‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon Saint Matthieu (volume 4)Chapitre 29 sur 56 · Eîney adt@: Ùù et à épyé- MEVOS, À ÉTEPOY TPOTOONDLLEV · texte numérisé non relu

Eîney adt@: Ùù et à épyé- MEVOS, À ÉTEPOY TPOTOONDLLEV

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4, Kat dmonpifels à TInoods etmey adroic' Ilopeudévres drayyelkate Todwmn, à drobere rai

XI, 2. Or Jean, ayant eu connaissance dans la prison des œuvres de l'Oint (ou du Christ), envoya deux de ses disciples

3. Lui dire : Es-tu celui qui vient, ou en attendons-nous un autre ?

4. Et Jésus leur répondit : Allez raconter à Jean ce que vous entendez et voyez :

BAérere :

D. . Tuphct dyabAéTeuct nai AUWAOÙ TEDITATOUST, ÀAETPOL Xa- OaplÉovrar Aa xwpot dxoboucti vexpot Évyeloovtat Axa mTwyol EUaYYEALÉOYTE: *

5. Les aveugles voient et Îles boiteux marchent; les lépreux sont rendus nets et les sourds recouvrent Poule; les morts se réveillent et les pauvres entendent la bonne nouvelle;

6. Et heureux est celui qui ne trouvera pas en moi une cause de chute! gas

6. Kai paxapiéc éottv, dc Eay \ SS FÉar 3 f . LM mAGYÈa AT Év not,

Jean le Baptiste avait appris par une révélation intérieure, confirmée par un signe extérieur, que c’était de Jésus qu’il devait être le précurseur. Instruit par la voix qui accompagna le signe, il témoigna dès cet instant que Jésus était le Fils de Dieu, le nommant aussi l’Oint ou le Christ, et l’Agneau qui ôte le péché du monde. (II, 47; Jean, 1, 29-36; IT, 28.) fl expliquait la supériorité qu’il lui reconnaissait sur lui-même par des raisons morales et par la spiritualité plus grande de l’œuvre que Jésus devait accomphir. (IE, 14-14.)

Hérode le Grand et Jean le Baptiste se représentaient tous deux le Ghrist comme un roi, ce qui s’accordait avec l'attente de ce peuple, que le Christ se-

rait appelé à régner; mais on peut vor par la

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conduite de chacun d’eux qu’ils se faisaient des idées très-différentes de ce que serait son royaume. Hérode le croyait de la terre : aussi, quand le bruit se répandit que le roi des Juifs était né, considérat-il ce roi comme un futur prétendant au trône et chercha-t1l à le faire mourir. Jean le savait des cieux, et 1l se borna en conséquence, pour y préparer ses compatriotes, à les presser de se convertir. Aux uns 1l prêéchait la charité, aux autres la modératon et la probité; et quand des soldats lui demandaient ce qu’il exigeait d’eux, au lieu de leur laisser entrevoir que la cause qu’il servait pourrait un jour avoir besoin de leur appui, il leur recommandait seulement de n’user de violence ni de tromperie envers personne, et de se contenter de leur paye. (Luc, I, 10-14.)

Les croyances du peuple étaient plus compliquées. Elles se rattachaient en partie à la prophétie, en partie à des traditions ayant leurs racines dans l’histoire des Juifs, flattant leur orgueil et répondant à leurs aspirations nationales. Outre le Christ ou le Messie, ils attendaient en ce temps-là Élie et le Prophète. Aussi pensèrent-1ls, quand Jean le Baptiste s’éleva au milieu d'eux, qu'il devait être l’un de ces trois personnages. (Jean, 1, 19-21, 95.) Et lorsque Jésus attira plus tard l'attention générale, ils furent, par la même raison, et sans pouvoir se mettre d’accord entre eux, dans une incertitude semblable à son sujet. Excluant quelquefois Élie de leurs suppositions, peut-être parce qu'ils lui aftribuaient un rôle

MATTHIEU, X1,:2-6. 89 inférieur à celui des deux autres, les uns disaient qu'il était le Prophète, et d’autres qu’il était le Christ. (Jean, VIT, 40-43.) Le Prophète n’était donc pas la même personne que le Christ à leurs yeux.

