‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 4 sur 107 · Et il envoya décapiter Jean dans la prison · texte numérisé non relu

Et il envoya décapiter Jean dans la prison

44. Et sa tête fut apportée dans un plat et donnée à la jeune fille, et elle la porta à sa mère.

42. Et ses disciples vinrent, prirent le corps et l’ensevelirent, et ils allèrent en informer Jésus.

Le récit de la seconde visite de Jésus à Nazareth, qui clôt la section des paraboles relatives au royaume des cieux, pourrait, par l’un de ses détails, servir de transition à la section actuelle. « D’où viennent à « celui-ci cette sagesse et les miracles ? » demandaient les concitoyens de Jésus. (XIII, 54.) Hérode répondait à sa manière à cette question qu'ils se fai-

saient les uns aux autres,

en disant à ses serviteurs

en ce temps-là, c'est-à-dire peu de temps avant que

MATTHIEU, XIV, 1-12. ϑ les apôtres ne fussent de retour auprès de leur mattre, après avoir accompli la mission dont il les avait chargés (Luc, IX, 6-10) : « C’est Jean le Baptiste ; il «s'est réveillé des morts, et de là les forces qui « agissent en lui. » Étrange explication, qui a besoin d'être éclaircie. J’en rechercherai le sens; mais il convient d’en rappeler d’abord l'origine; car ce méchant homme ne s’en serait jamais avisé lui-même. Son trime, sur lequel je vais emprunter à l'historien Josèphe quelques renseignements qu’on ne trouve pes dans les Évangiles, me paraît l'avoir suggérée au peuple, en haine de ce tyran, qui n’a fait qu'y donner son assentiment par des motifs qui lui étaient propres.

Hérode, surnommé Antipas, fils d’Hérode le Grand et de Malthace, avait, lors du partage des États de son père fait par Auguste, obtenu de ce prince la Galilée et la Pérée, avec le titre de tétrarque. Il avait épousé la fille d’Arétas, roi de Pétra; mais, au bout de quelques années, il rompit cette union pour en contracter une autre avec Hérodias, qui était à la fois sa nièce et sa belle-sœur, étant fille de son frère Anistobule et femme d’un autre de ses frères nommé Hérode-Philippe, qu’il ne faut pas confondre avec le tétrarque Philippe (Luc, IT, 1), leur frère à tous deux (4). Celui dont il s’agit ici est sans titre chez

(1) « Josèphe appelle le premier mari d'Hérodiade, comme le « second, Hérode, nom commun à ces princes. (4nt. Jud., XVIIL, « v, 4.) Saint Marc, plus précis que Josèphe, le nomme Phia lippe. C’est ainsi que Dion donne aussi le nom d’Hérode à

Josèphe comme dans les Évangiles, ce qui donne lieu de penser qu’il vivait en simple particulier. Hérode s'étant arrêté chez lui dans un voyage qu'il fit à Rome, conçut une telle passion pour Hérodias qu'il lui proposa d'abandonner son mari pour s’unir à lui. Elle y consentit, et ce projet devait s’exécuter lorsqu’il reviendrait de Rome. La femme d’'Hérode l'ayant découvert, n’attendit pas qu’il la répudiât. S’étant retirée auprès du roi son père, elle l’informa de l'offense qu'on lui voulait faire. Arétas déclara en conséquence la guerre à son gendre et défit ses troupes; mais s’il le punit ainsi d’avoir méprisé son alliance, il ne put empêcher Hérodias d’aller occuper la place laissée vide par l'épouse outragée. Non contente de quitter Philippe, elle emmena sans scrupule avec elle la fille qu’elle avait eue de lui, comme s’il lui était indifférent que la présence de cette enfant à la cour d’Antipas fit encore plus ressortir combien les nouveaux liens qu’elle avait contractés, et qui constituaient un double adultère, étaient coupables (1).

Une seule voix paraît s'être élevée alors pour les condamner. Tandis que les courtisaens d’Hérode s’empressaient de faire accueil à la femme qu’il avait enlevée à son frère, Jean le Baptiste vint trouver le

« Archélaüs, quand il parle de son exil (LV, 27); et pourtant il a aurait dù craindre la confusion, puisqu'un autre Hérode, le « tétrarque de Galilée dont nous parlons ici, fut aussi exilé. α C'est aussi le nom d'Archélaüs sur les médailles. » (WALLON, De la croyance due à l'Évangile, page 236.)

