desséchées au feu ou au soleil, après avoir été réduites en tranches très minces, et portent le nom de viande sèche, tandis que le reste, plus fortement desséché et pulvérisé, se nomme viande pilée ; cette viande pilée, mêlée vec le suif fondu de l'animal, dans les proportions de 2 à 4, forme une espèce de pâte dont la croûte est remplacée par la peau crue de l'animal. On roule ainsi la viande dans cette peau pour la préserver et la conserver souvent pendant plusieurs années. On livre ainsi cette singulière nourriture au commerce ou au bon vouloir des affamés, sous le nom de pemikan, mot sauvage qui signifie mélange dans lequella graisse entre pour une large part. Cette ressource, sans être tout à fait épuisée, est néanmoins singulièrement diminuée ; et tout porte à croire que bientôt elle va disparaître complètement.

La Saskatchewan, comme presque toutes les rivières qui descendent des montagnes Rocheuses, roule sur son lit d'argile des sables mêlés de poudre d'or. Jusqu'à présent, ces mines n'ont pas eu un rendement bien encourageant. On ne les trouve que dans le lit de la rivière, qui est glacée pendant six mois de l'année, débordée souvent pendant trois autres mois, en sorte que, en définitive, la saison de la récolte d'or est bien limitée. Les produits de cette recherche ont été jusqu'à présent si peu abondants, que les mineurs venus successivement pendant plusieurs années se sont découragés. Cette richesse est pourtant une ressource incontestable. En ne faisant de la recherche de l'or qu'une occupation secondaire, l'habitant de la Saskatchewan ajouterait par là aux autres avantages de sa patrie adoptive.

Les mines de charbon que renferme le district de la Saskatchewan lui assurent une importance incontestable. L'immense dépôt houiller se montre à découvert aux falaises du grand fleuve. Ce charbon, sans être de première qualité, est néanmoins mis en usage par les forgerons du district, et si les couches qui sont à la surface peuvent ainsi être utilisées, il n'est pas douteux que celles de l'intérieur leur soient préférables.

Les gelées précoces qui détruisent souvent les moissons, l'absence des espèces de bois nécessaires à la fabrication des ustensiles sont les seules raisons qui nous empêchent de partager l'enthousiasme qu'a fait naître, dans plusieurs, la vue de ces magnifiques terres. Je n'y connais pas non plus des carrières assez importantes pour fournir aux exigences d'établissements considérables. On aperçoit pourtant sur les rives des couches de grès. Dans différents endroits des blocs erratiques se trouvent en grand nombre et sont peut-être l'indice d'accumulations des roches auxquelles ils appartiennent, et dans ce cas pourraient fournir les matériaux nécessaires à des constructions même importantes. La Saskatche-

wan, comme toutes les rivières qui traversent les terrains si légers et si peu consistants des prairies, coule dans un lit très profond. Ses côtes, élevées à plusieurs centaines de pieds, sont partout sillonnées par des coulées ou ravins souvent étroits et très profonds où l'on peut ménager des pouvoirs d'eau, du moins à certaines saisons de l'année. Le chef-lieu du district de la Saskatchewan est le fort Edmonton, situé par 53** 30' nord et 113 degrés de longitude. On pénètre dans tout ce district par les grands cours d'eau qui le traversent. On peut, de plus, voyager partout à cheval et presque partout en voiture, à la seule exception de la partie la plus boisée du territoire du Nord-Ouest.

