‹ Essai d'un traité d'artillerieChapitre 5 sur 89 · DU SALPÊTRE · texte numérisé non relu

DU SALPÊTRE

0. Le salpêtre , nitrate potassique, a * k, est un sel neutre qui se compose de 46, 56 de potasse ( oxide potassique ) et de 83 , 44 d’acide nitrique, ou en alômes , de 2 atômes d’acide nitrique = 677,036, et d'un alôme d’oxide potassique = 880,02. — Il est blanc , et d’une saveur fraiche , piquante , et un peu amère. Il cristallise en prismes hexaèdres terminés par des sommets dièdres. Les cristaux , très-cassans , ont une densité de 1,933 , et sont d’une transparence imparfaite.

Ils renferment une multitude d’intervalles longitudinaux contenant de l’eau mère qui y est retenue par l’attraction capillaire. C’est pour en dépouiller le nilre qu’il est avantageux de troubler 6a cristallisation pour obtenir du sel en grains. — Exposé à J’air, le salpêtre ne s’altère que parccqu’il est impur, ou que l’air est très-humide.

Son point de fusion est de 360° C ; en le chauffant au rouge il perd d’abord de l’oxigène , ensuite l’acide nitrique se décompose entièrement , et la potasse reste. — Sa solubilité augmente de beaucoup à mesure que la température de l’eau s’élève, au point que dans l’eau bouillante on peut dissoudre 18,8 fois autant de salpêtre que dans l’eau froide. — Ce caractère que ne partagent point les autres sels avec lesquels on le trouve mêlé sert de base au mode de son raffinage.

7. L’acide nitrique , n , se compose , abstraction faite de l’eau

POUDRE

dont il contient toujours 15 p. °| 0 , de 20,15 de nitrogène ( azote ) , et de 73,85 d’oxigène ; ou en atômes , de 2 d’azote = 177,036, et de 5 d’oxigène — 500. Il est très-liquide, blanc , fumant à l’air, sapide et corrosif; i 18° C il a une densité de 1,510. Il bout à 86° C. , et à 50° C. sous zéro il se fige. Chauffé au rouge il se décompose en acide nitreux et en oxigêne.

L’acide nitrique qu’on rencontre dans le commerce est extrait du salpêtre , en traitant ce sel par l’acide sulfurique à une température élevée.

8. La potasse k se compose de 16,95 p. d’oxigène , et 83,05 de potassium , ou d’un alôme de potassium = 489,92 , et d'un d’oxigène = 100. Elle est blanche, très-caustique, plus dense que l’eau , fusible un peu au-dessous de la chaleur rouge , indécomposable par la chaleur, et très-soluble dans l’eau.

La potasse du commerce est du carbonate mêlé de sulfate et de chlorure potassiques ; on l’obtient par l’incinération des végétaux de la manière suivante :

Dans des fosses en terre , ayant leurs parois bien damées , on place des arbres et des plantes qu’on laisse consumer à petit feu.

Les cendres qui en proviennent sont lavées de la manière qui sera indiquée plus tard pour les plâtras salpètrès.

La lessive ayant passé plusieurs fois sur des cendres neuves , et marquant 15° à l’aréomètre de Beaumfc , est évaporée, et laisse pour résidu une masse d’un brun foncé qu’on nomme le salin. Ce dernier est calciné dans des fours à réverbère , et en sort à l’état de potasse , qui , lorsqu’elle est bonne , doit être blanche , légère , poreuse et sonore.

DES MTRIÈRES.

9. Dans des pays chauds , tels que les Indes , l’Egypte , l’Espagne , etc. , les nitrates de chaux , de magnésie , cl de potasse se forment naturellement dans le terrain même. Il est

probable que le salpêtre se produit alors à quelque profondeur au-dessous de la surfaee du terrain, et que , dissous plus tard par les eaux pluviales , la grande chaleur de ces climats et l'effet capillaire des terres portent les eaux chargées de salpêtre vers les couches superficielles où elles se vaporisent , et où le salpêtre se dépose sous forme solide.

En lessivant alors les terres salpélrées , et en faisant évaporer les eaux de lavage on obtient les nitrates susdits.

10. Les opinions des chimistes sur la production des nitrates sont divergentes : les uns soutiennent que la naissance de l’acido ' nitrique est due au nilrogène qui se dégage des parties animales en putréfaction , et se combine à l’état de gaz naissant avec l’oxigène de l’air , sous des circonstances favorables.

D’après eux , il est indispensable que les terres qui se nitrifient , contiennent des parties animales , car ils n’admettent pas que la combinaison de l’oxigène et de l’azote , que l’air atmosphérique contient, puisse avoir lieu, pareequ’on ne réussit à combiner ces gaz que par l’étincelle électrique , et sous l’influence de l’eau.

