‹ Esquisse sur le Nord-Ouest de l'AmeriqueChapitre 33 sur 56 · I. Famille · texte numérisé non relu

I. Famille

Les Ruminants sans cornes n'exi.stent point ici.

IL Famille.

Ruminants a cornes.

Ire Tribu

Ruminants à cornes pleines.

Orienal.

Caribou.

Cerf.

2 esp. de Chevreuils.

:2e Tribu.

Ruminants à cornes velues.

Point de Girafe.'

3e Tribu.

Ruminants a cornes creuses.

Gazelle.

Clièvre des Montagnes

Mouton " "

" domestique.

Bœuf musqué.

Bison.

Bœuf domestique.

Comme on le voit par ce tableau, la première famille des Euminants ne se trouve pas dans le pays. Le chameau, si utile et ei indispensable dans les grands déserts de l'Asie et de l'Afrique, ne veut point de nos déserts glacés.

La bienfaisante Providence a fourni à l'homme sous chaque climat, les moyens de vaincre les difficultés et les rigueurs de tous genres multipliées par sa propre désobéissance.

Le Lama, pour être originaire d'Amérique, ne vient pas jusqu'à nous; ce petit chameau de l'hémisphère occidental aime aussi les feux du tropique et fuit les glaces du Nord-Ouest. Il faut en dire autant de l'Alpaca et autres de cette espèce.

Les Chevrotins ne sont point nos chevreuils, puisqu'ils n'ont point de cornes. L'espèce musc n'est point non plus notre bœuf musqué dont il diffère essentiellement.

Des trois sections que fournit la seeonde famille des Ruminants, nous n'avons que la première et la troisième. La deuxième, celle des Ruminants à cornes velues ou Girafe ne se trouve pas non plus

Les Ruminants à cornes pleines comptent ici cinq espèces du genre cerf et deux variétés de ces espèces.

L'Orignal — Cervus Alces — " The Moose Deer." Le ('«ribmi — Cervus Tarandus — " The Rein Deer." L« Caribou des bois — Cervus Tarandus Sylvestris —

Le Caribou Arctique — Cervus Tarandus Sylvestris

Le Cerf — Strongyloceros — " The Wapiti."

Le Chevreuil — Macrotis — " The Black Tailed Deer."

Le Clievreuil — Leueurus — " The Long Tailed Deer."

The Woodland

(Tîein Deer."

" The Barren ground

[Rein Deer."

La première espèce de cerf que nous indiquons est celle connue en Canada et ici sous le nom d'Orignal (Elan d'Amérique), c'est le plus grand et dans son ensemble un noble et bel animal quoique le détail des différentes parties de son corps ne présente ni l'harmonie ni l'édégance que l'on remarque dans les ccAs, ordinaires. L'orignal est plus haut que le cheval, mais son corps est plus court quoique d'ailleurs ii ressemble assez à celui du fier solipède, dont il pourrait avec raison envier la queue, puisqu'il en manque presque complètement lui-même. La privation de cet utile ornement ne trouve pas de compensation dans la forme de la tête qui est lourde et disgracieuse et munie d'une paire d'oreilles qui ne laissent rien à désirer au mieux fourni des mulets. Le mâle porte un panache, ou bois énorme, qui tombe et se renouvelle annuellement, et dont le poids excède quelquefois cinquante livres. Ce fardeau lourd et embarrassant, surtout dans les forêts épaisses, ne semble point nuire à celui qui le porte, il ne l'empêche pas de trotter avec une rapidité prodigieuse.

La chair de ce cerf est excellente, et préférable après celle du bison à celle de toutes les autres bêtes fauves. Le muffle d'une jeune orignale grasse pourrait flatter le palais des gastronomes les plus exigeants. Ce muffle très développé facilite je suppose, le flair de cet animal, tout comme ses longues oreilles lui servent de cornet acoustique; aussi il se remarque par la finesse de l'odorat et de l'ouïe, ce qui en rend la chasse bien difficile au point qu'elle exige une habileté et une patience plus qu'ordinaires, à moins que la terre ne soit couverte d'une épaisse couche de neige. Dans ce dernier cas, le chasseur pourvu de très grandes raquettes atteint facilement l'orignal à la course, sutout s'il y a sur la neige une croûte qui n'est pas assez solide pour porter le fuyard. A part de cette circonstance et la surprise à l'eau la chasse de l'orignal est un art véritable, qui met au jour la sagacité du traqueur.

