Et depuis lors il cherchail une occasion pour le livrer
Il y a dans le quatrième Évangile quelques autre détails sur le souper de Béthanie. (Jean, XII, 14. Nous y lisons que Lazare, ressuscité par Jésus, était l’un de ceux qui étaient à table avec lui, que Marie servait, et que ce fut Marie, son autre sœur, qui r'épardit le parfum. Matthieu raconte qu’elle le versa sur s tête, Jean qu’elle en oignit ses pieds. C’est en raisos de cette seconde onction que Jésus a pu dire qu'elle a répandu le parfum « sur son corps, » expressiot que la simple onction de la tête n’aurait peut-être pas suffisamment autorisée.
Judas est seul nommé par Jean comme ayant blämé l’action de Marie ; suivant Matthieu, les autres disciples la désapprouvèrent aussi, mais assurément dans un sentiment très-différent du sien. S'ils ont exprimé du regret de ce qu’on n’a pas vendu cetie huile de grand prix au profit des pauvres, c'est qu'ils avaient réellement compassion des paurres. tandis que Judas, bien que tenant le même langage, ne se souciait pas d'eux, et n’avait d'autre regretque
MATTHIEU, XXVI, 6-16. 405 de n’avoir pu s'approprier, par un détournement frauduleux, le prix qu’on eût obtenu de ce nard pur.
Tandis que Jean a inséré ce récit à sa place, Matthieu l’a réservé pour servir d'introduction à l’histoire de la passion qui commence ici. En y rattachant la résolution prise par Judas de trahir son maître, il nous fait comprendre qu’elle le fut en conséquence des paroles prononcées alors par Jésus, et il nous oblige ainsi à rechercher en elles ce qui a pu la motiver (1).
Je me représente combien l’étonnement des apôtres a dû être grand, quand ils entendirent Jésus, après avoir repoussé d'un mot l'objection qu'ils avaient faite à l’action de Marie, en donner cette explication, « qu’en répandant ce parfum sur son corps, « elle lavait fait pour l’ensevelir. » Ils n’avaient su y voir, eux, qu’une vaine prodigalité, et voilà qu’il y reconnaît un suprême hommage qu'elle a éprouvé le besoin de lui rendre, parce qu’elle sait qu’on va le faire mourir. Le Seigneur ne cessait pas depuis quelque temps de les entretenir de sa crucifixion comme
(4) « Nihil est certius quam ἃ scriptoribus Evangeliorum multa referri non temporis ordine, sed ex rerum ductu; occasiones narrandi non eædem omnibus. Hanc historiam videntur Matthæus et Marcus hoc loco posuisse, ut notarent quid Judam ad « facinus impulisset. Nam ἀμέσως subsequitur id quod ad Judam a pertinet. Johannes autem historiam hanc suo tempori reddidit, « tum ad confirmandum quod de Lazaro dixerat (nam Lazarus « buic convivio interfuit), tum ad connectenda quæ sequebantur. » (Gaorius.)
406 MATTHIBU, XXVI, 6-16.
d’un événement prochain: ils s’en étaient d'abord attristés, mais bientôt ils s’en étaient laissé distraire par leurs fausses idées sur le royaume qu'il devait fonder et sur l'élévation qui serait alors leur partage. Marié, au contraire, ἀν8}} concentré toutes ses per sées sur ce que Jésus avait dit de ea mort : elle ne doute pas que tout cela na doive s’accomplir das peu de jours, comme venait d’avoir lieu, aina qui l'avait annoncé, la résurrection de Lazare son frère. Elle se sent donc pressée d'exprimer de quelqu manière la tristesse de cœur que lui cause une si dou loureuse attente, et n’osant le faire en paroles, elle imagine de s’approclier de Jésus avec un vase pleu d’une huile odotiférante dé grand prix, et de s’en servir, la veille de son entrée dans cette Jérusalem qui tue les prophètes (XXIIL, 37), pour en agir à 808 égard comme si déjh il était mort (1), Telle était, suivant le Seigneur, la signification de l’action de cette femme, dont le souvenir, a-t-il dit, ne sera jmais effacé. Par les termes qu'il ἃ employés en εἰpliquant cé symbole 1] a fait entendre que sa crou
(4) « She, and she first, believes that Christ should die; and. « under that notion, she pours the ointment upon his head, as if « she were now taking care of bis body, and anointiag it kr « burial. And it is as if Christ had said to those that 100k exctpa tions and complained : ... À great and weighty reason moe « herto it. She knows I shall die, and now takes care οἱ 5} « burial : what you approve of towards the dead, she has dose « to one ready to die. Hence her fame shall be celebrateé io al « ages, for this her failh, and this expression of it, » (Licsrroot, Hors hebraicsæ et lalmudicæ, Nol. 1, page 341. Æxercitation upon St. Matthew.)
