Essai de physiologie synthétique
Depuis quelque temps l’usage des schémas, résumant en quelques traits des détails souvent difficiles à saisir, se répand dans les livres scientifiques. •
Cet « essai de Physiologie synthétique » contient plus de trente schémas composés par l’auteur. — Ces figures sont construites en respectant, le plus scrupuleusement possible, les données de l’Anatomie, c’est dire que quel que soit l’accueil qu’on fasse au corps du travail luimême, l’utilité de ces illustrations reste entière pour tous, étudiants et médecins. —A peine peut-on trouver dans les traités importants de Mathias Duval et de Beaunis quelques schémas relatifs au système nerveux ou aux lymphatiques; mais aucun ouvrage ne présente des figures d’ensemble aussi complètes, à notre copnaissance du moins. — Nous appelons particulièrement l’attention des lecteurs sur les figures synthétiques du système digestif (p. 39) du système nerveux (86) et enfin de l’organisme tout entier (p.ll6). — On verra que nous n'avons rien négligé pour que cet essai puisse être utile à tous, car c’est là le but que s’est proposé l’auteur.
INTRODUCTION
Il y a deux façons de décrire un monument : vous pouvez, vous plaçant assez loin, décrire l'ensemble que vous embrassez alors d'un coup d'œil, vous pouvez au contraire, vous rapprochant le plus possible de l'édifice, en décrire minutieusement tous les détails.
Dans le premier cas vous donnerez une idée générale, synthétique de l'objet à étudier, mais sans aucun détail, dans le second cas l'étude analytique, très riehe dans sa division,, manquera totalement de point de vue d'ensemble.
Il en est ainsi pour toute étude.
Nos livres de science sont, à très peu d'exceptions près, tous construits d'après la seconde méthode et les ouvrages élémentaires ne diffèrent des autres que par la moindre quantité des détails étudiés. De là les difficultés réelles à vaincre par l'auteur pour rester clair.
Dans le travail suivant, cansacré à la Physiologie, nous allons essayer d'appliquer la première manière de descrip- Âon. Laissant là les détails, indispensables cependant à
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connaître pour tout étudiant sérieux, nous allons considérer uniquement le point de vue général, synthétique. De là le titre choisi : Essai de Physiologie synthétique.
Les défauts inhérents à une telle méthode sont nombreux quoique rachetés en partie par certaines qualités. Ainsi, de même que l'édifice à décrire ne tire son effet d’ensemble que de la fusion de toutes ses lignes, de même les termes employés doivent être assez généraux pour ne donner prise à aucune critique d'école, ce qui peut facilement nous faire aecuser de les avoir naïvement choisis. Tels sont par exemple les mots de force et de matière que nous employons fréquemment, nous expliquerons tout à lheure pourquoi.
Cependant que de clarté un auteur plus expert que nousmême en la matière ne pourrait-il pas tirer de cette méthode ? Les sciences considérées d'une façon synthétique, se gravent profondément dans ïesprit et Vétude des détails est ensuite bien mieux comprise. La généralité des termes facilite à tous leur compréhension sans travail préalable et plus tard chaque mot technique venant remplacer un terme général est bien mieux spécifié pour l’esprit.
Telles sont les considérations préliminaires qui ont guidé notre travail; voyons maintenant comment nous avons cru devoir exposer la Physiologie.
Ouvrez un traité quelconque de Physiologie et cherchez quel est le plan d'exposition suivi dans l'étude d'une fonction.
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Vous verrez que l'auteur décrit une série de phénomènes spéciaux dont l'ensemble constitue cette fonction. Ainsi, pour prendre un exemple, la circulation du sang conduit à étudier une foule de détails anatomiques ou histologiques sur les rapports et la constitution intime des divers organes qui concourent à cette circulation. Le sang circule, voilà le phénomène. Quelle est sa constitution, par où passe-t-il, quelles modifications subit-il dans sa course, voilà quelques-uns des points étudiés particulièrement.
Peut-on considérer une fonction sous un tout autre point de vue ?
Certainement, sans cela il n'y aurait aucun bénéfice à déterminer l'existence des deux méthodes, sgnthétique et analytique, de description.
