‹ Esquisses historiques ou cours méthodique d'histoire composé sur un nouveau planChapitre 12 sur 148 · SEPTIÈME DIVISION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME DIVISION

SOUVERAINS DE L'EUROPE

Enfin , la septième et dernière divison du premier ouvrage est un tableau chronologique de tous les souverains de l'Europe jusqu'à nos jours , disposé par dynasties et par familles. Au moyen d'un tableau synoptique que l'on fait faire à l'élève, il peut donner les noms de tous les souverains qui régnaient en Europe à une époque indiquée. Par exemple : — Quelssont les rois qui régnaient en Europe quand Christophe Colomb découvrit l'Amérique en 1492 ? L'élève de M. Lévi répondra sans hésiter : — En France , Charles VIII ; en Angleterre , Henri VII; en Espagne, Ferdinand V, etc.

Ce dernier travail est un des plus instructifs et des plus attachants ; l'élève doit s'exercer graduellement à désigner les souverains régnants à une époque donnée. Il étudiera d'abord la France, puis Y Angleterre ; et avant de passer à un autre peuple , il mettra ces deux États en rapport, etc. Après l'avoir exercé alternativement par des recherches et par ses souvenirs , on lui pose une date quelconque , et il nomme , suivant ses progrès, les rois de France, d'Angleterre, de Russie, etc.

Les généalogies sont une des branches importantes de l'histoire; elles doivent naturellement jouer un grand rôle dans la méthode de M. Lévi. Je n'entreprendrai pas de donner ici l ? analyse des leçons du professeur sur ce sujet ; il suffit de dire que les principales généalogies de familles royales de l'Europe sont tracées sur un tableau noir sous les yeux mêmes

Il RAPPORT DE M. SABATIER.

des élèves ; travail important donnant la clef des grandes guerres de succession, qui, plus d'une fois , ont changé la lace de l'Europe.

Conclusion sur l'élude des Esquisses historiques.

Ainsi , à l'aide des exercices indiqués successivement par l'auteur, tous ces faits sont entrés dans la mémoire des élèves dans un ordre si bien gradué, que chaque nouvelle acquisition n'a été pour eux que le développement des faits déjà connus. Tous ces exercices se prêtent un secours mutuel ; une date quelconque rappelle à l'instant le nom d'un grand homme , celui du peuple auquel il appartient , celui du fondateur de ce peuple , le siècle de son origine, sa position géographique , les principales révolutions qu'il a subies , les nations étrangères avec lesquelles se lie son histoire. Rien n'est isolé dans la mémoire de l'élève; tout se lie, tout s'enchaîne. Voilà, selon nous, la véritable manière d'étudier l'histoire.

Cette méthode passe par l'entendement pour arriver à la mémoire, et c'est en cela qu'elle est surtout préférable à l'ancienne, qui suit une marche exactement inverse; aussi, mettez en comparaison deux enfants de dix à douze ans , instruits, l'un par l'ancienne méthode, et l'autre par celle de M. Lévi; que trouvez-vous? Rien ou peu de chose d'un côté , et de l'autre des connaissances variées , étendues pour l'âge de l'enfant; un esprit d'analyse, de comparaison , de critique morale, où l'homme raisonnable perce déjà. Un homme célèbre , que vous vous honorez de Compter au nombre des membres correspondants, M. le comte de Las-Cases , avait déjà ouvert une nouvelle voie aux études historiques, en les sortant du chaos où elles étaient restées plongées jusqu'à lui. M. Lévi nous parait avoir dignement marché sur ses traces , et mérité les suffrages de tous les amis de la jeunesse.

Nota. Voyez YHistoire générale pour la continuation du rapport sur ie second ouvrage, et le Manuel de la Méthode de M. Lévi.

De la création du monde an déluge.

Dieu créa tous les corps de l'univers ; il doua l'homme et la femme de la plus grande perfection de Ydme et du corps. 11 les plaça dans un séjour de délices que nous nommons Paradis terrestre (en Asie).

Mais Adam et Ève, par leur désobéissance, s'attirèrent la colère de l'Éternel, qui les condamna aux maux de la vie et à la mort.

Après leur chute, ils eurent deux fils nommés Caïn et Abeï. Caïn conçut de la jalousie contre son frère et le tua : ce fut le premier meurtre.