Le Caribou n'est, je crois, qu'une variété du Renne des Lapons, et habite les régions arctiques de l'ancien comme du nouveau monde. Les traditions de nos sauvages le font voyager d'un continent à l'autre, sur un pont supposé être le cadavre d'un géant tombé à lia renverse et dont la tête serait appuyée sur les terres au delà du grand lac Froid, tandis que ses talons reposent encore sur le sol qu'il habitait. Cette fàhle semble indiquer que les Caribous visitent les deux bords du détroit de Behring, et s'aventurent peut-être quelquefois sur les glaces qui le couvrent. Ici le caribou n'est point à l'état de domesticité. On en compte deux variétés: le Caribou des landes stériles (Caribou Arctique)et le Caribou des bois. La première espèce est la plus grande, la seconde la plus nombreuse. Le caribou arctique voyage périodiquement des bords de l'océan Glacial jusqu'à la lisière des bois, où il séjourne pendant l'hiver. Son frère de la forêt le rejoint à cette limite où il s'arrête pour descendre jusqu'aux bornes que nous avons assignées à la prairie. La chasse aux caribous n'offre pas la même difficulté que celle de l'orignal; la ruse tire un parti facile de la curiosité du renne qui presque invariablement s'approche des objets qui frappent sa vue; les Esquimaux prennent avantage

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de cette disposition pour lui tendre les embûches. Les Montagnais sur leurs terres, tuent un grand nombre de Caribous, en surprenant les bandes qui traversent les petits lacs, ou en les y faisant précipiter. Au moyen de leurs légers canots ils se promènent à travers les rangs de ces innocents nageurs qu'ils massacrent impitoyablement par milliers. Dans les lisières des bois, ce petit cariljou se prend aussi au lacet, tandis que celui de la forêt se chasse invariablement au iusil.

Le caribou des bois, quoique le plus gros, pèse rarement plus de deux cents livres, tandis que le caribou arctique n'atteint guère la moitié de ce poids. Le volume des cornes dans les deux variétés est à raison inverse de la taille, la forme de ce bois est si irrégulière qu'on la trouve rarement la même. La femelle a aussi des cornes, elle les perd plus tard que le mâle. La peau du caribou fournit une fourrure extrêmement chaude. Le poil et le grain du cuir sont si serrés que des vêtements faits de cette peau joignent à leur légèreté l'avantage de préserver contre les froids les plus intenses. L'inconvénient de cette fourrure est le peu de solidité du poil, il est vrai qu'il en tombe beaucoup sans diminuer sensiblement la valeur de la fourrure, mais non sans s'attacher à tout ce qu'il touche. La chair du caribou est bonne, cependant quand l'animal est maigre, la viande en est très peu nutritive, ce qui fait dire à nos voyageurs: " On en mange assez pour avoir mal au ventre mais pas assez pour se soiitenir. "

En laissant les régions qu'habite le caribou, on entre dans celles où se trouve le cerf wapiti. Ce dernier est, dans le genre, comme l'espèce mitoyenne entre l'orignal et le caribou.

Il ressemble au cerf européen quoique sa taille soit plus élevée; la saveur de sa chair est assez agréable, pourtant sa graisse se fige si facilement qu'il faut le manger extrêmement chaud. Le cerf de nos plaines, qui vit en bandes nombreuses est pour nos chasseurs une proie facile. Cette année les cerfs sont heureusement en grande abondance, des. deux côtés de la rivière Rouge, au sud de notre colonie, en sorte que les habitants du territoire de Dakota et de l'extrémité septentrionale du MinnesO'ta ont trouvé là un supplément au bison qui, pour la première fois, fait complètement défaut. Sans cela les établissements des rivières Cheyenne, La Folle et Pembina auraient à souffrir les horreurs de la famine. On m'assure que ces troupeaux de cerfs sont en voie d'émigration et qu'ils Wennent du sud-est. L'occupation des terres dans les Etats de l'ouest de ITTnion américaine, pousse ces pauvres bêtes vers nos plaines désertes. C'est ce qui explique pourquoi, ces années dernières, les cerfs étaient si nombreux dans la \'allée de^ Sales. En continuant leurs migrations, ils atteignent l)ientôt les limites de notre Département et semblent en proie aux agitations inquiètes et au changement d'habitudes qui accompagnent nécessairement l'émigration. Au lieii de se tenir comme d'ordinaire, dans les touffes de bois, cette bande recherche la prairie découverte. Quoique les branches d'arbres soient leur nourriture habituelle, ces exilés chassés des climats plus tempérés, ont été réduits tout l'hiver à piocher la neige comme les chevaux, et à se nourrir du