Au lieu de voir les divers « comment » de la cirpulation du sang, cherchons-en « les pourquoi ». Cherchons le but des diverses circulations de l'organisme au lieu d'en décrire uniquement la marche. La science expérimentale est assez avancée pour nous fournir tous les éléments nécessaires à cet effet, nous n'avons à énoncer rien de nouveau ; notre effort porte uniquement sur ce point : présenter d'anciennes questions sous un nouvel aspect. Quelques considérations inattendues pourront surgir de l'emploi de cette méthode.
Ainsi, pour rester dans l'exemple choisi, si nous nous demandons à quoi sert le sang, la science expérimentale nous répondra : qu'il sert à réparer les pertes de l’organisme. Ces pertes sont de deux sortes : les pertes de force et les pertes de substance. Le but du sang est donc de réparer la force et la substance de l'organisme. Toutes les portions de la circulation sanguine ne concourent pas également à ce but. Ce n'est que dans son parcours du cœur aux orga-
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nés que le sang remplit effectivement cette action réparatrice.
A quoi servent donc les autres parties de la circulation sanguine ?
Lorsqu'il passe du cœur aux poumons, le sang n'a rien à réparer, il vient au contraire se charger à nouveau sous l'influence de l'oxygène que lui apporte la circulation de l'air dans les poumons. De quoi se charge-t-il. Evidemment ce n'est pas de substance ; mais bien de l'autre élément de force.
Ainsi dans son trajet du cœur aux organes, le sang distribue la force et la substance. Dans son trajet du cœur aux poumons il se charge à nouveau de force ; mais que fait-il dans son trajet des organes au cœur ?
L’étude, meme superficielle, des organes qui viennent se joindre à la circulation dans ce trajet {veine sus-hépatique, canal thoracique et grande veine lymphatique) suffit à répondre de suite à notre question. Le sang se charge alors de substance.
Ainsi pour tout résumer, la circulation du sang comprend trois périodes :
Pendant la première le sang va du ventricule gauche à l'organisme et répare la force et la substance au fur et à mesure des besoins.
Mais cette force et cette substance une fois sorties du sang doivent se renouveler aussi pour une nouvelle action ; aussi, dans la seconde période, le sang, revenant de l'organisme au cœur droit, se charge-t-il de substance ; puis passant du cœur droit au poumon, dans une troisième période, il se charge de force ; enfin quand il revient au cœur
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gauche il est de nouveau charge de force et de substance et peut exereer eneore son action réparatrice.
Mais pensez-vous que toute la force et toute la substance contenues dans le sang s'usent chaque fois ?
Ce serait un bien singulier marchand que celui qui ri aurait dans sa boutique que juste ce qu'il vendrait dans sa journée et qui s’arrangerait de telle sorte qu’il ne restât rien chaque soir.
La nature est aussi, sinon plus, prévoyante que l'homme, tout ce qui n'a pas servi est soigneusement extrait de la circulation sanguine et mis en réserve.^
La substance qui n’a pas trouvé son emploi est drainée par les lymphatiques, au sortir des artères, et mise en magasin dans des ganglions répandus un peu partout. De là une nouvelle circulation : la circulation lymphatique.
La force qui n'a pas servi est aussi soigneusement mise en réserve dans des ganglions répandus également un peu partout : les ganglions du grand sympathique. De là une nouvelle façon de considérer la circulation nerveuse ineonsciente.
Répandre dans l'organisme la force et la matière, tel est le but de la portion capitale de la circulation du sang dont le centre d'action est dans la poitrine.
Renouveler et mettre en réserve la Matière, tel est le but de la circulation lymphatique dont le centre d’action est dans l'abdomen.
Présider au renouvellement à la distribution et à la mise en réserve de la force, tel est le but de la circulation nerveuse dont le centre d’action est dans la tête.
Cest un peu toute la physiologie humaine que nous venons de résumer en ces quelques lignes; nous y pouvons
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voir au mieux les défauts et les qualités de la méthode que nous avons choisie.
