IG
Au premier abord, on ne voit pas le lien qui relie ces chiffres. Mais si on retranche i de
chacun d'eux, on reconnaît immédiatement la progression suivante, dont chaque terme, à partir du troisième, est double du précédent :
Cela signifie qu'en prenant pour unité le dixième de la distance moyenne de la terre au soleil, c'est-à-dire environ 3,700,000 heues, la dislance de Mercure au même astre est d'environ quatre fois cette unité, celle de Vénus sept fois, celle de la Terre dix fois, etc. Lorsque Titius reconnut cette loi^, on ne connaissait encore ni Uranus, ni Neptune, ni les planètes télescopiques. Il existait donc un vide au chiffre 28, entre Mars et Jupiter, et la progression s'arrêtait à 100, distance approximative de Saturne. Plus tard, Uranus fut ajoutée à la suite de Saturne, à la place 196, indiquée par le huitième terme de
(*) Il est bon d'observer que pour qu il y eût rigoureusement progression dans celle série de termes, il fau^ drait que le preniier chiffre commençât par \ et non par zéro.
la progression, et les planètes télescopiqaes sont venues remplir la lacune marquée par le chiffre 28, qui répond à peu près à la moyenne de leurs distances au soleil. Toutefois ces nombres ne sont qu'approximatifs, surtout pour les dernières planètes, et n'ont plus répondu h la distance trouvée pour Neptune. La loi de Titlus indique pour cette dernière planèle 38 't, tandis que l'observation ne donne que 300. Ajoutons que Boucheporn a su tirer une loi plus rigoureuse de ses formules, et que tous ses chiffres concordent de la manière la plus frappante avec les distances données par l'observation directe. Ce résultat nous parait une des plus brillantes applications de la théorie de Téther.
La loi de Titius ne s'applique pas seulement aux planètes. Les satellites de Jupiter, de Saturne et dUranus présentent, dans leurs distances au corps central, des dispositions analogues. En retranchant un nombre constant pour chaque groupe satellitaire, on retrouve la progression que nous connaissons déjà : 4,7, 10, lô, 28, etc. On ne peut s'empêcher de voir là une de ces harmonies de la nature qui avaient fait dire aux anciens philosophes : omuia reguntur numéro
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pondère et- mensnra. Tout est régi dans l'univers avec nombre, poids et mesure.
Avant de quitter l'étude du système solaire, nous allons aborder une dernière question, celle qui se rapporte à la formation des divers corps de ce groupe. Nous parlerons plus tard de la genèse cométaire et des nuages cosmiques ainsi que des relations probables qui existent entre ces derniers corps et les étoiles filantes. Nous n'avons k traiter ici que de l'origine des planètes et de leurs satelliles. L'explication que nous allons donner est connue dans la science sous le nom âlifjpothèse de Laplace, (*)
l.aplace, frappé des beaux travaux d'Herchell
0 Beaucoup de gens, principalement les AUeniands, alliibuenl la priorité de cette hypothèse à Kant. Kant a pressenti, il est vrai, par une sorte d'intuition philosophique, tout ce qu'il y avait de grandiose dans cette conception, mais c'est Laplace qui a exposé d'une niaLière rationnelle les causes de cette genèse cosmique, et qui a fait d'une simple hypothèse une véritable cosmogonie. L'idée première lui en fui suggérée par les travaux d'Herschell sur les nébuleuses, et non par la lecture de Kant, que probablement il ne connaissait que de nom.
sur les nébuleuses, imagina de considérer notre soleil, à l'origine, comme une immense nébuleuse dont le rayon se serait étendu jusqu'aux espaces parcourus aujourd'hui par les dernières planètes de notre groupe cosmique. Cette nébuleuse, en se. refroidissant par le rayonnement vers les régions célestes, diminua insensiblement de volume et augmenta par conséquent, d'après les lois de la mécanique, la vitesse de rotation de ses molécules. Or, on sait que les molécules d'un corps qui tourne autour d'un axe tendent à s'éloigner de cet axe sous l'impulsion de la force centrifuge, développée par le mouvement rotatoire, et que cette force centrifuge est d'a,utant plus intense que les molécules sont plus voisines de l'équateur, et que la rotation est plus rapide. Il arriva donc un moment où la force centrifuge développée cà l'équateur fut assez forte pour vaincre la pression de l'éther qui faisait adhérer les molécules de la surface à celles du centre. Dès-lors une zone se détacha de la masse solaire sur le plan de l'équateur, et cette zone continuant à tournoyer sur elle-même en vertu de la vitesse qu'elle possédait auparavant, se pelotonna et forma la première planète, Nep-
lune f). Puis vinrent Uranus, Saturne, Jupiter, etc. , ctiaque période connprise entre deux formations planétaires se comptant par myriades de siècles. Des considérations analogues expliquent la formation des satellites aux dépens de la planète centrale. Ainsi la terre, incandescente à l'origine, comme le prouve l'étude de la géologie, occupant par conséquent un espace incomparablement plus grand qu'aujourd'hui, abandonna, en se refroidissant, une zone de sa matière cosmique sur le plan de son équateur, et c'est cette zone qui a constitué la lune. Les grosses planètes, plus lentes à se refroidir, ont pu abandonner successivement diverses bandes de leur surface équatoriale et engendrer plusieurs satellites. Qu'une de ces zones, au lieu de se rompre et de se pelotonner sur elle-même conserve sa forme annulaire, on aura l'anneau de Saturne.