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foin desséché des plaines. De tous les cuirs préparés par nos sauvages celui du cerf, toujours appelé peau de biche, est le plus souple et le moins exposé à se durcir quand il se mouille.

Le genre cerf nous fournit encore deux sujets qui sont connus dans le pays sous le nom de chevreuils. L'un est caractérisé, surtout au premier aspect, par sa queue noire: c'est le cerf mulet; l'autre par sa longue queue : c'est le chevreuil proprement dit.. Ces deux espèces se trouvent dans le département sans toutefois y abonder, puisque depuis bientôt vingt-quatre ans que je l'habite, je n'en ai jamais vu ni goûté.

La troisième section est celle des Ruminants à cornes creuses:

La Gazelle Antilope Furcifer The Prong-horned Antilope.

La Clièvre des Montagnes Capra Americana The Rocky Moun-

[tain Goat.

Le Mouton des Montagnes.. .Ovis Montana....The Rocky Mountain Sheep.

" " Domestique Ovis Aries The Domestic Sheep.

Le Bœuf Musqué Ovibos Muschatus The Musk Ox.

Le Bison Bos Americanus The American Bison.

Le Bœuf domestique.. Taurus The Domestic Ox.

Le premier sujet de cette section est la gentille Gazelle, que nos voyageurs nomment toujours le Cabri. Ce n'est certainement pas la Gazelle d'Afrique. Sans étudier à quel genre elle se rattache, nous dirons simplement que c'est le plus rapide de nos quadrupèdes et peut-être aussi le plus élégant et le plus gracieux dans ses formes. Haut placée sur ses membres délicats, elle tient agéablement sa tête fine dans laquelle brillent avec douceur et bonté ses deux grands yeux. Ses bonds sont vifs, soudains et multipliés; puis, inquiets et curieux. La curiosité, si fatale à tant d'innocentes créatures, est très funeste à nos aimables antilopes. Un chasseur certain que pour l'atteindre il Ivii faut un coursier plus véloee que celui qu'il possède, s'efforce de tourner à profit l'excessive curiosité de sa proie, en offrant à sa. vue un objet qui non seulement fixe son attention, mais même attire la Gazelle jusqu'à une petite portée de fusil de celui qui a recours à ce stratagème. Le petit de la Gazelle ressemble assez au chevreau, ce qui lui a valu probablement son nom de cabri. Ce trait dé ressemblance se perd avec l'âge, à l'exception des poils du dos qui se dressent comme ceux de la chèvre, de là encore le nom " Goat " que quelques résidants anglais ont donné à cet animal.

Les montagnes Eocheuses possèdent deux ruminants qui, dans les limites du Département du î^ord du moins ne descendent jamais dans la plaine. T^ premier est la Chèvre et l'autre le Mouton des Montagnes. La Chèvre des Montagnes a à peu près la taille du Mouton Domestique. Sa laine longue, blanche, soyeuse et belle ferait certainement des étoffes riches et solides.

Nos bonnes isœurs du lac Ste-Anne s'en étant procuré un peu l'ont filée et en ont tricoté des bas et des gants plus forts, plus souples et plus chauds que ceux faits de laine ordinaire. La harhe au menton et la force du cou donnent vraiment à ce quadrupède l'aspect d'une chèvre, quoique quelques naturalistes répugnent à le classer au genre capra. Sa chair est désagréable. L'animal se

plaît sur les pies les plus escarpés de la grande chaîne de nos montagnes, laissant les cimes inférieures au bélier sauvage. Le genre ovis se reconnaît aussi difficilement dans ce mouflon ou mouton des montagnes. Son corps et son poil ont l'aspect de ceux du cerf^ tandis que ses cornes et toute sa tête ressemblent beaucoup à celles du bélier domestique. Sa chair est délicieuse et très recherchée.

