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MEMBRE DE l'aCADEMIE ROYALE DE BELGIQUE
(Présenté à la Classe des lellres dans la séance du 2 décembre 1895.)
(Extrait du torae LIV des Mémoires couronnés et autres Mémoires publias par 1* Académie royale de Belgique. — 1896.)
Bruxelles. — Hayez, imprimeur.
ÀVANT-PROPOS.
Le titre de cette petite étude causera, sans doute, quelque surprise à plus d'un de nos lecteurs. Un traité d'anthropologie, c'est ce qu'on ne s'attendait point à rencontrer chez les discoureurs de l'empire qui occupe le milieu du monde. Mais aussi, si Ton pensait trouver ici quelque chose qui ressemblât à nos manuels européens, on se tromperait étrangement. Il n'est pas besoin de le dire, l'esprit de systématisation n'existe point chez les Chinois même philosophes, et la plupart de leurs livres ne sont que des dissertations où les auteurs suivent le cours fluctuant de leur pensée, de leur imagination, inconscients de la nécessité de baser leurs thèses sur un principe dont on déduit les conséquences nécessaires et de donner au dévelop-
«A pement des idées un ordre logique qui prémunisse contre
;V>^ les écarts du raisonnement et la fantaisie.
Le syllogisme et ses déductions rigoureuses sont choses inconnues aux théoriciens du Yïn et du Yang, aux adeptes du Feng-shui; et la nécessité de se tenir dans les bornes du sujet que l'on traite n'est point du tout sentie chez les successeurs des Kong-tzeet des Lao-tze. Souvent la table des matières d'un livre indique un ordre méthodique des sujets, un procédé logique de discussion; et l'on est très surpris, en parcourant l'ouvrage, d'y trouver un pêle-mêle d'idées dans lequel on a bien de la peine à saisir un fil conducteur; trop souvent l'on ne peut en découvrir aucun.
Aussi cette fois ne nous proposons-nous point de traduire
un ou plusieurs livres philosophiques quelconques traitant de la matière qui doit nous occuper, mais de recueillir dans tous les ouvrages dont nous avons pu disposer, les traits épars qui, réunis, peuvent donner une idée aussi complète que possible des doctrines régnant parmi les Chinois relativement à la nature de l'homme. Avec ces membres, ces parties éparses, nous avons tâché de constituer un corps de doctrines qui puisse renseigner et satisfaire suffisamment des lecteurs européens sans dénaturer les idées que nous avions à leur faire connaître.
Pour faciliter l'intelligence de ces conceptions parfois bizarres, nous avons essayé de combiner dans le texte toutes les données diverses, évitant de couper l'attention par des notes multipliées qui entravent la lecture suivie et souvent empêchent de se faire du sujet trailé une vue d'ensemble adéquate. Nous avons écarté, de ces pages, ces explications d'une subtilité qui touche au ridicule et qui déparent trop souvent les œuvres d'hommes qui ont l'intention d'être sérieux.
Certes, comme nous l'avons dit en commençant, ce ne sera point un fragment d'un de nos manuels philosophiques occidentaux; mais cependant, systématisé de cette façon, ce petit traité ne sera pas, je l'espère, absolument indigne d'une lecture attentive.
On ne doit point oublier qu'il s'agit ici des idées régnant chez un peuple qui forme la portion la plus considérable de l'humanité et dont l'histoire n'est dépourvue ni d'intérêt ni d'enseignements.