La Physique doit ses plus grands progrès à la découverte de l'unité de la Force, toutes les forces pouvant se transformer l'une dans l’autre {Théorie mécanique de la chaleur'). La chimie, par la découverte des séries atomiques et de leur progression mathématique, a été conduite également à considérer tous les corps comme des modifications à degrés divers de l’hydrogène, c'est-à-dire à admettre l'unité de la Matière. Est-il permis, en application de ces données, de prendre des termes aussi généraux que ceux que nous avons employés ?
Les écoles diverses qui se sont succédées en Médecine pour aboutir à l'école anatomopathologiste d'aujourd'hui sont toutes caractérisées par les acceptions différentes qu'elles ont données à la vie.
Vouloir choisir un de ces termes caractéristiques d'une école, c'est sortir de suite de la généralité, de la synthèse, pour rentrer dans la particularité, dans l'analyse.
C’est ce que nous voulons éviter avant tout.
Les mots de force et de matière sont bien généraux, ils peuvent être considérés même comme un peu ndifs, mais ils ont cet immense avantage d’être compris par tous et d'être acceptables par toutes les écoles.
Les disciples de Bichat peuvent voir dans cette force la vie considérée comme un principe particulier ; tandis que les disciples de l'école de Paris peuvent y voir la résultante
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d’actions chimiques et physiques. Cest là un des grands avantages de la généralité que d'éviter toute discussion sur les termes employés.
De plus nous sommes amenés à déterminer ainsi dans l'homme l'existence de diverses circulations qui répondent toutes à un sehéma unique. La circulation du sang, la circulation de la lymphe, la cireulation du fluide nerveux présentent entre elles des rapports d'identité curieux, rapports qui se retrouvent jusque dans les circulations adjointes comme la circulation de l'air, celle des aliments et toutes les circulations excrétoires.
Partout nous voyons un centre de fabrication, un centre de condensation^t des conduits centripètes et centrifuges. Nous aurions pu aborder en détail la comparaison des fonctions entre elles ou même des divers organes entre eux.
L'anatomie philosophique qui s'occupe de cette dernière question est presque délaissée en France quoique de création toute française et cultivée au plus haut point en Allemagne, ainsi que le montre Foltz dans son remarquable travaiF.
A côté de Foltz, à peine pouvons-nous eiter en France comme auteurs originaux dans ces dernières années le docteur Adrien Péladan^ et le docteur Camille Bertrand^, outre ceux cités dans l'excellent article de Lereboullet consacré à cette question dans le dictionnaire eneyclopédique de Dechambre, tandis que l'école allemande poursuit toujours des études dans cette voie.
‘ Foltz, Homologie des memb. pelviens et thoraciques de l’homme.
® Adrien Péladan. Anatomie homologique.
’ Camille Bertrand. Anatomie philosophique.
INTUODÜCTION
S’il est intéressant de comparer des organes entre eux pour trouver leur loi de construction, combien ne serait-il pas plus important de comparer les fonctions entre elles pour en déduire les principes fondamentaux de fonctionnement ? Ce serait créer de toutes pièces une science presque inconnue : la Physiologie philosophique qu’un docteur viennois a seul abordé en 1889^ après Oken^, à notre connaissance du moins.
Notre intention n'est pas d’aborder la question sous tous ses aspects, aussi bornerons-nous là notre « essai ». Qu’il nous suffise en terminant de rappeler l’harmonie qui existe, de par cette méthode, entre toutes les fonctions de l’homme et de prier tous les hommes compétents de parcourir ce qui concerne le système nerveux et particulièrement le rôle bien spécial que nous attribuons aux ganglions du grand sympathique.
Nous avons voulu avant tout être concis ; si parfois nous avons commis des négligences ou des erreurs, nous demandons qu’on nous pardonne eu égard à la nouveauté de ce genre d’études.
Gérard Encausse,
Officier d’Académie,
Médaille de bronze des hôpitaux de Paris.
30 juin 1890.
* Jean Malfatti de Montereggio. La Mathèse. Paris 1839, in-8, traduit par Ostrowski.
* Oken. Esquisse du système d’anatomie. Paris 1821, in-8°.