‹ Essai bibliographique sur les éditions des Elzévirs, les plus précieuses et les plus recherchéesChapitre 5 sur 22 · JEAN · texte numérisé non relu

JEAN

1! Imitation sans date, un des plus beaux, des plus rares et des plus chers ouvrages des Elzévirs, est imprimé, Lugduni (sans ajouter Bata(^omm)y apud Joh. et Dan. Elzevirios. Après le titre gravé est un faux titre qui annonce que l'édition a été faite d'après le manuscrit autographe de i44i* Cette annonce a donné lieu à une singulière bévue. On a désigné dans le Catalogue de la Bibliothèque du Roi cette édition comme étant de 1 44 1 • Par une autre erreur, j'ai vu un exemplaire de ce Catalogue où l'on avait substitué i64i à i44i* Enfin , comme on voulait à toute force deviner la date de ce livre , De Bure et presque tous les bibliographes l'ont supposée de i63o. Ils se sont encore trompés, et cela parce que l'édition des Elzévirs a été copiée sur une assez joUe édition d'Anvers , donnée par Raphe* lange, dans laquelle une épître dédicatoire de Jean

SUR LES £LZ£VIRS. Sg

fioUandus, jésuite, porte Tannée de Timpression de louvrage, qui est i63o, et parce que cette épître a été réimprimée textuellement avec sa date. Cette Imitation ayant été imprimée par Jean et Daniel Elzévir ne peut l'avoir été que pendant qu'ils étaient associés. Or, leur association n a commencé qu'en i65â. Gomme elle a fini. en 1654} ou au plus tard en i655, ce livre doit évidemment avoir paru entre ces deux époques. Nous verrons, à l'article qui le concerne, qu'il est probable que c'est en i653.

En i655 , Daniel se sépara de Jean et alla se joindre à Louis II, qui s'était établi à Amsterdam. Deptiis ce moment, Jean soutint seul l'imprimerie de Lejde, et lui donna, pour ainsi dire, un nouveau lustre. J. de Parival, dans les Délices de la Hollande y et Joly, chantre de Notre-Dame, dans son Fqyage a Munster, font le plus grand éloge de cette imprimerie, la plus belle qui existât après celle de Blaew. Il paraît que l'imprimerie de Plantin, à Anvers, avait été plus remarquable encore, et que c'était la plus considérable et la plus magnifique qu'on eût vue jusqu'alors.

Saumaise , dont le caractère était aussi versatile qu'emporté , s'était déjà réconcilié avec les Elzévirs de Leyde; et Jean fut sur le point de se brouiller avec Heinsius, à son occasion, pour avoir mis une grande négligence à imprimer un ouvrage de ce dernier, dans lequel Saumaise était attaqué, tandis qu'il avait im» primé sans difficulté et avec promptitude les ouvrages où Saumaise maltraitait Heinsius.

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Les Elzévirs d'Amsterdam, plus. prudents que. ceux de Leyde , se lièrent avec Heinsius de Tamitié la plus étroite, et Jean lui-même, après la mort de Saumaise, se rapprocha de lui. Il le chargea même de sa part de faire à Gronovius des propositions très-ayantageuses, s'il voulait se fixer, à Leyde et l'aider de ses trayaux dans. les belles éditions qu'il se proposait 4e donner. U est fâcheux que cet imprimeur n'ait pas eu le temps d'achever le projet dont il avait commencé l'exécution avec tant de succès. U mourut le 8 juin, 1 66 1 , à peine âgé de quarante ans. Quoiqu'il n'ait exercé son art que pendant dix ans., il a égalé la gloire des plus célèbres imprimeurs de sa famille.

. En i65 1^, Jean Elzévir avait dédié à Balzac l'édition de. ses propres œuvi^es, et dans son épître signée les Elseviersy il disait : <« L'éguillonnement de M. Gonrart, qui nous a piqué d'honneur en cette occasion , n'a pas peu servy à nous rendre autant exacts qu'il s'est pu faire, et de donner un chef-d'œuvre de notre art en votre ouvrage, pour vous contenter, bien que du reste nous ne négligions aucun de tous nos auteurs. G'est à quoi nous nous sommes efforcés , et enfin vous rendons un in-douze pour un in-quarto; et si nous y avons bien réussi, notre créance est, que vous nous ferez de rechef l'honneur de nous employer, etc. » Ge fut à cette occasion que Balzac leur écrivit la lettre suivante, qu'on nie permettra de rapporter ici à cause de sa singularité, et parce qu'elle sert de réponse à l'épitre dont nous venons de citer un fragment..

SUR LES FLZJBVIRS. ^l

A MM. les Ehévien^ marchands libraires et imprimeurs

à Leyde.

Messieurs,

Je vous suis obligé et peut -être plus que vous ne pensez. Le droit de bourgeoisie romaine étoit quelque cbose de moins que la faveur que vous m'avez faite, car que croyez-vous que ce soit d être mis au nombre de vos auteurs ? C'est avoir rang parmi les consuls et les sénateurs de Rome; c'est être mêlé parmi les Cicéron et les Salluste. Quelle gloire de pouvoir dire, Je fais partie de cette république immortelle ! j'ai été reçu dans cette société de demi-dieux! En effet, nous habitons tous à Leyde sous un même toit. De votre grâce, je. suis tantôt vis-à-vis de Pline, tantôt à côté de Sénèque, quelquefois au-dessus de Tacite ou de Tite- Live; et quoique j'y tienne peu de place, aussi -bien qu eux , je ne laisse pas que d'y être fort à mon aise et de m'y plaire en si bonne compagnie. Pour le moins, j'y suis tout entier , encore que j'y sois à l'étroit. Homère, notre patriarche, a bien été plus pressé que moi, et celui qui le logea dans une coque de noix étoit encore meilleur ménager de la matière dont il bàtissoit. L'art s'étend et se resserre avec une égale louange de l'artisan, il y a ^u des ouvriers que ' les pyramides et les colosses ont mis en téputation: Il y en a eu qui se sont rendue jcélèbres par des bagues et des cachets. L'histoire ne parle*t-eUe pas aVec estime d'un chariot

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à quatre chevaux qu'une mouche couvroit de ses ailes ? Puisque cela* est , et que la perfection des ouvrages se trouve plutôt dans le bon usage de 1 étoffe que dans sa profusion , je n ai garde de me plaindre que vous m'avez mis en petit volume; et pour n'être pas infolio j je n'en suis pas moins ,

Messieurs ,

Votre très-humble et obligé serviteur,

Balzac.

Les Elzévirs au surplus méritaient une partie des louanges qu'on leur donne , et Ton aperçoit dans leur correspondance qu'ils comptaient avec raison voir rejaillir sur eux une petite partie de la gloire qu'ils procuraient aux auteurs fameux dont ils publiaient les œuvres.

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