CHAPITRE VIIL
Avis sur la manière d'enseigner l'analyse constructive.
Chaque fois que l’instituteur présente à ses élèves un passage à analyser, il doit leur y faire reconnaitre le nombre de phrases qu’il contient, et leur faire faire l’analyse : constructive de chaque phrase séparément. Il doit ensuite, leur faire expliquer successivement de quelle manière chaque membre de chacune de ces phrases est composé. La table ou planche noire est le meilleur moyen de leur présenter des exemples.
Lorsque les élèves ont bien reconnu le nombre de phrases que contient un passage, et chacune des parties constructives que ces phrases contiennent, il doit leur proposer les questions suivantes sur chaque phrase considérée séparément.
D. A quelle espèce appartient cette phrase en la considérant par le sens, c’est-à-dire en tant que phrase ?
D. A quelle espèce appartient cette phrase en la considérant par le nombre de ses membres ? |
D. A quelle espèce appartient cette phrase en la considérant par l'énonciation de ses membres ?
D. À quelle espèce appartient cette phrase en Ja considérant par la forme de sa structure ?
Muni de ces moyens d'analyse constructive, l’instituteur donnera à ses élèves les exemples suivants, ou les autres qu'il jugera à propos de choisir, sans les accompagner des signes analytiques. Mais il fera bien de faire ajouter ces signes par les élèves, à mesure qu'ils nommeront les parties constructives et les différentes espèces de phrases.
L'instituteur pourra aussi, de temps en temps, leur faire ajouter à ces signes ceux de l'analyse énonciative, afin de faire marcher de front ces deux moyens de décomposer la phrase, avec lesquels on ne saurait trop se familiariser,
Avant de donner de nouveaux exemples d’ana!yse constructive, nous donnerons les phrases que nous venons d'analyser, en les accompagnant des signes analytiques. On peut en faire usage jusqu’à ce que l’on soit familier avec cette nouvelle méthode. Nous commencerons cependant par les deux phrases qui sont dans le premier de nos tableaux analytiques, parce que ce sont les premières que donne l’abbé Girard pour établir ses principes d’analyse constructive.
[. Le mérite IT. a V. ordinairement III. un avantage solide LV. sur la fortune.
1. Le mérite est le subjectif de cette phrase, parce qu’il représente un sujet auquel on attribue l’évènement ou action d’avoir.
II, a est l’attributif, parce qu’il sert à appliquer l’évènement ou l’action qu’exprime le verbe &, au subjectif le mérite, L’attributif concourant à la structure de la phrase en suivant le régime auquel l’assujétit son subjectif, a se trouve au singulier et à la troisième personne pour se couformer à son subjectif, de mérite, qui est de pareil nombre et de pareille personne;
II, Un avantage solide est objectif, parce que ces mots expriment ce que lactributifa particulièrement en vue, en fixant son attribution à un objet déterminé entre tous ceux qu’elle pourrait avoir ; ce qu’ils font en nommant la chose qu’on veut que le mérite ait.
IV. Sur la fortune est un terminatif, parce que ces mots expriment le terme où se porte l’attributif «.
adverb en forn
Cett qu’expr membre considé pliquée, forme d
sigue p}
auquel « par l’att
Il, D.
quer l’és attributi£ régime at première
les mêmes Sigue ph. 3
V. Ordinairement est un circonstanciel, parce que cet adverbe énonce une circonstance qui modifie l’attributif & en forme d'habitude, Ph. 3. 5, 8. 10.
Cette phrase, considérée par le sens, est détachée, ce qu’exprime le signe ph. 3 ; considérée par le nombre de ses membres, elle est complète, ce qu’exprime le signe ph. 5 ; considérée par l’énonciation de ses membres, elle est compliquée, ce qu’exprime le signe ph. 8 ; et cousidérée par la forme de sa structure, elle est expositive, ce qu’exprime le sigue ph. 10. Je réunis tous ces chiffres sous ies lettres ph. et j'exprime ainsi tous ces détails: ph. 3. 5. 8 10.
T. Nous LI. donnons V. toujours 111. lu préférence AV. à la fortune : ph. 3. 4. 5.8. 10.
L. Nous est un subjectif, parce qu'il représente un sujet auquel on attribue une action ou un évènement exprimé par l’attributif donnons.
IL. Donnons est nn attributif, parce qu’il sert à appli. quer l’ésènement qu'il exprime au subjectif nous. Cet attributif concourt à la structure de la phrase en suivant le régime auquel l’assuojétit son subjectif ; donnons étant à la première personne du pluriel, parce que nous, son subjectif, est de pareil nombre et de pareille personne.
ITU, La préférence est un objeetif parce que ces mots exprimeut ce que l’attributif donnons a particulièrement en vue, en fixant son attribution à un objet déterminé entre tous ceux qu’elle pourrait avoir ; ce qu’ils font en uommant la chose que nous donnons.
IV. 4 la fortune, ces mots forment un terminatif parce qu’ils représentent le terme où se porte l'attributif donnons.
V. Toujours est un circonstantiel, parce que c’est un adverbe qui sert à énoucer une circonstance qui modifie l’attributif donnons en forme d’habitude.
Cette phrase considérée par le seus est détachée, ce qu'exprime le signe ph. 3; considérée par le nombre de ses membres, elle est complète, ce qu’exprime le signe ph. 15; considérée par l’énonciation de ses membres, elle est compliquée, ce qu’exprime le signe ph. 8 ; et considérée par la forme de sa structure, elle est expositive, ce qu’ezprime le signe ph. 10. Si l’on réunit tous ces chiffres sous les mêmes lettres comme nous veuons de le faire, on a le sigue ph. 3, 5. 8. 10.
Lions maintenant, de la manière suivante, ces deux phrases que l’on peut aussi considérer comme des propositions,
Monsieur, quoique le mérite ail ordinairement un avantage solide sur la fortune; cependant, chose étrange, nous donnons toujours lu préjérence à celle-ci.
Chaque phrase a deux membres nouveaux, savoir, un conjouctif et un adjonctif, Le conjonctif dans ces deux phrases se présente dans les mots quoique et cependant, qui sont deux conjonctions adversatives. Ils lient les deux sens exprimés par les deux phrases, de manière que l'un a rapport à l’autre, et qu'il en résulte un sens complet, qui fait celui de la période,
L’adjonctif est, dans le premier membre de la période, Monsieur ; dans le second, ces deux mots, chose étrange. Car, peu essentiels à la proposition, ils ne sont là que par forme d’accompagnement : le premier pour appuyer par un tour d’apostrophe ; l’autre pour joindre à l'expression de la pensée un mouvement de surprise et de blâme,
Chacune de ces phrases considérée par le sens est relative ; par le nombre de ses membres, intégrale ; par l’énonciation de ses membres, compliquée ; et par la forme de sa structure, expositive.