‹ Essai d'une classification des animaux microscopiques. Extrait du Tome II (Zoophytes), Histoire naturelle de l'Encyclopédie méthodiqueChapitre 20 sur 20 · LE DES · texte numérisé non relu

LE DES

extrémités opposées, de cirres vibratiles ou servant parfois à faciliter les mouvemens de locomotion de lanimal, qu'il nage ou qu'il marche.

— ( Les Microscopiques que nous réunissons dans cette famille, sont comme des Brachionides de la seconde division, c’est-à-dire, dont les cirres vibratiles antérieurs, quoique bien visibles, ne se développent pas en rotatoires complets ; mais ils sont totalement dépourvus de queue; ils rappellent encore les Kérones, qui semblent présenter une ébauche de test. Les civres qui en garnissent les deux extrémités paroissent indifféremment remplir les fonctions d'organes vibratiles ou de petites pattes.)

Genre 80. Anouretre, Anourella ; N. Test en carapace, denté en avant; corps muni antérieurement d’un à trois faisceaux de cirres vibratiles , qui commandent l’ébauche d'un cœur. — EXEMPLES.

Anourella Luth ; N. Brachionus squamula ; Murr. tab. XLVII. fig. 4. 7. Encycl. pl. 27. fig. 4. 7. Dic. n. 2. — Anourella Cithara ; N. Brachionus Pala ; Muzx. tab. XLVTIT. fig. 1. 2. Encycl. pl. 27. fig. 8. 9. Dic.n. 3.—Anourella Lyra ; N. Brachionus striatus; Mviz. tab. XLWII. fig. 1. 3. Encycl. pl, 27. fig. 1. 5. Dic. n. 1. — Anourella pandurina ; N. Brachionus bipalium ; Mucz. /ab. ÆXLIIT. fig. 3. 5. Encycl. pl. 27. fig. 10. 12. Dic. n. 4. — (C'est par erreur que nous avons autrefois supposé les Anourelles douées de rotatoires complets; les cirres vibratiles n’y sont bien certainement disposés qu'en faisceaux. L’habitus de ces animaux les rapproche néanmoins des Tricalames ; on droit aussi les carapaces microscopiques de

(az) | Malacostracés brachiures enlevées à leur animal, et dépourvues de leurs membres.)

Genre 81. Præsconre, Plæsconia; N. Corps moléculaire , adhérant au fond d’un test cristallin, évidé et conformé par ses bords et en manière de petite barque , l'animal nageant avec agilté, le côté concave toujours en dessus; cirres vibratiles aux deux extrémités , et se prolongeant parfois sur l’un des côtés du Corps. — EXEMPLES. Plæsconia Vanus ; N. Encycl. Dic. Kerona ; Mur. tab. XX XIII. fig. 19. 20. Encycl. pl. 18. Fig. 6. 7. — Plæsconia Charon ; N. Encycl. Dic. Trichoda ; Mur. tab. XX XII. fig. 12. 20. Encycl. pl. 17. fig. 6. 14. — Plæsconia Arca ; N. Encycl. Himantopus Charon ; Murz. 4. XX XIF.

fig. 22. Encycl. pl. 18. fig. 7. — (Muller prétend avoir surpris Ces animaux s’accouplant ; nous les avons aussi vus se joignant deux à deux par celle de leur extrémité où les cirres ne s'étendent point ‘sur un côté pour y vibrer ; mais une telle jonction étoit-elle un accouplement chez des êtres où l’on ne distingue aucune trace d’ovaires, et dont le corps se réduit en molécules modanaires par la mort? Les Plæsconies nageant bien certainement sur le dos , offrent par-là un rapport frappant avec les Entomostracés , qui la plupart nagent aussi de cette manière. }

Genre 62. Coccuniwe, Coccudina ; N. Corps.