Un troisième fils, nommé Seth, consola Adam ; il se distingua par sa justice et sa piété : ses fils suivirent son exemple.

Cependant les hommes se corrompirent en se multipliant; ils méprisèrent les avertissements de Dieu ; une catastrophe terrible les anéantit, et toute la race d'Adam fut réduite à la famille de Noé le juste. La terre fut inondée : c'est ce qu'on appela le déluge universel, arrivé dix-sept siècles après la création du monde, ou trente-quatre siècles avant la naissance de Jésus-Christ (1655 du monde, 3508 avant J.-C).

Du déluge aux premiers peuples.

Après plusieurs mois de séjour, les eaux s'écoulèrent, et le vaisseau qui portait les restes de la première famille s'arrêta sur le mont Ararat. Les enfants de Noé se multiplièrent considérablement. La terre où l'arche s'était arrêtée ne pouvant pas suffire à leur subsistance, ils formèrent le projet de se séparer par grandes familles.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Avant de consommer cette séparation, ils voulurent laisser un monument de leur puissance pour se préserver d'un second déluge , ejn bâtissant une tour prodigieuse appelée depuis tour de Babel. Dieu, irrité de leur orgueil, en arrêta la construction par le miracle de la confusion des langues.

La séparation n'en devint que plus nécessaire; trois colonies se formèrent :

1° Celle des descendants de Cham se dirigea vers le sudouest ; les uns s'arrêtèrent dans le pays appelé depuis Palestine, à laquelle la caravane proscrite de Chanaan donna le nom de son chef; les autres, sous la conduite de Mesraïm ou Menés, s'établirent en Afrique, et fondèrent le royaume d'Égypte ;

2° Celle des descendants de Sem conserva la plaine de Scnnaar, et s'étendit vers l'orient et le couchant; Àrphazad, l'aîné des enfants de Sem , fonda le royaume de Chaldée, plus tard royaume privilégié de Dieu, sous Abraham, fils de Tharé;

Elam, le second fils, fonda le royaume des Élamites ou de Perse ;

Assur, le troisième fils, jeta les fondements du royaume • des Assyriens ;

3° Celle des descendants de Japhet traversa une portion de l'Asie occidentale et septentrionale, et passa en Europe.

Toutes ces colonies se répandirent de générations en générations dans le pays où elles s'étaient primitivement établies, et la terre devint la patrie des hommes.

Nota. La dispersion des peuples se suivra sur une grande carte, et sur Pailas de l'auteur.

FORMATION DES PEUPLES

L'homme est né pour vivre en société : la multiplicité de ses besoins, la longue faiblesse de son enfance, le tardif développement de son intelligence, tout doit le rendre sociable.

.Dans les premiers temps, chaque famille vivait réunie; le pere en était le chef naturel ; ou suivait ses conseils , on

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

obéissait à ses lois. Les familles se multiplièrent ; on était trop nombreux pour vivre dans le môme lieu, on se sépara ; il y eut plusieurs chefs, et par conséquent plusieurs conseils, plusieurs lois.

Peu à peu le besoin de se communiquer les idées, de se secourir mutuellement, fit réunir un grand nombre de ces familles qui étaient, éparses : c'est l'origine de la formation des peuples et des Etals.

Dès lors la nécessité de n'avoir plus qu'une seule volonté, inspira l'idée de mettre dans les mains de plusieurs hommes ou d'un seul homme le sort , le bonheur, l'existence de ce concours d'individus : c'est l'origine des gouvernements oudes principes par lesquels un peuple est gouverné.

De ces principes dérivent les LOIS, qui sont l'expression des rapports qui s'établissent nécessairement entre les diverses sociétés.

Lois.

Les lois s'appliquent à Dieu dans ses rapports avec l'univers , comme créateur et conservateur ; au monde matériel , dont les mouvements ont des lois invariables sans lesquelles ils ne sauraient subsister; aux bêtes, qui ne peuvent avoir que des lois naturelles , parce qu'elles ne sont unies au monde matériel que par les besoins physiques ; à I'homme qui, comme être physique , est , ainsi que les autres corps, gouverné par des lois invariables, et qui, comme être intélligent, est gouverné par celles de la religion , de la morale , et par les lois politiques.

Les lois en général peuvent se diviser en deux espèces : les lois naturelles et les lois positives.