MATTHIEU, XXVI, 6-16. 407 et sa mort seront si peu un obstacle au triomphe de l'Évangile, que la bonne nouvelle se répandra par toute le terre, et que le récit de ce qui vient de se passer dans la maison de Simon le lépreux y parviendra partout avec elle.
Les auditeurs de Jésus durent naturellement être diversement impressionnés par son discours. Il est probable que quelques-uns d’eux, violemment errachés à leurs illusions, entrèrent dès lors dans le vrai d'une situation dont toutes les paroles du Seigneur lendaient à leur faire sentir la gravité. Il fallut sans doute plus de temps aux autres. Nous n’avons, en cet instant, à nous occuper que de Judas. Des motifs intéressés l'ayant seuls attaché à son maître, il devait souvent s'être demandé, depuis que Jésus s'était mis à entretenir ses disciples de sa mort, s’il n’était pas insensé de continuer à chercher fortune à sa suite et si, au lieu de courir des risques à son service et de s'exposer aux poursuites du sanhédrin, il ne valait pas mieux l’abandonner, lui qui paraissait désespérer ᾿ de sa cause et s’abandonner lui-même. Judas avait différé jusque-là de prendre un parti, afin de voir Comment tourneraient les choses; mais sa décision ne pouvait être retardée plus longtemps, car c'était le lendemain que Jésus voulait se rendre dans le ville sainte. L’y suivra-t-il comme l’un de ses adhérents pour ne pas compromettre les avantages temporels qu’il recherche, ou bien, reconnaissant la vanité des rêves ambitieux qu'il avait formés, prendra-t-il ses mesures pour qu’on ne sévisse pas contre lui en
méme temps que contre le Seigneur? Peut-être était-il encore incertain en se mettant à table; mars quand il entend Jésus, qui avait parlé tant de fois de sa mort, après l’onction de Marie parler aussi de sa sépulture, aucune hésitation ne lui paraît plus possible. Convaincu qu'il n’y a rien à gagner auprès de lui, ilse décide à passer au plus vite dans les rangs de ses adversaires, et le souper fini, il court chez les archiprêtres leur faire des propositions. On fut aisément d'accord; et le marché conclu, autant ils étaient impatients qu’il leur livrât Jésus, autant Judas l’é tait-il de leur tenir parole, afin d’être certain qu'on ne l’inquiéterait pas comme s’il était l’un de ses par-
tisans.
Pendant qu'il en cherchait l’occasion, voici ce qui
arriva quatre jours après.
XXVI, 17. Τῇ δὲ πρώτῃ τῶν
ΧΧΥ͂Ι, 47. Or, le premier jour des pains sans levain, les disoples s'approchèrent de Jésus εἰ lui dirent : Où veux-tu que nos fassions pour toi les préparatifs pour manger la pâqueP
48. Et il dit : Allez à la vie chez un tel, et dites-lui : Le maître dit : Mon temps est proche ; je fais la pâque chez ἰδὲ avec mes disciples.
49. Et les disciples firent coms Jésus leur avait commandé, ἅ préparèrent la pâque.