L'hypothèse de Laplace rend assez bien
(*) Nous disons Neptune parce que c'est aujourd'hui la dernière planète du système solaire, mais nous ne préjugeons rien sur les limites de ce système.
compte des particularités de notre groupe cosmique. Elle explique pourquoi les planètes circulent dans des plans peu différents de i'équateur solaire ; pourquoi les orbes des satellites s'éloignent peu de I'équateur de la planète ; pourquoi Saturne a un anneau ; pourquoi planètes et satellites se meuvent dans le même sens, qui est celui de la rotation du soleil. Les inclinaisons qu'on remarque dans les plans des orbites planétaires et satellitaires peuvent s'expliquer par les influences exercées, soit par les planètes ellesmêmes, soit par les étoiles voisines. Nous avons dit que tous les corps célestes sont reliés entre eux par les mouvements de l'éther, source première de toutes les lois astronomiques.
Cependant des objections se sont élevées contre la théorie de Laplace. L'esprit comprend difficilement comment le soleil a pu atteindre les limites de Neptune , c'est-à-dire occuper un volume cent milliards de fois plus considérable que celui d'aujourd'hui, et entraîner une masse si faible dans son mouvement rotatoire. Une difficulté non moins grave est tirée du mouvement d'Uranus et de ses satellites. Par une exception unique dans le système solaire, la
marche du groupe uranien est rétrograde, tandis que celle de tous les autres corps planétaires ou satellitaires est directe. De plus, les satellites de ce groupe ont leurs orbes presque perpendiculaires sur le plan de l'orbite de la planète, qui paraît elle-même couchée sur le plan de l'équateur solaire. Ici l'influence stellaire ne suffit plus pour expliquer ce dérangement manifeste qu'a dû subir ce groupe ; il faudrait recourir à l'hypothèse d'un choc. Ces difficultés sont assez sérieuses pour jeter les esprits dans le doute, et nombre de personnes hésitaient à accepter les idées cosmogoniques de Laplace, lorsque une expérience, imaginée par un physicien belge, Plateau, est venue donner une nouvelle force à cette hypothèse en lui apportant en quelque sorte, quoique d'une manière indirecte, la sanction de l'expérience.
Ce physicien introduit dabord dans un vase de verre un mélange d'eau et d'alcool, calculé de telle façon que le liquide ait la densité de l'huile. Il introduit ensuite dans ce mélange une petite quantité d'huile assez faible, pour qu'elle conserve la forme sphérique. L'huile, se trouvant dans^un hquide de même densité que la sienne,
reste stationnai re à la place qu'elle occupe. Mais si on lui communique un mouvement de rotation à l'aide d'un petit disque auquel elle adhère, on voit aussitôt la sphère huileuse s'aplatir aux pôles et se renfler au milieu. Si le mouvement devient plus rapide, la force centrifuge l'emporte sur l'attraction moléculaire, des gouttelettes se détachent de la masse dans le plan de l'équaleur et tendent à suivre le mouvement général : c'est la planète, le satellite qui vient de se former aux dépens du corps central. Quand le mouvement rotatoire n'est pas trop rapide, on voit parfois une zone équatoriale se détacher toute entière de la goutte-mère sans se rompre, et l'on a alors un anneau analogue à celui de Saturne. Toute la genèse cosmique se reflète dans cette expérience si simple.
Les comètes forment un monde à part qui n'a pour ainsi dire aucun point de contact avec les planètes. L'astre chevelu diffère du globe planétaire par son aspect, par sa nature et par la forme de son orbite.