5° District du Oumberland — Le bas de la Saskatchewan, depuis le confluent de ses deux branches principales jusqu'à son embouchure, ainsi que ses tributaires dans cette partie, arrose les terres qui forment le district de Oumberland. C'est le poste principal de ce district qui lui donne son nom ; il est situé sur la rive sud du lac Oumberland, appelé aussi lac de Vîle aux Pins, par la latitude 53° 57' longitude 102*' 20'. La partie ouest du district sur la Saskatchewan, depuis ces limites jusqu'au fort Oumberland, distance d'environ 200 milles, est très propre à la colonisation ; le reste est couvert de roches ou sujet aux inondations. On trouve en cette dernière partie un forte ceinture de roches primitives, qui en occupe toute la partie septentrionale. Des stratifications calcaires de formation silurienne avoisinent ces roches primitives, continuant le phénomène géologique qui, ayant pris naissance au sud, disparaît dans tout le district de la rivière aux Anglais pour se reproduire dans ceux d'Athabaska et de la rivière Mackenzie. La rivière Saskatchewan forme un delta considérable avant de tomber dans le lac Bourbon {CedarLake). Jusqu'à ce lac, ses eaux sont fortement chargées d'argile ou de sable. En traversant le lac Bourbon, le fleuve se débarrasse de ce bagage désagréable ; ses eaux devenues par là limpides se précipitent en flots impétueux à travers les roches calcaires qui bordent ses rives et arrivent ainsi toutes bouillonnantes dans le Winnipeg, où s'arrête sa course. Ce grand fleuve n'entraîne donc pas seulement de la poussière d'or, mais bien aussi une grande quantité d'argile et de sable qu'il dépose dans son cours.

Ce sont ces dépôts qui, avant son embouchure, ont successivement formé les terres qui avoisinent les lacs Oumberland, Bourbon, l'Orignal, qui, avec les lacs Winnipeg, Winnipigous, Manitoba. Dauphin, St-Martin et une multitude d'autres qui les environnent, composaient à une époque peut-être assez récente, la vaste mer intérieure dont tous ces lacs n'étaient que les points les plus profonds. Les dépôts calcaires, étant les points les plus élevés, formèrent d'abord des îles au milieu de cette immense nappe d'eau. Une couche de terre d'alluvion les recouvrit ensuite, puis les tira de leur isolement, en les reliant à la terre ferme par les dépôts dont nous venons de parler et dont l'assainissement n'est pas encore complété, au point qu'il y a là de vastes étendues de terre inhabitables. Il nous est arrivé de remonter la Saskatchewan depuis le lac Bourbon jusqu'au fort Oumberland et de ne pouvoir, pour ainsi dire, pas mettre pied à terre dans tout cet espace, parce que tout était inondé, à l'exception de quelques points culminants assis sur des strades de calcaire, et qui servent a montrer très distinctement la formation dont nous venons de

parler. Le district de Cumberland n'a pas l'importance de ceux que nous avons déjà mentionnés. Il fournit quelques belles fourrures. Les innombrables étangs qu'il renferme forment un pays de choix pour les rats musqués, qui y abondent. Une partie seulement du district est bien boisée, le reste n'a que des avantages bien secondaires à cet égard.

