IMPRIMEURS, RELIEURS
Strasbourg, on le sait, est le berceau de la typographie; quoi d'étonnant alors, en raison de son voisinage direct avec la Lorraine, que ce pays ait été initié rapidement aux découvertes de la cité alsacienne.
Nous croyons que c'est de là que cet art s'est implanté dans notre Lorraine. Toutefois, une légende veut qu'en 1485 ou 1486, tt Virion de Nancy amena de Paris en Lorraine un garçon qui commença à imprimer des vers à la louange de René II, à Nancy * » .
La cité messine suit le mouvement, puisque Gérard de Villeneuve et Jean Collin, de l'ordre des Carmes, firent paraître le premier livre imprimé.
Les religieux, dans les nombreux monastères, sont les plus grands propagateurs de l'art de l'imprimerie, et les ouvriers de Gutenberg et de Schœffer, qui, après le siège de Mayence, se dispersèrent dans les pays voisins, imprimèrent, même au monastère de Siibiaco, en 1465, le Ciciron de Lactance, et Tannée suivante le Saint Augustin de Civitate Dei.
A Paris, Fichet et Jean de la Pierre appellent d'Allemagne
' Abrégé chronologique de rhittoire de Lorraine, Hbnriqukz.
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Gering qui, dans la Sorbonne même, installe ses ateliers d'imprimerie.
La ville, alors très considérable, de Saint-Nicolas-de-Port, proche de Nancy, vit, dès le quiniième siècle, s'établir Timprimerie et Péleva aa premier rang en Lorraine. Pierre Jacobi, prêtre, y imprime la Naneiide, le fameux IJher Naneeidos est sorti de ses presses célèbres. Les Heures de la Vierge du même artiste sont imprimées en 1503.
Au second rang, comme ancienneté, la ville de Tonl doit être mentionnée par Tédition du Viaior de Pélegrin, traité de la Perspective, daté de 1505, à Toul, mais que l'on pourrait croire avoir été imprimé à Saint-\icolas.
\ancy, alors cité modeste par le petit nombre de sa population, quoiqu'elle possédât le titre de capitale de la Lorraine, semble tenir le troisième rang. On y imprime en 1510 le Recueil ou Chronique des Hystùires des Royaulmes d'Austrasie, malgré qu'un doute subsiste à cet égard.
Ringmann, collaborateur du chanoine Gauthier Lud, de Saint- Dié, établit d'abord ses ateliers en l'abbaye de Pairis, proche Saint-Dié, au village de la vallée d'Orbey.lls unirent leurs recherches, leur talent, et fondèrent à Saint-Dié même une imprimerie qui ne tarda pas à acquérir une véritable célébrité.
Gauthier Lud installa cet atelier vers 1494, mais à ses débuts ce ne sont que des impressions tabellaires qui leur servent. En 1507, enBn, l'incunable la Cosmographia introductio parut, relatant les navigations d'Améric Vespuce, dont la dédicace est offerte par ce dernier à René II, duc de Lorraine. Cet ouvrage désigne le a Nouveau Monde sous le nom d'Americi Verra Vel America « .
Nous voyons que, dans une petite localité de la Meuse, à Longeville-devant-Bar, et sur la demande de l'évèque Hector d'Ailly, de Toul, le Viat de Salut fut imprimé en 1527.
Il résulte de nos recherches que l'existence laborieuse des deux grands et anciens imprimeurs lorrains se compte, pour Pierre Jacobi, de Saint-Nicolas, dans l'espace de dix-huit années environ, et celle de Gauthier Lud, de Saint-Dié, de 1509 à 1521.
L'arrêt que l'on remarque en Lorraine, dans l'art de l'imprimerie pendant une trentaine d'années, a une cause que nous
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NICOLAS VOLCYR
pouvons établir presque sûrement en Tattribuant aux querelles religieuses, tandis qu'en dehors de ce pays, elle sert, au contraire, aux dissensions en s'en faisant le porte-parole. A Metz même Timprimerie prospère, tandis qu'à Toul et à Verdun les imprimeries ne se relèvent que vers 1560.
L'agglomération des œuvres envoyées de France dans les nombreuses bibliothèques des couvents de Lorraine arrête ainsi le peu de travail que les imprimeurs de la région auraient pu avoir.
En 1521, du reste, le gouvernement de Lorraine, cédant aux conseils de celui de la France, prit des mesures destinées à limiter absolument le développement de l'imprimerie, croyant ainsi faire un obstacle aux progrès de la Réforme.
