‹ Essai d'interprétation de quelques parties de l'Évangile selon saint MatthieuChapitre 47 sur 107 · IV · texte numérisé non relu

IV

seigne (or c'était un jour de sabbat (1), et la foule y devait affluer à l’approche de la Pâque), se hâtent de se rendre auprès de lui, afin d’essayer d’un moyen qu'ils avaient imaginé pour le faire périr. (Marc, ΧΙ, 18.) Cette fois, désirant sans doute donner plus de solennité à leur démarche, ils viennent accompagnés par des anciens du peuple. Interrompant son ensignement, ils se mettent à l’interroger, comme gens auxquels appartient la police du lieu saint, et quiosvrent une enquête sur le trouble dont il a été l’ateur en faisant cesser dans le parvis des Gentits un commerce qu'ils avaient trouvé bon d’y permettre. Trois ans auparavant, Jésus en avait. chassé de même les trafiquants qui y étaient établis. Mais c'était le temps où tout le peuple courait au Jourdain pour se faire baptiser par Jean, et où Jean rendait témoignage ἃ Jésus comme au Fils de Dieu sur lequel i avait vu l'Esprit descendre, et qui devait, disai-il, baptiser du Saint-Esprit. (Jean, I, 33, 34.) Au miheu de l’attente produite par ces paroles, on s'était borné à lui demander par quel signe il pouvait montrer qu'il avait le droit de faire de telles choses, et Jésus, tout en les renvoyant, dans un langage figuré, à résurrection comme au signe dont l'effet devait surpasser celui de tous les autres, avait opéré divers

(4) 11 suffit pour s’en assurer de se rappeler que le 44 de ἰδ, jour de la Pâque des Juifs, où Jésus est ressuscité, a été m | dimanche, et de rechercher, à l’aide de cette indication, avec gel jour de la semaine, le 6 de nisan, jour de cette enquête des archiprêtres, a coïncidé en cette année-là. Voir le Jour dla Préparation, Lettre sur La chronologie pascale, pages 1848.

MATTHIEU, XXI, 23-21. 227 miracles pendant ce séjour à Jérusalem, (Jean, II, 13-23.) Et combien v’en avait-il pas faits depuis lors, et la veille encore, après la seconde expulsion des marchands du temple! On ne pouvait dono plus lé sommer de légitimer sa conduite de cette manière; c'était déjà fait; et d’ailleurs, ils n’auraient pes réussi ainsi à le perdre : il fallait donc s’y prendre autre: ment.

En demandant à Jésus par quelle autorité ἢ faisait ces choses et qui lui avait donné cetie autorité, ils espéraient lui faire dire à lui-même, comme ses dis: ciples l'avaient proclamé le jour de son arrivée, qu’il était le Fils de David attendu des Juifs, Celui qui vient au nom du Seigneur, le Christ en d’autres mots, ce qui leur aurait permis de l’accuser, non-seulement de blasphème devant le sanhédrin, mais en raison des idées de royauté temporelle qu’ils attachaient à ce titre, de sédition auprès des Romains. Voilà à quoi ils tendent ; toutefois Jésus, qui ne veut pas leur abandonner sa vie avant d’avoir rempli pleinement le message dont il est chargé, n’a garde de leur fours nr ce prétexte de se saisir de lui en ce jour-là pour le livrer aux Gentils. (XX, 18, 19.) Au lieu de leur répondre comme ils le désirent, il les interroge à son tour: Est-ce de Dieu, leur demande-t-il, que Jean lenaitsa mission, ou bien n'’a.t-il agi que par un simple mouvernent humain, et le baptême, qui a été la marque de son ministère, ne doit-1l son importance qu'à l’'empressement que les hommes ont mis à se fire baptiser par lui?

