SIXIÈME ORDRE
Natatores. — Palmipèdes.
Si l'ordre des Gallinacés offre un secours bien goûté, surtout par ceux qui, au milieu des rigueurs de l'hiver, sont en proie aux horreurs de la faim, le sixième ordre, celui des Palmipèdes, fournit une abondante ressource pendant la belle saison. Dans ce vaste pays, bien des gens n'ont point d'autre support. A peu près toutes les espèces de cet ordre sont l'objet des poursuites des chasseurs. Nos lacs et nos rivières, et même nos mers du Nord, sont abondamment fournis de ces nageurs. A peine les premières chaleurs du printemps ont-elles fondu un peu de neige, pour en faire des étangs à demi-glacés, que déjà des palmipèdes viennent prendre leurs ébats dans ces lacs d'un jour et y attendre la disparition des glaces sur les bassins ordinaires et sur les fleuves.
Ces bonnes créatures du bon Dieu, forcées de nous quitter à l'automne lorsque l'élément où elles se meuvent menace de se solidifier, semblent n'obéir qu'à regret à cette loi providentielle, qui est comme le signal de la détresse pour un grand nombre des enfants de la forêt. Quelques-uns de ces oiseaux restent tant qu'il y a une mare d'eau où ils puissent se plonger et chercher un équilibre au froid de l'atmosphère devenu intolérable. Ceux d'entre eux qui se déterminent à émigrer plus tôt, se réunissent par voliers souvent innombrables, ne voyngent que par étapes, s'arrêtant en différents endroits, comme pour payer à ces localités le tribut de leur affection. Des centaines et souvent des milliers sont les victimes de ce dévouement instinctif. Ces pertes nombreuses n'empêchent pas les différentes familles de continuer le même ordre de choses et ne nous privent pas des services abondants qu'ils nous rendent. Deux fois l'année, l'arrivée périodique de ces gibiers atténue et souvent met un terme, du moins pas.^ager, au jeûne rigoureux subi par les sauvages.
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I. — La famille des plongeurs compte trois genres formés de onze espèces :
La Grèbe huppée (Poule d'eau) Policeps cbristatus Crested Grèbe.
" Jongris (Poule d'eau) RubricoUis Red-neoked Policeps.
" cornue ou esclavon (Poule d'eau). ..Cornutus...Horned Grèbe.
" Petite Poule d'eau, caille... Policeps Caronesis...Pied-bill Grèbe.
Le Huard Colyinbus glacialis Great Northern Diver.
Le Plongeon à gorge noire Colymbus arcticus Black-throated Diver.
'' rouge Colymbus Septentrionalis Red Diver.
Guillemot à capuchon Uria triole Foolisli Guillemot.
" à gros bec Uria Brunichii Brunich's Guillemot.
•' à miroir blanc Uria Grille Black Guillemot.
" nain Uria Aile Little Guillemot.
Le pays possède, comme on le voit, quatre espèces de Grèbes, appelées ici poules d'eau; ces oiseaux n'ont point de queue; leurs pattes étant placées à l'extrémité du corps, ils ne peuvent marcher que très difficilement ; il leur faut un effort qui leur donne l'air d'avoir le croupion rompu, conformation, disent nos sauvages algonquins, qui est le résultat d'un coup de pied donné à la grèbe par Wesakedjan, nom donné par ces sauvages à la Foulque, et en même temps à un être fabuleux qui joue un rôle suprême dans toutes les légendes indiennes.
Les grèbes ne sortent ])Our ainsi dire pas de l'eau ; elles construisent leurs nids sur les ro.=eaux et les joncs qui sont au bord des lacs et des rivières, où ils ondulent avec les flots qui les portent. Si la marche de cet oiseau est difficile, en retour, il excelle dans l'art de la natation.
Nous avons trois espèces de Plongeons ou Huards. Le plus grand est un magnifique oiseau de trente à trente-six pouces. Son plumage riche et varié résiste à l'action de l'eau, en sorte qu'on l'écorche pour faire de sa peau des sacs aussi beaux qu'utiles. Le cri plaintif et mélancolique du Huard ressemble quelquefois à la voix de l'homme eu détresse. Au coucher du soleil surtout, à ce moment de suprême beauté dans la nature, les échos de la forêt donnent à ce cri une force et une expression auxquelles il est impossible d'être insensible. De tous nos oiseaux le Huard est le plus difficile à tuer; non seulement il plonge avec une grande facilité, mais il pousse sa course sous l'onde avec une rapidité extrême et en quelques instants il reparaît à une distance considérable de l'endroit où le chasseur croyait d'abord le frapper. Le Huard abonde dans tous les lacs du pays.