6° Didrict de la rivière du Cygne. — Au sud du distrct de Cumberland est situé celui de la rivière du Cygne, qui s'étend jusqu'aux frontières des Etats-Unis, comprenant ainsi les lacs Winnipigous, Manitoba, les terres arrosées par les rivières qui se déchargent dans ces deux grands lacs ou qui en sortent, ainsi que celles sillonnées par la rivière Assiniboine, jusqu'à environ 20 lieues de son embouchure. Comme son voisin de l'ouest, le district de la rivière du Cygne a une partie du désert, de la prairie et de la forêt. Il est pourtant bien loin d'avoir l'importance de celui de la rivière Saskatchewan. Ici non seulement le désert est aride, mais la prairie elle-même participe à cette aridité. C'est le centre de la prairie dont nous avons parlé plus haut et qui ne vaut pas ce que valent les extrémités. La forêt a son importance, et sur la limite orientale on commence à trouver les ligneux d'une utilité plus grande que ceux à l'ouest. Les montagnes Dauphin, Canard, Tonnerre, Porc-Epic, du Pas, sont bien boisées. Ces différents monticules, qui se relient à la montagne Pembina, formaient évidemment autrefois la rive occidentale du lac immense que nous avons mentionné en parlant du district précédent, et demeure aujourd'hui la démarcation bien distincte entre les terrains de transition qui sont à leur orient et les terrains secondaires qui forment leur plateau occidental. Le district de la rivière du Cygne perd énormément de terre utile au milieu de ces dépôts d'alluvion, qui n'ont point acquis assez d élévation pour n'être point submergés. Aussi, entre les monticules indiqués plus haut et les lacs Winnipigous et Manitoba, ainsi qu'entre ces derniers bassins et le grand Winnipeg, on peut presque dire : la terre c'est de Veau. Il ne fait pas bon y voyager, surtout à l'automne, quand cette eau se refroidit. Il me souviendra longtemps d'un certain voyage que j'ai fait à la fin d'octobre ; pendant plusieurs jours il m'a fallu marcher dans l'eau glacée jusqu'à mi-jambe ; plus d'une fois j'ai même trempé ma ceinture. Sur les points les plus élevés cette terre d'alluvion est naturellement très fertile. Entre la rivière Assiniboine et la montagne Dauphin et autres, il y a de belles terres, des terres d'autant plus avantageuses que les rivières qui coulent de ces hauteurs peuvent au printemps descendre des bois en abondance. A l'ouest et au sud de la rivière Assiniboine, je ne connais, dans le district de la rivière du Cygne, aucun point propre à des établissements de quelque importance.

Les formations dévoniennes du côté occidental des lacs Manitoba et Winnipigous renferment une grande quantité de sources fortement saturées de sel. Les gens du pays en tirent parti, en isolant ce sel par le procédé dispendieux de l'ébullition de la saumure ; par l'évaporation on obtiendrait le même résultat à meilleur marché. Ce sel est celui dont on fait généralement usage dans la Rivière- Rouge. Il s'y vend de 4 à 6 sous la livre ; il ne vaut pas le sel marin, non plus que celui d'Athabaska. A l'exception des montagnes et de la partie du district tout à fait au

nord, on y voj'nge partout à cheval et en voiture; sur bien des points on le ferait également en carrosse, tant les prairies offrent de facilités pour les routes.

Le chef-lieu du district de la rivière du Cygne est le fort Pelly, bâti sur le bord de la rivière Assiniboine, à un endroit appelé le Coude, par 51° 48' nord et 102^^ 15' ouest.

7^ District de la Rivière-Rouge. — A l'est du district de la rivière du Cygne et au sud des lacs Manitoba et Winnipeg ee trouve le district de la Rivière- Rouge, qui est le nom commercial de la colonie d'Asasiniboïa, et qui s'étend une vingtaine de lieues sur les bords de la rivière Assiniboine depuis son embouchure, et sur

Uu bal à Pembina.

les bords de la rivière Rouge, depuis Pembina jusqu'au lac Win

mpeg.

Au point de vue de la traite des fourrures, ce district a son importance, non pas sans doute dans ce qu'il produit lui-mênie, mais bien dans le fait qu'il est le seul centre important d'affaires dans le pays. Outre le commerce de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson, il y a ici celui fait par tous ses opposants, et, nous l'av'ons déjà dit, ce commerce est parfaitement libre. Toutes ces oppositions partent de la colonie pour se répandre dans les différentes parties des districts avoisinants, en sorte qu'une grande partie des fourrures du département du Nord est importée

ESQUISSE SUR LE NORD-OUEST DE i/aMÉRIQLE 65

dans le district de la Rivière- Rouge, pour y être vendue au plus haut enchérisseur et de là être expédiée à l'étranger. En dehors de la traite des pelleteries, qui est plus considérable dans ce district que dans les autres, le commerce de marchandises a aussi une grande importance et est une source de profits considérables, car tout est à un prix exorbitant. Malheur à ceux qui n'ont pas le moyen ou la volonté d'importer directement de l'étranger. Tout se vend de 100 à 300 pour 100 sur le prix d'achat en Angleterre. Ce calcul si exagéré a jusqu'à un certain point sa raison d'être dans les frais énormes de transport, surtout pour les objets lourds ; néanmoins, on ne peut que regretter un pareil état de choses, qui aflccte surtout la portion pauvre de la population, puisque tous ceux qui ont des moyens pécuniaires peuvent importer directement.