(4) EL. Jos., Ant. Jud., lib. XVIIL, c. v, 851, 6.

MATTHIRU, XIV, 1-12. 5 tétrarque et lui dit : « Il ne t'est pas permis de « l'avoir. »

Irrité d’une telle audace, Hérode avait fait arrêter Jean. Mais ce n’était pas assez pour Hérodias qu’il le retint en prison ; elle demandait sa mort, ayant peur sans doute qu’il ne réussit, s’il demeurait en vie, à persuader à Hérode qu’il était de son devoir de la renvoyer. Elle n’obtint rien d’abord, à cause du respect du prince pour le caractère de ce saint homme, et d’une sorte de crainte qu’il lui inspirait. (Marc, VI, 19, 20.) Mais ce sentiment s’usa peu à peu, et le tétrarque, après avoir résisté quelque temps à ses instances, finit par désirer lui-même d’être débarrassé de cet accusateur importun, dont la voix lui semblait arriver jusqu’à lui, du fond de son cachot. Il aurait alors consenti volontiers à ce qu’on le fit mourir ; mais il craignait l multitude, qui regardait Jean comme un prophète (Matthieu, XIV, 5), et il continuait à refuser à Hérodias l’arrêt de sa mort, lorsqu'elle parvint à le lui arracher par surprise.

C'était moins d’un an après l'établissement de Jésus à Capernaüm, qui suivit de près l’incarcération de Jean ; car on célébrait alors pour la première fois, depuis que celui-ci avait été mis en prison, l’anniversaire de la naissance d’'Hérode. Ge prince se trouvait à Machéro, peut-être en raison des dispositions qu’il avait à prendre pour la guerre qu’il soutenait contre son beau-père. Cette forteresse, qu’Alexandre, roi des Juifs, avait construite sur une haute montagne, non loin de la mer Morte, avait été renversée par

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Gabinius pendant la guerre que les Romains firent à Aristobule. Elle fut relevée par Hérode le Grand, qui bâtit, en outre, dans le voisinage une ville entourée de murailles élevées, et à l’intérieur de la place un palais magnifique (1). Machéro, à ce que Josèphe rapporte, appartenait à Arétas au moment où les hostilités éclatèrent. Elle paraît avoir été reprise sur lui dès leur ouverture, puisque le même historien nous apprend qu'Hérode le tétrarque y tenait Jean renfermé (2). Peut-être l'y fit-il conduire, après s’en être emparé, afin que, n’ayant plus la prison de leur prophète sous les yeux, les Juifs s’occupassent moins de sa captivité. On peut supposer qu'Hérodias était venue, avec sa fille, y rejoindre Antipas, afin de prendre part à la fête, et que c’est ainsi qu’elle put profiter, pour arriver à ses fins, du serment inconsidéré qu'il avait fait.

Il est certain qu’Hérode ne se serait pas cru obligé de le tenir, si personne ne l’avait entendu. Malgré son désir d’avoir un prétexte pour se défaire de Jean, il savait fort bien qu'aucun jour ne convenait moins pour ordonner une exécution capitale que celui que les rois choisissent de préférence pour accorder des amnisties et des grâces, et qu'aucun lieu n’y était moins propre qu’une selle de festin. ἢ devait se dire, en outre, que le peuple ne lui pardonnerait jamais d’avoir fait d’une tête aussi vénérée le prix d’une danse qui l'avait charmé. 1l était donc mécontent de ce que la

(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. VIE, ὁ. vi, 2. (2) FL. Jos., Ant. Jud., Ὁ. XVIII, c. v, $ 2.

MATTHIBU, XIV, i=12. 7 fille d'Hérodias lui eût adressé cette demande; mais ayant juré en présence des grands de sa cour et des officiers de ses troupes de lui accorder ce qu’elle réclamerait de lui, il ne voulut pas se dédire devant eux. Il pensait sans doute qu’un abus de pouvoir et un crime le compromettraient moins à leurs yeux que de ne pas oser aller jusqu’au bout dans la voie où il s'était si follement engagé.

