ESSAI DE STATIQUE CHIMIQUE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE
Quelles sont les modifications de t urine, du sang, des gaz expirés, des matières fécales, de la bile, etc.; à quel iwocessus morhide répondent ces modifications!
Notre base d'opération est la fièvre typhoïde commune d'intensité moyenne. Voici l'exposé des faits :
La somme des principes solides éliminés dans les vingt-quatre heures tend plutôt à augmenter qu'à diminuer, relativement à l'état normal, puisqu'elle s'élève à 52 gr. 30 environ, tandis que la moyenne normale est de 50 gr. : cette légère augmentation a d'autant plus de valeur, que l'individu atteint ne mange pas, et que les produits éliminés proviennent, en majeure partie , de la désintégration de sa propre substance; et de fait, on
sait que la fièvre typhoïde est une des maladies qui maigrit le plus les sujets qui en sont atteints (1).
Quels sont ces principes solides? Ce sont d'abord de l'urée, puis des matières extractives, de l'acide urique et de. l'albumine, puis des sels inorganiques. A l'état normal, les sels inorganiques contenus dans l'urine sont pour la plupart d'origine alimentaire ; le reste provient de l'usure des tissus; dans la fièvre typhoïde, les sels de la première catégorie (chlorures, phosphates) diminuent considérablement ; ceux de la deuxième (sulfates) augmentent a'osez sensiblement, h'urée descend peu au-dessous du chifTre de l'état de santé ; elle le dépasse même au début; quant à V acide miçue ei aux extractifs, ils sont
(1) M. Thomas Laj-^ton a étudié, dans un travail fort bien fait, les pertes de poids que les malades éprouvent dans un grand nombre d'affections aiguës et chroniques (Etude sur l'influence des causes qui altèrent le poids corporel de l'homme adulte malade. — Thèse de Paris, 1868). Voici les résultats principaux de ses investigations dans les maladies aiguës :
Perte par jour jusqu'au moment de la coavavalescence.
Moyenne.
Fièvre typhoïde : 238 gr.
Pneumonie : 387 gr.
Rhumatisme articulaire aigu : 373 gr.
La perte par jour est moins considérable dans la fièvre typhoïde, mais comme cette maladie dure plus longtemps que les deux autres, la perte totale est plus grande. C'est là une conclusion que Layton n'a pas tirée de ses recherches, mais qui en découle, d'après l'examen que j'en ai fait.
Voici les chiffres :
Perte totale du poids.
Fièvre typhoïde : 6531 (5 observations).
Pneumonie : 5294 (4 obs.).
Rhumatisme articulaire aigu : 5130 (2 obs). Je n'ai pris dans les observations de Layton que celles qui peuvent être considérées comme des types.
presque doublés. On trouve en outre de V albumine ou de Y albuminose d'une manière constante. Gomme la quantité d'urine diminue un peu, en raison des pertes plus abondantes de liquide par la peau et surtout par l'intestin, la densité augmente dans des proportions analogues.
Quelle est l'induction que l'on peut tirer de ce groupe de faits? C'est que dans la période d'état de la fièvre typhdide, il existe une exagération de la désassimilation, mais que tous les déchets de celle-ci ne subissent pas la même évolution et qiiune grande partie d entre eux demeurent à ï état de combustion imparfaite, qu enfin la destruction est assez intense pour quu7ie petite quantité de matières protéiques et grasses passent directement dans V urine, sans avoir accompli le moindre effet utile.
La confirmation de cette induction nous est donnée par les faits suivants :
Les matières fécales entraînent de l'albumine, des sels ammoniacaux d'origine évidemment azotée et probablement albuminoïde, des phosphates et des chlorures; (Remak, Ghalvet, etc.) (1). La bile est riche en graisse, en leucine et en tyrosine, qui sont aussi des produits arrêtés dans leur évolution; Y air expiré contient un quart ou un cinquième d'acide carbonique en moins que dans l'état normal (Doyère, Hervier et Saint-Lager) {2)\ le sang renferme un peu moins d'albumine en circulation (Becquerel et Rodier), moins de fibrine, mais plus de
(1) Voir aussi Maljean. — Sur le symptôme fétidité (Thèse de jaris, 1873).