J'ai dit ailleurs comment l’espérance de la venue du Prophète, entretenue par les Juifs, et qu'ils croyaient autorisée par certaines paroles de Moïse (Deutéronome,"X VII, 15), avait reçu une sorte de consécration officielle dans la dernière constitution donnée par eux à leur État, lorsqu'ils rendirent, à partir de Simon Maccabée, l'autorité souveraine et la souverame sacrificature, que ce prince exerçait toutes deux, héréditaires dans sa famille. Ils déclarèrent en effet alors, qu’il en serait ainsi jusqu’à ce qu'un prophète fidèle se fût élevé parmi eux (4). Depuis lors Hérode le Grand avait succédé aux rois Asmonéens ; à sa mort, le royaume avait été partagé eutre ses fils ; Archélaus, l’un deux, qui régnait sur la Judée, avait été dépossédé, dix ans après, de ses États par les Romains, qui les avaient réunis à la Syrie; mais, dans toute cette suite de temps, le Prophète espéré n’était pas venu. Le peuple cependant continuait à l’attendre, et était persuadé que ce prophète, lorsqu'il apparaîtrait, deviendrait son roi. Je ne puis m'expliquer que par cette persuasion et par la supposition que Jésus était le Prophète, la scène ra-

(4). vod etvar Zluwvx yobpevoy val doyisoéx ets Tèv aiüva Éwg ToÛ avacrivar roovhtnv niorév. (Maccabæorum I, cap. XIV, v. MA.) Voir £ssai d'Interprétation. {e Partie, page 58 et Ile Partie, page 38.

contée dans le quatrième Évangile, où l’on voit plusieurs milliers de Juifs former la résolution de l’enlever pour le faire roi, affirmant, en même temps, « qu’il était vraiment le Prophète qui vient dans le « monde, » Ô roooftns Ô épydmevoc els Toy x6cmov. (Jean, VE, 10, 14, 45.) Un projet pareil serait tout à fait Imconcevable, si l’on ne devait y voir que le subit caprice d’une foule enthousiaste ; mais il surprend moins quand on le sait fondé sur l’espérance d’un Prophète-Roï, que les pères transmettaient depuis longtemps aux enfants, et que la multitude crovait enfin réalisée.

Pour abréger, on pouvait indifféremment nommer « le Prophète qui vient dans le monde, » ou (e Prophète, ou l'Erchomenos (4), c’est-à-dire Celui qui vient. (XI, 3.) Peut-être y avait-il dans cette seconde désignation quelque chose de plus que dans la première, parce que le mot duquel on faisait ainsi un titre, ne se trouvait pas seulement associé dans la langue du peuple avec celui de prophète, comme dans le passage que je viens de citer (Jean, VE, 14), mais aussi avec celui de roi, ainsi qu'on le voit par les passages où le peuple salue Jésus de cette manière (2).

(1) M. Lücke reconnaît, comme moi, le rapport entre ees deux désignations, dont l'une est, sélon lui aussi, l'abréviation de l’autre : « ‘O éoyémevos es rov xéquoy (Joh., VI, 44) ist die vol- « lere Joh. Formel für die kürzere, prægnantere 6 éoyémevos aus « Ps. CXVITT, 26. » (Lucxe, Commentar über das Evangetium des Johannes. 1843. Tome H, page 444.)

(2) EdAoynuévos 6 Épyémevos Bacrhebc ëv évémart xvptou. (Luc, XIX, 38.) — Edkoynuévoc 6 doyémevoc v vémart xvoiou, © Past hedç 700 TopahA. (Jean, XII, 43.)

MATTHIEU, XI, 2-6. jf Quand on 1solait ce mot de tout autre, 1l devait acquérir une signification plus ample, qu'il empruntait aux différents usages auxquels il servait dans les diverses locutions dont il faisait partie: et comme il se rencontre aussi chez les Septante dans les chants du Psalmiste (1), 1l pouvait, en outre, aisément paraître aux Juifs un lointain écho de ce passé reculé. Mais prenons-y garde, par cela même que ce titre appartenait, selon eux, au Prophète, si j'en ai bien compris l’origine, il ne pouvait pas être employé en même temps par le peuple pour désigner le Christ, puisqu'ils considéraient celui-ci comme distinct de celui-là. (Jean, 1, 25.) J'insiste sur ce point, parce que la distinction que je signale, quelque fortement marquée qu’elle soit dans les Évangiles, n’a pas empêché les commentateurs, dans l’exposition du récit à propos duquel Je l’examine, de rapporter au Christ ce nom d’Erchomenos, qui ne pouvait évidemment, s'il constituait un titre, être donné qu'à l’un d’eux, et qui me paraît lavoir été, non au Christ, mais au Prophète. Partant de la supposition que l’éoyémevoc, Celui qui vient, c'était le Christ, parce qu’ils envisageaient le Christ et le Prophète comme une seule et même personne, tandis que c'en étaient deux dans lopinion des Juifs, ils se sont imaginé que la question que Jean le Baptiste faisait adresser à Jésus revenait à ceei : « Toi, auquel j'ai rendu témoignage comme

