Alors il dit à l’homme
Étends ta main. Et il Pétendit, et elle devint saine comme l’autre.
14. Et les pharisiens, étant sortis, conférèrent ensemble à son sujet, cherchant comment ils pourraient le perdre.
Nouvelle rencontre de Jésus et des mêmes pharisiens, cette fois dans la synagogue de la ville où ils demeuralent, et qui n’était probablement éloignée de l'endroit où leur première rencontre avec lui avait eu lieu, que de l’espace du chemin d’un sabbat.
Quand ils le voient entrer, ils imaginent, sachant ce qu’il pense de l’extension qu'ils ont arbitrairement donnée à la loi relative au jour du repos, de le faire s’expliquer en public sur son observation dans le même sens qu’il l'avait fait, peu de Jours avant,
MATTHIEU, XII, 9-14. 141 dans son entretien avec eux, afin de trouver ainsi occasion de l’accuser. S'il leur répond comme ils le prévoient, 1ls ne manqueront pas des témoims nécessaires pour le faire condamner par le sanhédrm, devant lequel les causes de cette sorte étaient portées (1).
La présence d’un infirme dans la synagogue leur fournit un prétexte pour l’interroger. «Est-il permis, « le jour du sabbat, de guérir? » lui demandent-ils. Comment, malgré la tradition qui défendait de donner ce jour-là des soins aux malades, lorsqu'on pouvait les renvoyer au lendemain sans péril (2), n’au rait-1l pas répondu affirmativement sur ce point, après avoir dit qu'il était permis, au sabbat, lorsqu'on avait faim, d’arracher des épis pour les manger? C'était tout ce qu’ils souhaitaient, et ils y pouvaient compter, parce que Jésus ramenait toutes les questions aux grands principes dont elles dépendent, au lieu de les résoudre, au moyen de distinctions subtiles, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, à la façon des casuistes. [l en appelle cette fois, pour Les confondre, à leur propre exemple. Que lui demandent-1ls s’il faut s’abstenir, en raison du sabbat, de guérir un homme, puisque nul d’entre eux ne se laisse empêcher par la considération de ce jour de
(4) « Ut deferrent eum ad domum judicii. » (£vang. Hebr.) « Id est Sanhedrin, minus scilicet, ubi plectebantur sabbathi vio- « latores. » (DE Dieu.)
(2) De Werre, Kurze Erklærung des Ev. Matthæi, sur XI 9-44. — Il renvoie à ScnaBB., IV.
retirer sa brebis de la fosse si elle y est tombée, et que nul non plus n’y trouve à redire? La tradition cependant l’interdisait également (1). Eh! quoi, ils enfreignent sans scrupule les préceptes de leurs docteurs quand c’est leur intérêt; et quand il s’agit de s’en écarter pour le soulagement du prochain, ils insistent pour qu'on les observe rigoureusement : nouvelle et plus forte preuve qu’ils n’ont pas appris “encore ce que signifie : « Je veux la compassion, et « non le sacrifice ! »
Au reste, Jésus n'aurait pas fait assez, s’il s'était borné à refuser ‘aux pharisiens, à cause de la conduite qu'ils tenaient en pareil cas, le droit d’intervenir dans le débat comme ils le faisaient. Aussi s’est-1l attaqué ouvertement à la règle que leur question tendait à faire prévaloir. Ils soutenaient qu'il n’est pas permis, le jour du sabbat, de guérir; mais guérir, c’est faire du bien, et il est certes permis de faire du bien le jour du sabbat, quelque violation apparente du repos du septième jour qui en puisse résulter ; car ne pas faire le bien lorsqu'on le peut faire, c’est mal faire, ce qui était interdit en tout temps par la loi de Dieu.
Les pharisiens savaient fort bien que de tels arguments ne pouvaient manquer de produire une vive impression sur le peuple. Ils n’osèrent donc pas, quand Jésus, mettant en pratique ce qu’il avait dit,
(1) De Werre, Kurze Erklærung des Ev. Matthæi, sur XI,
9-14. — 1] renvoie à ScnaBg., f. 128, c. 2, et à BuxTorrr, Synag. Jud.,c. XVI, p. 353.
MATTHIEU, XII, 9-14. 143 eut guéri l’homme à la main sèche, donner suite à leur projet de l’accuser devant le sanhédrin, de peur de soulever la foule contre eux-mêmes. Réduits, en conséquence, à recourir à d’autres moyens pour se débarrasser de son opposition, ils se mirent, au sortir de la synagogue, à examiner ensemble ce qu’il leur convenait le mieux de faire pour perdre cet adversaire, dont l’enseignement, si différent du leur, menaçait de ruiner leur autorité. Nous les verrons bientôt produire contre lui, dans ce dessein, de nouvelles accusations , sans renoncer pour cela, ainsi qu’on le peut lire dans les autres Évangiles, à représenter Jésus comme un violateur du sabbat, parce qu’il faisait du bien ce jour-là. (Luc, XII, 14-17; Jean, IX, 16.)
Les exagérations et le rigorisme dans l’observation du repos du sabbat étaient l’une des marques essentielles de l’esprit pharisaïque, et l’une des plus faciles à constater. Saint Luc y revient à plusieurs reprises dans des récits d’ailleurs assez semblables entre eux. (VI, 1-5; VI, 6-11; XII, 10-17; XIV, 1-6.) Son mtention est de montrer, par une suite d’exemples se rapportant à divers moments du ministère de Jésus, que tandis qu’il appelait le peuple à une vraie sainteté, les pharisiens demeuraient toujours les mêmes. Rien ne pouvait mieux faire ressortir l'absence chez eux de tout progrès que leur entêtement, constaté ainsi d'époque en époque, à faire consister exclusivement le devoir en de puériles observances purement extérieures, qu’ils substituaient
144 MATTHALEUS EI MEFIA 1521:
hypocritement aux obligations à l’accomplissement desquelles li conscience est intéressée. Le plan de Matthieu ne comportait pas des répétitions de ce genre. Il s’est borné à montrer ici, une fois pour toutes, comment les docteurs de cette secte, après avoir faussé la notion du repos du sabbat, s’efforçaient d’en tirer parti contre Jésus. Ils s'irritent de ce qu’il transgresse le saint jour par ses guérisons, et euxmêmes ne craignent pas de le violer en tenant conseil pour faire périr Jésus : qu’on juge d’après cela, de ce que valent leurs serupules!
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XIE, 45. Mais Jésus, le sachant, se retira de là, et de grandes troupes le suivirent, et il les guérit tous.