‹ Essai d'une classification des animaux microscopiques. Extrait du Tome II (Zoophytes), Histoire naturelle de l'Encyclopédie méthodiqueChapitre 16 sur 20 · ORDRE IV · texte numérisé non relu

ORDRE IV

ROTIFÈRES. Corps éminemment contractle, non couvert d’un test intimement adhérent, s'alongeant antérieurement en une sorte de tête bilobée, dont les deux lobes, entourés de eirres violemment vibratiles, présentent, à La volonté de l’animal , apparence de véritables roues indépendantes qui font tourbillonner l’eau.

Cet ordre fut créé par M. de Lamarck comme une simple section, la deuxième , entre ses Polypes vipratiles. Il y confondoit les Vortucelles , les Furculaires et les Urcéolaires , qui n’ayant que des cirres vibratiles, ne présentent pas de véritables organes rotatoires, avec les Brachions, dont plusieurs ont bien effectivement des rotatoires , mais qui étant aussi munis de tests trèsévidens , comme les Crustacés branchiopodes, avet lesquels ils présentent les plus grands rapports, se dirigent vers une classe toute différente de celle vers laquelle tendent les Rotifères véritables ou non testacés. Qu’on substitue , par Pimagination , des appendices tentaculiformes aux cirres vibratiles des rotatoires de ces animaux , on aura des Cristatelles, des Alcionelles, des Plumatelles,

(73) des Tubulariées, en un mot de ces véritables Polypes, par lesquels on arrive à la vaste classe des tribus Pyschodiaires pour s’élever aux Rayonnés.

« En arrivant à cette section, dit le Linné français, les progrès de lanimalisation sont si marqués, que tous les doutes sur le caractère classique cessent complétement à égard de ces animaux, En effet, tous les Rotifères ont une bouche éminemment distincte quoique contracile; elle est même tellement ample, qu'il semble que la nature ait fait de grands efforts pour commencer l'organe digestif par cette ouveriure essentielie, » En reconnoissant avec M. de Lamarck une bouche caractérisée dans les Rotifères, nous ne croyons pas que leurs rotatoires y Soient positivement appropriés. Ces rotatoires, en faisant tourhbillonner l’eau autour de la bouche, aturent à la vérité de plus petits Microscopiques, formant la nourriture habituelle des Rotifères ; mais, Comine pendant Jeur agitation on voit un organe intérieur de plus en plus dessiné, ét très-distinct de ce qu’on peut regarder comme un tube intestinal qui parcourt la longueur du corps, être soumis à un mouvement prononcé de systote et de diastole, nous regardons cet organe comme un véritable cœur central, et les rotatoires comme des organes respiratoires, c’est-à-dire, comme des ébauches de branchies par paires Symétriques. Ainsi, les Rotifères sont plus avancés à cel égard que les insectes, qui n’ont pas de

(74) cœur véritable , quelque fonction qu’on attribue à leur vaisseau dorsal.

On sent bien que des êtres déjà si compliqués ne peuvent plus être l'effet de ces générations spontanées, que doivent déterminer nécessairement de merveilleuses, mais simples Jois d’affinités auxquelles obéissent les molécules des diverses espèces de matières primitives. On sent encore que pour se perpétuer, les Rotfères ne sauroient être réduits à la condition de tomipares, et si des sexes ne s’y montrent point encore , on doit commencer à y voir des ovaires ct des gemmules propagatrices, que l'animal produit en lui-même et qu'il émet pour se ressemer, sil est permis d'employer cette expression.

L'ordre des Rotifères ne contient encore pour nous qu’une seule famille.

Genre 63. Forcurine, Fohcuhina ; Lauwx.

Corps contractile, dépourvu de tout appendice tentaculaire, molécularié, non musculeux ; contenu, sans y adhérer intimement, dans un fourreau en forme d'ampoule , parfaitement transparent et libre, par l'ouverture antérieure duquél l'animal fait saillir une tête largement bilobée, sur le limbe de laquelle se développent les rotatoires.— ExzmPpLe. Foliculina Ampulla ; Lawx. Anim. sans vert. tom. 2. p. 30. n. 1. — Forticella ; Mucc. tab. XL. fig. 4. 7. Encyci.

pliuaxtsiét5 16.

Genre 64. Baxériwe, Bakerina. Corps con-

tractile , comme annelé, contenu dans un fourreau en ampoule, auquel on ne lui voit point d’adhérences , dépourvu de tout appendice tentaculaire , ayant une tête bien marquée, aux côtés opposés de laquelle sont disposés extérieurement deux rotatoires indépendans, composés de longs et robustes cirres vibratiles implantés en faisceaux à l'extrémité d’un pédicule. — Exrmpre. Bakerinæ dipteriphora; N. Foliculina Bakeri. Encycl. Dic. Baker, ÆErmpl. micr. tom. 2. pl.

