PREFACE DE L'AUTEUR
Le plan d'une histoire de l'obstétricie m'a occupé pendant plusieurs années ; le désir, d'étudier, au point de vue historique, cette branche des sciences médicales qui m'était devenue si chère, s'était manifesté chez moi dès le moment où mes goûts et les circonstances eurent dirigé toute mon activité vers l'étude des accouchements. J'avais commencé de bonne heure à faire dans cette voie quelques travaux préliminaires, qui furent des écrits de circonstance, comme celui que je publiai en 1824(1), à mon arrivée dans cette Faculté. D'autres études historiques, que je livrai au public de temps en temps, parurent sous forme de leçons académiques; elles me firent connaître mieux encore les besoins d'un nouvel exposé historique bien coordonné. Depuis 1779, où F. B. OsiANDER publia son Histoire littéraire et pragmatique^ aucun traité n'avait paru qui eût pu mériter le nom d'Histoire de l'art bien liée et bien ordonnée. Le livre d'OsiANDER était resté l'unique oracle, et la source exclusive où venaient puiser ceux qui voulaient orner leurs travaux de quelques détails historiques ; dans plusieurs traités d'accouchements nouveaux, les introductions historiques placées en tête du livre, les coups d'oeil chronologiques, etc. n'étaient que des extraits de cette histoire. Dès lors, il m'a paru opportun d'aborder sérieusement l'histoire d'un art, qui, dans les dernières
(i) A l'occasion du Jubilé demi-séculaire de son aïeul Schaeffer, un Programme, qn'i est un résumé essentiellement historique, dont le titre est : « An ars obstetricia sit pars chirurgiae». (F.-J. H.)
années, avait fait des progrès si nombreux^ et dont la situation était devenue si différente de ce qu'elle avait été jusqu'alors. L'historien était tenu d'envisager cet art d'un point de vue nouveau, et l'exposé historique devait être fait suivant d'autres principes que ceux qui avaient guidé les historiens précédents. La bonne étoile qui, en i833, m'a conduit à Gottingue, a permis de donner satisfaction à ma prédilection pour les études historiques qui datait déjà de loin, et m'a fourni la possibilité de poursuivre des études depuis longtemps commencées, car nulle part ailleurs je ne pouvais trouver les moyens auxiliaires puissants et riches que renferme la bibliothèque ro}' aie de Hanovre. Ces trésors sont la condition indispensable de tout travail historique qui ne doit puiser qu'aux sources mêmes. C'est sans délai et sans relâche que je me mis à l'œuvre ; je puis citer avec vérité la parole de l'auteur de l'Art poétique « nonum prematur in annum y> et penser ne pas mériter le reproche d'avoir produit une oeuvre trop hâtive.
Tous mes efforts, dans la confection de ce livre, ont eu pour but d'exposer avec la plus grande sincérité ce que le passé nous a appris, c'est pourquoi je me suis toujours imposé de recourir aux sources puisées dans les premières éditions des auteurs, de n'accorder aux résumés qu'une confiance limitée, et de parcourir les textes mêmes des auteurs pour arriver à des résultats positifs. Le travail était considérable, une ferme volonté pouvait seule me préserver de toute défaillance; ceux qui ont entrepris des travaux analogues le comprendront aisément. La difficulté du travail se trouvait augmentée par la circonstance qu'il s'agissait d'un art qui ne s'est constitué que bien tard comme une branche
PREFACE DE L AUTEUR LVIl
séparée, basée sur des principes fixes, et qui n'avait été traitée par les auteurs de la médecine que comme une orpheline, et dont les origines sont enveloppées d'obscurités ; si bien que l'histoire de ses commencements ne peut s'appuyer que sur des suppositions. C'est par ce motif qu'il a fallu employer tous les moyens pour obtenir quelques lueurs sur ce passé ténébreux, et qu'il était urgent de consulter d'autres sources que les livres de la médecine; bien souvent les auteurs classiques de l'antiquité ont dû être interrogés, lorsque les anciens auteurs de la médecine ne me fournissaient aucune lumière. Il y avait une grande difficulté à trouver, dispersées dans ces auteurs, des remarques capables de donner quelque lumière sur l'état de l'obstétricie de ces temps lointains, et il n''éiait pas aisé de les interpréter, attendu que souvent elles se présentent sous une forme très concise et même aphoristique. J'avais heureusement devant mes yeux la belle pensée d'Alexandre de Tralles : « "EotI xai aXXa [j.upt'a elp'qijA^a loXç TcaXaXoiq, et xaXwç xpoaè^etç, xal a/,p'.6wç xotr^astç' » elle m'a consolé, encouragé et soutenu dans mon travail ; c'est avec confiance que je m'abandonne à l'idée que celui que j'ai entrepris n'aura pas été stérile. J'ai démontré que si l'obstétricie n'a pas un passé classique, il s'est trouvé parmi les anciens des hommes, qui dans leurs écrits se sont occupés de cet art, et ont cherché à lui venir en aide dans la limite de leurs forces. Ces connaissances échappent à ceux qui entrent dans le temple sacré de l'histoire imbus de préjugés ou avec des idées préconçues, et qui condamnent sans recours les anciens, puisqu'ils trouvent cette partie négligée par eux. De pareilles vues éloignent l'histoire de son but véritable, elles conduisent à des jugements injustes, mais la vérité est
bientôt reconnue par ceux qui n'ont pas d'idées préconçues, et s'appuyent sur cette parole de Bacon : « Una veritas, una interpretatio : sensus autem obliquus, animus alienus, res importuna : ipsum tamen interpretationis opus magis declinans, quam difficile. »
Dans les indications bibliographiques si nécessaires dans un ouvrage historique, je me suis imposé la plus grande précision ; les livres que je cite ont été dans mes mains, à peu d'exceiDtions près ; j'ai mis à profit ma bibliothèque personnelle et le riche trésor de notre bibliothèque royale, où j'ai trouvé les documents nécessaires. A l'exemple de Haller, qui a été suivi aussi par Osiander, j'ai fait précéder d'un astérisque (*) le titre des ouvrages que j'ai eus en main (Le traducteur a fait de même pour les livres qu'il a cités et qui ne se trouvaient pas indiqués par de Siebold). J'ai appris à connaître la grande utilité de ces indications qui peuvent guider les savants dans la recherche des livres rares, et leur indiquer où ils pourront les trouver, ce qui, certes, leur sera fort agréable ; d'autre part, cette indication donne au lecteur la plus entière confiance qui, jusqu'ici, n'a pas été méritée toujours par un grand nombre d'écrits relatifs à l'obstétricie.
Je dois la plus grande reconnaissance à mes dignes collègues et amis les directeurs de notre bibliothèque royale, pour l'intérêt si soutenu qu'ils ont eu pour mon travail, pour leur inépuisable patience dans les recherehes si nombreuses, où ils m'ont donné l'assistance la plus empressée et la plus utile ; je dois nommer M. le conseiller aulique et Directeur Benegke, m. le professeur Hoeck, MM. les secrétaires D"" BoDE et D"" Herbst ainsi que MM. les assistants D"" W. CoNRADi, et D'" Stromeyer; qu'ils veulent bien agréer