moléculaire, adhérant au fond d’un test cristallin, évidé et libre sur les bords , en forme de petit capuchon ; l'animal employant ses cirres pour nager ou pour marcher , le côté concave toujours en dessous. — EXEMPLES. Coccudina Keronina;N.Ke-

rona Patella ; Murx. tab. XX XIII. fig. 16. 17. Encycl. pl. 16. fig. 1.4. — Coccudina clausa; N. Kerona patella, minor; Murz. fig. 18. Encycl. fig. 5. — Coccudina Cimex ; N. Trichoda ; Musr. tub. XX XII. fg. 21. 23. Encycl. pl. 17. fig. 15. 18. Petite araignée aquatique; Jo8ror, p/. 10. fig. 15.—Coccudina Cicada ; N. Trichoda ; Mviz.. tab. XX XII. fig. 25. 27. Encycl. pl. 17. fig. 18. 20.— (Ces animaux, qui diffèrent surtout des précédens en ce que leurs cirres semblent leur servir principalement à marcher, à la manière des insectes aquatiques, sur les corps imondés, et qu’ils ne nagent pas sur le dos , ont aussi été surpris se réunissant par leur partie postérieure. Lorsque retirant leurs cirres , ils s’appliquent par leur partie inférieure , ou leur ventre contre le limon des marais, ou lés plantes mises en infusion pour leur donner naissance , on diroit de petits Coccus. M. de Lamarck , dont ils seroient indifféremment des Trichodes ou des Kérones , n’en a mentionné aucune espèce, ayant sans doute jugé que leur conformation testacée les éloignoit de sa première classe, tandis que leurs cirres ne remplissoient pas dans leur existence des fonctions organiques assez importantes pour les transporter parmi ses Polypes vibratiles. On n’y distingue d’ailleurs aucune trace de cœur, ni d’ovaires. [ls ne doivent cependant , non plus que les précédens, être tomipares. ) |

Il est plusieurs Microscopiques décrits par nos ”

devanciers, et qui, ayant échappé à nos recher- 0 A 3 & # ches , n'ont pu être.compris dans cet essai métho-

dique, Parmi ces animaux, nous citerons les suivans, comme ceux qu'il seroit le plus important de retrouver et d'observer de nouveau, pour savoir quelle place on leur doit assigner dans l’ordre naturel, parce qu'ils touchent au premier degré de l'organisation rudimentaire de la matière vivante.

1°, Ce que Gleichen nomme tantôt Jeux de la nature; et d'autres fois Bal/es-ramées, et qu'il fgore pli XI. À. [ec BR, T6: ALAN.

Pia; Dit. 2 AL et nl. XI D1.142 60.6.

F3 E. I. On diroit deux individus des Monas Punctum ou Bulla , N., placés à deux ou trois de leur diamètre, et unis par un corps filiforme qui les tiendroit assujettis et dans la dépendance lun de l’autre. Les deux globules ainsi hiés, se dirigent en avant et en arrière, selon la volonté de l’un ou de l’autre, comme on suppose que le devoit faire. . cet Amphisbène fabuleux de Pantiquité, serpent dont les deux extrémités avoient une tête qui dirigeoit à son tour la reptation de l'animal.

2°, Ce quele même micrographe appelle Chaos, et quil représente p/. XF. À. I. a; pl. XVII. B. If et IT ; p4 XXI. À, IL:;, G: I. Ce sont des masses sans formes déterminées, composées de molécules confuses et inégales, où l’on ne voit rien qui puisse faire supposer une organisation quelconque , mais qui cependant n’en manifestent pas moins tous les symptômes de la vie, allant, venant spontanément , et nageant en tout sens.