Ce fut la perte des ateliers lorrains, et il faut attendre l'année 1551 pour voir surgir quelques rares ateliers d'imprimerie, à Toul, où Jean Palier de Metz s'installe. En 1560, Nicolas Bacquenois imprime à Verdun et Martin Marchant (Mercator), en 1573 ', Jean Wapy en 1600.
Cet art semble se relever aussi à Saint-Xicolas-de-Port avec Didier Guillemin, dont on connaît le Ckant pastoral (1559), l'épitre à la duchesse douairière de Lorraine, Christine de Danemark.
Nancy voit, en 1572, le père de celui qui s'établit plus tard à Metz où il acquit une célébrité méritée, Dominique Faber, qui obtint le titre de directeur de l'imprimerie ducale. Après c'est Jean Jenson, imprimeur de Mgr le duc de Lorraine, qui imprime le Parnasse des poètes français nwdemes, et surtout le livre remarquable du P. Fronton du Duc, V Histoire tragique de la Pucelle de Dom Remy, les Sonnets à Messieurs les Gent/lshonwies de Lorraine; ce dernier ouvrage, imprimé par sa veuve pour son fils en 1581.
L'Université de Pont-à-Mousson fut une des attirances qui amenèrent les imprimeurs remarquables et nombreux dans cette cité. A ce propos, il faut remarquer que des livres imprimés à Pontà-Mousson, portaient la mention » Ponti-Mussi « et d'autres tt Mussi-Ponti » , ce qui causa des querelles nombreuses à cette
' Dom Galmet cite cinq ouvrages imprimés à Verdun à cette époque.
A ESSAI DB lÉPBtTOIIB DBS ARTISTBS LOttAIBS
époque, à propos de impression des statats de l*ÉcoIe de droit ' . P^rmi les nombreux imprimeurs qui s*y établirent, on cite René, Martin et Etienne Marchant, de 1582 à 1594, Melchior Bernard en 1599.
Biaise André fut, au même moment que Jean Jenson, déclaré imprimeur officiel du duc de Lorraine.
De 1600 à 1635, nous pouvons remarquer combien la typographie lorraine brille d'un vif éclat; c'est à Pont-à-Mousson, à Nancy, à Tout, à Verdun que les ateliers d'imprimerie s'installent et prospèrent. Clairlieu-lez-Nancy ouvre les portes de l'antique abbaye à Jean Savine qui y installe ses presses. Épinal, Saint- Mihiel, Saint-Dié rivalisent avec l'antique renommée de Saint- Nicolas-du-Port.
En 1600, se distingue Jean Wapy; Biaise André reproduit à Nancy, l'année suivante, les Coutumes de Lorraine; en 1602, à Pont-è-Mousson, la pastorelle ta Salmée (en l'honneur de la famille de Salm) est représentée à la cour de Lorraine avec un grand succès ; nous en donnâmes le détail dans notre étude sur le Théâtre en Lorraine. Cette pièce est dans le goût des œuvres de Ronsard. L'Université de Pont-à-Mousson fait paraître les statuts et règlements, et Melchior Bernard imprime, en 1603, les Devais Élancements du poète chrétien. Ce même imprimeur reproduit en 1604 et en 1605 les discours de Nicolas Guinet et celui des Choses advenues en Lorraine.
Nous avons indiqué les livres remarquables sortis des presses de Jean Savine, à Clairlieu-lez-Nancy ; ces œuvres, presque comparables à celles d'EIzévir', comportent principalement les A^fo/ton^ de la pompe funèbre de Charles III, la Vie de saint Bernard et des opuscules divers.
C'est en 1610 que Savine quitta l'abbaye des Bénédictins pour s'établir dans l'hôtel de Clairlieu que les moines possédaient à Nancy, où on le voit jusqu'en 1614.
Pour citer les principaux livres imprimés en Lorraine dans le commencement et le milieu du dix-septième siècle, il faut, en se bornant à ne parler que des œuvres de mérite, indiquer ceux dont
^ Recherches sur F imprimerie en Lorraine, BsAUPii. * Bnd,
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les titres suivent : les Notables observations sur le Mariage du prince Henri de Lorraine, la tragédie Maurice, en 1607, les Coutumes de Lorraine; le livre de Jean Lhoste, la Physique et la Géométrie, les Oraisons Junèbres de Charles III, la Semaine Sainte de 1609, Charles III, le Chant royal
Puis le docte Barclay fait paraitre, chez Garnich, le Discours funèbre de A. de Joyeuse; celui de la Pratique des armes sort de chez Biaise André, et le Discours funèbre du prince Henry de chez Sébastien Philippe. A Toul, c'est chez Sébastien Philippe que s'imprima le Discours de tivresse et de tivrognerie.