Le fort Garry, situé au confluent de la rivière Assiniboine et de lari vière Rouge, par 49'' 52' nord et 9G^ 53' ouest, a une élévation de /OO pieds au-dessus du niveau de la mer : c'est le poste principal de ce district en même temps qu'il est le siège du gouvernement de la colonie d'Assiniboïa. Le district delà Rivière-Rouge, qui n'est pas encore tout colonisé, est incontestablement la portion du département du Nord la plus propre à cet objet. Le terrain y est partout un riche sol d'alluvion et une plaine de la plus complète uniformité. En parlant des deux districts précédents, nous avons mentionné le lac immense qui occupait toute la partie orientale et qui s'est depuis desséché en certains points. Avant ce travail de dessèchement, tout le district de la Rivière- Rouge n'était qu'une partie de ce lac, et des inondations assez fréquentes viennent au secours de notre imagination pour nous reporter vers cette époque, et nous démontrer la certitude du fait que nous avançons.

La vallée de l'Assiniboine, qui est sur la côte occidentale de cette mer intérieure, est maintenant à peu près à l'abri de ces inondations. Cet immense inconvénient reste le partage des bords de la rivière Rouge, qui, étant au centre même de la plaine et la partie la plus profonde, reçoit toutes les eaux d'un immense plateau. La rivière Rouge, comme la Saskatchewan, n'a que des eaux bourbeuses. Elle dépose à son embouchure les masses d'argile qu'elle tient en dissolution, formant ain.4 son delta. Ces dépôts, qui annuellement empiètent sur le lac Winnipeg, augmentent la vallée et font au sud du grand lac le travail opéré à l'ouest par la rivière Saskatchewan. Ici aussi la terre n'est pas encore desséchée, il y a des marécages de plusieurs milles d'étendue qui s'assainissent graduellement, se couvrent d'abord de roseaux, puis de foin, forment enfin de belles prairies, et nous font assister, pour ainsi dire, à la formation delà plaine que nous habitons. 8° District du lac la Pluie. — Le huitiè i e district comprend les terres arrosées par la rivière Winnipeg, ses sources et ses affluents. Ce pays est en général peu propre à la colonisation, si ce n'est les bords de la rivière la Pluie, quelques îles du lac des Bois et des points isolés sur la rivière Winnipeg. De belles forêts, où se trouvent plusieurs des espèces de bois les plus utiles, comme nous l'avons dit ailleurs, donnent à cette section du pays un grand avantage. C'est de fait dans tout le département du Nord à peu près le seul endroit où il y ait du beau bois. Comme partout, le poisson abonde dans tous les lacs et les rivières. Le gibier est

plus rare qu'ailleurs ; les fourrures s'y trouvent comme dans tout le pays de forêt. Il y a dans ce district un produit queje ne sache pas exister ailleurs dans le reste du pays, c'est le riz sauvage {zizania aquatica), connu par nos voyageurs sous le nom de folle avoine. Cette précieuse graminée croît dans les lacs et rivières qui n'ont ni courant ni profondeur et offre une ressource précieuse. Les sauvages cueillent le grain en passant en canot au milieu des plants qu'ils frappent à coups de bâton pour le faire tomber dans leurs embarcations. Ils le chauffent ensuite pour en enlever la pellicule quile recouvre et le pré arentensoupe. Ceii^ fait un excellent potage, et plusieurs personnes le préfèrent au liz ordinaire. Le district du Incla Pluie, qui lie la colonie de la Rivière-Rouge à l'extrémité occidentale du Canada, se trouve être comme la porte par laquelle les sujets britanniques doivent naturellement pénétrer dans cette partie des domaines de notre gracieuse souveraine. Des voies de communication y ont été l'objet d'études spéciales faite» par les ordres du gouvernement canadien. Les rapports officiels faits à la suite de ces explorations peuvent contribuer puissamment à éclairer l'opinion publique ; nous nous permettrons de dire que les difficultés nous semblent plus grandes et les avantages moindres que ne les ont jugés les auteurs de ces rapports.

