LES ÉLÈVES D'UN ASILE
Bien au delà de cette étroite enceinte, Chacun redit de ton humilité Le doux attrait, qui double notre crainte A célébrer un nom partout chanté.
Qui ne connaît la douce bienfaisance
Qui de ta main, prodigue en tous les temps,
Avec l'obole augmente l'espérance
Des malheureux, qu'elle a rendu contents.
Pour nous, enfants, dont ta sollicitude, A jusqu'ici prévenu les besoins ; Libres de crainte et de vicissitude, Fières de toi, nous vivons par tes soins.
Bon père, aussi ce que la tendre enfance
Veut obtenir par ses vœux assidus
Et ses souhaits, c'est pour ta récompense,
L'Eternité des biens qui te sont dus.
• Dans le bois tout est nu !.. . pour couronner ta tête Nous n'avons point de fleurs, point de fleurs à t'offrir ; Mais recevras-tu, Père, en ce beau jour de fête, De toutes tes enfants les cœurs pour souvenir ? . . .
Improvisée, le l8 Mars 1870. •
LA JEUNE FILLE
Ma sœur vous plaint, et moi j'en fais autant, grand'mère ! Votre visage est pâle et de rides couvert ; Vos cheveux sont plus blancs que la blanche poussière Qui s'abat, dans l'été, sur cet if sombre et vert.
Elles m'affligent peu ces marques menaçantes D'un jour qui n'aura pas peut-être un lendemain ; Vos longs cheveux de jais, en boucles caressantes, Tombent sur votre front de lis et de carmin.
LA JEUNE FILLE
Vous marchez lentement ; sur le bâton de frêne, Soutien près de fléchir, se penche votre corps ; Quelquefois on dirait que vous perdez haleine, Et vous n'avancez plus qu'en^ redoublant d'efforts.
Sur le versant du mont, près de la métairie Où j'aimais à m'asseoir, à l'ombre du grand bois, Si je vous vois de loin bondir sur la prairie, Je ne regrette pas mes forces d'autrefois.
LA JEUNE FILLE
Quand l'oiseau, reprenant sa chanson printanière, Vient suspendre son nid aux branches des lilas. Dans l'enclos, inondé de fleurs et de lumière, Ne pourriez-vous encor nous suivre à petits pas ?
J'aspire le parfum des fleurs fraîches écloses ; J'entends le rossignol chanter dans les bosquets : Mais quel plaisir aurais-je à moissonner les roses ? Ne m'apportez-vous pas, chaque jour, des bouquets?
LA JEUNE FILLE
Lorsque glisse sans bruit, sur la mer immobile, Par les soirs frais et purs de la chaude saison, Sous l'effort des rameurs, notre barque docile. Vous demeurez toujours seule dans la maison.
Alors, interrompant malgré moi mon ouvrage, Les regards inquiets et le cœur sans repos, Je fais des vœux au ciel pour que le vent d'orage Ne vienne pas crisper la surface des eaux.
LA JEUNE FILLE
Durant le triste hiver, au souffle de la bise,
Quand gèlent les ruisseaux et meurt l'herbe des prés,
Quel plaisir avez-vous, près du foyer assise,
A l'heure où nous dansons dans les salons dorés ?
J'en ai plusieurs : d'abord, je tisonne, — à mon âge, Nourrir le feu de l'âtre est un soin assez doux. — le caresse un moment en sonore votre imao^e . . . Puis, je dis mon rosaire, et je le dis pour vous.
Liverpool, Février 1875.