AVANT PROPOS DE LA PREMIÈRE EDITION
L'enseignement élémentaire de l'histoire est nul en France; c'est une affligeante vérité à faire connaître. Malgré le zèle de quelques savants professeurs qui s'efforcent de l'améliorer, on chercherait en vain un ouvrage méthodique sur cette branche d'instruction, où tous les hommes trouvent cependant des règles de conduite.
Quelques précis d'Histoire ancienne et d'Histoire de France courent çà et là dans les classes, mais ils ne se rattachent à aucun plan fixe : les élèves les apprennent par cœur , les récitent souvent avec
une volubilité mécanique , et s'inquiètent peu de mettre de l'ordre dans les idées, d'enchaîner les faits, et de les étudier synchroniquement. Ils confondent les siècles, les événements, les hommes; font vivre Alexandre-fc-Grand avant Romulus, et Annibal du temps de Pharamond. Dans ce chaos, dans ce dédale de noms, de dates, de faits, la mémoire, accablée sous ce fatras indigeste, se fatigue, succombe; de cette confusion naît le dégoût, du dégoût l'ennui, et de l'ennui l'ignorance.
Il n'est pas inutile de le dire t c'est sur îe talent des professeurs, des institutrices, que reposent les succès d'un enfant laborieux et bien organisé. Il faut savoir deux fois quand on enseigne : pour soi d'abord, et ensuite pour son élève. La science du professeur est plus difficile qu'on ne le pense ordinairement : il ne suffit pas de dire : apprenez, répétez, il faut que des questions adroites et pressantes fassent trouver la réponse désirée ; il faut, la craie à la main, rendre sensibles aux yeux les explications verbales ; trouver des moyens ingénieux pour fixer tel ou tel événement dans la mémoire, et posséder, avec assez d'étendue, les trois sciences qui servent de fondement à l'Histoire e. la géographie, la généalogie et la chronologie. Voilà de grandes difficultés, sans doute; on ne les surmonte qu'à force de veilles et de travaux ; mais c'est ainsi que Ton peut porter
sans usurpation, le beau litre de professeur; c'est ainsi que l'on remplit consciencieusement la fonction noble et délicate d'instruire son semblable. Nous devrions toujours penser que de nos talents, de la clarté et de la méthode de nos leçons, dépend, en grande partie, l'avenir d'un enfant. Quelle puissante raison pour méditer sur nos devoirs !
Voilà, dira-t-on, de graves réflexions pour un tout petit ouvrage. Cet ouvrage est peu important, sans doute, aux yeux du vulgaire; mais il acquerra quelque prix aux yeux de l'ami des enfants et du professeur sensé , car c'est vers l'amélioration de l'enseignement élémentaire que le philanthrope porte ses vues bienfaisantes. Dans sa sollicitude, il doit rechercher tout ce qui peut ouvrir à l'instruction une route nouvelle et sûre : c'est quand ses bases sont solides que le monument brave les injures du temps.
Quant à nous, nous consacrons tous nos instants à l'instruction de la jeunesse, et nous nous trouvons heureux quand nous pouvons lui offrir un nouveau tribut de nos veilles et de notre amitié. Après des essais nombreux, nous avons la ferme confiance que nos Esquisses historiques lui seront utiles. Avec notre Histoire de France détaillée, noire Histoire Générale, nos Chroniqueurs, notre Histoire classique des Meines de France, nos Ephérnérides classiques
et dos Énigmes, nous lui donnons un cours complet d'Histoire.
Puisse cette nouvelle publication enrichir la mémoire des élèves, en leur donnant des connaissances variées, former leur jugement en les habituant à réfléchir, et par conséquent, contribuera leur
bonheur!
D. LÉV1 Alvarès.