Les archiprêtres et les anciens, pressés de s’expliquer sur ce point, comprenaient fort bien, que sils reconnaissaient, d'accord avec le peuple, que Jean était un vrai prophète, il leur faudrait aller plus lon; et que Jean ayant déclaré que celui auquel 1] prépsrait la voie était le Messie, qui est venu d’en haut et qui est au-dessus de tous (Jean, IT, 28, 31), ils seraient obligés, après avoir admis la mission divine du Précurseur, d'adhérer à ce qu'il avait dit de Jésus; or c’est ce qu'ils ne voulaient pas faire. Et comme, d’un autre côté, 115 craignaient, en le niant, de s’exposer à la fureur du peuple qui aurait pu s’emporter contre eux jusqu’à les lapider (Luc, XX, 6), ils ρηrent le parti de répondre qu’ils n’en savaient rien. Mais c'était reconnaître que, malgré la prétention qu'ils affichaient depuis longtemps, ils étaient hors d'état de faire la distinction entre les vrais envoyés de Dieu et ceux qui font les inspirés et les prophètes sans l'être. (Jérémie, XXIX, 26, 27.) Puisque, de leur propre aveu, ils ne savent pas dire ce qui en est de Jean, 118 n’ont évidemment pas qualité pour le dire de Jésus. Et comment celui-ci ne les récuserait-il pas, alors qu’en alléguant leur ignorance, ils ont confessé eux-mêmes qu'ils sont incompétents? Au reste, ce n’est pas seulement pour avoir rejeté le témoignage que Jean lui a rendu, qu’ils sont indignes d’être à ls tête du peuple élu; c’est aussi pour n’avoir pas répondu à l’appel à la repentance que Jean a adressé à toute la nation, ainsi que Jésus va le leur reprcher.

XXI, 28. Ti δὲ ὑμῖν δοχεῖ; ἄγθρωπος εἶχε τέχνα δύο" al προσελθὼν τῷ πρώτῳ εἶπε" Téxvev, ὕπαγε σήμερον, ἐργάζου ἐν τῷ ἀμπελῶνί μου.

22. Ἦλθε γὰρ πρὸς ὑμᾶς Ἰωάνγῆς ἐν ὁδῷ δικαιοσύνης, χαὶ oùx ἐπιστεύσατε αὐτῷ" οἷ δὲ τελῶναι χαὶ al πόρναι ἐπίστευσαν αὐτῷ᾽ ὑμεῖς δὲ ἰδόντες οὐ μετεμελήθητε ὕπερον, τοῦ πιστεῦσαι αὐτῷ.

XXI, 28. Mais que vous en semble ? Un homme avait deux fils. S'adressant au premier, il lui dit : Mon enfant, va aujourd'hui travailler dans ma vigne.

29. Son fils lui répondit : Je ne veux pas; mais ensuite, se repentant, il y alla.

30. Puis, s'adressant au second, il lui parla de même. Celuf-ci répondit : Moi, j'y vais, seigneur ; et il n’y alla point.

84. Lequel des deux ἃ fait la volonté du père P [15 lui dirent :

Le premier. Jésus leur dit : En vérité, je vous le dis, les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précèdent au royaume de Dieu.

32. Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice (4), et vous ne l'avez pas cru ; mais les publicains et les femmes de mauvaise vie l’ont cru; et vous, ayant vu cela, vous ne vous êtes pas ensuite repentis pour le croire.

Si Jean avait été envoyé pour rendre témoignage que Jésus était le Fils de Dieu, il l’avait été aussi pour être, comme autrefois Noé, « un prédicateur de la « justice » (II. Pierre, IT, δ), et préparer, en cette qualité, la voie devant lui. (Malachie, III, 1.) Ceux qui s'étaient laissé persuader par ses appels, lorsqu’il leur disait: « Convertissez-vous, car le royaume « des cieux est proche » (III, 2), étaient allés à son

(4) Phrase hébraïque : « Moi, Tobie, je marchais dans les voies « de la vérité et de la justice. » (Tobie, E, 3.)