(4) EdAoynuévos 6 épyéuevoc ëv évéuart xuptou. (Psalmi, CXVIT (CXVII), 26. LXX.)

«au Christ, es-tu véritablement le Christ? » Et ils en ont conclu que Jean entretenait alors des doutes sur la réalité de la mission de Jésus comme Messie (1). Mais il n’en est rien; sa question avait un autre sens; ce qu’il voulait savoir, c'était si Jésus, qu’il savait être le Messie, était aussi le Prophète, contrairement à l'opinion populaire, suivant laquelle le même personnage ne pouvait être l’un et l’autre.

La méprise que je signale est fort ancienne. Tertullien déjà y était tombé, ainsi que cela résulte de trois passages de ses écrits (2), dans chacun desquels

(1) C’est le procédé de Strauss : « En contradiction, dit-il, avec « tout ce qui précède, Matthieu et Luc rapportent que, plus tard, « Jean-Baptiste, à la nouvelle du rôle que jouait Jésus, dépêécha « auprès de lui quelques-uns de ses disciples, chargés de lui de- « mander s'il était le Messie promis, ou si l’on devait en attendre un « autre. » La difficulté ne naît pas ici du texte des Évangiles, mais de la substitution des mots le Messie promis aux mots Celui qui vient, dans la citation altérée que Strauss fait de ce texte. C’est en raison de cette substitution qu’il comprend la question de Jean « comme l’expression d’un doute né dans l’âme même de Jean- « Baptiste sur la dignité messignique de Jésus. » (Srrauss, 7e de Jésus. Traduction de M. Littré. Troisième édition. Tome I, pages 347 et 352.) Tous ceux qui admettent que Jean a douté, font mentalement, sans peut-être s'en rendre compte, la même substitution de mots que Strauss.

(2) T. « .… Ergo non erat cœleste, quod cœlestia non exhibebat, « Cum ipsum, quod cœæleste in Joanne fuerat, spiritus propheliæ, « post totius spiritus in dominum translationem usque adeo defe- « cerit, ut quem prædicaverat, quem advenientem designaverat, « postmodum an ipse esset miserit sciscitatum. » (TEerTUL., De Baptismo, €. x. — Opera. Ed. OEhler, tom. [, pag. 629.)

IT. « Scriptum est, inquiunt, Quærite, et invenietis. Quando « hanc vocem dominus emisit, recordemur. Puto in primitiis ipsis « doctrinæ suæ, cum adhuc dubitaretur apud omnes, an Cbristus « esset, et cum adhuc nec Petrus illum dei filium pronuntiasset,

MATTHIEU MXT 270. 95 Théodore de Bèze à cru voir une injure imméritée faite à Jean (1). D’autres écrivains anciens, dont Maldonat a donné la liste, rejetant la supposition de Tertullien que Jean a douté, ont prétendu qu'il a voulu ôter à ses disciples tout motif de doute, en les mettant en relation personnelle avec Jésus, afin qu’ils pussent l’interroger de sa part et être convaincus directement par lui qu'il était vraiment le Messie (2). Ces deux interprétations ne sont pas les seules qu’on ait proposées; mais ce sont les seules

« cum etiam [oannes de illo cerius esse decisset. » (De præscriptione hæreticorum, ©. virr. — Opera, lom. IF, pag. 10.)

