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CHAPITRE PREMIER

Son but et sa méthode.

On peut désig*ner sous le nom à'vrologze clinique la réuniondes caractères séméiologiques que l'on détermine au moyen de l'examen des urines, pratiqué au lit du malade.

Envisagée ainsi, elle constituerait l'application immédiate des données scientifiques acquises par Vurologie générale : à ce titre, elle fournit des signes importants en pathogénie, en diagnostic, en pronostic et en thérapeutique. Mais elle n'est, en dernière analyse, qu'un ins-

trumeiit d'exploration du même ordre que le stéthoscope, le plessimètre, le thermomètre, le sphygmographe, le microscope, etc.; les renseignements qu'elle donne n'ont qu'une valeur intrinsèque assez restreinte, si on les envisage isolément. L'accroissement ou la diminution des oxydations et des dédoublements intra- organiques, la présence, l'absence, les variations quantitatives de tel ou tel produit de désassimilation, etc., n'ont une véritable importance que si le clinicien les rapproche de l'ensemble séméiologique que constituent tous les autres moyens d'investigation. L'interprétation de cet ensemble et non pas seulement d'un signe particulier, conduit le médecm à formuler un diagnostic, un pronostic, un traitement.

Il serait aussi absurde d'établir un diagnostic sur un caractère urologique isolé que de se fonder uniquement sur une modification de la température ou du pouls. Si on réunit, au contraire, les signes urologiques à tous les autres signes, ils prennent une utilité et une précision incontestables. Ceci n'étant point à prouver d'ailleurs, je n'y insisterai pas davantage.

Sauf dans quelques services hospitaliers, au premier rang desquels il est juste de placer celui de M. le professeur Gubler à l'hôpital Beaujon, l'urologie n'est pas encore entrée dans la pratique habituelle de la médecine. Le clinicien s'en tient simplement à la recherche de l'albumine, du sucre et à la constatation de certains caractères physiques : les dosages de l'urée, de l'acide unque, des chlorures, de l'acide phosphorique, etc., ne sont effectués que dans des circonstances exceptionnelles.

Cet abandon relatif reconnaît deux causes : d'une part, les procédés de l'urologie clinique ne sont pas assez

vulgarisés; d'autre part, les interprétations que l'on doit donner aux résultats obtenus, les relations à établir entre les modifications de l'urine et l'évolution d'un processus morbide déterminé, sont encore inconnues pour un grand nombre de maladies.

Le cadre à remplir est là tout entier.

Mais pour s'engager dans des recherches aussi longues et aussi délicates, pour utiliser les matériaux considérables mais souvent contradictoires qui ont été accumulés par les savants de tous les temps, il faut un fil conducteur, en un mot, une méthode.

Celle quej'ai toujours suivie, dans cet ordre de travaux, procède à la fois de la méthode d' observation tant illustrée par les maîtres de l'Ecole française et de cette méthode d' expérimentation dont M. Claude Bernard a fait un si brillant usage.

Quatre termes bien distincts constituent sa mise en œuvre.

1° Comme une bonne technique est la base indispensable de toute investigation sérieuse, il faut d'abord instituer pour l'urine, un mode d'examen simple, facile, à la portée de tous et surtout d'une grande rapidité. Pour cela, on doit s'efforcer de fixer des rapports entre les données exactes de la chimie analytique et certains procédés grossiers, mais rapides et par conséquent cliniques; m'appuyant tantôt sur mes analyses personnelles, tantôt sur les travaux d'auteurs recommandables, j'ai tenté cette adaptation pour quelques principes contenus dans l'urine.

2° A l'aide de cette technique et malgré ses lacunes et ses imperfections, j'étudie indistinctement les urines de

Albert Robin. 2

tous les malades qu'il m'est donné d'observer : en même temps je note avec soin les divers symptômes révélés par les autres modes d'exploration. Les observations complètes recueillies d'après ce principe, sont réunies en dossiers afférant chacun à un groupe pathologique spécial.

3° Lorsqu'un dossier comprend un nombre de faits suffisants, il est mis à part et compulsé de la façon suivante : chaque caractère de l'urine est rapproché, dans chaque cas, de tous les symptômes qui ont été relevés, des divers traitements, de la marche et des terminaisons de la maladie, des altérations an atomiques trouvées à l'autopsie, etc. Les rapports omsi déterminés ne sont souvent que de simples comaWewce^, mais d'autres fois, ils se présentent avec une constance quiles fait prendre en considération. On peut regarder ces dernières relations comme oMÏ^ni à' hypothèses directrices à posteriori qui vont servir de base à une quatrième série de travaux.