baptôme, exprimant par la confession de leurs péchés qu'ils désiraient en être nettoyés, et qu'ils voulaient à la fois cesser de mal faire et apprendre à bien faire, (Ésaïe, I, 16, 17.) Mais nous ne lisons nulle part que les archiprètres et les anciens du peuple ; soient venus, tandis que des publicains y venaient, di sant à Jean: « Maître, que ferons-nous ? » (Luc, IL, 12.) Des femmes de mauvaise vie aussi se repertaient et se convertissalent après l’avoir entendu, ainsi que nous l’apprenons ici. Si les premiers persaient n'avoir pas autant besoin de conversion que les seconds, c’est donc qu’ils ignoraient que nil homme, à moins de naître de nouveau, ne peut estre dans le royaume de Dieu (Jean, IN, 3, 5); eux les faux justes, qui font profession de lui être parfaitement soumis, mais qui ne lui obéissent qu'en paroles εἰ non en réalité, pas plus que ces publicains déeriés à cause de leurs exactions, que ces pécheresses dont l’inconduite était notoire, et que tant d’autres qui ne prenaient nul souci de cacher leur rébellion. Les hypocrites sont aussi réellement en révolte contre Dieu que les pécheurs déhontés, desquels ils ne diffèrent que par le langage; et comme ces derniers seuls se sont repentis, seuls aussi ils sont devenus obéissants. Voilà ce que Jésus a voulu faire sentir aux membres du sanhédrin accourus pour l'interroger, en leur racontant l’histoire de ces deux fils, dont l’un refuse d'abord d'aller travailler dans la vigne de son père. et puis s’en repent et y va, et dont l’autre se déclare en termes respectueux prêt à y aller et n'y va point.

Après les avoir obligés à dire eux-mêmes quelle est la leçon renfermée dans la parabole, il leur en fait l'application. Ils auraient dü, en leur qualité de docteurs de la loi et de chefs du peuple, précéder tous les autres dans la voie de la justice par laquelle Jean était venu à eux, et qu'il invitait les Juifs à choisir, parce qu'on arrive par elle au royaume de Dieu; mais ils ne l’ont pas cru davantage quand il leur préchait la repentance que quand il leur déclarait qui état Jésus. Laissant les publicains et les femmes de mauvaise vie prendre les devants sur eux, ils sont demeurés en arrière; et tandis qu'ils auraient dû donner à ces pécheurs scandaleux qu’ils méprisaient l'exemple de la conversion, ils ne se sont pas même kissé stimuler à se convertir par celui qu’ils recevaient d'eux, et qui était comme une seconde prédication ajoutée à celle de Jean, en sorte qu'ils sont doublement coupables pour avoir refusé de Jes imiter.

À cet endurcissement dans l’impénitence, les chefs de la nation ajoutaient depuis longtemps la violence envers les prophètes que Dieu leur envoyait pour leur demander compte de leur administration, et nous venons de voir qu'en ce moment même ils comploaient contre Jésus, cherchant comment ils pourraient se défaire de lui. Il va le leur reprocher dans une autre parabole, à la suite de laquelle, en reconnaissant l'indignité de ceux qui y sont mis en scène, ils prononceront de nouveau, sans s’en apercevoir d’abord, leur propre condamnation.

XXI, 33. Ἄλλην παραδολὴν ἀχούσατε. "Avôpuros ἦν clxoesκότης, ὅστις ἐφύτευτεν ἀμπελῶνα, χαὶ φραγμὸν αὐτῷ περιέθηχε, χαὶ ὥρυξεν ἐν αὐτῷ ληνόν (1), χαὶ φχοδόμησε πύργον" χαὶ ἐξέδοτο αὐτὸν γεωργοῖς, χαὶ ἀπεδήμησεν.

γεωργοῖς ἐχείνοις ; ᾿ς 41. Aéyousty αὐτῷ’ Καχοὺς χαχῶς ἀπολέσει αὐτούς, χαὶ τὸν

XXI, 33. Écoutez une autre parabole : Il y avait un chef de famiile, qui planta une vigne, et l’entoura d’une clôture, εἰ y creusa un pressoir, et y tit une tour; et il la loua à des vignerons, et s’en alla du pays.