Le mouton domestique n'habite nos parages que depuis 1833, époque à laquelle il fut amené du Kentucky. On en a depuis importé d'ailleurs; ils réussissent très bien, et quand l'état de notre société nous aura donné des manufactures, nous verrons l'innocent et si utile agneau bondir en troupes nombreuses dans les plaines naguères encore toutes couvertes de bêtes fauves.

Le genre ovis nous rapproche de l'ovibos ou bœuf musqué. Ce genre particulier à l'extrémité septentrionale de notre continent, habite notre désert le plus glaeé. Cet animal, de la taille du bœuf de petites dimensions, offre une particularité bien remarquable en ses cornes, puisque leur largeur et leur rapprochement à la base, dans le mâle du moins, les réunissent dans une seule. J'ai vu des plats d'un pied de diamètre faits avec les cornes du bœuf musqué. Ce ruminant, comme tous ceux de notre département qui sont pourvus de très fortes cornes, n'a presque pas de queue. S&s courtes jambes ne le privent pas d'une grande rapidité à la course; il descend même les pentes les plus abruptes avec une agilité étonnante tout comme il les gravit avec une bien grande facilité. Sa marche et même sa course ne semblent point rencontrer d'inconvénients, ni éprouver de retard au milieu des pierres qui couvrent une partie des plaines qu'il habite. Comme le caribou il se nourrit d'herbes et de lichens. La Providence, qui a placé ce quadrupède dans les régions polaires, au milieu d'une plaine tout à fait déboisée, l'a revêtu de la plus chaude fourrure qui existe. Une double toison couvre le bœuf musc|ué, les longs poils qui sont à la surface font que sa peau ressemble à celle du bison, quoique ces poils, en général, soient plus longs et plus soyeux et qu'il porte sur le dos une sorte de housse blafarde. Le sous-poil est une laine épaisse et fine qui protège l'animal contre l'intensité du froid; manufacturée, cette laine ferait des tissus d'une grande beauté. Comme fourrure, on ne peut rien désirer de plus confortable. Je dois à la générosité d'un noble ami, une de ces fourrures préparée pour ma voiture d'hiver: elle est faite de quatre peaux de bœufs musqués, et peut non seulement protéger contre le froid, mais je la regarderais même comme un objet de trop grand luxe si je me l'étais procurée autrement.

Le bison est l'habitué de nos grandes plaines; quelques individus du genre s'enfoncent dans les forêts où ils s'isolent et ils acquièrent une taille beaucoup plus considérable que celle de leurs frères qui demeurent dans les prairies. Ces derniers vont par troupeaux immenses; leurs bandes, il y a un demi-siècle, se comptaient en nombre fabuleux. Non seulement ils occupaient les plaines de notre Département, mais bien encore une grande partie du territoire des Etats-L'nis. L'occupation des terres les a re-