3°. Le Forticella cincta de Muller, pag. 256. tab. XX XF. fig. 5. 6. À. B. Encycl. pl. 19. fig. 6. 9, où existent certainement deux espèces d’un

« (95) | méme genre, mais dont nous ne pouvons nous former une idée juste. Il est impossible d'y voir une Urcéolaire agec M. de Lamarck ; et nous y verrions plutôt un Crustodé,

Ce que Muller nomme Leucophra heteroclita , ab. XXII. fig. 27. 34 , reproduit dans l'Encyclo: pédie méthodique , p£. 11. fig. 40. 46 , n'appartient point aux Microscopiques ; ce sont de jeunes indi= vidus d’une espèce de Tubulariée d’eau douce, ou de Polypes vaginiformes de M. de Lamarck, quele savant danois a négligé de comparer avec les individus adultes , si communs par masses de la grosseur d'une noix , sur les chaumes inondés des scirpes dont se couvrent les plages des étangs dans l'Europe septentrionale, où nous en avons souvent observé. On alieu d'être surpris que lestentacules, non moins visibles dans ces animaux que dans les Plumatelles, aient pu être confondues par un aussi grand observateur avec les simples poils ou cirres dont se couvrent les Leucophres.

Quant aux Vorticelles composées, ou simplement pédicellées, figurées dans les planches ÀXLIV, XLV et XLVI de Muller, ainsi que dans les 24°., 25°. et 20°. planches de PEncyclopédie, ellés n ‘appartiennent point à la classe des Microscopiques, dont elles s’éloignent même beaucoup, quoiqu’elles ÿ confinent avec les Urcéolaires. Simples végétaux durant une partie de leur existence , elles produisent à certaines époques de leur développement , des boutons qui, au lieu de s’épanouir en fleurs, deviennent de véritables animaux communiquant leurs facultés vitales aux rameaux qui les produisirent. Devenus adultes ou

muürs , Car ces deux expressions conviennent égale= ment 1C1, ces animaux-fleurs se détachent de leur pédoncule au temps prescrit poux jouir enfin d’une Liberté absolue ; on ne sauroit qu’arbitrairement contraindre de telles créatures, plantes durant la moitié de leur vie, animaux pendant l’autre, à rentrer dans l’un des vieux règnes adoptés jusqu'ici par les naturalistes, pour renfermer la totalité de la création organique. Il étoit. donc indispensable d’établir un règne nouveau pour contenir ces Vorticelles avec les autres productions de l’inépuisable nature, qui présentent comme elles des phases végétales et des phases animales durant le cours de leur existence. Nous l'avons définitivement fondé ce règne nouveau, mais dès long-temps indiqué, et dans notre Dictionnaire classique, tome VIII, page 246, il est appelé Psychodiaire , et caractérisé de la sorte dans le tableau joint à l’article Hisrorre Naru- RELLE : Où chaque zndividu apathique se développe , et croît à la manière des minéraux et des végétaux jusqu'à l’instant ou des propagules animés répandent l'espèce dans des sites d'élection. (Foyez Psycroprarme, tome II, 2e. partie des Zoophytes de l'Encyclopédie méthodique. ) :

Après avoir indiqué quels sont les rapports par lesquels les Microscopiques se rapprochent des animaux compris dans les classes supérieures, et dont ils sont pour ainsi dire comme la matière première ou la donnée créatrice, il nous reste à parler d’une propriété que la plupart des natura-' listes semblent leur avoir généralement reconnue

sans difficulté, Cette propriété est une phosphoresvence qu’on a révardée comme la cause de celle de la mer. « Depuis Aristote et Pline, dit M. Péron (loyage de découverle aux Terres australes , (Om. 1. pi 121), cé phénomène a été pour les voyageurs et pour les physiciens, un égal objet d'intérêt et de méditation. L'auteur dont nous émpruntons ces paroles, peint à son tout : là sure face de l'Océan étincelante dans toute son étendue, comme une étoffe d'argent électrisée dans l'ombre, ou déployant ses vagues en nappes immenses de soufre et de bitume embrasé; ailleurs , ajoute-t-il,