34. Or quand le temps des fruits fut proche, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir d'eux ses fruits.

35. Sur quoi les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, αἱ en lapidèrent un autre.

36. Il envoya là-dessus d'autres serviteurs, en plus grand nombre que les premiers, et ils [65 traitèrent de même.

37. Enfin, il leur envoya 508 fils, disant : Ils auront du respect pour mon fils.

38. Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent: Celui-ci est l'héritier; venez, tuons-le, εἰ

nous approprions son héritage. |

39. Et s'étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.

ἀ0. Quand donc viendra ke maître de la vigne, que fera+-i à ces vignerons ?

(4. Ils lui dirent : Il fera misé | rablement périr ces misérables,

(4) Mare, XIE, 4 : ὑπολήνιον. C'est la cuve placée sous le pres- | soir, qui recevait le jus des raisins, et pour laquelle on creusait |

un trou dans la terre.

ἀμπελῶνα ἐχδώσεται ἄλλοις et il louera la vigne à d'autres Ὑεωργοῖς, οἵτινες ἀποδώσουσιν vignerons, qui lui en délivreront αὐτῷ τοὺς χαρποὺς ἐν τοῖς les fruits quand c'en sera ie χαιροῖς αὐτῶν. temps.

Cette image d’une vigne est souvent employée dans l'Ancien Testament pour désigner le peuple d'Israël. Asaph disait à Dieu : « Tu avais transporté une vigne « hors d'Égypte et tu l'avais plantée, » et il lui demandait de la visiter. (Psaume LXXX, 9, 45.) Ésaïe et Jérémie ont recours à la même comparaison. (Ésaie, V, 1-7 ; Jérémie, Il, 21.) Jésus, en s’en servant à son tour, n'avait donc besoin d'expliquer ni ce que représentait la vigne, ni quel était ce maître qui, ayant fait pour elle, avant de la louer à des vignerons, tout ce qu'il importait de faire quand on voulait en établir une (Ésaïe, V, 1), nous est montré ici réclamant d’eux sa part des fruits. Ils en auraient eu sans doute à lui envoyer, s’ils n'avaient exploité sa vigne, après son départ, exclusivement à leur profit ; mais c’étaient des hommes sans conscience, n’ayant nul souci des intérêts de leur maître, qui tiraient avantage de son absence pour ne pas tenir leurs engagements. Aussi ne lui envoyèrent-ils pas de fruits, quand la saison où il aurait dû en recevoir fut arrivée. Ils maltraitèrent en conséquence, afin de se débarrasser d’eux, ceux de ses serviteurs qui vinrent, les uns après les autres (Marc, XIT, 2-5), et à plusieurs reprises, leur en demander en son nom, et ils en tuèrent même quelques-uns; et lorsque le maître de la vigne, pour les obliger à s’acquitter,

leur députa son fils, au lieu de rentrer dans Île devoir, ils le mirent à mort, s’imaginant que puisque le chef de famille, qui avait quitté le pays, n'avait plus d'héritier, personne désormais ne viendrait réelamer d'eux les fruits de la vigne ni en revendiquer la propriété, en sorte que s'ils la cultivaient, ce serait pour eux seulement etnon pour lui. Mais il n’en devait pas étre ainsi. Jésus, en terminant la parabole, fait prévoir au peuple qui l'écoute (Luc, XX, 9)la venue du maitre, et il demande aux archiprètres et aux anciens ce que celui-ci fera alors à ces misérables vignerons.

Ils lui répondent aussitôt, d’après notre Évangile, qu'il fera périr ces méchants, dignes en effet du plus sévère châtiment, puisque ce sont des meurtriers, et qu’il louera sa vigne à d’autres ouvriers, qui lui rendront fidèlement les fruits auxquels il a droit. Tandis que scesonteux qui, suivant saint Matthieu, prononcent cette sentence, saint Luc la met dans la bouche de Jésus ; mais comme saint Matthieu rapporte que Jéaus leur en a fait, l'instant d’après, l'application (XXI, 43), il est facile de rattacher les deux récits l'un à l’autre. Qn peut supposer que les interlocuteurs de Jésus, après avoir répondu, sans retour sur euxmêmes, de la seule manière qu'il était naturel de le faire, à le question qu'il leur avait adressée, s’apercevant qu'il retournait contre eux la parole qu'ils avaient dite (1), se sont récriés (Luc, XX, 16), ce