Tandis que les planètes sont de forme spbérique, les comètes offrent toute sorte d'aspects. D'ordinaire on y distingue trois parties, le noyau, la chevelure, la queue. Le noyau forme l'élément essentiel de l'astre. La matière cosmique, plus condensée là que dans le reste de la comète, rend cette partie plus lumineuse et plus visible. Autour se trouve une nébulosité blanchâtre généralement arrondie qu'on appelle chevelure et qui avec le noyau forme la tête de la comète .
Souvent l'astre ne présente que le noyau et la chevelure, quelquefois même la chevelure seulement ; mais souvent aussi il se termine par une traiûëe de matière cosmique appelée queue. Ce prolongement placé d'ordinaire dans la direction opposée au soleil atteint quelquefois des dimensions extraordinaires. En 1863 on aperçut une comète dont la queue s'étendait sur un espace de 60,000,000 de heues. Ces appendices, loin d'être uniformes, offrent parfois l'aspect le plus bizarre. On connaît des queues'multiples, des queues à aigrette, des queues à panache, etc.
En réalité, il y a moins de variété qu'on pourrait croire , car bon nombre de ces formes bizarres s'expliquent par des effets d'optique. Rien du reste de plus varié que l'aspect d'une même comète aux divers points de sa course. La chevelure elle-même diminue considérablement de volume en se rapprochant du soleil, ce qu'on peut expliquer ou par l'éclat des rayons solaires ou par la résistance des vibrations de l'éther, d'autant plus fortes qu'elles sont plus voisines du soleil.
Un second trait caractéristique des comètes c'est la direction qu'elles suivent dans leur course.
Elles parcourent l'espace en tous sens, coupent le plan de l'orbite terrestre sous les angles les plus divers, offraiit tantôt le mouvement direct, tantôt le mouvement rétrograde. Nous avons vu que tous les corps du sytème planétaire, sauf Uranus et ses satellites, suivaient dans leur marche le mouvement direct c'est-à-dire d'occident en orient.
La nature de l'orbite que décrivent les comètes ne différencie pas moins ces astres des autres corps du système solaire ; au lieu de décrire des ellipses presque circulaires, comme les planètes et leurs satellites, les comètes suivent des orbes très allongés. Encore l'ellipse cométaire n'est-elle à vrai dire qu'une exception, car la plupart des courbes tracées par ces astres sont des arcs de parabole ou d'hyperbole. Ces courbes ne se fermant jamais, l'astre qui les parcourt n'apparaît qu'un instant lorsqu'il passe au périhélie, c'est-à-dire au voisinage du soleil, puis il s'éloigne pour toujours, à moins que dévié de sa marche par la proximité d'une planète ou de tout autre corps céleste, son orbe ne change de nature.
On ne connaît que très peu de comètes périodiques c'est-à-dire décrivant une ellipse, quoique le nombre en soit peut-être assez considérable ;
cela tient à ce que ces astres ne sont visibles que dans une très petite fraction de leur course lorsqu'ils se trouvent au voisinage immédiat du soleil. La première dont on ait constaté la périodicité est celle de Halley. Halley remarquant que les éléments de trois comètes observées en lo3i, 1G07, 1682 étaient presque identiques, conclut que ces astres n'étaient que la réapparition successive d'une seule comète dont la révolution s'effectuait dans un intervalle d'environ 76 ans, et prédit son retour vers 1758. Ce moment était attendu avec l'anxiété la plus grande, car on sentait qu'il allait marquer une date célèbre dans les fastes de la science. Un astronome" français, Clairaut, calculant les perturbations que la comète avait éprouvées en passant près de Jupiter et de Saturne, trouva que ces deux planètes occasionneraient un retard de près de deux ans et fixa le retour, à un mois près, vers le milieu d'avril 1759. La comète parut, en effet, le 12 mars, dans les limites assignées par Clairaut. Elle a reparu le 16 novembre 1835 avec un retard de trois jours qu'on aurait évité si on avait connu d'une manière plus précise la masse de Jupiter.
DepuiS; d'autres comètes ont été reconnues pé-
riodiqiies ; nous citerons celle d'Enke dont la révolution est d'environ trois ans et demie et qu'on appelle pour cette raison comète à courte période ; celle de Biéla, dont la révolution est de sept ans environ et celle de Faye qui met sept ans et demi à parcourir son orbite. L'étude de ces astres a révélé des faits curieux. La comète de Halley va en diminuant de grandeur, celle d'Enke et de Faye rétrécissent leur orbite à chaque révolution. Ce rétrécissement ne peut s'expliquer que par la résistance d'un fluide qui remplit les espaces célestes et les astronomes trouvent là une preuve directe de l'existence de l'éther. La comète de Biéla offre une particularité d'un nouveau genre ; lors de son retour, enl84G, on remarqua quelle avait deux noyaux distincts. Le premier s'était donc dédoublé. On n'a pas encore expliqué la cause de ce phénomène qu'on a, du reste, remarqué dans d'autres comètes.