Les Guillemets sont essentiellement oiseaux de mer. Notre océan Glacial ne leur paraît ni trop éloigné ni trop froid.
II. — La deuxième famille de nos nageurs, celle des longipennes, ou grands voiliers, se divise en trois genres, qui renferment dix-neuf espèces que voici :
Hirondelle de mer Sterna Hirundo Greater Tern.
" " Arctica Arctic Tern.
" " Epouvantail Nigra Black Tern.
Goéland Laurus Glocus Bourgamaster Gull.
" argenté Argentatoïdes Arctic Silvery Gull.
" " à ailes blanches Leucopcteros AVhite-winged Gull.
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Mouette blanche ou sénateur... Eburneus Ivory Gull-
'' à pieds bleus Canus New or common-
Mauve Lestris Zonorlynchus Ring-billed New Gull-
Mauve ù bec court Lestris Brachyrhynchus Short-billed New Gull.
Mouette Frydactyle Lestris Frydactilus Kittiwake Gull.
Mouette de Franklin Lestris Franklin! Franklin's Rosy Gull.
Mouette de Bonaparte Lestris Bonaparti Bonapartian Gull.
Mouette de Pygmée Lestris Mimitus Little Gull.
Mouette de rosacée Lestris Rossii Cuneate-tailed Gull.
Mouette à queue fourchue Lestris Sabini Fork-tailed Gull.
Stercoraire pomarine Lestris Pomarina Pomarine Jager.
Stercoraire parasite Lestris Parasitica Artic Jager.
Stercoraire de Ilichardson Lestris Richardsonii Ricliardson's Jager
Rien de plus agréable en voyage que la vue de ces goélands, mauves ou mouettes qui voltigent en tous sens, comme pour amuser le voyageur. En général, leur chair est excellente; leurs œufs, aussi très bons, sont eu assez grande abondance pour offrir une ressource véritable, et c'est quelque chose de prodigieux qu'un festin aux œufs dans un camp sauvage. Quelques-uns des Longipennes énumérés ci-dessus ne fréquentent guère que la grande mer. La plupart sont pourtant aussi des habitués de nos lacs intérieurs, sur les îles desquels ils déposent leurs œufs avec une grande négligence apparente, ce qui permet de les trouver facilement.
III. — La troisième famille, celle des Totipalmes, n'a aussi qu'un genre et deux espèces, qui sont :
Le Pélican Pelicanus orocronotus White Pélican.
Le Cormoran Pelicanus Carpo Dolophus Double-crested Corinorant.
Le Pélican est un magnifique oiseau, à l'exception de son bec dont la disproportion est rendue enco.e plus saillante par l'énorme poche submaxillaire qui le complète. La chair de cet oiseau est détestable ; ses œufs ne valent pas mieux ; personne ne le? chasse, ce qui rend comme* inutile la précaution qu'ils prennent d'aller les pondre sur des îles de difficile accès, auprès des cascades et des rapides. Le Pélican se gorge de poissons, qu'il empoche tout simplement pour les tran-^oorter à Tendroit de sa demeure et les donner en pâture à ses petits. J'ai souvent vu des Pélicans, surpris dans leur brigandage, rejeter jusqu'à trois énormes poissons blancs ou carpes, qu'ils venaient de saisir et de placer dans l'appendice de leur énorme bec, qui constitue comme leur garde-manger.
On sait avec quelle facilité le poisson se corrompt ; aussi il n'est pas besoin de tenter une description de tout ce qui se trouve dans ce sac de voyage ; les lieux qu'il habite répandent une véritable infection dans le voisinage ; et si tous les pélicans ressemblent aux nôtres, ils ne sont certainement pas un bel emblème, à l'exception de leur blancheur éclatante.
Le Cormoran, espèce de Pélican noir, a, lui, le bec comprimé. Il est de la taille de l'oie et uniformément noir.
IV. — La famille des Lamellirostres est la plus considérable de toute la classe des oiseaux, sinon absolument par le nombre des
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espèces, du moins par le nombre de sujets qu'elle renferme. Cette famille possède onze genres et trente-deux espèces :
Canard suchet Anas Chypeata The Slioveller.
Canard Chipeau ou ridet Anas Strepera... ïhe Gadwall.
Canard à longue queue on pilet Caudacuta The Pintail Duck.
Canard de France (domestique) Domestica Tlie Mallard.
Sarcelle Anas Creca The Teal.
Sarcelles à ailes bleues.. Anas Discors The Blue-winged Teal.
Canard d'Amérique IMareca Americana The American Widgeon.
" d'été Dendronessa Sponsa <.The Sumnier Duck.
