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NORD-OUEST de U'fiMERIQUE
En écrivant Vingt années de missions, nous avions compris combien ce travail était incomplet, et que, pour être intéressant, il lui manquait, entre autres choses, des explications sur la nature et l'histoire du pays qui a été le théâtre des travaux apostoliques que nous avons décrits. Nous avions même promis des notes explicatives à ce sujet. Plusieurs longs voyages et autres occultations nous ont empêché de réaliser ce projet, auquel nous voulons pourtant travailler aujourd'hui. La division ecclésia?tique du pays que nous allons décrire ne nous permettant plus de le désigner par un seul nom, sa division politique offrant la même difficulté, nous adoptons son nom. commercial, c'est-à-dire le nom sous lequel cette partie de l'Amérique britannique est connue dans la vaste organisation commerciale de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson, Le département du Nord (^Northern departmentj comprend tout ce qui va faire l'objet de cette étude.
Cette immense étendue de pays est bornée au sud par les Etats- Unis, ou 49e parallèle ; à l'ouest par la chaîne des montagnes Rocheuses ; au nord par la mer Glaciale ; à l'est : 1° par les détroits et golfe? qui joignent la baie de Baffin à la baie d'Hudson ; 2° par la baie d'Hudson elle-même (mais non la baie James) ; 3o par une ligne qui relie le cap Henriette au 49e degré de latitude, en suivant la hauteur des terres qui sépare les eaux qui coulent vers la baie d'Hudson proprement dite, de celles qui se déchargent dans la baie James et le lac Supérieur ; ou, pour plus de clarté, disons que la limite orientale est le 90e degré de longitude occidentale, méridien de Greenwich, La partie continentale de ce vaste département renferme donc les terres comprises entre le 49e et le 70e degré de latitude. Au sud" elles s'étendent du 90e au 115e degré de longitude, et au nord du 90e au 140e degré.
La largeur de ce pays, de l'ouest à l'est, est, en chiffres ronds, de 1,200 milles anglais, et sa longeur, du sud au nord, est de 1,500 milles, donnant l'immense superficie de 1,800,000 milles carrés, sans compter les îles arctiques anciennement et nouvellement découvertes.
Si l'on compare cette immensité de terrain à l'exiguïté de celui qu'occupent quelques-unes des plus puissantes nations du monde, on est frappé du contraste, et l'on se demande tout naturellement si ces vastes solitudes doivent toujours rester dans l'état où la
l ESQUISSE SUR LE NORD- OUEST DE L'AMERIQUE
Providence les a tenues jusqu'à ce jour. Isolé dans ces déserts sans bornes, on se prend souvent à écouter si le bruit et l'agitation du monde d'outre-mer, si l'agitation plus fébrile, si l'ambition plus hardie de la grande république voisine, si la création de la Puissance du Canada ne produiront pas ici un écho puissant. Nos belles et grandes rivières, nos lacs immenses ne porteront-ils jamais que le léger canot d'écorce du sauvage ou la berge aux lourdes rames du commerçant de fourrures ? Les ressources agricoles de ce pays, ses richesses minérales, les trésors que renferment ses forêts ou ses eaux, quels qu'ils soient, sont-ils destinés à n'être jamais connus ou appréciés à leur juste valeur ? N'y a-t-il rien ici qui puisse attirer l'attention des hommes ? Y a-t-il assez pour encourager ceux qui rêvent en sa faveur un avenir prospère et brillant ? Les rigueurs du climat sont-elles capables de déconcerter toute entreprise ? La nature du sol dédommagerait-elle des efforts faits pour la culture, ou boirait-elle inutilement les sueurs de ceux qui viendraient la sillonner ? Enfermé dans les limites que nous venons de tracer, le département du Nord est-il tout à fait inaccessible ? Faut-il, pour y arriver, la hardiesse des aventuriers qui veulent s'enrichir à tout prix, toute l'abnégation de ceux qui ont soif du salut des âmes, ou l'insatiable curiosité des touristes ? Les montagnes de glace qui le bordent au nord forment, sans doute, une barrière comme infranchissable ; les montagnes Rocheuses, à l'ouest, offrent d'immenses difficultés pour y pénétrer ; d'un autre côté, les hauteurs des terres, à l'est, ne sont pas un obstacle sérieux, et le 49e parallèle ne fait pas même onduler les vastes plaines du sud ; de sorte que, en définitive, il n'est point impossible de parvenir jusqu'ici ; la chose est même comparativement facile, et j'invite mes amis à une excursion qui ne manquera certainement pas d'un certain charme.
Je voudrais pouvoir satisfaire la légitime curiosité des hommes sérieux qui pensent à ce pays ; je voudrais surtout fournir quelques informations à ceux qui s'intéressent à nous. Pour tout dire il faudrait des volumes, et je ne puis offrir que quelques renseignements, donner quelques vues d'ensemble sur un pays dont on a dit des choses si contradictoires. Ceux qui, naguère encore, ne voyaient en Canada que " quelques arpents de neige." n'ont dû voir ici que quelques lieues de glace où ne peuvent vivre que des êtres à sang froid ou des hibernants. Les optimistes, au contraire, ont l'air de croire que tout se passe ici comme dans le meilleur des mondes ; que si nous avons beaucoup de glace, c'est d'autant mieux que, chez eux, la glace est un article de luxe, et autres consolations de ce genre. Je ne puis sans doute me flatter de donner toutes les informations désirables ; puisse au moins cette petite esquisse aider à faire connaître ma patrie adoptive ! Quelque faibles que soient ces lumières, elles me laisseront la satisfaction d'avoir sacrifié au bon plaisir de quelques amis et au désir de leur être utile, la répugnance que j'éprouve à écrire sur un sujet si en dehors de mes occupations et de mes devoirs ordinaires.
Nous diviserons ce travail en deux parties. Dans la première, nous donnerons un aperçu de la condition du département du Nord ; et, dans la seconde, nous jetterons un coup d'œil rapide sur son histoire.