HE. « Plane facilius quasi hæsitavit de eo quem cum sciat esse « an ipse sit nesciat. Hoc igitur metu et Ioannes, Tu es, inquit, qui « venis, an alium expectamus ? simpliciter inquirens an ipse venis- « set quem expectabat. Tu es, qui venis, id est qui venturus es, an « alium expectamus? id est an alius est quem expectamus, si non « {u es quem venturum expectamus? Sperabat enim, sicut omnes « Opinabantur, ex similitudine documentorum potuisse et prophe- « {am interim missum esse, a quo alius esset, id est major, ipse « scilicet dominus, qui venturus expectabatur. Atque adeo hoc erat « Joannis scandalum quod dubitabat ipsum venisse quem expecta- « bant, quem et prædicatis operationibus agnovisse debuerant, ut « dominus per easdem operationes agnoscendum se nuntiaverit « [oanni. » (4dversus Marcionem, lib. IV, c. xvir. — Opera, tom. IF, pag. 203.)

(4) « Cæterum non sui, sed discipulorum ab ipsomet Christo « Coarguendorum causa, misit suos Ioannes istud percuncta- « turos, quod non observatum fefellit Tertullianum, indignissima « facta Toanni injuria tribus locis : nempe De Præscriptionibus, « De Baptismo, et lib. IV adversus Marcionem. » (BEzA.)

(2) « Vera igitur est Hilarii, Chrysostomi, Auctoris imperfecti, « Cyrilli Alexand. lib. If thesauri ec. IV, Euthymii, Theophylacti, « Ruperti sententia, Ioannem nullo modo, ejus vero discipulos, « aliquo modo de Christo dubitasse. » (Marnonar, Comm. in IV Evangelistas, col. 262.)

qui ont encore cours aujourd’hui. Je ne saurais souscrire n1 à l’une n1 à l'autre.

Il n’y avait alors pour Jean aucune raison de douter de la valeur du témoignage qu’il avait continué, aussi fermement que jamais, à rendre publiquement à Jésus, jusqu’au jour où il fut mis en prison. (Jean, It, 27-36.) Indépendamment de la révélation intérieure, confirmée par un signe extérieur, qu'il avait eue, et qui, irrésistible de sa nature, ne pouvait rien perdre pour lui de son autorité, tout ce qui se passait maintenant devait le fortifier dans sa foi. C'était le temps des adhésions individuelles et de l'enthousiasme des masses; et quoique Jésus, dans ses entretiens particuliers, prit déjà soin de dire aux siens qu’il n’en serait pas toujours ainsi, rien absolument, dans l’accueil qui lui était fait, ne pouvait faire prévoir que tous l’abandonneraient bientôt. Bien au contraire, à la suite de miracles éciatants qu'il avait opérés durant les derniers jours, et dont la guérison du serviteur du centenier de Capernaüm (VIE, 5-13 ; Luc, VIE, 1-10) et le rappel à la vie du fils de la veuve de Naïn (Lue, VII, 41-15) avaient été le couronnement, l’exaltation à son sujet était presque àrrivée à son comble. Le peuple glorifiait Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et « Dieu a visité son peuple ! » Cette parole forme un tout avec les œuvres merveilleuses qui Pont mspirée à la foule ; et comme c’est à la suité du rapport qui fut fait à Jean de ces miracles qu’il envoya deux de ses disciples auprès de Jésus, on peut dire qu’elle

MATTHIEU, XI, 2-0. 95 désigne l’époque où ce message eut lieu conime celle de sa plus grande popularité. (Lue, VII, 46-18.)

Pourquoi donc lé Baptiste, qui avait fait connaître Jésus comme le Messie avant qu'il n’eût été manifesté à Israël, douterait-il, mamtenant que tout conlirme ce qu'il a dit de lui : et les paroles de sanctification que Jésus ne cessait de faire entendre ; et les miracles qu'il ne commença à fire qu'après que Jean eût déclaré qu’il était le Christ, et qui certes ne durent pas amoindrir la confiance du Précurseur en sa personne; et l’admiration toujours croissante dont il était alors l’objet? Rien assurément de moins naturel que de supposer qu’il s’est laissé ébranler par les choses mêmes qui servaient le mieux à convaincre et à affermir les autres. Voilà cependant, en l’absence de toute autre raison par laquelle on puisse expliquer le doute qu’on lui attribue, à quoi l’on arrive avec l'interprétation que je combats. Et puis, en admettant pour un instant que Jean n'ait plus eu en ce temps-là la ferme assurance que Jésus fût le Messie, comment aurait-il pu imaginer, pour sortir d'incertitude à cet égard, de lui faire demander à lui-même s’il l'était ou non? Il y a dans cette manière de se rendre compte du message de Jean des impossibilités morales que d’autres ont signalées avant moi (1). Non-seulement le Baptiste, en donnant ainsi un dé-