Jene m'arréterai pas aux détails du récit. Sa parfaite simplicité en fait ressortir l'horreur, et les réflexions ne pourraient rien ajouter à l'impression qu'il produit. Le tétrarque, auquel on donnait abusivement le titre de roi, quoiqu’il n’y eût aucun droit, tout comme 1] parlait lui-même par jactance de son royaume (Marc, VI, 23), avait, de sa propre autorité et sans jugement, fait décapiter Jean : quel saisissement pour ses disciples lorsqu’ils apprirent l’affreuse nouvelle ! Ils s’étaient établis, paraît-il, dans le voisinage de la prison, afin de pouvoir lui rendre tous les offices dont il aurait besoin. (XI, 2.) Maintenant que leur maître est mort, ils viennent hardiment chercher son corps, qu'on leur laisse enlever pour lui donner la sépulture ; et ce devoir accompli, rien ne pouvant plus les retenir à Machéro, ils quittent la ville et se hâtent de se rendre auprès de Jésus, que deux d’entre eux avaient tout récemment été voir de la part de Jean (XI, 2), voulant l’instruire de ce qui venait d’avoir lieu.

Hérode-Antipas dut mettre moins d’empressement à retourner en Galilée. Il était de son intérêt de laisser

d'abord à l'irritation du peuple le temps de se calmer. Elle allait si loin que l’armée envoyée contre Arétas ayant été complétement défaite, on se persuada que ce désastre était un châtiment infligé par Dieu au tétrarque, à cause de la manière dont il avait osé traiter le prophète. En le faisant arrêter, Hérode, qui connaissait le pouvoir qu’ilavait sur les Juifs, avait voulu empêcher, suivant Josèphe, qu’il n’en résultét quelque sédition (1). Cette allégation se concilie trèsbien avec le récit des Évangiles, le blâme jeté par Jean sur la conduite du prince ayant pu paraître à celui-ci de nature à produire le soulèvement qu’il redoutait. Peut-être était-il encore à Machéro quand il apprit que l’un des effets de son crime était de rendre les Juifs plus incertains que jamais sur ce qu’ils devaient penser de Jésus. Celui-ci leur avait dit que Jean était Élie (XI, 14), le précurseur du Messie. (Malachie, IV, 5.) Or, ils s’attendaient à ce qu’Élie, lorsqu'il viendrait, oindrait le Messie (2). Mais Jean était mort sans l’avoir oint; il ne pouvait donc être Élie selon eux, et comme le Messie ne devait venir, suivant les scribes, qu'après qu'Élie serait d’abord venu, il fallait reporter ce nom sur un autre. Tous les regards étaient alors tournés vers Jésus; aussi n'est-il pas étonnant qu'il y ait eu des gens qui soutinrent que c'était en lui qu’Élie était apparu. (Luc, IX, 8; Marc, VI, 15.) Ne croyant plus qu'il

(4) FL. Jos., #nt. Jud. lib. XVIIL, c. v, ς 2. (2) Voir le passage de Justin déjà cité : Essai d'Interprélation, Partie III, page 413, note 4.

MATTHIEU, XIV, 1-12. 9 pôt être lui-même le Messie, faute d’avoir reçu d'Élie l’onction royale, c'était le plus grand honneur qu’ils pussent lui faire que de le croire appelé à la donner à ce Messie qu’ils attendaient. Ceux qui ne se prononçaient pas en ce sens, prétendaient, ou bien que Jésus était quelque autre des anciens prophètes revenu en ce monde (Luc, IX, 8), ou bien qu’il était un nouveau prophète, semblable à ceux d'autrefois. (Marc, VI, 15.) Mais voilà qu’à ces diverses suppositions s’en ajoute une, qui dut bientôt être accueillie plus généralement par les Juifs, parce qu'elle équivalait à une protestation contre l’indigne conduite d'Hérode, et qu’elle donnait ainsi une sorte . desatisfaction à leur colère : « Jean, disaient-ils, s’est « réveillé des morts» (Luc, IX, 17), et ils expliquaient par là, non sans doute les pouvoirs miraculeux exercés par Jésus du vivant de Jean (XI, 5), mais les marques de puissance, plus extraordinaires encore à leurs yeux, que Jésus avait données depuis que Jean était mort.