ATV. fig. AT. XII. — (On peut certainement rapporter à ce genre bien caractérisé, ou du moins en rapprocher, un autre animalcule très-visible à l’œil désarmé , contenu dans un fourreau membraneux brunâtre , qu’on trouve fréquemment adhérant aux filamens du Zemanea Corallina ; N. Ann. du Mus. tom. 12. pl. 21. fig. 2, sur les Fontinales ou sur l’Hypnum ruscifolium dans les eaux pures. Les faisceaux rotatoires de ces animaux semblent établir , d’un côté , un passage aux antennes des Cyprides ou des Cythérées, ou bien à ce que Straus, dans un magnifique travail sur les Daphnies, appelle pieds antérieurs, et d'un autre côté, peut-être aux cirres de certaines Amphitrites, vers qui ce genre forme un passage trèsnaturel. )

Genre 65. TusicocatRe, Tubicolaria ; Law.

Corps contractile, oblong , sans nulle apparence d’articulations en aucune de ses parties, contenu dans un tube fixé sur les corps inondés , antérieurement tronqué , et par l'ouverture duquel l'animal développe une tête munie vers le cou de

deux appendices tentaculaires , et développant un rotatoire que l’animal fait paroître bilobé ou quadrilobé à volonté. — ExrmPLe.. Tubrcolaria quadriloba ; Liamx. Anim. sans »veré. fom. 2. p. 53. n. 1. Rotfera guadriculans; Durrocner , Ann. Mus. €. 19. pl: 10. fig. v.

4. Polypes à fleurs; Scmorrr. ns. tab. 1. fg. 2. 10. — (On a cru distinguer des yeux analogues à ceux des Mollusques dans ces animaux , que nous avons soigneusement examinés, mais 1] nous a constamment été impossible d'y apercevoir de tels organes.)

Genre 66. Mécarorrocme, Megalotrocha ; N°.

Corps oblong , atténué en queue simple, subulée, annulée mais non articulée , n'étant contenu dans aucune ampoule , étui ni fourreau; sans tête disdincte, mais se développant antérieurement en deux vastes lobes bordés de rotatoires considérables. — Exempre. Megalotrocha socialisy N.

Encycl. Dic. Forticella flosculosa ; Mvurx.'tab. XLIIT. fig. 16. 20: Encyèl. pl. 23: fig: 10: 20. — ( Cet animal est assez grand pour-que les-glomérules que forment les associations de ‘plusieurs individus, en se fixant par leur queue sur les feuilles des plantes aquatiques , se distinguent'aisément. Il est suprenant qu’on ait confondu les Mégalotroches avec les Vorticellés , puisqu'ils ne sont n1 urcéolés ni renfermés dans aucune enveloppe en urcéole.)

Genre 67. ESÉCRIÈLINE, PAR RAA N. Corps alongé, cylindracé , évidemment contenu dans un fourreau musculeux, postérieurement terminé par

(77) une queue subarticulée, engainante , rétractile et tricuspidée, antérieurementmuni d'appendicestentaculaires , avec une tête distincte , qui se montre parfois entre les deux lobes rotatoires , tellement manifestes , que ces rotatoires paroissent souvént sous la forme de deux roues indépendantes qui tournent avec.une grande vélocité. — EXEMPLE. Esechièlina . Muller: ; N. Vorticella rotatoria ; Murx. tab. ÆLIL. fig. 11: 16. Encycl. pl. 22. fig. 18. 23. Furcularia redivisa ; LaAmK. Anim. sans vert. tom. 2. p. 39.1: 9, quin’est certainement pas la Rotifère de Spallanzami : cylindracée , alongée, s’amincissant en une très-longue queue , avec un tentacule très-distinct sous le cou, que ne forme pas un collier distinct, et deux autres tentacules rudimentaires en dessous ; faisant saillir sa tête en pointe mousse entre les deux lobes rotatoires, qui paroissent ne jamais former deux roues séparées,; mais que l’animal rélève quelquefois en dessus comme, deux petites crêtes. C’est l'espèce que Muller a fort bien observée, mais pour laquelle il a entassé des synonymes, qui la plupart ne lui conviennent point. On la trouve fréquemment dans l’eau des fossés où croît la lenticule , et dans. les vases où l’on conserve cette plante pour y étudier les Microscopiques. — Esechièlina Bakeri; N. The Wheel Animal in its several postures ; Baxer, ÆEmpl, p. 266. pl. XT. fig. r. XII. Espèce très-distincte de la précédente, et que nous avons souvent observée dans Peau où nous élevions des Conferves, par son corps hien plus épais, court et ventru, prenant une forme