40 En effet, au fur et à mesure que l'occasion chnique s'en présente, ces hypothèses qui ont déjà pour elles la valeur des constantes dont elles découlent, sont soumises au contrôle d'une nouvelle observation. On cherche si elles se réalisent toujours et dans les mêmes circonstances, si certains phénomènes peuvent les atteindre ou bien si elles ne sont pas aptes à subir des variations qui deviennent alors autant de relations secondaires.

Les hypothèses qui sortent de cette épreuve ont toute

la portée d'un fait.

Ces faits ne sont autres que des signes susceptibles d'applications directes en séméiologie et en thérapeutique.

50 Mais l'œuvre bornée à ces résultats, quelqu'importants qu'ils soient, ne serait pas complète. Le fait une

fois connu, il faut en approfondir les causes et les conséquences.

Cette cinquième série des travaux de l'urologie clinique touche à la pathogénie ; ceux-ci relèvent surtout de la méthode expérimentale ; ils se font principalement au laboratoire.

Pourquoi les sels de chaux, de magnésie et l'urohématine diminuent-ils à une certaine période delà fièvre typhoïde; pourquoi, d'après les observations de M. Gubler, l'hémaphéine remplace-t-elle la bilirubine dans l'urine à la fin de quelques ictères simples; pourquoi l'hémaphéine est-elle si fréquente dans les affections à frigore; pourquoi l'indigose caractérise-t-elle presque toujours les affections de la portion sous-diaphragmatiquB du tube digestif, au point qu'on serait sn droit de l'appeler, en clinique, le pigment intestinal; pourquoi les phosphates augmentent-ils au début des accidents méningitiques ? etc., etc. Voilà des faits acquis par l'urologie clinique, mais dont la cause doit être demandée aux expériences faites sur les animaux, aux recherches de- la chimie physiologique et pathologique, servie par ses procédés les plus exacts.

On pourrait résumer le but de cette dernière série de travaux dans une formule ainsi conçue :

Partir d'un fait d'urologie pathologique pour instituer des expériences rationnelles dont le but est de découvrir l'origine, la genèse et la nature d'un principe contenu dans l'urine.

Quand cette somme de recherches sera terminée pour les différents groupes morbides, la médecine se trouvera en possession d'un faisceau de résultats dont la portée

scientifique et pratique peut être facilement calculée d'après les services que rendent les faits connus aujourd'hui (1). .

Dans le travail qui va suivre, j'ai eu pour but de donner un exemple de l'application de cette méthode, mais en me restreignant à la clinique et en n'abordant qu'indirectementla cinquième série de recherches, car les expériences que j'ai entreprises sur ce pointsont beaucoup trop incomplètes, pour que je puisse fournir des conclusions plausibles. Je cherche simplement à établir un petit nombre de faits, sans en donner d'explications plus ou moins aventurées, renvoyant à des travaux ultérieurs l'étude des lacunes que j'essayerai de combler peu a peu et dans la mesure de mes forces.

Ceci posé, voici le plan de ce mémoire : une première partie comprendra les procédés d'évaluation de quelques principes immédiats et un aperçu sur la valeur clmique des pigments et des chromatogènes : c'est, à vrai dire, la partie technique de ce mémoire.

Une deuxième partie sera consacrée à rétude des questions suivantes : • ' u

1» Indications séméiologiques générales qui résultent de la variation des caractères physiques et des principaux matériaux constituants de lurine dans la fièvre typhoïde.

2° Est-il possible de constituer des syndromes urologiques pouvant se rapporter à une forme, à une période spéciale de la maladie?

(1) C'est cette méthode qui nous a guidé, M. le P-^^^^^ ^^^'^^J moi dans les travaux que nous avons entrepris, en collaboration, sur l'urine dans les maladies des nouveau-nes .médecine

(Voir J. Parrot et Albert Robin. Arc/iiues générales de médecine,

février, mars, avril, septembre 1876.)

3° Les maladies que l'on peut confondre avec la fièvre typhoïde possèdent-elles aussi des syndromes urologiques ?

4° La comparaison des syndromes de ces affections avec ceux de la fièvre typhoïde permet- elle d'assurer à ces derniers une valeur diag-nostique quelconque et cette valeur peut-elle s'étendre au diagnostic de la maladie elle-même, de ses formes et de ses périodes ?

5° Valeur pronostique des syndromes urologiques de

la fièvre typhoïde.

6" L'urologie clinique peut-elle aider à la connaissance de la physiologie pathologique de la maladie ?

7° Conduit- t-elle à des indications thérapeutiques?

Les conséquences de cette étude sont des faits qui pourront, j'espère, venir quelquefois en aide au clinicien pour compléter les indications qui sont posées par la séméiologie habituelle.

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