‹ Esquisses de philosophie moraleChapitre 27 sur 66 · DE LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DE LA MÉMOIRE

6.i. Les théories qui prétendent expliquer le phénomène de la mémoire par des impressions et des traces sur le cerveau sont entièrement hypothétiques, et ne jettent aucune lumière sur le sujet qu’elles cherchent à éclaircir.

62. Il faut convenir néanmoins que cette faculté paraît dépendre beaucoup de l’état de notre corps: on peut en juger par les effets de l’ivresse, de la maladie et de l’âge. Un recueil de faits relatifs à ces influences et aux diverses circonstances qui les modifient serait fort utile

à la connaissance de l’esprit humain, et pourrait conduire à des inductions très-importantes.

63. A ne considérer les choses que d’une manière superficielle , on croirait qu’il y a des différences prodigieuses de capacité entre la mémoire d’un homme et celle d’un autre : mais, selon toute apparence, ces différences sont fort exagérées. On ne tient pas assez compte des nombreuses diversités que les esprits doivent offrir sous ce rapport , par suite de cette multitude de directions que l’on voit prendre aux hommes, soit par penchant, soit par le hasard de leur situation.

64. Indépendamment de quelques inégalités dans la capacité naturelle, il y a des variétés de mémoire très-remarquables qui servent de base à d’importantes distinctions entre les hommes sous le rapport de l’intelligence.

65. Ces variétés dérivent surtout des proportions dans lesquelles sont combinées les qualités constitutives de la mémoire. Une mémoire parfaite se composerait d’une grande susceptibilité à saisir, d’une grande capacité à retenir, et d’une grande promptitude à rappeler : mais une telle réunion de qualités est rare , et l’on ne peut guère en développer une qu’aux dépens des autres.

SECTION VIII

DE L’iMAGINATION.

66. Le propre de l’imagination est de recueillir au sein des objets divers que nous offre l’expérience certaines circonstances, certaines qualités , et de les combiner de manière à former un tout nouveau qui lui appartienne. Dans cette acception naturelle du mot, la faculté qu’il désigne revient à ce que quelques auteurs ont appelé l'imagination créatrice ou poétique.

67. Cette faculté n’est pas simple; elle n’est que la réunion de plusieurs facultés différentes. Ainsi , par exemple , l’effort que fait le peintre pour composer un paysage idéal implique la conception , qui lui représente les belles scènes de la nature au sein desquelles il doit choisir les élémens de son ouvrage; X abstraction qui sépare les matériaux choisis de toutes les qualités et de toutes les circonstances qui les accompagnent dans le souvenir ; enfin le jugement ou le goût , qui fait le choix , dispose et ordonne la combinaison.

68. La nature et l’objet de l’imagination se manifestent avec plus d’évidence dans les arts

DE PHILOSOPHIE MORALE. '^j

qui tirent leurs élémens de beauté des perceptions de la vue. Les opérations de l’imagination, dans ce cas particulier, servent à faire comprendre parquels procédés, dans la conduite morale, certaines âmes s’écartent des modèles que leur fournit l’expérience, et se fraient vers un but nouveau des routes que personne n’a encore essayées. C’est par suite de ces opérations, qui, tout inaperçues qu’elles sont, se renouvellent incessamment dans la conscience de tous les hommes, que les affaires humaines offrent un spectacle si plein de variété et de mouvement, et grandissent ou déclinent, selon que les notions régnantes de vertu et de bonheur sont justes ou erronées.

SECTION IX

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