(1) Paulus, entre autres, dans son Commentaire (Exegetisches Handbuch) sur les trois premiers Evangiles, édition de 1842, tome 1, page 747. M. Strauss à reproduit les arguments de Paulus

dans sa Je d'e Jésus. Noir la traduction de M. Littré, troisième baauionh, toc FE, page 15;

menti à son ministère, l'aurait rendu inutile au peuple et se serait discrédité auprès de ses propres disciples, qui, en le voyant douter de ce qu’il avait attesté, auraient dû perdre toute confiance en lui; mais, en outre, on ne comprendrait pas comment Jésus aurait pu, après cela, en appeler encore au témoignage de Jean, ainsi qu’il l’a fait (Jean, V, 33), puisque chacun aurait été en droit de récuser ce témoin comme ayant invalidé ses affirmations par le doute exprimé plus tard.

Doute impossible heureusement, ainsi que saint Jean Chrysostome l’a fait voir dans un admirable morceau, où, s'adressant au Baptiste, il lui demande, au nom des Juifs, ce qu’il faut penser des paroles qu'il a prononcées auparavant : « N'est-ce pas vous qui « disiez : Je ne suis pas digne de dénouer le cordon de « ses souliers ? et qui nous avez dit : Pour moi, je ne « le connaissais pas ; mais celui qui m'a envoyé baptiser « avec de l'eau, n'a dit : Celui sur qui vous verrez des: « cendre et demeurer le saint Esprit, c'est celui qui « baptise par le saint Esprit? N’avez-vous pas vu le « saint Esprit sous la forme d’une colombe ? N’a- « vez-vous pas oui la voix du Père? Ne lavez-vous « pas empêché vous-même, lorsqu'il s’est venu « faire baptiser ? Ne lui avez-vous pas dit : C’est moi « qui ai besoin d’être baptisé de vous, et vous venez à « moi? N’avez-vous pas dit à vos disciples : Pour lu, « il faut qu’il croisse; et pour mot, il faut que je dimi- « nue? N’avez-vous pas enfin témoigné devant tout « le peuple que ce serait Ini qui bapriserait par le

MATTHIEU, XI, 2-6. 97 € saint Esprit et par le feu, et que c'était lui qui était « l'agneau de Dieu qui portait le péché du monde? N’a- « vez-vous pas rendu ces témoignages de Jésus- « Christ avant qu'il fit aucun miracle? Comment « done, maintenant qu’il s’est fait connaître par tant « de prodiges, que sa réputation s’est répandue « dans toute la Judée, qu'il ressuscite les morts, « qu'il chasse les démons, qu’il guérit toutes sortes « de maladies; comment, dis-je, envoyez-vous main- « tenant savoir si c’est celui qui doit venir, ou si on « en doit attendre un autre? Tout ce que vous nous « avez dit jusques ici n’était donc qu’un songe et une « fable, ou un artifice pour nous tromper (1)? »

Aux yeux de Chrysostome, ni l’un ni l’autre ne se peut supposer un seul instant, et il repousse bien loin ces pensées. Après tant de témoignages rendus à Jean ou que Jean avait rendus de Jésus, il était tout à fait impossible, selon lui, que Jean mit en doute ce qu’il avait déclaré au sujet de Jésus. Aussi s’écrie-t-1] : « Il est clair qu’à moins que d’avoir « perdu le sens, on ne peut porter de Jean un Juge- « ment si peu raisonnable (2). » |

Mais quel était donc, suivant ce Père, l'intention de la question que le Baptiste envoyait ses disciples faire à Jésus ? IL suppose que les disciples de Jean avaient à l’égard du Seigneur une secrète jalousie à laquelle le Précurseur les exhortait sans cesse à re-

(1) XXXP Ie Homélie sur l'Évangile de saint Matthieu. Tra- .duction de P.-A. de Marsilly.