(1) a Probabilius 651... bæc verba, ut Matthæus scribit, primum « ἃ sacerdotibus dicta : Christum vero et confirmasse et explicasse,

MATTHIEU, XXI, 83-41: 41-44. 25 qui l’a mis dans le cas de leur déclarer, en les regardant fixement (Luc, XX, 17) que c’est bien en vain qu’ils formaient de criminels projets contre lui, puisque, malgré tous leurs efforts, Dieu lui-même fera triompher sa cause. Le passage du psaume qu'il va leur rappeler, lui servira à l’affirmer en termes énergiquess et puis, 11 leur dira ouvertement qu'ils sont les vignerons prévariceteurs de la pa. rabole.

XXI, 42. Λέγει αὐτοῖς ὁ XXI, 42. Jésus leur dit : N’a-

Ἰησοῦς" Οὐδέποτε ἀνέγνωτε ἐν ταῖᾳ γραφαῖς" Alüov ὃν ἀπεδοχίω μᾶσαν οἷ οἰχοδομοῦντες, οὗτος ἐγενήθη εἰς χεφαλὴν Ὑωνίας" παρὰ xuplou ἐγένετο αὔτη, καὶ ἔστι θαυμαστὴ ἐν ὀφθφλμοῖς ἡμῶν (1);

vez-vous jamais lu dans les Ecritures : « La pierre qu'ont rejeiée « ceux qui bâtissajent, est celle « qui est devenue la principale « pierre de l'angle. Cela ἃ été « fait par le Seigneur, et c'est « une chose merveilleuse pour « NOS YEUX, »

43. C'est à cause de cela que je vous dis que le royaume de Dieu vous sera Ôté, et qu'il sera donné à un peuple en produisant les fruits,

ἀφ. Et que celui qui tombera sur cette pierre en sera brisé, et que si elle tombe sur quelqu'un, elle l'écrasera.

a ita ut sacerdotes intelligerent illum contra se loqui;… tune « autem respondisse sacerdotes, quod Lucas alt, abait... » (MaL- DOnAT, Commentarti in gualuor evangelistas, col. 50%.)

(4) « Αυτη et θαμμαστὴ positum est pro τοῦτο et θαυμᾳστὸν, « Hebræï enim femininum sæpius ponere solent pro neutro, et « hanc loquendi rationem seeuti sunt quoque interpr. Alexandrini

« Ρ8.]. δ, » (Kornozr.)

(2) .,. τοὺς χαρποὺς αὐτοῦ. (Codex Sinaiticus.) (3) Images empruntées à Ésaïe, VIIT, 44, 45.

ES" TT ποτ a ns me

Le psaume CXVIIT, duquel la citation de Jésus (versets 22 et 23) est tirée, est consacré tout enter à célébrer et à demander les délivrances de l'Éternel, dont les miséricordes demeurent éternellement. Avec son secours on triomphe de ses ennemis, parce que sa droite fait vertu. L'auteur de ce cantique y semble raconter ce qui lui est arrivé à lui-même, en disant que la pierre rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue la principale pierre de l'angle; et si c’est David qui l’a composé, 1l est probable que c’est de son élévation à la royauté, malgré le peu de cas qu'on a d’abord fait de lui, qu’il parle en ces mots, et que c’est elle qu’il exalte comme une œuvre du Seigneur propre à exciter l’admiration. Jésus est certain qu'on pourra bientôt les lui appliquer aussi, et que, bien que les archiprêtres et les docteurs d'Israël refusent de le reconnaître pour le Messie, il n’en sera pas moins le roi que Dieu mettra à la tête du royaume qu’il ἃ résolu de fonder par son moyen et qu’il était de leur devoir de préparer. En renvoyant ses adversaires à ce passage des Écritures, il leur notifie que c’est inutilement qu’ils le rejettent, et qu’il en résultera seulement qu'ils seront rejetés à leur tour. La conclusion qu’il tire de la citation est celle qu'ils avaient tirée eux-mêmes de la parabole : après ce qu'ils ont fait, vignerons ou constructeurs, ils ne peuvent plus être employés au travail pour lequel ils avaient été engagés ; et comme ce travail devait avoir pour objet l'établissement du royaume de Dieu, le royaume de Dieu leur sera ôté. Ils ont beau alléguer