Le beau livre de Jean Hordal, V Histoire de la Pucelle, sort des presses de Michel Bernard, à Pont-à-Mousson ; puis ce sont les Controverses de Cachet, V Examen canonique et la Brève instruc* tion pour tous États.
Les ouvrages religieux abondent dans les imprimeries et sont remarquables comme fini d'impression; depuis 1614 et les dix années suivantes, on peut citer aussi les principaux livres sortant de rUniversité de la ville de Pont-à-Mousson, ayant les titres : des Recueils de Style, la Pratique civile et administrative du Duché, les Privilèges des Commanderies de Saint-Jean-de-Jérur salem en Lorraine, le Discours sur les eaux de Plombières et les Coutumes du duché de Lorraine.
Puis viennent Tœuvre de Binet, la Consolation des Malades, le Discours d^es choses advenues en Lorraine, le fameux Livre des rois et des ducs d^Austrasie avec les portraits qui furent faits pour illustrer cet ouvrage, déjà en 1573, par l'illustre graveur lorrain Pierre Wœiriot ' ; ces portraits sauvés par Blondefontaine et placés dans le livre de 1591, qui servirent la plupart dans l'édition de 1617.
Charles le Poix fait imprimer son livre Selectionem, puis c'est l'impression de la Grammaire Gutbertine, la Couronne sacrée, le Bocage sacré, la Rosière de Chaudeney, VÉpipoUmétrie, les Mémoires de Beauvau, le Triomphe du Corbeau, volume extrêmement rare et curieux qu'imprima à Nancy Jacob Garnich en 1618, et la Thrasonica.
Parmi les livres imprimés dans notre province dès 1620, on
* Les Virht'Woeïriot, A. Jacquot. Pion, rue GaraDcière, Paris.
« ESSAI DE lÉPBtlOltB DBS AtTlSTES LORRAINS
cite la Tareniute du Guenon de Genève, la Théologie polémique imprima à Saint-Mihiel chei François des Bordes; le célèbre recueil des Machines de ^u^rr^ avec gravures d'Appier Hanzelet, le Discours sur les Médicaments domestiques, puis le Rabelais réformé, la Tablature spirituelle, les Quatrains de la Vie et de la Mort, la Religion prétendue mourante, la Vie et Miracles de saint François de Paule, et VHoni$ne JCÈiat chrétien.
C*est en 1622 que fut imprimé le livre sur les Admirables vertus des saints exordsmes, à propos de Mlle de Ranfaing qui était reconnue comme a possédée du démon » ; les Épithalames sur le Mariage au prince et de la princesse tle Phalsbourg parurent à cette époque, puis la Querelle de Tabarin et de Francisque, poésie qu*imprima Jacob Gamich ; enfin les volumes de la Canonisation de saint Ignace.
On voit l'importance que l'imprimerie acquit à cette époque en Lorraine; elle se continua encore jusqu'en 1631 ; en effet, pour ne citer que les livres importants qui parurent, indiquons les Honneurs pour les saints Ignace de Loyola et François-Xavier, en 1625 ; puis la Pyrotechnique empirée, les Coutumes du bailliage de Rar, la Vie de saint Hydulphe, en 1 624, les Sonnets sur les fêtes de la Vierge, la Vie de saint Gombert, les Ténèbres, les deux volumes du jurisconsulte Jacquot, auteur qui, voué à la jalousie de certains personnages, fnt accusé de sorcellerie et contraint de quitter la Lorraine pour éviter le sort qui l'attendait.
La Fleur des plus belles pratiques du compas de proposition parait en 1625, ainsi que le Zodiaque sacré, les Recherches des anciennes antiquités des Vosges, les Récréations mathématiques (1626), la Vie de saint Nicolas (1627), celle de la duchesse Philippe de Gueldres, le Fameux Combat à la Rarrière, le Rréviaire de Toul (1628), Richecourt, célèbre tragédie dont nous avons parlé dans notre étude sur le Théâtre en Lorraine, la Tragédie de saint Sébastien (imprimée chez Jacob Gamich), œuvre très remarquable.
Hélas, l'année 1631 marque un arrêt dans tous les arts auquel celui de l'imprimerie n'échappa pas. Les calamités de la guerre et de la peste en Lorraine en furent les causes. On ne voit plus, à ce moment, que l'impression de quelques livres sur la médecine et les soins contre la terrible maladie qui décimait villes et cam-
pagnes. A peine vit-on en 1633 paraître les Coutumes deLorraine et les Recherches des antiquités des Vosges^ mais à partir de 1634, les malheurs accablent la Lorraine de plus en plus; la famille ducale se disperse au loin, puis survient l'invasion des Suédois et des armées étrangères.
