ESSAI DE PHONÉÏÏQDB DYNAMIQUE
on HISTOBIQUE COMPAKÉK-
Dans une précédente étude nous avons envisagé la phonétique générale à Vétat statique, dans ses éléments et dans son ensemble physiologique, avant tout mouvement et dans le repos ; nous Tavons aussi observée dans son état statico-dynamique^ c'est-à-dire lorsque les phonèmes et les autres unités phonétiques sont en mouvement mais restent isolés sans action ni réaction réciproques. Il nous reste dans la présente étude à les observer à l'état décidément dynamique^ c'est-à-dire nonseulement en mouvement, mais en action les uns sur les autres, sur les autres éléments de la linguistique et même sur les facteurs étrangers, et subissant à leur tour les réactions que ces actions appellent.
Nous qualifions cette phonétique dynamique en même temps à'historique, parce que c'est l'évolution des sons du langage qui peut seule en révéler les lois ; la physiologie pouvant les expliquer, mais étant impuissante par elle-même à nous les enseigner. Cette phonétique a d'ailleurs un domaine beaucoup plus vaste que c&lui de la statique. Elle présente plus de sûreté, et aussi un intérêt plus immédiat, car ce que nous avons anatomisé comme chose morte va nous apparaître dans ses actes et dans sa vie.
Les mouvements linguistiques du phonème consistent en ses transformations, en ses modifications, et même en son absorption définitive. Plus exactement ils comprennent Y le mouvement vers un autre, 2** Yéloignement loin d'un autre, 3* Vabsorption d'un autre ou par un autre. Par mouvement vers ou hors de nous n'entendons pas la marche matérielle, le déplacement, mais l'assimilation et la dissimilation.
Donc assimilation, dissimilation, élimination, tels sout les trois actes ordinaires de la vie de relation du phonème.
Sous l'empire de quelles forces s'accomplit ce mouvement ?
Ces forces sont les mêmes que dans le monde physique.
Le mot vivant est d'abord doué d'une force vive, d'une vitesse initiale qui le porte à se développer, à se transformer, comme un corps céleste se meut indéfiniment par son action propre ou par une impulsion initiale unique. D'où lui vient cette impulsion ? De l'action incessante de ses diverses parties l'une sur l'autre.
Puis cette vitesse est dirigée par l'influence de facteurs extérieurs, celle d'autres lois naturelles qui exercent sur lui la direction que la pesanteur, la gravitation, l'action d'un autre astre exerce sur les corps célestes. Cette influence est celle du lieu, de l'habitat, de la race qui parle une langue.
Enfln cette vitesse rencontre des résistances. De même qu'un corps en mouvement voit sa vitesse retardée par la résistance de l'air, ou le frottement d'un corps solide, de même le mot se heurte à la volonté de l'homme ou de la nation qui parle et qui tend à lui donner un mouvement autre, mouvement capricieux et en tous sens, retardateur et souvent profondément perturbateur.
Donc : P force vive, 2^ force extéHeure directrice, S"* force extérieure retardatrice ou accélératrice, telles sont les trois forces en sens divers dont la résultante est le mouvement du langage considéré dans sa phonétique, ainsi que la vitesse et la direction de ce mouvement.
D'où trois parties dans la phonétique dynamique.
1** Mouvement de phonétique initial par influence réciproque des phonèmes.
2® Mouvement de phonétique directeur par influence du milieu.
3** Mouvement de phonétique perturbateur par résistance de Vhomm^e.
Le mouvement directeur par influence du milieu ne comprend pas seulement celui produit par des éléments extérieurs au langage, mais aussi celui causé par des éléments extérieurs à la phonétique, quand même ils ressortiraient à la linguistique, par exemple à la lexiologie et à la psychique.