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LE CHATEAU DE LA BELLE

J'ai vu bien des châteaux, j'ai compté plus de dix mille tourelles. Mais quel chàteau-fort, quel castel pourrait s'égaler au Château de la Belle ! Où, en quel lieu trouver des tours, — qu'elles soient fendues debarbacanes, — dignes de le disputer aux tourelles à fins créneaux du Château de la Belle ! Il en montre septante d'or haché, tout ornées pour les dames ; septante d'airain fourbi lui font une ceinture belliqueuse.

En vain, depuis douze années, l'ennemi l'assiège ; le Château se rit et des sabres recourbés des janissaires et des longs fusils des Albanais.

Le Sultan est bien en colère, et le Grand- Vizir marmonne dans sa barbe.

Et voici qu'un petit Turc, un vilain, ose se présenter devant le maître, et lui dire :

— Sire, quelle sera ma récompense, si je prends le Château de la Belle ?

— Vilain, dit le Sultan, je te donnerai un grand sac plein d'or, un beau cheval de Barbarie, et des armes garnies de pierres précieuses. Mais tu as perdu la raison.

— Sire, reprend le vilain, je n'ai point perdu la raison. Mais, de votre or je n'ai souci, ni de votre

cheval, ni de vos armes. Je veux la belle Dame du Château.

— Vilain, dit le Sultan, si tu prends le Château, la Dame sera ton esclave.

Le vilain part. Il se fait vêtir d'un froc, et, à la tombée de la nuit, seul, il va frapper à la porte du Château, tandis que deux mille fantassins et six cents cavaliers se tiennent cachés dans la chênaie et les ravins des alentours.

Le vilain s'agenouille. D'une voix lamentable, il se meta dire :

■ — Porte, ouvre-toi, ô porte hospitalière du Château de la Belle, de la belle reine aux noirs sourcils.

La Dame l'entendit et lui cria :

— Va-t'en 1 tu n'es qu'un méchant Turc, un félon,

— Dame, reprend le vilain, je jure sur la croix que je ne suis ni Turc, ni félon. Je suis un pauvre moine, et je meurs de faim.

— Je vais te faire jeter du pain et du lard, dit la Dame.

— Dame, reprend le vilain, je voudrais aussi prier dans la chapelle.

— Je vais faire jeter les harpons pour te monter dit la Dame.

— Dame, reprend le vilain, mes habits sont si usés, ils se déchireront, et vous serez cause de ma mort.

LE A'OYAGE DE GRÈGE SSq

— Je vais faire jeter un panier au bout d'une corde pour te monter, dit la Dame.

— Dame, reprend le vilain, je suis si faible; je m'évanouirai avant d'être arrivé.

A la fin, la Dame fit ouvrir la porte. Toute la troupe s'élança. La garde du Château fut massacrée. Les uns se jetaient sur l'argent, les autres se jetaient sur l'or.

Mais le faux moine ne songeait qu'à la belle Dame. Déjà ses bras la cherchaient enlacer.

— Tu es un habile traître, mais je saurai garder mon honneur, dit la Dame.

Et, de la terrasse de sa plus haute tour, elle se précipite dans la mer.

LA REXCONTUE

Un lundi, un beau lundi de fête, je rencontre, — rose du rosier, — la belle nièce du curé qui revenait, — rose du rosier, — de la métairie.

Elle porte les pommes d'api dans son tablier, les cédrats, — rose du rosier, — dans son mouchoir. Je lui demande une pomme, — rose du rosier, — elle m'en donne cinq.

« Garde tes pommes, — elles ne sont pas pour moi, — tes pommes foulées par les bestiaux. Je

3ZlO ESQllSSES ET SOUVEMRS

veux^ les pommes de ton corsage, — voilà des pommes pour moi, — qui sont toutes parfumées. »

« Ma mère me battrait, — ah ! fait-elle, — mon frère me battrait. »

« Ta mère ne le saura pas, — ah ! lui dis-je, — ton frère ne le saura pas. »

« Les rossignolets d'avril le diront, — les petits oiseaux 1 — les martinets de la Grève. «

« Comment le sauraient-ils, les rossignolets, — les petits oiseaux ! — les martinets. »

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