C'est véritablement un désastre qui éteint le mouvement et Texistence précaire de Timprimerie lorraine; la guerre, la famine, la peste redoublent d'intensité, portant la ruine partout et suspendant toute activité du pays.
C'est à peine si, pour l'art dont il est question, à Nancy, à Pontà-Mousson et à Verdun quelques livres sortent des presses naguère si actives.
Dès 1660, cet art semble reprendre, avec la paix, quelque essor dans la ville de Toul notoirement, et va un peu en progressant jusque vers la fin de ce dix-septième siècle.
Quelques ouvrages du P. Abram, de l'Univei'sité de Pont-à- Mousson, du Journalier de la Congrégation, et la Vie du P. Fourier, le livre de Pierre Alliot, le médecin réputé, du Panégyrigue ducal, de la Vie de Philippe de Gueldres, forment le bilan de ces années néfastes.
Il convient cependant, avant de clore cette courte étude, de mentionner l'impression de la Déclaration du Roy pour les coutumes de Meiifchâteau, les Discours des vertus de Catherine de Lorraine, la Clef ducale, le Triomphe de Son Altesse, avec les gravures remarquables que Sébastien Leclerc grava d'après les dessins de l'ami de Jacques Callot, Claude Deruet; la Vie de la Mère Alix, les Mémoires de la Vie de saint Dié, la Constitution des Sœurs de la Charité de Nancy.
La liste se complète par le Règlement pour les Forêts, ouvrage utile encore de nos jours, V Histoire de N.-D. de Sion, le pèlerinage lorrain si réputé, la Règle de saint Benoit, V Histoire du saint Clou, le Rituel monacal, V Agriculture morale, la Constitution de Fabbaye de Vergaville, celle de Saint-Mihiel, le Bréviaire de Toul.
Enfin, pour terminer l'histoire de l'imprimerie en notre province, citons encore V Histoire et les miracles de Benoîte Vaux, sanctuaire sauvé par Mme de Saint-Balmont, l'héroïne lorraine ennemie des Suédois envahisseurs, les Conférences ecclésiastiques du
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diocèse de Verdun, le Petit Traité des eaux de Plombières et le factum du célèbre jurisconsulte Guinet contre TUsure.
Le dix-huitième siècle s'épanouit alors sous les règnes de Léopold et de Stanislas et les noms des Cusson et des Leseure sont là pour rappeler la digne tradition des imprimeurs que la Lorraine peut être fière de compter.
Ces artistes portèrent à la postérité, par la loyauté de leurs travaux, les œuvres des auteurs que ceux-ci leur confièrent et qui sont encore les témoins sincères de leur pensée de la Province qui nous est chère.
Albert Jagqoot.
Imprimeurs, relieurs.
Afpirb (Hanzelet). Voir Hanzelet,
Ambboisb (maître), dix-septième siècle, imprimeur à Mirecourt, était, croit-on, originaire de cette ville; ses fils, Ambroise et Claude, y fureni baptisés le 9 avril 1618*.
Ambboisb (Ambroise), dix-septième siècle, Tun des fils de maître Ambroise, imprimeur de S. A. le duc de Lorraine, né à Mirecourt et baptisé en même temps que son frère Claude, le 9 avril 1618, fut établi en qualité d'imprimeur à Épinal. C'est lui qui imprima les œuvres des Saintes Antiquités des Vosges, du chanoine et chantre de Saint-Dié, Jean Ruyr, en 1633, deuxième édition *. Sa période de travail, A Epinal, s'étend de 1631 à 1634.
Andbé (Biaise), seizième et dix-septième siècles, imprimeur à Nancy, ou, dit Alphonse de Rambervillers, il vivait encore en 1624. Sa période de travail s'étend de 1589 à 1610. A cette époque, il imprima à Nancy le Discours de la Théorie des armes *.
Anonyme (seizième siècle), imprimeur dont le nom est inconnu, mais dont les œuvres citées par M. Beaupré* sont datées de Saint-Nioolas-de- Port, en 1528.
Angevin (François), seizième siècle, imprimeur à Verdun, en 1564.
Anthoine (J.), dix-septième siècle^ imprimeur établi à Metz en 1634, où il imprima V Histoire des évêques de Metz,
* Archives de Mirecourt, registres des baptêmes.
* Biographie lorraine, Dom Galmet.
' Trésor du bibliophile lorrain, Favikr, p. 12.
* Archives départementales, MM. H. 2147.
tELIURE A L'KPFIGIE DE FRANÇOIS II, DUC DE LORRAINE