MATTHIEU, XXI, 42-44. 237 la longue possession du gouvernement religieux de leur nation, qu’ils ont abusivement retenu malgré leur incurie et leurs vices, ils ne sauraient être les instruments d’une œuvre qu’ils auraient voulu empêcher. Au lieu de leur caste, c’est tout un peuple, un peuple composé de ceux qui « portent des fruits «pour Dieu » (Romains, VII, 4), et à qui son royaume sera donné (V, 3-11), qui la fera. La vigne sera remise par le maître à d’autres vignerons, qui lui en délivreront les fruits ; l'édifice s’élèvera sur la pierre rejetée par ceux qui bâtissaient, mais que Dieu a choisie pour être la principale pierre de l'angle, eten la voyant à sa place, ils seront forcés, après l'avoir méprisée, de reconnaître combien elle répond à sa destination. Qui aura cru en elle ne sera pas confus ; mais si elle est pour quelqu'un une pierre d'achoppement ou une pierre de chute, il en sera brisé comme un vase de potier (1).

(1) On se fera une plus juste idée de ces pierres de l’angle, quand on aura lu ce qu’en dit M. Renan, dans son Rapport sur sa mission scientifique en Orient, à propos des blocs de la tour de Gébeil (Gebal, Byblos) en Phénicie, blocs dont les plus grands mesurent 5 m. 60, ὃ m. 42, ὁ m. 82 de long : « C’est à bon droit « que M. de Saulcy ἃ vu dans ces blocs en bossage le trait domi- « pant du vieux style phénicien. C’est à bon droit que MM. Welcott, « de Vogué, Van de Velde ont rapproché la tour de Gébeil de la « tour d’Hippicus à Jérusalem, et remarqué que les maçons gi- « blites, qui construisirent les ouvrages de Salomon (1. Rois, V, « 48) durent apporter à Jérusalem leur style national. Voilà ces « grandes pierres, ces pierres équarries, ces pierres de grand a prix, dont parle l'historien des travaux de Salomon. Ces blocs « énormes des angles, auxquels l'architecte ἃ sacrifié la régularité

« des premières assises, sont les pierres angulaires, les coins « taillés (Psaume CXLIV, 412), qui jouaient un rôle si essentiel

XXI, 45. Ναὶ ἀκούσαντας οἱ MAXI, ἐξ. Et les archiprètres ἀρχμρεῖς χαὶ οἱ Φαρισαῖοι τὰς et les pharisiens, ayant entends παραδολὰς αὐτοῦ ἔγνωσαν, ὅτι ses paraboles, comprirent qu'il κεῤὶ αὐτῶν λέγει: patlait d'eux.

46. Καὶ ζητοῦντες αὐτὸν tpe- 46. Εἰ tout en cherchant à l'æτῆσαι ἐφοδήθησαν τοὺς ὄχλους, rêter, ils craignaient le peuple. ἐκειδὴ ὡς ξροφήτην αὐτὸν εἶχον. parce qu’il le tenait pour τ

prophète.

[15 renoncèrent donc à se saisir de lui « à l’heure « même » (Luc, XX, 19); mais, « le laissant, ils s'en a allérent » (Mare, XII, 12), et l’on peut supposer que Jésus reprit l’enseignement qu’ils avaient interrompu. (XXI, 93.)

« dans l’architéctare hébraïque. » (Moniteur du 25 février 1861.) La grandeur de ces pierres, après nous avoir fait comprendre leur importance dans un édifice, nous apprend quelle destruction elles pourraient causer. ΠΠ y a ici one menace de châtiment contre les constracteurs aveugles, comme il y en a une, au verset 44, contre les méchants vignerons.

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