La masse des comètes est extrêmement faible ; on voit souvent les étoiles à travers la queue et quelquefois aussi à travers la chevelure et le noyau, ce qui indique la nature gazeuse de ces astres.' Aussi n'avons-nous à craindre aucune perturbation planétaire dans l'hypothèse, assez peu
probable d'ailleurs, dl^la rencontre d'un de ces astres chevelus avec notre globe. On a vu des comètes passer à travers les satellites de Jupiter sans causer le moindre dérangement ; l'orbe de la comète était seul affecté. Est-ce à dire pour cela que les appréhensions du vulgaire à la vue de ces astres balayant l'espace de leurs traînées immenses soient tout-à-fait sans fondement ? Nous n'oserions l'affirmer. Quand ces traînées atteignent des dimensions de 40, 50, 60 millions de lieues elles peuvent rencontrer notre globe et laisser dans l'atmosphère une partie de leurs éléments gazeux. On pourrait à ce sujet citer des exemples. Petit, astronome de l'observatoire de Toulouse, raconte que le 13 mai 1838 on ressentit dans la ville et dans d'autres localités du département, de deux à sept heures du soir, une odeur de chlore très prononcée, tandis quela lumière du jour s'était affaiblie d'une manière sensible. Il est permis d'attribuer ce phénomène à un nuage cosmique amené par le passage d'une comète invisible, car on sait que ces astres, qui ne sont point lumineux par eux mêmes ne se laissent apercevoir que lorsque ils se trouvent au voisinage du soleil et qu'ils sont rarement visibles en plein jour. Liais,
dans son voyage scientifique au Brésil, fut témoin d'un fait à peu près analogue et l'attribue aussi à un nuage cosmique.Or, peut-on définir une comète autrement qu'un nuage cosmique ? L'an 390 de notre ère, époque de l'apparition d'une brillante comète, on vit une épidémie des plus singulières : le malade était saisi d'accès d'éternuement qui souvent amenaient la mort ; c'est de là, dit-on, que nous vient l'expression « Dieu vous bénisse, » adressée aux personnes qui éternuent. Ces accès de toux s'expliquent parfaitement par l'introduction dans notre atmosphère des gaz qui constituaient la queue de la comète.
Nous terminerons cette esquisse des comètes par quelques considérations sur leur origine. La genèse cométaire inabordable en partant des idées newtoniennes, s'expli(iue de la façon la plus simple dans la théorie nouvelle» Nous avons dit que chaque étoile étant un soleil se trouvait par conséquent plongée dans un immense océan d'éther ; chacune de ces atmosphères éthérées mise en mouvement par la rotation de l'astre central forme une suite de sphères concentriques qui vont se propageant dans l'espace jusqu'à ce qu'elles viennent se heurter aux atmosphères des étoiles
voisines. Au point de rencontre de ces sphères il se produit une espèce de remous de tous les atomes ou molécules que les ondes chassent devant elles. Ces atomes ou ces molécules s'équilibrent, s'agglomèrent sous la pression énorme qui résulte à la longue de la succession non interrompue des vibrations de l'éther ; c'est le nuage cosmique, la comète qui est en voie de formation. Cependant les mouvements vibratoires sont loin d'être égaux sur les surfaces des diverses sphères qui se choquent ; pour qu'ils fussent de même intensité il faudrait que les étoiles centrales eussent même volume et imprimassent à l'éther la même vitesse. Le nuage cosmique à peine formé sera donc poussé vers une direction déterminée par la résultante de toutes ces impulsions, et entrera fmalemenl dans l'atmosphère éthérée d'un des soleils du groupe, en décrivant un 'orbe qui, suivant la nature de l'impulsion, donnera une courbe fermée, l'ellipse, ou une trajectoire aux branches infinies, la parabole ou l'hyperbole. Ainsi s'expliquent le sens tantôt direct tantôt rétrograde du mouvement des comètes, leurs inchnaisons sur le plan de l'écliptique qu'elles coupent sous tous les angles possibles,
enfm la variété de leur point de départ résultant de ce que elles peuvent prendre naissance sur une foule de points de la sphère éthérée qui entoure le soleil. On voit en même temps comment certaines comètes, assez semblables d'aspect, suivent parfois la même route. Ce sont autant de sœurs sorties du même laboratoire.