DES
Poursuivant le recueil méthodique présenté l'an dernier au Congrès des Sociétés des Beaux-Arts des départements, c'est cette année le répertoire des sculpteurs lorrains que nous avons essayé de dresser.
Suivant l'ordre alphabétique, en indiquant le siècle auquel appartient l'artiste, nous avons rassemblé un nombre imposant de près de trois cent cinquante biographies, courtes, mais offrant, comme pour les peintres, les renseignements puisés aux sources les plus autorisées.
La Lorraine, cette petite province, peut, à juste titre, être fière d'avoir donné le jour à des sculpteurs que la France accueillit à leur heure avec son hospitalité si généreuse, sachant, du reste, que ces artistes étaient, par leur sentiment et l'essence même de leur caractère, intimement liés à elle.
C'est ainsi que nous groupons en une pléiade remarquable les noms des Adam, des Michel, des Clodion, qui ont, ici même, trouvé de sympathiques échos, lorsque, dans des notices particulières, nous les évoquions; puis, dans un lointain resplendissant encore, ceux des Richier, avec le fameux auteur du Sépulcre de Saint-Mihiel et du Squelette de Bar, l'immortel Ligier, qu'un de ses émules, Paul Gaget, de Bar, ne parvint pas à égaler.
Ces artistes suivaient la trace des Jacquin, des Mansuy-Gauvain, créateurs du Palais ducal de Nancy et des églises de la Lorraine, des mausolées du vainqueur du Téméraire et de l'évoque de Toul Hugues des Hazards.
Ces monuments existant encore aujourd'hui attestent assez la valeur de leurs auteurs.
Nous avons cité les principales œuvres de ces maîtres, dans le cours de ces biographies, estimant que leur brève nomenclature devait être jointe aux renseignements documentaires sur la vie de chaque artiste.
Suivons encore ces familles chez qui l'art était en quelque sorte une tradition transmise du grand-pcre et du père au fils et au petit-fils, caractéristique, à notre avis, dans cet esprit lorrain, et nous rencontrerons les noms des Bagard, dont l'ancêtre, César, avait été initié par le grand Jacquin, son maître ; puis les Foulon, les Grala, le fameux Jacques Houtzeau , de Bar, dont les œuvres sont admirées à Versailles; Nicolas Benanl, lesCordier, les Hardy, peuplent de leurs travaux et Nancy et Versailles. Tous appartiennent au XVII* et au xviii* siècle. Contemplant, avec le xvir et avec le xviii* siècle, l'art si délicat de la sculpture sur bois, qui ne s'arrêterait volontiers sur les rarissimes œuvres d'un artiste qui nous est doublement précieux , Jean Lupot, de Mirecourt, d'abord parce qu'il fut un sculpteur d'une naïve délicatesse , puis toute personnelle, ensuite parce que, de ses statuettes dont il ornait le manche des instruments à cordes, est survenue, par la suite, la fondation d'une école de lutherie bien particulière à la Lorraine, et partant à la France, vers laquelle les enfants du sculpteur portèrent leur art?
Nous avons le bonheur de posséder une œuvre de ce Jean Lupot, une Vierge à la chaise, véritable bijou de sculpture faite avec ce bois de Sainte-Lucie que le fameux bénédictin dom Calmet décrit avec soin et qui ne se trouve que dans ces petites forêts des environs de Commercy.
Cette délicate sculpture, dont nous donnons une reproduction photographique, montre, mieux que toute description ne saurait le faire, le sentiment bien caractéristique de ces artistes.
Puisque nous évoquons le souvenir du xviii* siècle, celui qui le personnifie bien, c'est Claude Michel, dit Clodion.
Clodion! ce nom n'amène-t-il pas à la pensée toute cette bacchanale de faunes, de satyres, d'enfants gracieux etde bacchantes affolées que, de nos jours, le célèbre Carpeaux, dans un genre assez semblable, a présentée à nos yeux ?