(2) Ibid.

noncer, Sans pouvoir rlen gagner sur eux, et que, se voyant si près de la mort, il s’y appliqua alors avec encore plus de soin, voulant que cette ambassade de deux d’entre eux leur apprit à tous par des effets sensibles ce qu'était Jésus. Jésus, d’après lui, entre, en leur répondant, dans la pensée de Jean, et c’est à leur adresse aussi que sont, à l’en croire, ces paroles : « Heureux est celui quine trouvera pas en « moi une cause de chute ! » Mais cette seconde interprétation ne me paraît pas plus admissible que la première. Pourquoi Jean, s’il avait simplement voulu fournir à deux de ses disciples, dans l'intérêt de tous les autres, l’occasion d’être directement instruits par Jésus, leur aurait-il dissimulé son dessein, en les chargeant de lui faire, en son nom, une question qu’il n’aurait pas eu besoin de voir résolue pour lui-même ? Avoir lair d'exprimer un doute personnel, n’eût certainement pas été le moyen de les faire revenir sur les doutes qu’ils pouvaient avoir. Et comment, d’ailleurs, un tel message leur aurait-il été nécessaire comme introduction auprès de Jésus, alors que tout le monde avait librement accès auprès de lui, ainsi que les disciples de Jean, qui étaient venus précédemment l’interroger (IX, 44-17), en avaient fait l'expérience? |

Je conclus de tout cela que le message qui nous occupe, doit avoir eu un autre motif; et J’ajoute que nous nous en rendrons compte aisément, Si nous reconnaissons, comme cela me paraît résulter très-nettement des préoccupations du peuple à cette époque,

, MAT'THIEU,: XI, 2+6. ga que le point sur lequel Jean désirait être instruit, n’est pas celui qu’on a supposé, mais celui que j'ai moi-même indiqué. |

Jean avait été informé dans sa prison des reel de Jésus et de KehotHae qu'ils avaient excité. On commençait, à ce qu'on lui rapporta, à le considérer comme un grand prophète (Lue, VII, 16, 18), comme le Prophète, ainsi qu’on disait alors (Jean, I, 21); et de là à vouloir le faire rot, il n’y avait qu’un pas. (Jean, VI, 14,15.) Prévoyant jusqu'où l’exaltation populaire pourrait aller, Jean voulut savoir ce qu’il en devait penser lui-même. Il ne savait positivement que ce qu’il avait appris par révélation : sur tout le reste, il en était réduit aux conjectures comme la multitude. Il savait que Jésus était le Christ, parce que cela lui avait été révélé; mais 1l ne savait pas, parce que rien ne lui avait été déclaré par Dieu à cet égard, si Jésus était aussi le Prophète, ce qui pouvait être malgré la distinction faite entre eux par les Juifs, et dans le cas où il ne le serait pas, s’il y avait lieu, comme le peuple se le persuadait, d’attendre un personnage portant ce nom, le Prophète- Roi, ou, comme on disait emphatiquement, l’Erchomenos, Celui qui vient. Sa question ne renferme pas un doute, mais un aveu d’ignorance. Jean, parfaitement certain que Jésus était le Messie, ne savait pas si Jésus était, en outre, le Prophète puissant en paroles et en œuvres, destiné à délivrer le peuple (Luc, XXIV, 19, 21) et à rétablir le royaume d'Israël (Actes, 1, 6), pour employer le langage dans lequel les dis-

| L ciples d’élite et les apôtres exprimèrent, à partir de

ce temps-là, leur attente et celle de beaucoup de leurs compatriotes ; 1l ne savait pas davantage si cette attente, dans sa généralité, et indépendamment de la personne, quelle qu’elle fût, qu’on pourrait croire appelée à la réaliser, avait, ou non, quelque fondement. C’est pour être fixé là-dessus qu’il s'adresse à Jésus, au moment où cette pensée se répand avec rapidité de proche en proche, et qu'il lui fait demander : « Es-tu l’Erchomenos, dans le sens que le « peuple attache à ce mot; et si tu ne l’es pas, quelque autre, ayant droit à ce nom, doit-il venir, d’a- « près la prophétie, accomplir notre restauration « temporelle, ainsi que les Juifs espèrent que Gelui « qui vient le fera? »