Les autres , et parmi eux Longchamp et Davy , nient la nécessité de la présence des parties animales , et soutiennent que les carbonates calcique , magnésique , et surtout potassique , dans un état de division très-grande , et humectés , absorbent l’air , le condensent , et le transforment à la longue en acide nitrique. Quoiqu’il en soit , on convient généralement que les conditions suivantes sont nécessaires à la formation des nitrates :

1°. La présence d’une base puissante, telle que la chaux, la magnésie ou la potasse. Elle doit être dans un état de division très-grande , afin de pouvoir aisément absorber l’air et le condenser.

2°. L’humidité : elle sert, soit à la décomposition des matières animales , soit pour dissoudre les gaz et augmenter ainsi leurs affinités.

8°. Une température élevée environ de 18 à 2S° ; sous 0° la nitrification est nulle ou insignifiante.

■4°. La lumière sans exposition au soleil.

POUDRE

S". Le libre accès de l’air : lorsque l’air ne peut pénétrer les matières mises en tas , les corps combustibles se combinent entre -eut. , et le nitrogène en s’unissant avec l’hydrogène produit de l’ammoniaque; mais lorsque l’air y circule librement, les mêmes éléments s’oxidenl et se transforment en acide carbonique , en eau , etc. , tandis que le nitrogène passe à l’état d’acide nitrique qui se combine avec les oxides , et forme des sel6.

11. Dans les pays tempérés et froids il n'y a que quelques localités abritées , les grottes , les écuries , les caves , etc. , où les nitrates se produisent suffisamment pour être exploités. Des ètablissemcns où on réunit les matières propres à la nitrification sous les conditions nécessaires , ( nitrières artificielles ) produisent beaucoup de nitrates calcique et magnèsique, et peu de nitrate potassique , tandis que dans les nitrières naturelles des Indes le dernier prédomine. Les frais de transformation des premiers nitrates en nitrate potassique , et d’extraction de ce dernier , sont très-considérables , et rendent ordinairement peu profitable, à moins d’une production très-active , l’obtention du salpêtre dans les nitrières artificielles.

C’est à ces causes qu’est due la grande importation de salpêtre des Indes en Europe, importation qu’on évalue approximativement À 5,000,000 kgs. par année.

12. Parmi les nitrières artificielles on distingue celles en couches, et celles en murs. Les premières sont en usage eu Suède , en Suisse et en France , les autres en Prusse.

13. Nitrières en Suède. Dans une petite cabane en bois, dont le sol est planchèiè , ou fait d’une argile compacte , on place en tas un mélange de terre ordinaire, de sable calcaire , et de cendres lessivées; le tas est ensuite arrosé avec de l’urine de bœuf ou de vache , et remué de temps à autre, en rejetant les terres alternativement du côté gauche et du côté droit.

Le tas a ordinairement 2 à 2 l|2 pieds do hauteur sur toute l'étendue do la cabane ; celle-ci est munie de volets pour empêcher le soleil d’y pénétrer.

14. Nitricre de Longj'ont. Elle est placée dans une carrière où l’air circule facilement.

A CARON

On y fait une couche de S à 4, pieds de hauteur , par lits successifs , de terre et do fumier , chacun environ de A pouces d’épaisseur , en finissant par une couche de (erre. On arrose cette couche avec les eaux des étables ; au bout de deux ans elle se trouve convertie en terreau qu’on approche de l’entrée de la carrière , où on le laisse deux années encore , en le mêlant de temps à autre avec le fumier d’animaux.

18. Les murs de Prusse. Sur un sol argileux et battu, on construit des murs de 3 pieds de largeur à la base , d’un pied de largeur à leur sommet arrondi , et de 3 pieds de hauteur. On les dirige ( parceque la nitrification est plus active dans la partie du mur tournée vers le Nord) de l'Est à l’Ouest, et on les garantit du soleil et des eaux pluviales par un toit en paille.

Pour construire les murs on se sert de 4|8 de terre prise an-dessous du gazon, et de lj5 de cendres de bois, ou encore de vieux plâtras de démolition, de terre d'écurie, de bergerie, de caves , ou de champs où les moutons ont parqué , de fumiers , de chaux, de cendres, etc., le tout est entremêlé de broussailles pour le diviser et pour mieux y faire pénétrer l’air ainsi que l’urine de bœuf ou de vache dont on l’arrose.

L’exploitation des nitrières dure du mois de mars jusqu’à la fin de l’automne. Dès que le salpêtre s’effleurit à la surface, on râclc cette dernière , et on réunit toutes ces terres pour les laver.

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