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foulés vers l'ouest et jusqu'à la branche nord de la Saskatohewan. Des milliers et des milliers de ces animaux ont été abattus par les nombreuses tribus sauvages dont ils étaient pour ainsi la ressource unique. L'homme civilisé leur a aussi fait la guerre, guerre pleine d'agrément, d'entrain et de profit pour l'agresseur. Depuis plus d'un quart de siècle j'estime que pas moins d'un million de bisons ont été tués annuellement, jusqu'à ces années dernières; aussi, la chasse a subi une dépression si sensible que l'été dernier et pendant tout l'hiver, le bison n'a pas reparu dans notre Département, en délions du district de la Saskatchewan. Il n'y a plus qu'à l'extrême ouest qu'on en trouve; ma conviction est que nous touchons au moment de leur disparition complète dans ce pays. Cette circonstance va amener une modification considérable, d'abord dans le système alimentaire, puis dans les mœurs des habitants. Plus de bison, plus de pémikan, plus de viande sèche, plus de chasseurs dans la prairie. Donc des viandes salées pour les voyages, donc de plus nombreux troupeaux d'animaux domestiques, de là la culture sur une plus grande échelle. Le temps remplacera l'inconvénient par un avantage véritable; pour le moment la transition crée des difficultés énormes. Je trace ces lignes à la Prairie- du- Cheval- Blanc, paroisse à quelques lieues de St-Boniface, et qui était ces années dernières comme le centre de nos chasseurs de bison, fournissant à la colonie et au Département, une quant; té de provisions, et des gens qui n'avaient jamais connu la p; ivation, sont obligés de se contenter de la maigre pitance que leiir allouent les faibles ressources dont la charité peut disposer. ]\iais pourquoi ces gens, au lieu de cultiver, s'adonnent-ils à la ohaf^se? Pourquoi? — Parce que l'homme aime naturellement et souvent passionnément ce qui est facile, agréable et lucratif, quand surtout cela est le résultat d'une habitude contractée dès l'enfance et apprise par ses pères.

Des expéditions de chasse au bison étaient, au temps de l'abondance, quelque chose d'exceptionnellement entraînant. Deux fois l'année, de la Rivière-llouge, comme au point de départ, des centaines de familles se réunissaient dans la prairie, se formaient en camps considérables, avec une organisation parfaite de sagesse, d'ordre et d'à-propos pour la circonstance. Pendant huit ou dix semaines, on vivait de cette vie de chasse qui consistait, pour les hommes, à abattre le gibier et à se promener à cheval, pour les femmes à préparer les viandes et les peaux, pour tous, à faire bombance et à rai)porter au logis des quantités énormes de cuir, de viande sèche, de graisse et de pémikan. Quoique le lot des hommes fût Je plus agréajble et le plus facile, cependant, la bonne chère, le profit et rhal)itnde inspiraient aux femmes un goût tout aussi prononcé pour ces sortes d'expéditions. Nos métis chassent le bison à cheval. Quand les éclaireurs ou la simple vue ont indiqué le voisinage d'une bande considérable, tous les cavaliers se préparent à ce qu'ils appellent une course. Montés sur leurs légers coursiers, souvent au nombre de plusieurs centaines, ils sont là l'arme au bras, le fouet au poignet, l'émotion dans l'âme et l'impatience sur la figure. Au premier signal de celui qui commande.

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la troupe hardie se meut, galope doucement dans la direction indiquée. A la distance reconnue par Fexpérience comme la plus favorable, le dernier signal est donné. Tout de suite les fouets sillonnent les flancs des chevaux qui sentent aussi redoubler leur ardeur; après quelques instants ces adroits et intrépides cavaliers disparaissent au mÛieu des tourbillons de poussière soulevés par les milliers de bisons qui fuient devant eux et dans les rangs desquels ils se mêlent avec une confusion qui serait effrayante, si leur dextérité bien connue ne garantissait pas le succès. Les détonations des fusils se multiplient avec la rapidité de quatre ou cinq coups à la minute et quelquefois, en moins d'une demi-heure, un millier de ces énormes animaux gisent sans vie sur le sol, où quelques instants auparavant ils broutaient l'herbe odoriférante. Il est assez rare qu'une course considérable se fasse sans quelque accident; pourtant l'adresse et l'agilité déployées dans ces manœuvres, sont vraiment étonnantes. Un métis chasseur est aussi sûr sur son cheval lancé à bride abattue, qu'un chasseur ordinaire l'est à l'affût.

Le bœuf domestique n'est point originaire de ces climats. Ceux que nous possédons à la Kivière-Kouge, ont été amenés du Missouri en 1825; ils y abondent maintenant et on les utilise beaucoup comme bêtes de somme. Ici on attelle les bœufs absolument comme les chevaux, avec harnais et collier. J'ignore si c'est à cela que tient le succès, mais ce qui est certain, c'est que nos bœufs font un travail énorme. Dans les voyages de long cours, avec de lourds fardeaux, ils résistent plus que les chevaux qui ne mangent point de grain, et ne leur cèdent même point le pas. Beaucoup de bœufs font des voyages de quatre mois sans interruption, à raison de vingt milles par jour.

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