Les Juifs croyaient à deux sortes de retour des âmes des morts sur la terre. Quelquefois elles y revenaient, selon eux, au moyen d’une nouvelle naissance, avec un nouveau corps formé expressément pour elles, et auquel elles demeuraient unies jusqu’à une nouvelle mort. On désignait par le mot de gilgul cette espèce de retour, et les pharisiens enseignaient qu’il n’était réservé qu'aux justes (1). D’autres fois elles allaient,

(1)... ψυχὴν δὲ πᾶσαν μὲν ἄφθαρτον, μεταδαίνειν δὲ εἰς ἕτερον σώμα τὴν τῶν ἀγαθῶν μόνην... (FL. Jos., Bell. Jud., Bb. Il, c. var, $ 46.)

10 MATTHIBU, XIV, 1-12.

en rentrant en ce monde, habiter un corps déjà animé par une autre âme, à laquelle la nouvelle venue n'était souvent associée que pour un temps. Nous avons vu que c’est à cette entrée des esprits des méchants qui étaient morts dans les vivants, que les Juifs attribuaient la folie (4). Quand c'étaient, au contraire, les esprits des saints ou des hommes illustres des temps passés qui pénétraient en eux, ils leur communiquaient, par une fécondation mystérieuse (tbbur), une sagesse et une puissance extraordinaires. On assurait que lorsqu'une personne était appelée à quelque mission importante pour laquelle son âme aurait été insuffisante, une seconde âme entrait en elle et lui apportait le complément de vie et les forces su- périeures dont elle avait besoin pour l'accomplissement de sa tâche (2). L’âme de Seth, à en croire les docteurs, aurait été associée ainsi à l’âme de Moïse, et

(4) FL. Jos., Bell. Jud., lib. VII, ὁ. γι, 8 3.

(2) Je ne fais guère ici que traduire ce que le savant Beer a dit de cette croyance des Juifs : « Es gibt noch eine andere Art von « Seelenwanderung, welche die Kabbalisten Zbbur (Schwæn- « gerung) nennen. Der Unterschied, sagt R. Manasses ben Israël « in seinem Buche Rischmath Chajjm, bestehet darin, dass bei « dem Gügu!i (Transmigration) die Seele eines versiorbenen « Menschen in einen ganz neuen Kærper versetzt wird, und bis « zu seinem Tode in ihm verbleibt : beim Zbbur hingegen bebælt « der Mensch zwar seine eigene Seele, es wird fhm aber nebet « dieser nocb die Seele eines bereits Verstorbenen, zu einem a gewissen Zwecke, und nur auf eine bestimmte Zeit gegeben, « wO ihn sodann rwei Seelen beleben, und er dadurch mebr « Leben und Regsamkeit zur Ausführung grosser Zwecke erbælt, « wozu ibm seine einfache Seele nicht genügen konnte. » (P. Bran, Geschichte, Lehren und Meinungen aller religiwsen Sekten der Juden. 1823. Tome II, page 446.)

MATTHIEU, XIV, 1-12. 11 les âmes de Moïse et d’Aaron l’auraient été à celle de Samuel. Ils essayaient même de le prouver à l’aide de passages de l'Ancien Testament qui ne peuvent absolument pas signifier ce qu'ils s’imaginaient y lire (4).

Ces superstitions des Juifs que les Kabbalistes modernes se sont appropriées, ont sans nul doute, comme toute la Kabbale, une très-haute antiquité (2). Π résulte de témoignages irrécusables que la transmigration des âmes était enseignée dans les premiers âges du christianisme comme une doctrine ésotérique et traditionnelle (3). Elle peut même l’avoir été chez les Juifs longtemps auparavant, comme d’autres idées kabbalistiques qui étaient connues parmi eux plus d'un siècle avant l’ère chrétienne (4). Il ne serait donc pas étonnant qu’il y fût fait allusion dans les

(1) P. Bexn, Geschichte, Lehren und Meinungen aller religlæsen Sekten der Juden. 1823. Tome Il, page 445.

(2) « Ex boc cabalisticæ superstitionis judaïco fermento pro- « dierunt, puto, Opbitæ, Gnostici et Valentiniani hæretici. » (Con. Acmppa, De Incertitudine et vanilate scientiarum, c. 47.) — « Agrippa, dit M. Franck, qui cite ce passage, a compris la haute « antiquité des idées kabbalistiques, et les rapports qu'elles pré- « sentent avec les diverses sectes du gnosticisme. » (A. ἔβανοκ, La Kabbale. 1843. Page 15.)

