LES ACADIENS DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE
Saisis par Trahison, Spoliés et Déportés,
En 1755, sous le règne de George II, quarante-deux ans après la cession de l’Acadie à l'Angleterre et pendant que ce royaume était en paix avec la France, le colonel Lawrence, alors lieutenant-gouverneur anglais de la Nouvelle-Ecosse, et son Conseil, jaloux de l'établissement d’un port fortifié à Louisbourg et craignant que les Acadiens ne fissent, tôt ou tard. une tentative de rétablir le régime français, résolurent leur anéantissement.
Ils formèrent donc, de concert avec le général Murray, le complot de s'emparer de leurs personnes et de leurs troupeaux, de détruire leurs maisons, leurs granges et leurs récoltes, de confisquer leurs terres et de les déporter à des localités si éloignées qu’ils pourraient difficilement en revenir.
Ce complot odieux, l’œuvre du gouvernement provincial, fût tramé et ensuite exécuté, nous disent certains historiens, à l’insu du gouvernement impérial (2). On eut recours à la trahison, pour en assurer l’accomplissement,
Les Acadiens reçurent l’ordre de se réunir, à une heure dennée, dans les localités qu’ils habitaient, le 5 septembre 1755, pour entendre une communication importante du gouverneur,
(1) Le total de la population acadienne, dans la presqu’ile de l’Acadie (Nouvelle-Ecosse), en 1748 et 1749, était, suivant les autorités anglaises, de 12,500 et suivant les archives françaises, d’environ 15,475 âmes.
Les Acadiens étaient évalués à 16,000, par M. l’abbé de l’Ile-Dieu, dans un mémoire an gouvernement français, en 1755. (Rameau pp. 62. 134).
(2) Le Rév. F. X. Cormier, un Acadien, dans un sermon qu’il fit le jour de l’Assomption, à Bouctouche, N.-B., 15 août 1883, nous dit : —L’Angleterre avait juré la perte de l’Acadie et elle trouva dans ses soldats et ses ministres, de dévoués suppôts, dans son œuvre d’extermination. Lawrence et Murray avaient mis la dernière main à leur criminel projet de proscription ; l’édit était prononcé...
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Les Frauçais de Port-Royal, de Beau-Bassin et des environs, refusèrent d’obéir à cet ordre arbitraire et se réfugièrent au nombre d'environ deux mille deux-cents à Shédiac et à l'Ile Saint-Jean, et de mille à l’Ile-Royale.
Quelques-uns se réfugièrent dans les bois ou chez les sanvages et furent ensuite forcés, par la faim et la misère, de retourner à leurs établissements où on les fit prisonniers.
D'autres allèrent se fixer aux Iles-de-la-Madeleine (1), à la Baie des Chaleurs et le long du fleuve en montant à Québec, d’autres au Labrador (2), et même à Terreneuve (3).
A Beau-Bassin, les soldats envoyés pour se saisir des Acadiens, brûlèrent leur église et 253 de leurs maisons, ainsi qu’une grande quantité de blé et de lin.
Dans le district des Mines (4), le plus riche et le plus populeux, la population entière répondit à l’appel du gouverneur et fut cernée par des troupes secrètement disposées, à cet effet (5).
On leur signifia qu’ils étaient prisonniers de guerre, que tous leurs biens meubles et immeubles étaient confisqués au nom du roi, sauf l'argent et leurs effets personnels et que le 10 septembre ils seraient tous embarqués sur des vaisseaux, pour être déportés aux colonies anglaises.
Dans ce district, nous dit Rameau (p. 45), on fit 4,000 prisonniers ; on y brûla 400 maisons et 500 étables ; et l'on y prit 2,000 beufs, 3,000 vaches, 5,000 veaux, 600 chevaux, 12,000 , moutons et 800 cochons.
Ee nombre total d'Acadiens surpris et faits pr'sonnicrs, le 5
(1) En 1857 on comptait 3,000 Acadiens aux Iles-de-la-Madeleine. (2) Eu 1854 ou comptait 900 Acadiens au Labrador, (3) Eu 1857 on comptait 1,000 Acadiens à Terre-Neuve ; ils étaient éta.
blis principalement à la Baie Saint-Georges, dans la partie sud-ouest de l’île.
(4) Aujourd’hui les comtés d’Annapolis, King, Hants, Cumberland et Colchester,
(5) Ces troupes venaient surtout de Bostcn et de Massachusetts où. se trouvaient les principaux instigateurs de cette trahison infâme et de la déportation barbare et criminelle qui se fin ::suite.
septembre 1755, fut de cinq à six mille. A ce nombre, il faut ajouter un millier de prisonniers enlevés plus tard à Port. Royal. (Rameau p. 144).
L’embarquement eut lieu, le 10 septembre, au son des tambours ; les soldats chassant les Acadiens devant eux comme autant d'esclaves, et les forçant, avec leurs sabres, leurs fusils et leurs baïonnettes, à s’embarquer à bord de la flottille qui les attendait.
Les chefs de famille, en plusieurs cas, fnrent séparés les uns des autres et de leurs enfants ; on les entassa, pêle-mêle, sans égard à l’âge et au sexe, dans les cales de vieilles goélettes qui avaient été louées de l’agence Apthorp et Hancock de Boston, et sur d’autres vaisseaux, puis cn les dirigea sur diverses parties du continent.
Pendant le trajet, qui dura de un à deux mois ou plus, on estime qu’il en mourut près de mille dont les corps furent lancés à la mer.
Les Acadiens d’un des vaisseaux s’en emparèrent, et firent voile pour Saint-dean du Nouveau-Brunswick où M. de Boishébert, le commandant, les prit sons sa rrotection.
Les autres vaisseaux se rendirent à destination, avec leurs prisonniers.
Ceux qui survécurent aux souffrances de leur long et pénible voyage sur mer, furent débarqués, sans aucune ressource, pendant une des plus rigoureuses saisons de l’année, parmi une population hostile qui refusait de les laisser débarquer ou de les garder, à moins d’êcre assurés que le gouvernement pourvoirait à leur entretien.
On en fit débarquer, 1,000 au Massachusetts, 450 en Pennsylvanie, 1,200 au Maryland, 1,500 en Virginie et 2,000 dans la Caroline du Sud.
À Philadelphie, en Pennsylvanie, les citoyens proposèrent de vendre ceux que l’on y avait débarqués, comme esclaves ; ce projet n’eut pas de suite, les Acadiens s’y étant opposés avec une énergique indignation.
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Les 1,500 envoyés à la Virginie furent ensuite transportés en Angleterre et dispersés dans quatre villes-:— Liverpool, Southampton, Penryn et Bristol, ports de mer dans la partie sud et ouest de l’île,
En 1764, on expédia, à Saint Domingue, 418 des Acadiens que l’on avait déportés à la ville de New-York.
Dans la Caroline du Sud, 900 des 2,000 furent forcés de reprendre la mer, à bord de deux vieux vaisseaux, On prétend qu'ils se réfugièrent d’abord à la Virginie d’où is furent repoussés ; ils furent obligés, en revenant, d'abandonner un de leurs vaisseaux et d'interrompre leur voyage, pendant deux mois, pour réparer l’autre ; ils reprirent enfin leur route et réussirent à retourner en Acadie, à la rivière Saint-Jean (N.-B) où plusieurs de leurs compatriotes étaient établis.
Quelques-uns de ceux qui étaient restés en Caroline, se rendireuc en Georgie et dans la Louisiane.