Si Jésus avait répondu : « Je suis l’Erchomenos, » la multitude aurait eru qu’il se donnait pour le restaurateur du trône de David. S'il avait répondu : « Je « ne le suis point, » elle en serait bien vite venue à ne vouloir attacher l’idée d'aucune sorte de royauté à sa personne et à son œuvre, tandis que sa mission était de fonder le royaume des cieux. Jésus ne répond done n1 oui ni non. Ayant en vue à la fois le Précurseur et la foule qui l'entoure, au lieu d’affirmer ou de mer, 1l agit, sûr d’être ainsi compris de Jean, et se proposant de profiter de cette occasion pour élever toutes les pensées vers son Père, par le pouvoir duquel 11 fait ces choses, et dont le règne est son but. I] agit, mais non à la facon d’un prétendant qui travaille à se faire des partisans, pour préparer

son retour au trône de ses ancêtres : les œuvres de cet Oint (XI, 2), ce sont ses miracles. Il ne fait espérer en ce monde aux disciples qu’il recrute n1 richesses, ni honneurs; mais il leur promet un royaume, le royaume des cieux, et c’est à des pauvres que cette bonne nouvelle est annoncée. A l’œuvre on reconnaît l’ouvrier; aux moyens qu’un homme emploie, on peut juger du dessein qu’il poursuit. Que les envoyés de Jean lui racontent ce que Jésus fait, et Jean en devra conclure qu’il ne se propose rien de pareil à ce que les Juifs attendaient de l’Erchomenos.

Telle me paraît être la sigmfication du verset 5. Il correspond à la première partie de la question de Jean : « Es-tu celui qui vient? » Le verset 6 répond à la seconde : « Ou en attendons-nous un autre? » — « Heureux, lui fait dire Jésus, est celui qui ne trou- « vera pas en moi une cause de chute! » ou comme Calvin et Bossuet ont traduit, en conservant en français le mot grec : «Heureux est celui qui ne sera « point scandalisé en moi! »

S1 je n’ai pas moi-même retenu ce mot, c’est que les mots changent bien vite de signification en chanseant de pays, et que l’usage différent qu’on en fuit habituellement, quand de tels changements sont arrivés, empêche, malgré le som qu’on prend dans les dictionnaires de les expliquer selon leur étymologie, d'y attacher le sens qu'ils ont dans la langue à laquelle on les a empruntés.

Cette remarque est de deux savants interprètes, qui en donnent précisément pour exemple le mot

cxavdahCeuw, à propos duquel je la reproduis. « Lors- « qu'on le traduit, ajoutent-ils, par le mot français « scandaliser, on n’a point fait entendre ce qu'a voulu « dire l'écrivain sacré. En français, scandaliser quel- « qu'un, c'est le choquer, l’offenser, blesser ses « oreilles, ou ses veux, ou sa conscience, par de « mauvais discours ou de mauvaises actions. Mais en « grec scandaliser c’est tendre des piéges, susciter « des obstacles, détourner, rebuter, décourager, « faire chanceler et tomber. » En conséquence de ces observations, au lieu de s’en tenir à la manière de traduire en usage avant eux, ils ont traduit : « Heu- « reux est celui à qui je ne serai point une occasion « de chute (1). » Tout en les suivant, j'ai préféré con-

(1) Voir la Préface générale âe Beausobre et Lenfant, en tête de leur traduction du Nouveau Testament, Amsterdam, 1718, tome [, page CCXXVIF, et les diverses définitions des mots scandale et scandaliser dans la sixième édition du Dictionnaire de l Académie française. D’après l’une d’elles, le mot cxavèah {Cet lui-même pourrait devenir pour les commentateurs qui ne feraient pas assez attention à la différence de sa signification dans les deux langues, un scandale, c’est-à-dire, suivant le Dictionnaire, wne occasion de tomber dans l'erreur.

Il me paraît intéressant de constater les efforts persévérants de nos traducteurs pour échapper à la dangereuse étreinte du mot grec francisé. Le Fèvre d'Étaples avait traduit : « Bienheureux est « celui qui ne sera point scandalisé en moi. » Robert Olivétan a offensé, au lieu de scandalisé. Calvin, qui suivait Olivétan en 1554, en est revenu, il est vrai, en 1554 à la traduction de Le Fèvre. Mais Sébastien Casteillon, plus hardi, traduit : « Bienheu- « reux qui ne heurtera point en moi. » Saci recourt à cette périphrase : « Qui ne prendra point de moi un sujet de scandale et de « chute. » Richard Simon indique en 4702 ce sens : « Qui ne tom- « bera point à cause de moi. » J. Le Clerc l’a fait passer dans sa version en 4703. Tout récemment (1859) M. Rilliet a traduit : «I

MATTHIEU, XI, 2-6: 105 server, en traduisant, le mouvement de la phrase grecque, puisque c'était possible.