Mais, à côté de ce caractère, Clodion a su aussi, avec des Ggures comme son Montesquieu du palais de l'Institut, prouver l'étendue et la variété de son talent.
Nous ne nous attarderons pas ici à l'évocation des noms de tous ces artistes, puisqu'on les trouvera dans notre ^'^^aiy mais nous invitons les amis des arts à visiter leurs œuvres, qui, heureusement pour la plupart, sont encore à leur place dans notre pays de Lorraine et témoignent toujours de la valeur de ceux qui les ont créées.
Parcourez cette province, et vous remarquerez avec intérêt les basiliques et les cathédrales de Saint-Nicolas de Port, de Toul, de Metz, les cloîtres de Saint-Gengoult, de Verdun, de Sainl-Dié, les églises d'Avioth, de Pont-à-Mousson , de Saint-Mihiel , les châteaux de Bourlémont, d'Haroué, de Lunéville, les palais de Nancy, depuis René II jusqu'à ceux dus- à la munificence de Stanislas. Il restera dans l'esprit une impression saisissante de la fécondité de l'art sculptural dans ce coin de l'est de la France, et le désir de connaître les noms des artistes auxquels on doit ces travaux. C'est dans cette pensée que nous avons essayé d'entreprendre ce travail.
Adam (Jacob-Sigisbert) . XVIP et XVIII» siècles. Sculpteur, petit-fils de Lambert I" Adam, charpentier de la ville de Nancy, et fils de Lambert II Adam, fondeur. Néà Nancy et baptisé le 28 octobre 1670, marié àSébastienne le Léal, à Essey-lez-Nancy, le 23 juin 1696, et mort à Paris le 7 mai 1747. Il eut sept enfants de ce mariage, parmi lesquels les fameux sculpteurs Lambert-Sigisbert, Nicolas-Sébastien et François-Gaspard. Il habita la belle maison qu'il sculpta si merveilleusement, qui existe encore dans la rue des Dominicains à Nancy et qui porte le millésime de 1718. Une de ses filles, Anne Adam, fut la mère du fameux sculpteur Claude Michel, surnommé Clodion. Don Calmet le dit élève de César Bagard et assure qu'il travailla pendant douze années à Metz. Il devint le sculpteur favori du duc Léopold de Lorraine et fit beaucoup de sculpture en bronze, en plomb, en pierre et surtout en terre cuite. Nous possédons de lui les figures en terre cuite, originales^ des quatre évangélistes. Il était membre de l'Académie de St-Luc. En 1701, il fit un Cupidon, entouré de grenouilles, pour le bassin de table du duc ; l'année suivante, quatre figures d'animaux pour Leurs Altesses, deux statuettes, terre culte, représentant des musiciens, et une tête de Christ. — Palais ducal, musée lorrain, Nancy.
Les Adam, les Michel et Clodion. A. Jacquot, Rouam, Paris, 1897, et compte renda dn Congrès des Sociétés des Beanx-Arts des départements, 1897. Dom Calmet, Bibliothèque lorraine. — Archives de Nancy. — Bellier de la Chavignerie.
Adam (Jean), XVII' siècle, charpentier (ou sculpteur), fils de Lambert I" Adam, né à Nancy le 31 octobre 1630 (paroisse de S'-Epvre). Archives de Nancy, III, p. 379, 317, 39, 239, 268, 385, 387.
Adam (Lambert-Sigisbert), XVIII" siècle, sculpteur célèbre, fils de Jacob- Sigisbert et de Sébastienne le Léal, né et baptisé à Nancy le 10 octobre 1700 (paroisse S'-Epvre), mort à Paris le 13 mai 1759 (paroisse de la Madeleine, Ville-l'Évêque) . Elève de son père, alla à Metz pendant l'hiver de 1718. En 1719, il part pour Paris, où le rejoindra son frère Nicolas-Sébastien. Lambert-Sigisbert se rendit à Rome en août 1723, où il obtint le prix et où l'attendait la célébrité. Le cardinal de Polignac lui fit réparer des antiques,