(76 ) turbinée dans Ja contraction et le repos , ou s’alongeant en forme de vers: pour marcher à la manière des Chenilles arpenteuses, ayant la queue beaucoup moinslongue; un cou souvent fort étranglé , marqué d’un collier souslequelne se voit qu'un appendice tentaculure, sans autres tentacules rudimentaires; ne faisant point saillir une tête en pointe obtuse entre les. deux rotatoires, qui la plupart du temps sont fort éloignées , imitant deux petites roues distinctes, comme pédicellées, dans la distance desquelles se distingue l’orifice buccal comme un petit trou. — Æsechièlina Leuwenhoekit ; N. Rotifère; Leuwen. Contin. arc. nat p. 386. fig. 1.2, reproduite par Dutrochet. 4rn. Mus. tom. 9. pl. 18. fig. 12. 16. Chenille aquatique; Joscor, p. 56. pl. 5. fig. K°? Ayant le corps ovoide, atténué en queue, où se distinguent jusqu’à "six articles, dont le dernier est tridenté et le pénultième bidenté, avec le cou marqué d’un collier sensible comme dans la précédente, sur lequel se développent deux appendices tentaculaires; faisant comme le Mulleri saillir sa tête en pointe obtusée, au centre des deux lobes rotatoires. Cette espèce se trouve fréquemment dans les infusions végétales. — Esechièlina capsularis ; N. Ba- KER, Æmpl, micr. tom. 2. pl. XII. fig. 3. — Esechièlina gracilicauda ; N. Baker, loc. cit, fig. 1. Muller, en rapportant ces deux figures, {nf. p:. 2097, à son Vorticella rotatoria , avoit pressenti avec sa sagacité ordinaire qu’elles représentoient deux espèces différentes, dont nous avons reconnu Pexistence. — (Ce genre renferme les plus ex-

( 79 ) traordinaires des Microscopiques , tant par leur singulier aspect que par la bizarrerie de leur composition et la-variété du spectacle qu'ils présentent sous le microscope. On y voit bien distinctement un cœur toujours en action, et rien n'approche de la rapidité avec laquelle ; éminemment polymorphes , les Eséchièlines montrent leurs organes les plus essentiels, ou les font disparoitre et changer de forme. M. Dutrochet a essayé de résoudre le problème du mécanisme de leurs rotatoires, mais il seroit peut-être possible d’en donner une autre démonstration. Quant à la cé lébrité qu'on leur a faite sous ce nom de Rotifères, qui ne pouvoit demeurer celui d’un seul genre , et d’après la faculté qu’on leur a supposée de recouvrer l'existence long-temps après qu'on les avoit laissées se dessécher, nous pouvons assurer que ce dernier point est absolument dénuédefondement et établi d’après des observations mal faites. De telles résurrections ne peuvent avoir lieu, surtout chez des animaux d’une organisation si compliquée , où existe une circulation de fluides déterminée par les mouvemens d’un cœur évident, et qui ayant une fois cessé, ne peut conséquemment se rétablir. De tels animaux sont au contraire aisément mis à mort par la moindre iésion ; car les êtres deviennent plus facilement périssables à mesure qu'ils se compliquent. Les plus parfaits sont les plus fragiles, etnon-seulement une Eséchièline, ni aucun Rotifère, ne pourroient être rappelés à l'existence par l'humidité après avoir une fois cessé de vivre réellement par dessiecalion , mais nous

avons expérimenté qu’en divisant ces animaux , aûs cune de leurs parties ne reproduit d'animal nouveau, comme il arrive dans les Gymnodés, où l’expérience se fait naturellement sousles yeux de Pobservateur ;:et dans les Polypes de Trembley, où on peut la fre soi-même en divisant ces êtres singuliers, qui sont conséquemment moins avancés dans l’animalité que les Rotifères cependant relégués dans les classes inférieures.

Il existe un grand nombre d'espèces d’Eséchièhines , soit dans les eaux douces des marais | où elles vivent de proie parmi les lenticules, soit dans diverses infusions ; maisil leur est arrivé, comme à ces grandes créaturesique rapproche quelque: caractère tranché, qu'on les a toutes confondues en une seule; il est probable que chacune de celles que nous ont vaguement décrites et plus vaguement figurées divers micrographes, sont autant d'espèces différentes. On a prétendu apercevoir des yeux dans plusieurs d’entr’elles ; nous n'avons jamais pu y distinguer de tels organes.

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