on diroit une mer de lait dontonn aperçoit pas tes bornes. « M. Péron donne ensuite une longue liste d’auteurs, entre lesquels PEscarbot ne lui échappe point, et chez qui il emprunte les traits de feu dont il illumine ses images ; il parlé de boulets rouges de vingt pieds de diamètre, de cônes de lumière pirouettans , de guirlandes éclatantes, de serpenteaux lumineux, qu'il a vus comme tous les écrivains qu'il cite, et conclut en sétayant du témoignage de Bernardin dé Saint-Pierre, qui, décrivant avec enthousiasme ces étoiles brillantes qui semblent jaillir par mil- Lers du fond des eaux, assure que celles de nos feux d'artifices n’en sont qu'une bien foible imitâtion. « Pour l’explication de ces prodiges , s’écrie M. Péron, combien de théories n’ont pas été émises ! » I] les passe en revue ; une seule, selon lui, west pas absurde ; il ne dit positivement pas laquelle en cet endroit, mais il assure que dans ses journaux de météoroloÿié, il à eu occasion de ré-

fi

(98 ) soudre le problème. Malheureusement la parte de ces journaux où le problème fut résolu , n’a pas été publiée, ou du moins ne nous est point connue ; nous savons seulement que l'observation suivante est l’une de celles que cite M. Péron comme lui étant propre. | |

« Le phénomène de la phosphorescence dé la

mer est d'autant plus sensible , que l'obscurité de la nuit est plus profonde. » (5°. p. 125. Joc. cit.) Ce que nous ne prétendons point contester, attendu que nous savons, sans qu’on lait jamais imprimé, que les étoiles ne sont pas visibles en plein midi quand Le soleil brille. M. Péron dit ensuite (7°. p. 125. oc. cit.) : « Tous les phénomènes de la phosphorescence des eaux de la mer à quelque multipliés, quelque singuliers qu'ils puissent être, peuvent cependant être rapportés tous à un principe unique , la phosphorescence propre aux animaux , et plus particulièrement aux.mollusques. >

En attendant un travail sur la phosphorescence de la mer, que nous comptons incessamment soumettre à l’Académie des sciences, nous nions positivement ce fait, quelle que soit Pautorité des témoignages qui Pappuieroient.

Nous n'irons pas chercher nos raisons dans Stravorinus, Bourzeils, Béal, Alder, Rothges, Dagelet, Morogue , Van-Neck, ni dans l'Escarbot lui-même, en convenant, düt-on nous accuser d'ignorance, n'avoir pas lu de telles autorités ; nous conviendrons même n'avoir jamais Vu au sein

de ces mêmes mers, où nous voyageñmes avec

M. Péron, d'étoiles plus belles que celles de nos feux d'artifices , de cônes pirouettans , de boulets rouges, de guirlandes n1 de serpenteaux ; mais, armés d’un microscope, nous avons soigneusement et minutieusement examiné les eaux de bien des parages , dans l’espoir de nous initier, par le secours de cet instrument , au mystère de la phosphorescence que M. Péron suppose, dans cinq Où six pages, pittoresque et sonoïe , mais sans alléguer un seul fait positif, être occasionnée par des animalcules marins , etc. Il se: trouve précisément que , dans la longue liste. d’autorités appelées au secours de son éloquence , les résultats positifs de nos observations sont demeurés inconnus à M. Péron, encore que nous les eussions publiées dès lannée 1804, c’est-à-dire, avant le retour en Europe des restes de l’expédition Baudin, et que l’ouvrage où elles furent consignées , nous eût déjà valu le titre honorable de correspondant de l’Institut.

Encore que le tableau que nous avons alors tracé d'une mer phosphorescente ne soit pas aussi animé que celui qu’en fit M. Péron, nous croyons pouvoir le reproduire en terminant cet article. On trouvera peut-être dans sa simplicité des traits de ressemblance qui eussent disparu sous un coloris trop brillanté; on y verra surtout, qu’un amas de vaine érudition ne vaut pas mieux qu'un amas de phrases vaines, lorsqu'il est question de rechercher la vérité, et quil est plus efficace d'interroger la nature même, quand on prétend surprendre ses secrets,

(100 ) que certains livres à peu près inconnus, et que: ceux du précepteur d’Alexandre-le-Grand, ou d’un compilateur des premiers temps du vieil empire des Césars.

