‹ Esquisses poétiquesChapitre 11 sur 55 · L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

L'ÉTRANGER

Gloire au Dieu d'Abraham qui, dans l'horizon sombre, Fait jaillir la clarté du sein même de l'ombre ! Qui n'abandonne pas à ses vils ennemis Le serviteur obscur à ses ordres soumis.

Par ce Dieu tout-puissant soyez trois fois bénie !

Que, sur vous, sa faveur se répande, infinie !

Jéricho croulera sous ses coups triomphants :

La mort fauchera tout, guerriers, femmes, enfants :

Appelez, à cette heure et terrible et suprême,

Vos parents les plus cher§ près de vous, ici-même ;

Suspendez aux balcons, du côté du soleil,

Des bandeaux d'écarlate, éclatant appareil.

Ce signe nous traçant une route facile.

Nous viendrons, glaive en mains, défendre votre asile.

Jéricho se plongeait dans un profond sommeil ; Seul, le roi, prolongeant les heures du réveil. Recevait les vins vieux dans les coupes dorées. Et teignait de nectar ses lèvres empourprées. Vers minuit, il se lève et s'en va, lentement. Sur l'édredon soyeux s'étendre mollement ; Longtemps il se débat dans l'ardente insomnie ; Mais enfin, pâlissant comme pour l'agonie. Il s'endort et retrouve, en un rêve fiévreux, Les larges coupes d'or et les vins généreux.

Et voilà que, fuyant à travers les campagnes,

Les hôtes de Rahab ont gagné les montagnes ;

Par les taillis épais, de détours en détours,

On les cherche, on les suit, pendant plus de trois jours.

Le vent leur apportait de stériles menaces ;

Mais les Jébuséens perdent enfin leurs traces.

Eux marchant vers leur camp, par un retour soudain,

Dans l'ombre de la nuit repatsseht le Jourdain.

Quand le Dieu d'Israël ordonne.

Immuables sont ses décrets ; Pour qui brave la loi qu'il donne.

Il a des foudres toujours prêts ; C'est lui qui préside aux batailles; Derrière les hautes murailles, En vain se cachent les cités ; Le plus dur ciment et la pierre»

A sa voix tombent en poussière, Par les vents du ciel emportés.

Au retour de l'aube incertaine A cessé le chant solennel, Moab ! qui, de ta vaste plaine, Montait jusques à l'Eternel.

Israël a ployé ses tentes, Longtemps au désert palpitantes ; Il marche vers ses ennemis ; Ses pieds vont dévorant l'espace, Et son regard enfin embrasse Les champs qui lui furent promis.

Voici l'arche mystérieuse Dont Sétim a fourni le bois ; Elle recelle, glorieuse, Le code des divines lois.

Une jalouse prévoyance A, de ce signe d'alliance.

Choisi les ornements divers ; L'or pur sur ses faces rayonne, Et monte au-dessus en couronne Offerte au Dieu de l'univers.

Il est temps, peuple Israélite !

Approche-toi de ces remparts :

Autour de la ville maudite, Montre sept fois tes étendards.

A vous, guerriers, lévites, prêtres.

Ces lieux foulés par vos ancêtres !

Les jours d'exil sont accomplis :

Suivez le voile d'hyacinthe Qui resplendit sur l'arche sainte, Et flotte en ondoyants replis.

Jéricho ! de tes funérailles Le grand jour est enfin venu ; Terribles sont les représailles Du Seigneur qu'on a méconnu.

Tes enfants, devant leurs idoles, Murmurant de vaines paroles, Comme un vil troupeau vont périr Mais sur eux nul bras ne se lève :

Aujourd'hui ce n'est pas le glaive Oui doit combattre et conquérir.

La trompette a sonné : de longs cris retentissent; On dirait à la fois les autans qui mugissent, Le hurlement des flots qui se heurtent entre eux, Le tonnerre grondant sous un ciel ténébreux. Ils sortent, Israël, de ta forte poitrine. Ces cris, bruyant signal de justice divine, Et soudain Jéricho, tes temples, tes remparts, Tes maisons, tes palais croulent de toutes parts ; A tes pâles enfants Dieu ne fait point de trêve, La terre, sous leurs pas, s'ébranle, se soulève ; Vainement charchent-ils de propices abris, Ils tombent écrasés sous tes murs en débris.

Lorsqu'enfin a passé le souffle de vengeance, La trompette se tait, Israël fait silence.

Fière cité, séjour naguère encor si beau,

Te voilà donc changée en un vaste tombeau !

Le Ciel avait compté le nombre de tes crimes ; La mort ne comptait pas ses coups et ses victimes. Du peuple et de ton roi, sur la pierre étendus, Les cadavres meurtris se pressent, confondus. Jamais la magicienne errant dans tes décombres, Au nom de tes faux dieux, n'évoquera leurs ombres ; Jamais Jébuséens, en tes champs rappelés, Ne viendront relever tes remparts écroulés ; Et le vautour infect, cherchant ta sépulture, Y trouvera longtemps une horrible pâture.

Dans ce désordre affreux, debout, seul entre tous,

Un palais échappait au céleste courroux :

C'était là qu'elle avait rassemblé sa famille,

Depuis l'aube du jour, Rahab la jeune fille,

Et là qu'elle veillait, par des soins assidus.

Sur les rouges bandeaux aux balcons suspendus.

Tandis que Jéricho touche à sa dernière heure,

Deux soldats d'Israël protégeaient sa demeure.

Ces murs hospitaliers ne les trahirent pas.

Quand la foule, à grands cris, demandait leur trépas ;

Et maintenant, malheur à l'Hébreu téméraire Oui franchirait le seuil du palais tutélaire ! Oui, malheur ! tout son sang, par le glaive versé, Rougirait le parvis vainement menacé.

Rahab ! Heur du Jourdain qu'aurait bientôt flétrie Le souffle des autans sur ta tige meurtrie ! Ta beauté désormais ne saurait se ternir; La grâce du Seigneur garde ton avenir.

Etouffant tes erreurs et dissipant tes doutes, Elle conduit tes pas vers de nouvelles routes ; Ton esprit, dégagé de voiles imposteurs, Aspire à s'élever aux suprêmes hauteurs ; Ton cœur, des voluptés a dépouillé la ^ange, Tu dois à tes remords la pureté de l'ange. De l'alliage vil, avec soin séparé, Ainsi luit le métal, par la flamme épuré. Trêve donc aux douleurs où ton âme se noie ; Sois flère, jeune fille, et tressaille de joie : Ce jour sauve ton nom de l'éternel oubli, Et r Homme-Dieu naîtra de ton sang ennobli '.

1 Salmnii aittem ijaiuit Booz de Uahab.

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