(3) M. Franck appuie cette assertion de l'autorité de saint Jérôme (Epistola ad Demetriadem), et de celle d'Origène. [Περὶ ἀρχῶν, lib. 1, c. vi. — Ado. Celsum, lib. ΠῚ. — Jbid., page 327.) 11 expose, au même endroit, la doctrine des Kabbalistes sur l'association de deux âmes en un même corps. (La Kabbale, page 246.) ‘

(4) Zbid., page 327. — « Nous voyons, dit Calvin, comme une « erreur attire l’autre : car pource que le commun peuple estoit « préoccupé de ceste opinion, que les âmes passoyent d’un corps « en autre, cela fait que plus facilement il tombe en ceste imagi- « nation. » (Commentaires sur le N. T., tome 1, page 635.)

Évangiles sous les deux formes que j'ai signalées. J'admets sans peine que quand une portion du peuple disait que Jésus était Élie, et une autre qu’il était l’un des anciens prophètes, ceux qui parlaient ainsi se représentaient ces personnages comme revenus en ce monde par une seconde naissance semblable à celle qui les y avait fait arriver une première fois. Josèphe, en effet, autorise cette interprétation, en nous apprenant quelle était à cet égard la croyance générale des Juifs au premier siècle : « Ne savez-vous « pas, leur disait-il, que les âmes pures et dociles ont « en partage le séjour très-saint du ciel, pour de à, « dans la révolution des siècles, venir habiter de « nouveau en des corps innocents (1)? » Mais comment expliquer de la même manière le langage de ceux qui affirmaient que Jésus c'était Jean le Baptiste, puisque Jean et Jésus ayant, au vu et au su de tous, vécu en même temps et entretenu des rapports ensemble, ne pouvaient être, aux yeux de personne, des incarnations successives de la même âme en des corps différents? Cette parole doit évidemment être interprétée dans le sens de la seconde des superstitions que j'ai rappelées : elle signifiait que l’âme de Jean, déjà de retour du séjour des morts, était entrée en Jésus (2) et y habitait avec son âme, prétant à

(4) ρα οὐχ ἴστε, ὅτι... χαθαραὶ δὲ xal émhxoot μένουσιν αἱ ψυχαὶ, χὥρον οὐρανοῦ λαχοῦσαι τὸν ἁγιώτατον, ἔνθεν ἐκ περιτροπῆς αἰώνων ἁγνοῖς πάλιν ἀντενοιχίζονται σώμασιν : (FL. Jos., Bell. Jud., lib. IN, c. ναι, 8. 5.)

(2) « Ἐν αὐτῷ. (XIV, 2.) In inniger Verbindung mit Jesus. Der « Einfall dieses über Moœæglichkeiten aus der Geïisterwelt phanta-

MATTHIEU, XIV, 1-12. 13 celle-ci son puissant concours, et opérant en lui les grandes choses qui émerveillaient la multitude.

Quand Hérode apprit ce qu’on disait de Jésus dans les rangs du peuple (1), il en fut d’abord fort en peine, ne sachant trop ce qu’il devait faire. (Luc IX, 7.) De toutes les suppositions qui avaient cours, celle du retour de l’âme de Jean en ce monde et de son habitation en Jésus était celle qui semblait devoir lui déplaire le plus, parce qu’elle avait le caractère d’une opposition personnelle contre lui. Après quelque incertitude, il comprit cependant qu'il pouvait en ürer parti et qu'il avait intérêt à combattre les autres. Laisser s’accréditer l’opinion que Jésus était l’un des anciens prophètes, et plus encore celle qu’il était Élie, qu'on attendait comme le précurseur du Messie, c'eût

« Sirenden Aberglaubens war eigentlicb : dass der von den Todten, « aus dem Scheol, zurückgekommene Geist des Tæufers in Jesus α gleichsam übergegangen sey und nuu durch ihn wirke, wie dies « die Juden gewæbnlich von den besitzenden Dæmonien oder « Seelen der Verstorbenen glaubten. John. X, 24. Jüd. Krieg, « VII, vi, 3. » (PauLus, Exegetisches Handbuch aber die drei erslen Evangelien. 1842. Tome II, page 39.)