Dans toutes les régions de l'Océan, FRE que le jour disparoïit , une nouvelle lumière nel jaillir du sein des eaux, comme pour tempérer la lugubre tristesse dont se frappe l’immense étendue. Aux crêtes des vagues qui retombent sur ellesmêmes ; dans le remous continuel opéré autour du gouvernail des grandes comme des moindres embarcations ; dans les lames qu’entr'ouvre la proue du vaisseau ; enfin, dans les flots tumul- -tueux qui se brisent sans interruption sur les rochers et les rescifs, ou se déroulent sur de longues plages , les parties écumantes ou agitées des eaux brillent d’une multitude de points scintillans. Ces points, quoiqu’éblouissans , sont souvent presqu'imperceptibles ; d’autres fois on diroit les églairs précurseurs de la foudre. Cependant , un vaisseau poussé par les vents impétueux au sein des mers et de la nuit, laisse au loin dernière lui une trace éclatante qui s'efface avec lenteur. Des rivages sablonneux baignés par l'onde amère, des algues ou autres productions de l’Océan : qu’on vient d'en retirer, paroissent tout-à-coup lumineuses dans lobscurité, pour peu qu’on les touche ou qu'on les agite; de sorte que le pied ou la main de l'homme posés sur l’arêne, y S impriment des vestiges qui brillent d’une lueur semblable à celles des Lampyres. Il existe des parages , et particulièrement ceux des pays chauds

et de la ligne , où de telles bluettes sans nombre produisent nn éclat très-remarquable, à l'extérieur méme de POcéan. Un baquet d’eau de mer, puisé pendant le jour, et dans lequel on s’est assuré par le secours d’un verre grossissant qu'il n’existe aucun être animé, produit de même dans l'obscurité,, quand on le remue, des points lumineux, et laisse jusque sur les corps qu’on y plonge, des indices de phosphorescence. Si Pon garde cette eau, si on la laisse se corrompre, elle perd sa qualité étincelante. ‘ |

Outre ces étincelles lumineuses dont il vient d’être parlé, les grandes eaux sont remplies par une multitude d'êtres qui répandent des lueurs inhérentes à leur organisation. Nous avonsle premier décrit un animal chez lequel cette propriété est éminente (le Monophora noctiluca, N. Pyrosoma de M. Péron). Ces êtres lucifères appartiennent tous à la classe des vers diaphanes et gélatineux , tels que Îles Méduses , les Béroës et les Biphores, fottans dans le vaste sein des mers, où ils sont, comme le disoit Linné, semblables à des astres suspendus dans ses obscures profondeurs ; ils paroissent maîtres d’une lueur dont , à leur gré , ls augmentent ou diminuent l'intensité, et qu'ils font cesser totalement quand ils paroissent le vouloir.

S'il ‘n’étoit pas démontré que de tels animaux sont dépourvus de sexe, on pourroit présumer qu'en leur donnant le pouvoir de manifester leur existence, au moyen d’une lumière qui leur est propre , la naturé permit qu'ils pussent faire de cette lumière un signal d'amour, et qu'un sexe

(102 3) se servit de ses feux pour allumer les feux de Pautre. ;