Voici, au reste, quelle me paraît être la pensée de Jésus : « Heureux celui qui ne cherchera pas en moi « ce que, conformément aux idées répandues en ce « temps-ci, les Juifs espèrent à tort trouver dans « l’Erchomenos; car il n’y aura pour lui ni désap- « pointement ni raison de se détourner de moi. « Malheur, au contraire, à ceux qui entretiendront «cette vaine attente ; car ils trouveront en moi, « au lieu de la réalisation de leur espérance, une « cause de chute, et non de relèvement (1), et leur

« est heureux celui qui n'aura pas trébuché à propos de moi. » Doddridge avait proposé séuwmbled at me. La Version de Genève de 4835, celle de Lausanne, M. E. Arnaud et la Version, en voie de publication, entreprise par des pasteurs des deux Églises protestantes nationales de France, suivent Beausobre et Lenfant avec de légères variantes. ;

Ostervald a ici : « Heureux celui qui ne se scandalisera pas de « moi. » Mais on ne voit pas pourquoi il conserve en cet endroit le mot scandaliser qu’il rejette ailleurs. Voir Matthieu, XX VI, 34 : Tévrec duets oxavdao ose ëv pot ëv 7 vuurt tabrn. Ostervald traduit ce passage ainsi : « Je vous serai cette nuit à tous « une occasion de chute. » C’est la traduction de Beausobre et Lenfant, qui disent en note : « Autrement, vous m’abandonnerez « tous. Il y à au grec, vous serez tous scandalisés en moi. Or « cette phrase éfre scandalisé en quelqu'un, signifie souvent « dans les Évangiles, et surtout dans celui de saint Matthieu, se « rebuter, abandonner quelqu'un dans l’adversité, ne pas faire à « son égard l'office de disciple ou d'ami. Le mot de scandaliser ne « convient pas dans ces endroits. » Cela est vrai aussi, selon eux, pour Matthieu, XI, 6; car ils renvoient à ce passage.

(4) « Voici, disait Siméon, celui-ci est mis pour la chute et pour «le relèvement d'un grand nombre en Israël, » ete root xai avdoracty roAAGV ày r@ IcoaÀ. (Luc, Il, 34.) La pensée mé paraît être la même que celle exprimée ci-dessus par Jésus, qui, dans

« espérance ne se réalisera pas non plus après moi « en un autre, aucun autre ne devant venir après « MOI, »

La déclaration est générale. Quoique adressée aux seuls envoyés de Jean, elle était destinée à tout le peuple qui l’entendait. |

Tandis que l'interprétation que je rejette, contredisant les faits antérieurs du ministère de Jean le Baptiste, ne peut se concilier avec eux, celle à laquelle je me suis arrêté, et que je me permets de proposer à mes lecteurs, est en parfaite harmonie avec leur déploiement régulier. Autorisée par des renseignements que J'ai empruntés pour la plupart au quatrième Évangile, et qu’il aurait été inutile, au temps de Matthieu, de donner aux Hébreux pour lesquels il écrivait, puisqu'ils avaient encore eux-mêmes ces idées et qu'ils possédaient ces souvenirs, elle établit un rapport de plus entre l'Évangile selon saint Jean et les trois autres. Ce rapport me paraît sensible dans tout le chapitre. La fixation du sens des premiers versets répand de la clarté sur ceux qui les suivent, et nous aidera, je l’espère, à en mieux comprendre les détails et l’enchaïînement.

son message à Jean, a aussi en vue tout le peuple. La différence des mots me semble faire ressortir davantage encore la ressemblance des idées. « Quoiqu’absolument Jésus-Christ soit venu au « monde pour le salut des hommes, disent Beausobre et Lenfant « sur ce verset, il a été néanmoins occasion de chute à plusieurs, « qui ont été scandalisés de sa doctrine. » Le mot francisé, exclu ailleurs par les traducteurs, revient ici sous leur plume dans Ja note.

XI, 7. Tobruy dE mopevouévoy pËaro © ‘Inooïs Aéyel rois Oghots mept Iudvou* TE éGhA0ere els Thy Éonmov Vedcasûat; ndhauov ÜTo Gvépou GAAEUOLEYOY ;

8. ’AXAG vi ébnAlete dev; avOpumoy £y ahanoïs iariotc AUPIESUÉVOY 5" doÙ, où Ta ua Aan& popobvres v vois olxots roy Bacthéwv Eiciy.

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