CHAPITRE I
Allaitement Maternel
On est étonné, aussi bien à l'hôpital que dans la plupart des consultations de nourrissons, de l'énorme proportion des enfants soumis à l’allaitement artificiel, malgré la propagande faite par tous ceux qui se sont occupés de médecine infantile, en faveur de l'allaitement au sein.”
I semble bien cependant que la majorité des femmes puisse nourrir leurs enfants, mais à condition d'être bien conseillés, de ne pas abandonner l'allaitement parce que la secrétion lactée est peu abondante ou simplement | parce que la montée laiteuse est retardée,
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Peut-être surtout, verrait-on plus d’enfants nourris par leurs mères si celles-ci savaient que l’allaitement au sein est, non seulement le mode d’allaitement idéal pour l'enfant, que rien ne saurait remplacer, mais aussi lé plus simple, le plus pratique, le plus rapide, qu'il est loin d’être incompatible avec une vie active et qu'il ne nécessite pas de régime spécial.
Cela sera surtout vrai si on ne s’embarasse pas de règles trop strictes qui, pour le nourrisson bien portant,
sont le plus souvent inutiles.
Régime de la nourrice. — Pour le régime de la nourrice, on peut, en effet, se montrer très large ; il semble bien qu'il n’y ait pas d'aliments, nuisibles à priori, qu’il faille proscrire d’une façon absolue. Peut-être aura-t-on ainsi quelques incidents au début, mais ils seront presque toujours passagers, l’enfant semblant s’accoutumer à l'alimentation que prend la mère.
Qu'on laisse donc la mère se nourrir comme elle en a l'habitude ; qu’elle prenne une nourriture saine et abondante, en particulier qu’on lui laisse prendre toutes les crudités qu’elle désire : fruits, salade. Ces aliments, défendus par certains auteurs, nous ont semblé au contraire être utiles, et à la mère (dont ils augmentent la sécrétion lactée), et à l'enfant, qui profite des vitamines qu'ils contiennent.
Une seule chose est indispensable pour guider l’allaitement maternel : faire peser l’enfant au moins une fois par semaine. I] faut, en effet, s’assurer que la courbe de
poids est satisfaisante. Cela dispense presque de toutes les
autres précautions.
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Pesées des tétées. — Si l'enfant pousse bien, ne présente pas de troubles, il est, en effet, bien inutile de faire perdre son temps à la mère en lui faisant peser les tétées. Cela sera indispensable si des incidents surviennent, mais ne présente aucun intérêt chez l’enfant sain. On aurait cependant, parfois la surprise de voir qu'un enfant, dont la courbe de poids est normale, prend des rations journalières très différentes (en plus ou en moins) de celles qu'indiquent en général les tables d'allaitement. Il faut kien savoir, en effet, que celles-ci ne représentent qu'une moyenne ; que certains enfants ont besoin, pour avoir une croissance normale, de beaucoup plus ; que d’autres se contentent de beaucoup moins. Cela se comprend d'autant mieux que les analyses de lait de femme montrent des variations considérables quant à leur teneur en protéines et en graisses.
D'une façon générale, l’enfant sait prendre ce qu’il lui faut, si la mère peut lui en fournir une quantité suffisante, et ce serait toujours une faute de vouloir modifier le
régime de ce nourrisson dont la croissance est normale.
Réglementalion des tétées. — Quand au nombre et à la réglementation des tétées, il ne faut pas, là non plus, se montrer trop strict. Sans doute, il faut, autant que possible, régler l'enfant, ne pas lui donner des repas | trop rapprochés. Dans la majorité des cas, on dira à la mère de donner, les premières se-
maines, 7 tétées par 24 heures, espacées de 3 heures,
ART Eee
avec suppression d'une létée la. nuit ; mais on peut laisser la mère modifier largement cet horaire et ce nombre. Certains enfanis poussent mieux avec des repas plus nombreux et plus rapprochés. D’autres se contentent de 6 tétées par jour. Certains, presque d'emblée, dorment toute la nuit. D'autres, malgré les tentatives des parents, persistent à réclamer la nuit toutes les deux ou trois heures. Il semble qu'il soit alors dans l'intérêt de la mère et de l'enfant de donner une tétée supplémentaire. Spontanément l’enfant se réglera la nuit à un âge d’ailleurs assez variable. En tous cas, ce repas supplémentaire n'amènera jamais de troubles chez un enfant au sein, alors qu’il n’en serait pas de même chez un enfant nourri
au biberon.
Hypoalimentation. — L'allaitement par la mère ne présente, en réalité, qu'un danger : c'est l’hypoalimentation. Nous verrons les troubles que peut produire une ration nettement insuffisante, mais dans l'allaitement naturel: les accidents sont toujours tardifs et facilement curables. Néanmoins, pour augmenter la secrétion lactée, il sera utile, surtout chez les primipares, de faire donner les deux seins chaque fois. C’est qu'en effet, la succion qu'’exerce le nourrisson est le meilleur, pour ne pas dire le seul excitant de la sé-
crétion lactée.
Contre-indications. — En tous cas, il ne faut jamais supprimer l'allaitement maternel pour des troubles
présentés par le nourrisson. Pratiquement, la seule
RE pra
contre-indication de l'allaitement doit être la tuberculose de la mère ; mais, à part ce cas où l’allaitement serait néfaste, aussi bien pour l'enfant que pour la nourrice, il faut toujours essayer d’instiluer Fallaitement maternel et tout faire pour le conserver.
Si l’enfant présente des troubles, il faut les mettre, à priori, sur le compte d’une maladie de l’enfant ou d’une faute de l’allaitement (hypo-alimentation avant tout) et ne pas les attribuer à une intolérance au lait, ou à un lait ne convenant pas à l'enfant.
Les analyses du lait de la mère, qui peuvent parfois rendre de grands services, sont plus souvent, soit parce que mal faites, soit parce que mal interprétées, être extrêèmement nuisibles.-Si même, il s’agit d’un lait ou trop pauvre ou trop riche, il faut essayer de modifier la secrétion lactée ou instituer un allaitement mixte, mais ne pas supprimer l'allaitement maternel.
Bien plus souvent, il s’agit d'enfants dont les troubles digestifs sont dus à une affection intercurrente et chez qui le changement de lait ne peut qu'exagérer les trou-
bles.
En résumé, le lait de femme est l’aliment idéal : c’est le mode d’allaitement le plus simple ; il n’y a guère de règles précises à instituer ; le seul précepte presque absolu est de ne jamais le supprimer trop précocement.