Les premières comprendront : 1° la loi de paix, qui paraît prendre sa source dans le premier sentiment de l'homme, celui de sa faiblesse , et par suite celui de la crainte ; 2° la loi de la conservation, dont l'origine est le second sentiment de l'homme, celui de ses besoins ; 3° la loi de rapprochement, qui se manifeste par le plaisir qu'un animal éprouve à l'approche d'un animal de son espèce; 4° la loi de sociabilité, qui prend naissance dans le désir que chacun éprouve

t6 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

de mettre en commun les connaissances qu'il a acquises.

Les lois positives comprennent: 1° le droit des gens, c'est le rapport des différents peuples entre eux ; les lois qui le forment doivent dériver de deux principes, savoir : que les diverses nations se fassent , dans la paix , le plus de bien , et dans la guerre , le moins de mal possible , sans nuire à leurs intérêts, et que la guerre ait pour but la conservation ; 2° le droit politique , qui embrasse les rapports des gouvernants avec les gouvernés ; 5° le droit civil, qui comprend les rapports que tous les citoyens d'un même Etat ont entre eux. Ces deux espèces de lois varient suivant les peuples et les gouvernements pour qui elles sont faites.

On peut rapporter aux lois positives les lois religieuses , qui ont pour objet d'imprimer une sanction en quelque sorte divine aux lois positives, aussi bien qu'aux lois naturelles ; il faut qu'elles soient assorties au caractère de chaque peuple, et conformes aux institutions de . même qu'aux besoins de

siastiques, les uns à l'égard des autres ; les théologiques ou dogmatiques, qui règlent le culte et déterminent la nature et les limites de la croyance.

Les lois positives se modifient suivant la nature.

Gouvernements.

Le gouvernement est l'application juste des lois faites et promulguées dans l'intérêt de la société , pour sa conservation et sa prospérité.

Dans l'origine des sociétés, le gouvernement était patriarcal et théocratique : patriarcal , lorsque les chefs de famille étaient maîtres , souverains ; théocratique, lorsque les ministres de Dieu , les prêtres , avaient la souveraine puissance , et régnaient à la fois sur le temporel et sur le spirituel.

Aujourd'hui les gouvernements peuvent se diviser en deux parties, la republique et la monarchie.

Gouvernement républicain.

La nature de ce gouvernement est que le peuple en corps,

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

on seulement une partie du peuple , a la souveraine puissance.

H se divise en deux parties :

La démocratie, ou république proprement dite , quand le peuple a la souveraine puissance ;

V aristocratie, quand la puissance est entre les mains d'une partie du peuple , les grands , les seigneurs. L'aristocratie se divise en plusieurs parties.

Si l'aristocratie possède une partie du gouvernement et la totalité du territoire (comme autrefois en Pologne , en Angleterre, en France), c'est la féodalité ou la hiérarchie des pouvoirs entre les vassaux ou seigneurs.

Si elle possède une partie du territoire et la totalité du gouvernement (comme à Carthage, à Venise , dans quelques contrées suisses), c'est Y oligarchie.

Si elle ne possède qu'une partie du gouvernement et du territoire (comme en Angleterre, en Suède), c'est la pairie ou le sénat.

Si , sans pouvoir politique , elle possède ou des terres privilégiées ou une partie du pouvoir judiciaire, c'est la nob les se.

Si elle n'est que titulaire , comme elle ne forme point un corps, et qu'elle n'est dans l'Etat ni ordre ni pouvoir, elle n'a point de nom collectif ; elle est donc hors de la langue politique.

Monarchie.

La monarchie est le gouvernement d'un seul homme ; elle est élective , si le monarque est choisi indifféremment dans plusieurs familles ; elle est héréditaire, s'il est pris de droit dans une même famille ; elle est absolue, si le roi est indépendant des lois : elle est autocratique , si cette indépendance est illimitée.

La monarchie est tempérée , si une charte ou une constitution lie le roi au peuple et le peuple au roi.

Dans cette dernière forme , le peuple est représenté par des assemblées législatives ou chambres. Ces chambres se divisent en deux parties : la chambre haute (ou des pairs, en

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

France), composée de membres héréditaires ou nommés à vie.

La chambre des communes (ou des députés, en France), composée d'hommes choisis par un certain nonbre de leurs compatriotes appelés électeurs,

Vanarchie est la confusion, le désordre dans un Etat, où personne n'a assez d'autorité pour commander, et pour faire respecter les lois.

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