(2) P. Doyère. — Moniteur des hôpitaux, t. II, p. 97.
Hervier et Saiat-Lager. — Comptes rendus de V Académie des sçiences t. XXVIII, p. 635 et t. XXIV, p. 454.
matières extractives (Ghalvet, Hoepffner, Albert Robin).
Donc, il résulte de cet exposé général ;
1° Que dans la fièvre hjphoïde, la désassimUation est fort augmentée, un grand nombre d éléments anatomiques étant frappés de mort par la cause morhifique^ quelle quelle soit ;
2° Que les déehets de cette dénutrition sont très-imparfaitement brûlés, qu'ils encombrent le système circulatoire et qii ils tendent à s' éliminer par tous les émonctoires, à f état de produits plus ou moins incomburés.
Quels sont maintenant, parmi les tissus, ceux que le processus destructif atteint de préféretice'î Sur ce terrain, des hypothèses plus ou moins rationnelles sont seules possibles, car une réponse certaine ne peut s'appuyer que sur l'expérimentation.
Les matières albuminoides des tissas musculaires et du sang paraissent être les premières qui soient touchées, comme le prouvent : la dégénérescence de Zenker, la diminution de la plasmine (un cinquième d'après Denis) et l'augmentation des extractifs dans le sang, la présence d'urée (Bibra) et d'une assez grande quantité de créatine et de créatinine (Schottinl dans le tissu musculaire, d'une part; l'augmentation des matières organiques azotées brûlées ou non brûlées dans l'urine, la présence de principes analogues dans les matières fécales et dans la bile, d'autre part.
Chose assez remarquable, les analyses de l'urine et du sang s'accordent pour démontrer que les globules sanguins sont moins détruits dans la fièvre typhoïde que dans d'autres maladies. En effet, d'après l analyse directe du
sang", la quantité de globules reste normale ou tend même parfois à augmenter pour Andral etGavarret; elle diminue à peine pour Becquerel et llodier; elle diminue un peu plus pour Denis (de Gommercy); pour M. Gautier, à lapériode d'augment,les globules rouges sont plutôt augmentés, tandis qu'ils tendent à diminuer peu à peu à lapériode d'état; M. Quinquaud reprenant la question avec des procédés nouveaux, a conErmé l'ensemble des opinions précédentes; pour lui, la fièvre typhoïde est une des maladies fébriles qui diminuent le moins la quantité d'hémoglobine contenue dans le sang (1). D'un autre côté, les analyses de l'urine montrent que ceux de ses chromatogènes et de ses pigments qui dérivent plus immédiatement d'une destruction normale de l'hémoglobine, c'est-à-dire, l'urohématine et l'urochrome,sont normaux ou diminués, et que les pigments qui proviennent d'une destruction globulaire exagérée, c'est-à-dire, l'hémaphéine et l'uroérythrine, sont absents ou du moins très-rares : la bile enfin, contient moins de pigment, fait important à noter quand on se souvient des rapports qui unissent la bilirubine et l'hématoïdine. Qu'une phlegmasie survienne dans le cours de la fièvre typhoïde, ou que la maladie débute avec des allures inflammatoires, les globules rouges diminuent dans le sang (1), et l'on
(1) Quinquaud. — Comptes rendus de V Académie des sciences, 1873.
1 Hémoglobine de la fièvre typhoïde, de 91 à 120 pour 1000.
2 — granulie, 67 à 81
3 — pijeumonie, 90 à 106
4 — rhumatisme, articu-
laire aigu. 81,7 à 86
5 fièvre intermittente, 86 à 96