La rivière Winnipeg, comme celle de Churchill, comme toutes celles qui courent à travers des rochers, offre des heautés toutes particulières ; nous l'avons dit, des cafcades, des chutes, des rapides en interrompent partout la navigation. Comme compensation, ces difficultés multiplient les scènes grandioses et pittoresques qu'elles déroulent aux regards étonnés du voyageur. Comme volontiers on s'arrête sur les bords de ces cascades pour voir l'eau mugissante s'y précipiter en flots écumants et courir vers une chute nouvelle pour échelonner ainsi les nappes superposées les unes aux autres ! Puis ces eaux tourbillonnent, se replient sur elles-mêmes, comme pour venir examiner l'ob-tacle qu'elles n'ont pu franchir qu'avec tant de difficulté. Au pied de toutes ces chutes, l'eau, dans sa violente agitation, forme dans les courants des remous qui se croisent dans toutes les directions. A la suite de ces grandes agitations, l'onde redevenue calme se repose pour former un lac tranquille oiiles rochers qui le bordent viennent se mirer avec complaisance pour étaler le luxe et la variété de leurs formes.

Le fort Francis, situé à l'extrémité du lac la Pluie, a été longtemps le chef-lieu du district. Il a depuis cédé ce jmvilège au fort Alexandre, situé à l'embouchure de la rivière Winnipeg, à quelques lieues seulement de l'embouchure de la rivière Rouge.

9° District de Norway House {rivière aux Brochets). — Ce district s'étend à l'est et au nord du lac Winnipeg jusqu'aux crêtes des rochers qui en sont la solide ceinture. Les rudes et âpres beautés de la rivière Winnipeg nous ont préparés à la sauvage nature où nous entrons. Assis exclusivement sur un lit de roche primitive, ce district ne voit guère autre chose que des lacs et des rochers arides. On y trouve pourtant quelques beaux bois, mais seulement sur des points isolés et de peu d'importance. Le climat est partout d'une rigueur extrême ; le voisinage de la baie d'Hudson y cause un grand abaissement de température. Aussi toute cette partie du pays est-elle d''une pauvreté remarquable. Le poi^'^on et les animaux à fourrures y sont pourtant en grand

nombre ; mais, à part cela, il n'y a rien qui puisse y attirer. Le touriste qui y arrive en été y trouve son compte pendant quelques jours. Assis sur ces masses arides, il contemple avec une certaine admiration cette extension du grand système laurent.ien, cette forte ceinture dont Dieu a environné tous les grands lacs de l'Amérique du Nord. Il voit aussi avec plaisir cette multitude de petits lacs enrichis de milliers d'îlots dont la couleur est aussi variée que la forme, et sur lesquels voltigent et se reposent des bandes innombrables d'oiseaux aquatiques. Voilà qui est agréable sans doute; mais quand on en vient au positif de la vie calme et monotone du résidant, que ce pays est désolé ! — L'espace entre les rochers ne forme pas toujours un beau lac; le plus sourent, au contraire, ce n'est qn'un marais fangeux qu'il est comme impossible de franchir. Bien des endroits du district sont gelés neuf mois de l'année. J'ai trouvé de la glace en terre, à un pied de profondeur, au mois de juillet. Que l'on juge | ar là de l'avantage que l'on peut retirer de cette terre de désolation.