" à tête grise Somateria spectabilis The King Duck.
" eider Somateria MoUissima The Eider.
" marchand Oideniia perspicillata The Surf Duck.
a " noir Oideinia fusca The velvet Duck.
Macreuse Oidemia Americana The American Scoter. ,
Canard à queue rouge Fuligiila Valisneria The canvas J.ack Duck. b
"■ milouin Fulikula Terina ".Pochard.
" d'automne Fuligula Marila The scaup Duck.
" huppé Fuligula Rujitorques The Ringoucked Duck. nt
" rouge Fuligula Rubida .T.. .The Rud«iu
'' garot Clangula Vulgaris Cominon Golden-Eye Duck.
" blanchâtre (ca;7/e) Clangula AlLeola Spirit Duck.
" à collier ou histrion Clangula Histrionica Harlequin Duck.
" de miclon Hareldas Glaoialis Long-tailed Duck.
Grande Harle Mergus Merganser The Goosander.
Harle à fale rouge Mergus Serrator The Red-brested Merganser.
Harle huppée Mergus Cucullatus The Hooded.
Cygne Cygnus Buccinator Trumpeter Swan.
Cygne de Bewick Cygnus Bewicki Bewick's Swan.
On voit assez par cette énumération la richesse de la famille des Lamellirostres ; néanmoins pour en comprendre toute l'importance, il faudrait savoir le nombre d'individus qui ?e ratrachent à certaines espèces surtout. Il n'y a que dans nos déserts et nos solitudes que les oiseaux sauvages puissent se trouver en si grande abondance. Ce n'est pas à dire, toutefois, qu'on les trouve toujours et partout, mais il y a des lieux, des temps, où ils sont en quantités innombrables. Un bon chasseur, avec des armes de précision et des munitions à discrétion, en abattrait assez pour provoquer l'incrédulité des meilleurs chasseurs des pays civilisés. Un de mes amis, M. James McKay, a tué sept cents canards dans un seul tour de chasse. Des établissements considérables de l'intérieur subsistent des mois entiers, exclusivement de la gente ailée. Le-; nations sauvages, à certaines époques de l'année, n'ont pas d'autre ressource ; et il en faut du gibier pour nourrir tous ces vigoureux habitants de la forêt ! Pour en donner une idée, voici ce qui est fourni dans les établissements de la compagnie où l'on vit de gibier, pour la ration journalière d'un seul homme : 1 cygne ou deux canards ; ou 3 oies, ou encore 4 des plus gros canards.
Il est facile par là de juger du nombre qu'il faut pour un établissement important ; mais ce qu'il est plus difficile de concevoir, c'est qu'aux années d'abondance cette battue se fait sans affaiblir sensiblement les phalanges serrées qu'elle attaque. Là où les oies se reposent dans leurs migrations du printemps et surtout de l'automne, leurs voliers sont tellement considérables,
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que j'ai vu plusieurs fois l'application littérale d'une singulière expression de nos anciens voyageurs : " Au Rabaska, les oies, c'est comme les bancs de neige."
De tous les canards, la sarcelle est l'espèce la plus délicate. Le canard de France, ainsi nommé parles premiers habitants du Canada, à cause de sa ressemblance avec le canard domestiques, est à peu près le plus gros. Il abonde partout. L'espèce dite canard d'automne, nous reste très longtemps à la saison dont elle porte le nom et acquiert un tel état d'embonpoint, qu'il ne peut prendre son vol qu'avec beaucoup de difficulté. Dans cette condition sa chair est très délicate et très nourrissante. Les canards caillen pondent et couvent dans les troncs d'arbres ; quand les petits sont assez gros pour nager, la mère les charge sur son dos et va les porter un à un au bord de la rivière ou du lac voisin.
Nos cygnes sont beaux ; c'est l'espèce la plus grosse et la moins nombreuse de la famille. Les accents harmonieux de sa voix expirante, n'ont jamais retenti qu'à l'imagination des poètes. Sans être fort en musique, il est facile de s'apercevoir que ce chant du cygne n'est pas une mélodie.
Des cinq espèces d'oies que nous possédons, celle dite bâtarde est de beaucoup la plus grosse, et passe son temps d'incubation, comme le reste de l'été, dans les différentes parties du pays. Ses prédilections ne sont pas pour telle ou telle latitude, mais bien pour tel ou tel pâturage. Les autres oies vont pondre sur les terres arctiques ; elles ne nous reviennent que pour se reposer de leurs longs voyages, nous permettre de jouir de l'augmentation de leurs familles et repartir pour aller passer l'hiver sous des climats plus doux.