(4)... τὴν ἀχοὴν Ἰησοῦ. (XIV, 4.) Ces mots désignent, non pas ce qu'on racontait de Jésus (version de M. Arnaud), mais la manière dont on parlait de lui. Ils me paraissent correspondre à œux de saint Luc, διὰ τὸ λέγεσθαι ὑπό τινων, etc. (Luc, IX, 7), et à l’énumération des suppositions diverses sur Jésus donnée par saint Marc, VI, 44-16. La restitution proposée par M. Ewald dans le premier verset de ce dernier passage est tout à fait nécessaire à son intelligence. Il veut, avec le manuscrit du Vatican, qu’on y lise ἔλεγον au lieu de ἔλεγεν. D’après cela, ce n’est pas la manière . dont Hérode parlait de Jésus qui y serait exprimée (elle ne l’est qu'au verset 46), mais l’une des opinions répandues parini les Juifs, et dont Hérode fut alors informé. (Die drei ersten Evangelien. 1850. Page 258.) Le manuscrit du Sinaï a aussi ἔλεγον.

été fournir un nouvel aliment à l'agitation qui régnait en Galilée. Au contraire, paraître adopter la croyance que l'esprit de Jean agissait en Jésus, et dire hypocritement aux personnes de sa suite, sans doute pour qu’elles le répétassent à d’autres, que tel était son sentiment, c'était, par l'hommage qu'il rendait ainsi à la mémoire de Jean, offrir une réparation aux Juifs et les empêcher de tourner contre lui une superstition qu'il se donnait l’air de partager. Ils lui reprocheront moins, d’ailleurs, d’avoir fait mourir le Baptiste, s’ils sont persuadés que celui-oi n’est pas pour 0618 perdu pour eux. Il abonde donc dans leur sens, et parle comme ses ennemis, afin de se les conclier.

Saint Matthieu n'a pas énuméré les diverses suppositions du peuple, à propos du choix fait entre elles par Hérode, vu qu'il devait avoir bientôt une autre occasion de les exposer. (XVI, 14.) Il se borne à indiquer celle à laquelle le tétrarque s’est arrêté, et qui, naïve dans la bouche de ceux qui étaient attachés au prophète, ne pouvait être qu'intéressée dans la sienne. Jean avait dit de Jésus : « Il faut qu’il « croisse et que je diminue. » (Jean, III, 30.) Mais maintenant l'inverse avait lieu. Qui ne voit, en effet, qu'attribuer à la coopération de l’esprit de Jean, qui n'avait point fait de miracles pendant sa vie, le déploiement plus grand de forces qu’on croyait remarquer en Jésus, c'était élever Jean au-dessus de lui? Voilà où il fallait remonter, après la mort du Précurseur, pour reconnaître en Jésus le Messie. Matthieu

MATTHIRU, XIV, 1-12; 19:21. 15 me parait avoir voulu indiquer le point de départ du chemin que l’on avait à faire pour arriver à sa vraie connaissance, en ouvrant par cette parole Îa section actuelle qui y aboutit.

À peine est-il nécessaire de dire que les appréciations du peuple que j'ai rappelées, ne furent jamais accueillies par les disciples de Jésus. Les miracles de leur maître que l’évangéliste va rapporter contribuèrent à former leurs convictions à son sujet et leur fournirent l’occasion de les exprimer : c’est à cause de cela sans doute qu'il leur a fait place en cet en-

droit :

XIV, 13. Καὶ ἀκούσας ὁ Ἰησοῦς ἀνεχώρησεν ἐχεῖθεν ἂν πλοίῳ εἰς ἔρημον τόκον χατ᾽ ἰδίαν. Καὶ ἀχούσαντες οἱ ὄχλοι ἠκολούθησαν αὐτῷ πεζῇ ἀπὸ τῶν πόλεων.

14. Καὶ ἐξελθὼν [ὃ Ἰησοῦς] eBe πολὺν ὄχλον" χαὶ ἐσπλαγχνίσθη ἐπ’ αὐτοῖς καὶ ἐθςξράπευσε τοὺς ἀῤῥώστους αὐτῶν.

15. "Olog δὰ γενομένης πρόσἦλθον αὐτῷ οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ λέγοντες" ᾿Ερημός ἐστιν ὁ τόπος χαὶ ἣ ὥρα ἤδη παρῆλθεν" ἀπόλυσον τοὺς ὄχλους, ἵνα ἀπελθόντες εἰς τὰς κώμας ἀγοράσωσιν ἑαυτοῖς βρώματα.

17. Οἱ δὲ λέγουσιν αὐτῷ" Οὐχ ἔχομεν ὧδε εἰ MN πέντε ἄρτους χαὶ δύο ἰχθύας.

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