‹ Essai d'un traité d'artillerieChapitre 65 sur 89 · DE L’ESSAI DES POUDRES · texte numérisé non relu

DE L’ESSAI DES POUDRES

313. L’essai de la poudre a pour objet de vérifier les qualités qui influent sur son effet utile , sur sa conservation et sur celle de l’arme à laquelle elle est destinée.

L’effet utile de la poudre dépend de son degré de combustibilité et de sa force intrinsèque (a). La qualité de se conserver , soit dans les magasins , soit dans les transports , est déterminée par la forme , le poli et la dureté du grain , par la quantité do soufre employée , mais surtout par la qualité du salpêtre d’oii dépend l’absorption de l’eau , cause principale des avaries qui surviennent.

L’effet plus ou moins destructif de la poudre sur l’arme , dépend essentiellement de sa vivacité de combustion et de son dosage : au delà d’une certaine limite de combustibilité , les poudres dégradent très-prompicment les armes , surtout celles de fort calibre , et deviennent ce qu’on appelle brisantes ; quant au dosage il détermine la nature du résidu. Nous disions paragraphe 59 et suivants , que le dosage dont les produits delà combustion sont l’acide carbonique , le nitrogène et le sulfure potassique , correspond au plus grand effet utile , parce que la réaction y est la plus complète possible.

Dans la pratique , les imperfections de la fabrication , ne permettent guères d’atteindre cette limite théorique : à côté de l’acide carbonique , il se développe de l’oxide de carbone ; une

(a) J’appellerai force intrinsèque de la poudre celle qui est due à la qualité des matières premières , et à leur dosage.

POUDRE

partie de la potasse reste indécomposèe et se combine avec les acides sulfurique et carbonique formés par la réaction des composants , et le résidu solide de la combustion devient nn mélange de sulfure , de sulfate et de carbonate potassiques. A mesure que le sulfure y domine le résidu devient plus déliquescent mais corrode de plus en plus le bronze.

314. Les deux facteurs de l’effet utile, la combastibilitô et la force intrinsèque , le modifient d’une manière variable suivant la nature des armes ; dans les unes il est surtout déterminé par la combustibilité , dans les autres la vitesse de combustion de la poudre , nu delà d'une certaine limite , n’y exerce plus qu’une faible influence.

Il suit de là qu'une arme ne peut classer les poudres dans un ordre qui soit vrai pour toutes les autres , et que chacune au contraire les différencie d’une manière particulière.

La vitesse de combustion est considérablement modifiée par les qualités physiques de la poudre , telle que la densité , la forme , la grosseur du grain , etc. ; la force intrinsèque dépend au contraire exclusivement de la qualité des matières premières et de leur dosage.

Vérifier ces deux qualités par le même instrument , est un problème difficile ; si , par exemple , l’on se servait d’un canon , même do faible calibre (de 4 livres , par exemple ) , l’on âpprècierait assez bien la force intrinsèque , mais le degré de combustibilité , en deçà et au delà de certaines limites , échapperait à l’investigation ; si , par contre , on faisait usage d’ un petit mortier , à faible charge , ou d’un arme portative , l’influence delà combustibilité serait trop prédominante , et ne permettrait pas do reconnaître les facteurs de la force intrinsèque.

31 S. Dans les pays oü la fabrication des poudres sc fait par les soins du gouvernement l’épreuve doit surtout constater la combustibilité de la piudre; quant à sa force intrinsèque , elle est à peu près constante , parce que les circonstances qui la déterminent sont elles mêmes constantes. Dans les pays au contraire où la fabricaiiou est abandonnée à des particuliers , il devient urgent de s’assurer d’une manière rigoureuse non-seule-

A CANON

ment de la combustibilité , mais encore de la force intrinsèque , partant , de la qualité des matières premières , cl de leur dosage.

Si l’analyse chimique de la poudre ne laissait rien à désirer , elle pourrait servir à reconnaître la qualité des matières premières et leur dosage ; de quelques signes empiriques , et de la densité du grain , on déduirait ensuite le degré de leur mixtion , et il ne resterait plus qu’à constater la combustibilité par la vé-, rificatiou des qualités physiques , et surtout par le tir avec une arme qui y serait suffisamment sensible.

Mais l’analyse ne donne pas des résultats d’une exactitude rigoureuse; elle exige d’ailleurs des connaissances avancées en chimie et beaucoup d’habitude , de sorte qu’elle n'est guère poisible dans une épreuve ordinaire. Enfin elle ne pourrait suppléer à l’épreuve de la force par le tir. Lorsque cependant les poudres sont avariées , il faut nécessairement y avoir recours.

Il résulte de ce qui précède que l’essai de la poudre doit comprendre non-seulement la vérification des qualités physiques du grain et de la combustibilité qu’elles modifient , mais encore celle de la force intrinsèque. Cette dernière épreuve exige nécessairement une arme dans laquelle l’effet de la poudre soit surtout déterminé par sa force intrinsèque , et par conséquent différente de celle qui sert à évaluer la combustibilité ; un point essentiel auquel on devrait toujours avoir égard dans les épreuves des poudres , consiste à ne pas les recevoir lorsque leurs qualités diffèrent de la poudre type, car les grandes anomalies dans le tir sont encore bien plus nuisibles qu’un degré de force et de combustibilité un peu diffèrent: il faut donc rejeter les poudres , non-seulement lorsque leur force et leur combustibilité sont moindres que celles de la poudre type , mais encore lorsqu’elles l'emportent sur cette dernière sous ce rapport. La grosseur du grain , sa forme et sa densité ne doivent varier qu’entre les limites inévitables.

816. On pourrait se demander ici si l’essai des poudres doit rester constamment le même , quelle que soit l’arme à laquelle elles sont destinées. Il me semble que lorsqu’on vérifie la combustibilité et la force par des procédés différents, qui dif-

rot: du f.

fèrencienl convenablement les poudres sous chacun de ces rapports qu’il est inutile de les changer : jamais ou ne pourra faire autre chose avec des éprouvettes qoe classer les poudres sous le rapport de leur force et de leur combustibilité , et c’est de leur numéro d’ordre et de la vérification des qualités physiques que doit ressortir leur convenance pour telle ou telle arme. Si donc les instruments sont suffisamment sensibles à la qualité qu’elles doivent mesurer , il est évident qu’on a tous les éléments nécessaires pour faire un bon essai.

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