Il semble d’abord que des animaux à peine organisés , jetés sans défense et sans moyen d’échapper au sein d’un élément dontles chocs sont terribles, d'un élément habité par des créatures voraces. et monstrueuses , auxquelles une 1im-. mense quantité de nourriture sans choix est nécessaire pour alimenter leur masse bizarre; il semble , disons-nons, que ces animaux n’ont recu de la nature une organisation diaphane , qu’afin que, confondus par leur transparence avec les fluides où ils vivent, les ennemis‘ qu'ils ont à redouter ne puissent profiter de leur inertie pour en détruire les races entières. Cependant, par quelle vue, en apparence contradictoire , la nature leur a-t-elle donné une qualité opposée à celle qui leur permet de se confondre avec ce qui les environne ? Pourquoi dans le silence et durant les ténèbres les voit-on , en quelque sorte, s’élancer hors d'eux-mêmes, et répandre au loin les indices de leur fragile existence ? Il y a plus, c’est à l'instant même où se présente un péril, que les animaux phosphoriques'répandent leurs lnmières humides; ils semblent avertir par leur émission qu'ils sont là; et loin que le timide sentiment de leur extrême foiblesse les porte à se tenir obscurément épars dans les flots qui les balancent confondus , 1ls brillent au mieu des dangers. En effet, ce n’est que lorsqu'on tourmente un animal pareil qu’il lance ses feux dans Pobscurité, et c'est seulement entre les vagues qui

( 105 } les froissent en se heurtant , ou par le choc d’un corps résistant, ou bien au sillage d’un vaisseau dont le remous 1 fatigue , qu'on voit tout-à- conp scintiller leur masse incandescente.

L'analogie des vers mollusques , qui forment une famille naturelle très-remarquable, disionsnous ( Y’oyage en quatre iles d’ Afrique , tom. T, p-112)1l y a plus de vingt ans , et des microscopiques , appelés provisoirement Infusoires, est si marquée, qu’on à cru pouvoir en conclure que comme les mollusques gélatineux, les myriades d'animaux imperceptbles que contiennent les eaux de la mer ont la faculté de briller également à volonté Ar ’1ls déploient de même cette faculté dans les mêmes circonstances, et que c’est à cette phosphorescence des microscopiques marins qu'il faut attribuer celle de l'Océan. Le plus grand nombre d’étincelles phosphoriques, dans les amas de plantes marines qui servent de retraite à un plus grand nombre d’infusoires marins , seroit une présomption en faveur de cette opinion à peu près reçue. Mais pourquoi les Paramæcies , les Cyclides, les Bursaires et les Notocelles d’eau douce ne sont-elles pas aussi phosphoriques : ? pourquoi dans les grands marais, où le microscope nous montre une aussi grande quantité d’animaux imperceptibles à l’œil désarmé que d'eau marécageuse ? pourquoi ne voyons-nous r1en de semblable, même en dimioutif, aux lueurs jallissantes de la mer immense, mais non moins peuplée ? Disons le franchement , on n’a encore publié aucune observation microscopique dont on puisse appuyer l’opinion de ceux qui expliquent la phos-

phorescence de la mer par les animalcules dont élle est rémplie. Ce n’est que sur l’analogie, souvent trompeuse, qu'on à bâti de tels systèmes et brodé des canevas à déclamations. Personne n’a jamais dit avoir vu de ses yeux briller un mollusque invisible à Pœil nu, pas plus qu’un infu- $oire. »

Quant à nous, qui A notre voyage dans un autre re Qu avons scruté toutes les eaux, nous n'avons que par hasard trouvé quelques Microscopiques dans les eaux scintillantes, et ils n'y scintilloient pas. Nous avons d’autres fois éteint la lampe astrale, dont l'éclat nous servoit pendant des nuits entières à éclairer le porte-objet de notre microscope, quand son champ embrassoit des milliers de petits animaux dans une goutte d’eau de mer, et nous avons alors cessé d'y distinguer quoi que ce soit. Pour peu que les Microscopiques mis en expérience eussent été lumineux, ils fussent demeurés visibles. [Il nous demeure conséquemment démontré que les animalcules marins ne sont pour rien dans un phénomène qu'on leur attribue cependant aujourd’hui, par analogie, d’un commun accord, et principalement sur Pautorité de M. Péron. Ce qui confirme cette maxime du grand Bacon : que l’analogie et Île conséntément unanime des hommes ne sont pas toujours des preuves SAS de la réalité des choses.

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