Norway House, situé près de l'embouchure de la petite rivière aux Brochets, est le chef-lieu du district. Ce fort est bâti vers le 64e parallèle, par 98o lO'de longitude occidentale. Jusqu'à ces dernières années, c'est-à-dire avant qu'une partie du commerce du pays se fit par les Etats-Unis, tout passait par Norway House. Toutes les brigades des dififérents district s'y rendaient. C'était de plus le dépôt où hivernaient les marchandises pour les districts les plus éloignés. Ce poste a maintenant perdu un peu de Hon importance ; il en conserve cependant assez pour continuer d'être un des plus grands entrepôts de commerce delà compagnie de la baie d'Hudson.

10° District d' York. — La hauteur des terres d'où les eaux coulent directement par la baie d'Hudson forme les limites du district d'York. Les grands fleuves Nelson et Churchill n'ont point leurs sources dans ces dernières hauteurs des terres qu'ils fi'anchissent pourtant pour entrer, eux aussi, dans ce district. C'est un pays de désolation. Une grande partie de la surface, ici aussi, est couverte d'arides masses granitiques. Des couches de formation silurienne recouvrent le flanc de cet immense ossuaire.

Les dépôts ail u viens qui bordent la baie d'Hudson n'en font pas un jardin de délices, le climat y est affreux, il y gèle tous les mois de l'année ; le voisinage des glaces arctiques y fait descendre la température beaucoup plus basque ne semblerait l'indiquer la latitude, puisque ce district s'étend jusqu'au 53e parallèle. La factorerie d'York, le chef-lieu, est située à l'embouchure non du fleuve Nelson, mais bien de la rivière Hayes, quoique la baie dans laquelle se déchargent ces deux rivières soit connue sous le nom de port Nelson. La position géographique de ce fort est au point d'intersection du 57e parellèle et de 92° 25' de longtitude.

Le fort de Churchill, autrefois le point le plus renommé de la baie d'Hudson, où on avait exécuté des travaux stratégiques d'une grande force pour l'époque, et d'autant plus dispendieux que les matériaux avaient tous été importés d'Angleterre, n'est plus maintenant qu'un poste bien secondaire. L'immense difficulté de s'y procurer du bois de chauffage rend ce poste comme inhabitable.

Une ligne presque droite, de Churchill à l'embouchure du fleuve Mackenzie, traverse les terres stériles (barren ground), le pays le plus infortuné du monde, patrie des Esquimaux, qui ne se tiennent guère que sur le littoral. Cette ligne diagonale, d'environ 1200 milles de longueur, laisse au nord-est de son tracé une immense étendue de pays où il n'y a aucun établissement de traite, où il n'y a guère de végétation possible, et qui n'est connue que par les rapports des hardis explorateurs qui ont tant souffert en la parcourant.

Le département d'York doit son importance aux ports de mer qui s'y trouvent, car jusqu'à il y a vingt ans toutes les exportations et importations se faisaient par cette voie. Le commerce de la compagnie du Nord-Ouest et autres venus du Canada passaient par le lac Supérieur, tandis que la baie d'Hudson a toujours été la voie suivie par la compagnie rivale jusqu'au moment où la route des Etats-Unis est venue nous offrir ses facilités.

Après ce coup d'œil sur l'organisation et la division commerciales du département du Nord, nous désirerions pouvoir fournir des chiffres qui en montreraient l'importance à ce point de vue. Malheureusement ces données nous font défaut.

Les exportations, on le comprend assez, consistent presque exclusivement en fourrures. Nous pouvons donner ici le nombre de celles achetées par l'honorable compagnie de la baie d'Hudson pendant l'exercice de 1865.

Ce tableau ne présente sans doute pas le grand total de toutes les fourrures du département ; en doublant les chiffres pour le district de la Rivière- Rouge, on n'en serait peut-être pas très éloigné, car ce n'est guère que dans ce district que les fourrures passent définitivement dans d'autres mains que celles de la compagnie ; et sans pourtant être certain du fait, nous croyons que même dans ce district elle acquiert à peu nrès la moitié de celles qui y sont importées.

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